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 ARTHUR SIMON

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MessageSujet: ARTHUR SIMON   Dim 1 Juin - 15:08


J’y arrive pas toujours à m’y faire.
À l’endroit.
Ces gens que je connais pas et que j’ai jamais vu. Ces garçons qui ne restent qu’une semaine, ces filles aux poignets tellement lacérés qu’ils pourront sûrement plus jamais guérir. Et pourtant ils ont pas l’air méchant. Ils sont juste eux. Et même leurs sourires sont cassés. Et j’ai l’impression qu’on les a tellement traînés dans la boue que j’ai rien à faire là, moi. Que je suis encore trop intact pour avoir le privilège d’avoir ce refuge. C’est ce que je me répète à chaque fois que je les vois, et alors là, je me sens mal à l’aise avec eux. Je me sens trop fort, trop guéri. Comme si y avait pas assez de douleur en moi pour me sentir à ma place.
Et pourtant quand je pense à elle je me dis que tout est mieux par rapport à l’appartement. Même la rue semble être un asile plus sûr pour moi. Parce que chez elle tout se transforme en menace, les couverts, les meubles, les coussins.
C’est juste que je me sens pas encore chez moi. Eux ils appellent ça la maison moi je l’appelle l’endroit, parce que l’endroit n’a pas de nom. C’est juste un bâtiment dans un jardin et la mer en face et les oiseaux au dessus et le garage à vélos au fond du jardin. Et Simon.
Ce matin j’ai fait semblant de manger parce que j’avais l’estomac noué.
Je ressasse.
Je ressasse la mère qui crie, je ressasse qu’est-ce que je fais ici, pourquoi je suis là, est-ce que je suis à ma place, c’est quand mon anniversaire déjà ? Ça fait des frissons dans le dos de penser à avant, c’est désagréable. Comme une mouche sur le nez. On chasse du revers de la main mais ça revient toujours. Ça se fatigue pas. Ça s’oublie pas.
Alors j’ai foncé au garage à vélos. Et en sortant de la maison j’ai lancé un regard appuyé à Simon qui voulait dire, t’as intérêt de me suivre sinon je reviens et je te pète le nez, moi je vais pas tout seul là-bas, moi je reste pas tout seul là-dedans.
J’ouvre la porte du garage et ça fait un bruit qui grince. J’aime bien ici. J’aime les rares rayons de soleil qui filtrent à travers les fenêtres sales et les toiles d’araignées qui pendent doucement au plafond. J’aime les vélos recouvert de poussière et le lieu qui semble fatigué.
J’aime ici parce qu’on est seul. Parce que le silence. Parce que y a personne pour crier et pour boire.
Seulement toi. Moi. Nous. Simon, c’était comment avant, je veux dire, avant l’endroit ? C’était comment pour toi ?
Il était rentré dans le garage entre temps. Moi j’étais assis, les fesses dans la poussière.
Et je le regarde.

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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Dim 1 Juin - 15:11



Je crois que j'en peux plus de cet endroit, aujourd'hui, je le vomis.
Les gens viennent et partent en changeant de tête mais c'est toujours un peu la même histoire. Et quand je vais sur le balcon, je vois la mer et je trouve que les vagues sont les mêmes qu'hier. Moi non plus, j'ai pas trop changé ces derniers temps. J'en ai ras-le-bol de ça, aussi. Cette tête à la lune et ce qui corps qui parle pas correctement.
Je vais me jeter à la poubelle.
Et voir ce que ça donne.
Je le connais par cœur, cet endroit, comme un poème qu'on a trop lu ou quelqu'un qu'on a trop regardé. C'est comme quelque chose dont tu connais tous les secrets, c'est chiant, au final chaque détail me sort par les yeux, j'ai envie de crier mais ça ressemblerait à rien.
Beaucoup de bruit pour pas grand chose c'est tout.
Et le pire dans cette histoire c'est que si demain on me disait t'es libre, libre de cet endroit, ta prison depuis toujours, depuis ton premier jour, si on me disait ça, je dirais non merci et je retournerais dans ma chambre.
N'empêche que le monde, je me demande à quoi il ressemble, quand même.
Quel goût il a et puis quelles odeurs. Et les gens, ils sont cassés, aussi ?
Je suis là comme ça, je sers pas trop à grand chose, et Arthur passe devant moi.
Arthur, il peut pas me croiser sans m'emmener au garage à vélos, ça c'est un truc que les autres ils comprennent pas. Arthur, moi, et le garage à vélos, cette drôle d'histoire à trois. Arthur tout court aussi, Arthur dans son ensemble. Arthur avec ses regards méchants dans lesquels je vois que de la douceur. Arthur il dit que des horreurs par les yeux mais moi j'ai bien compris qu'un garçon comme ça, faut le prendre dans ses bras.
Il s'assoit par terre
- Simon, c’était comment avant, je veux dire, avant l’endroit ? C’était comment pour toi ?
et moi à côté.
- C'était comme ci comme ça. J'étais avec mes parents et tout et puis ça a cassé. Comme un verre.
Mytho.
Mytho mytho mytho.
Y a pas « d'avant l'endroit » pour moi et je me demande s'il y a un après, une suite, ou si toute ma vie va tourner autour de cet endroit. À faire semblant que je pourrai le quitter un jour. L'écho de mes mots tournent en boucle comme un disque dans ma tête comme ça. C'est nul.
Et là, si j'étais vraiment un cow boy, je dégainerais un de ces bâtons de la mort et j'y mettrais le feu pour me déchirer les poumons. Comme pour appuyer mon propos de mytho.
- Et toi ?
Parce que même si.
Même si j'ai l'impression de l'avoir eu avec moi toute ma vie, Arthur, même si je crois pouvoir interpréter le souvenir coloré des marques sur ses bras, je le connais pas, moi, Arthur, moins que cet endroit.
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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Dim 1 Juin - 15:12


Je le regarde et je crois que j’aime bien le regarder. J’aime son visage qui a l’air marqué par la vie et j’aime aussi quand il sourit. Il respire l’innocence et je trouve ça beau, l’innocence.
Moi je l’ai perdue. Elle s’est cassée sans même un regard pour moi, elle m’a craché dessus et elle est partie. Tant pis. Je m’en passe bien, son absence m’empêche pas de vivre, non, non.
Machinalement je glisse mon doigt sur mon avant bras, sous mon pull. Je caresse la peau trop lisse par endroit, trop marquée. Je fais ça machinalement, sans réfléchir. Quand je fais ça je sais que mes sourcils se froncent un peu et que je regarde dans le nulle part.
Il me dit qu’il était avec ses vieux et que tout a volé. Que ça s’est cassé, comme un verre.
Oh tu sais moi j’en ai vu, des verres se casser. Et même des assiettes. J’ai des ralentis dans ma tête de la vaisselle qui vole et qui rencontre le sol. Ça éclate sur le carrelage et faut faire gaffe aux doigts et aux pieds quand faut ramasser les bouts de verre et de porcelaine éparpillés.
Puis après fallait se laver les mains (parce qu’on s’écorche toujours les doigts à les plonger dans la vaisselle cassée). Puis il me demande et toi. J’aurais préféré qu’il se taise et qu’il bascule sur un autre sujet. J’aurais préféré qu’on parle de trucs à la con comme la pluie qui est tombée cette nuit et le soleil absent le matin et les oiseaux qui chantent moins l’hiver et les poèmes qu’on n’écrira jamais.
C’était pas terrible. Je réponds. Les mâchoires qui se ferment un peu plus fort. Le muscle qui se tend sous la peau. Il saille.
Et putain j’ai son image qui me revient en tête et qui me tourmente et j’aimerais cogner mon front contre un mur pour exploser son souvenir pour le détruire pour en faire des miettes et les piétiner et les brûler.
La haine brûle, elle aussi. Au fond de mon ventre. Impossible de l’éteindre. Tu sais, les ravages de la boisson. (mais peut-être qu’il n’en sait foutrement rien) Le cerveau qui meurt et le corps qui donne les coups. Et le mien qui les a jamais rendu, les coups. Aujourd’hui je crois que j’aurais le courage de revenir pour lui casser la gueule.
Je m’approche de Simon et je m’agenouille face à lui. Je soulève le bas de mon pull pour lui exposer mon flanc. Je lui attrape la main et la fait glisser sur la cicatrice qui court le long de la peau puis je le lâche. Tu vois. Sourire forcé. De ceux qui font croire que ça va, t’inquiètes pas.
Foutaises.
Ici tu peux pas mentir. Les mensonges ça se voit directement, comme les cicatrices que t’essaies de cacher. Ici tout le monde a ses plaies ouvertes et chacun tente de les recoudre tant bien que mal. On fait ce qu’on peut, après tout. On est vulnérables. Et pour une fois on a le droit d’être égoïste et de penser à nous.
Rien qu’à nous. Et moi j’aime cette idée de me soucier que de moi. Au moins pour un temps.
Alors, t’as trouvé une belle fille à cajoler, ici ? Je demande, avec un demi-sourire qui me trotte sur le visage. Y en a plein, des jolies filles. Celles qu’on se force gentiment à aimer.
Pour leur faire plaisir.

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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Dim 1 Juin - 15:14


Il me faudrait une cigarette pour un peu de contenance. Pour pas trop de trahison. Mais je fume pas. Comme pleins d'autres choses que je sais pas faire. C'est qu'un verbe de plus sur la liste. Avec mentir. Parents, mytho. Y a jamais rien eu de cassé, mytho. Puisque y a jamais rien eu du tout. On casse pas ce qui existe pas. Comme on ne peut pas aimer ce qui n'existe pas. Parents. Mes parents. Ils ont sûrement été un assemblage d'atomes et de molécules à un moment donné. C'était court, c'était moi.
Pu.
Tain.
Heureusement il me croit, je crois.
En tous cas il s'étale pas. Je le ferai pas, pas aujourd'hui. Lui dire. Le vrai du vrai, le vrai dans le faux. Je lui dirai un autre jour quand je sentirai que ça va, que c'est bon, quand j'aurai pas les mots qui se chamaillent au bout de la langue, quand j'aurai pas les idées noires à l'envers, quand j'aurai envie faire la bagarre à personne.
On dirait pas, mais moi, je bastonne.
Jamais avec Arthur par contre. Faut pas.
- C'était pas terrible.
Arthur et moi, je sais pas, j'ai l'impression qu'on est capables de se dire tellement plus de choses, tout, même, par les yeux, plutôt que par les mots. Je sais tout en fait. De lui. C'est tout, là, dans ses yeux, exposé pour moi, mais moi je suis pas toujours sûr de comprendre. Je sais c'est tout.
Pourquoi.
C'était pas terrible.
Il fait courir ma main sur ses côtes pour faire parler la vérité. La vérité des cicatrices. Moi des cicatrices j'en ai pas. Tout devrait tourner rond chez moi, pas carré comme ça, ou triangle des fois. J'ai des vides, juste ça, rien que ça. Des trous, des cases qu'on a pas rempli. Mais pas de cicatrices comme Arthur. Ses cicatrices, ces cicatrices. J'en ai mal pour lui. Mais elles sont déjà réparées. Quelqu'un a dû passer avant moi. Peut-être que c'était le temps.
Il a un sourire qui me fait mal.
Du genre qui veut vraiment y croire mais qui y arrive pas, comme mes mots quand ils veulent être sincères et qu'ils sortent dans le mauvais ordre, exactement comme ça. Son sourire, il est comme mon vocabulaire. Il est pas très sûr de lui, voilà.
- Alors, t’as trouvé une belle fille à cajoler, ici ?
Il a rangé les stigmates ça y est, le musée est fermé mais je continue à le regarder comme si je voulais lui dire pleins de choses gentilles et que je savais pas par où commencer, c'est tout.
Et puis il parle de filles.
Il me parle de filles.
Misère.
J'y connais rien, moi, je les regarde et c'est comme quand je me croise dans une glace, je comprends pas comment ça fonctionne, dans quel sens faut l'appréhender. J'y connais rien à rien. Pourtant je voudrais bien apprivoiser un jour ce petit temps d'éternité avant un baiser par exemple, j'en rêve, j'en crève. Je l'ai vu dans un film et ça m'a fait chavirer le cœur tellement que j'ai failli pas m'en remettre.
Ça me gêne cette histoire.
Ça me gêne devant Arthur.
- Bah non, t'sais, les filles ici, bah, elles viennent, et puis elle partent, et puis comme je sais pas parler et tout ça tu vois ...
J'aime quand Arthur parler. Arthur, il sait parler.
Moi j'ai cette façon affreuse de dire les mots qu'à moitié, de les suggérer, surtout de peur de les dire à l'envers comme ça peut encore m'arriver, des fois, parfois. Lui, il les affirme, il les crache, il les massacre, je trouve ça beau, Arthur c'est mon antipode.
- Mais je vois comment elles te regardent, elles ... Comment elles te mangent et tout. Chais pas. C'est Quelque Chose quoi. Et puis Arthur, Arthur Rimbaud.
Je ris.
Chacun son tour.

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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Dim 1 Juin - 15:17


J’ai l’impression d’avoir des mots qui fâchent des trucs qu’il faudrait pas dire. Le genre qui efface les sourires. Et déjà rien que de parler de filles ça crée un blocage. Comme si elles étaient pas les bienvenues et qu’elles avaient rien à faire là, dans le garage à vélos. De toute façon on les voyait jamais par ici. Elles regardaient de loin sans savoir ce qu’il s’y passait. Et qu’est-ce qu’il s’y passait ? Pas grand-chose. Des mots. Des sourires.
C’est tout.
Et puis Simon me dit qu’il sait pas parce qu’elles viennent et qu’elles partent et j’aimerais lui dire qu’elles font toutes ça qu’elles restent jamais parce que y’a toujours un garçon plus beau pour aller lui faire la cour à côté. C’est ce que je me dis.
Lui il m’affirme qu’il sait pas parler. Qu’est-ce que tu racontes ? Je demande. Bien sûr que si que tu sais parler. C’est juste que parfois il a pas toujours les mots ou alors il a les lettres qui se bousculent sur sa langue. Mais ça fait rien, ça. Rien du tout. Il est ce qu’il est et faudrait jamais qu’il devienne quelqu’un d’autre. Un faux Simon, ce serait pas imaginable du tout.
Puis il me dit que les filles me mangent et ça me fait sourire et presque rire. Arrête… Je marmonne à demi-mots. Et sa blague sur Arthur Rimbaud.
J’ai jamais aimé une fille pour de vrai.
Jamais de coup de foudre. Rien. Rien que des bisous dans le cou ou sur le front pour les charmer, pour les faire tomber dans mes bras. Mais tout ce que je leur donne, c’est du rêve. Pas d’amour.
C’est tout.
J’ai jamais été capable de plus parce que j’avais pas le temps de penser à ma mère, à la maison et à moi. Et si en plus il fallait se consacrer à quelqu’un d’autre… Et tu vois, je crois que je préfère mille fois la compagnie de Simon à celle d’une fille (même jolie) – et son visage aussi.
Je crois.
Ou peut-être que ce sont ses sourires qui me perturbent. Peut-être. Mais je chasse cette idée comme on essaie de chasser les souvenirs, parce que je n’y crois pas et que je n’ai pas envie de croire à des sourires qui font naître d’autres sourires. Pas avec lui.
Faudrait les sortir, ces vélos, tu crois pas ? Aller voir le monde au-delà des barrières de la maison. Aller jusqu’au village. Je dis. Tu voudrais aller avec moi ? On pourrait rire. Et emmener d’autres pensionnaires avec nous. Ou rien que tous les deux.
Et nos visages face au soleil.

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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Dim 1 Juin - 15:18

Arthur je l'ai su tout de suite.
Que je pourrais, pouvais tout lui dire de moi, qu'il serait ma tombe et mon puits à secrets. Je le fais pas. Je le fais pas pour moi et mes histoires et je le fais pas non plus pour les filles. Je sais pas comment. Je sais que je peux. Tout dire sans mettre de barrières. Tout dire sans mettre des parenthèses et des trucs pour cacher. Mais je sais pas comment. M'y prendre. Oser. Je peux pas.
Surtout ces histoires de filles qui me travaillent jusqu’au fond de l’estomac.
Je serais gêné de lui demander ça, de lui montrer que j’y pense, et j’y repense, tu penses.
De lui demander. Ce que ça fait de sentir une fille rire sur tes lèvres, sur ce baiser que t’essayes de lui donner par-dessus son hilarité, sans vraiment y arriver. Ce que ça fait, des bisous d’esquimau. Et ce que ça fait, aussi, de sentir que t’as enfin trouvé la pièce du puzzle qui correspond à ton corps, à toi.
Je me tais.
Je me tais et lui il me dit arrête alors je me tais encore plus.
Et moi je sens bien qu’avec ces histoires de filles, ou plutôt ces non-histoires de filles, je sens bien qu’il me regarde, un peu, comme si je passais un test ou une visite médicale. Il m’étudie des yeux et après il donnera une note, peut-être. Une note de potabilité.
Il se dit, qu’est-ce qui pourrait plaire à une fille, là-dedans ?
Là-dedans-moi, là-dedans-Simon.
Ça me fait mal ce regarde qui se demande toutes ces choses-là. Je me sens encombré de mon corps, j’aimerais avoir le droit d’aller me refaire une beauté et puis de revenir en disant ça y est, c’est bon, allez, regarde-moi, je peux plaire à quelqu’un.
Je peux leur plaire, aux filles.
Je peux me plaire.
Je peux te plaire.
Mais peut-être que je suis fou aussi. Il est tellement beau, je voudrais l’être aussi, comme lui, à sa façon bizarre qui laisse tout le monde sur le cul. Genre, non, c’est pas possible. Ça devrait pas exister, Arthur, ta beauté. Les filles, j’arrive de moins en moins à les trouver belles mais lui, c’est instantané.
Arthur t’es beau.
Les cheveux d’ange et puis ces quelques mèches d’or qui se battent sur le haut de son front. Les yeux qui racontent l’océan et la bouche qui sort du lot, qui ressort sur la peau de neige comme dans un mois de décembre. La bouche qui crie sa différence, dont on chérit la rougeur naturelle, ces deux pétales de roses enflammées, qu’on dirait avoir été trop embrassées.
Tornade au ventre.
Qu’est-ce que ça doit être, de l’embrasser.
- Faudrait les sortir, ces vélos, tu crois pas ? Aller voir le monde au-delà des barrières de la maison. Aller jusqu’au village.
Vélos.
Vélos, ça, ça casse mon fantasme, il s’en va au loin très très loin. Peut-être qu’il reviendra au galop, à la prochaine rêverie. Tant pis, j’ai le droit, tant qu’il le sait pas, que ça reste entre moi et moi. Vélos. Vélos et village. Je bloque sur le mot. Je le connais, je l’ai vu dans le dictionnaire, je l’ai vu sur des photos. Le village, c’est comme l’endroit, mais avec d’autres maisons et puis pleins de gens qui sont normaux et qui font des courses et qui se disent bonjour.
Le village, c’est à quelques kilomètres.
Mais le village, c’est à des années lumières et des millions d’étoiles. Le village, c’est intouchable. Le village c’est trop loin pour moi. Finalement j’aime ici. L’espace restreint. J’aime étouffer entre la mer et la pension.
- Tu voudrais aller avec moi ? On pourrait rire. Et emmener d’autres pensionnaires avec nous.
J’aime comme il est prudent avec moi, comme il prend des pincettes, on dirait qu’il a peur de me casser, Arthur il a pas peur de faire mal aux gens parce qu’il trouve que c’est normal, on l’a tellement brisé, mâché, lui, qu’il trouve ça normal. Mais avec moi, il est doux comme un ours, je le vois bien. Et j’aime bien quand on est un nous deux.
Nous deux pourrait aller au village, oui, c’est sûr, de quoi j’ai peur ?
Mais nous deux peut pas, en fait. Parce que c’est comme ça. Ma terre et mon monde, c’est la pension et la mer. Et le balcon et le garage à vélos. C’est comme ça. C’est tout. J’ai pas beaucoup d’ambitions de ce côté-là.
Je me sens bien sur ma terre rétrécie.
Je suis pas très grand de toute façon.
Ici est à ma taille.
Alors je prends une grande inspiration de vie et je lui dis. Mais que par morceaux. Pas aujourd’hui, j’ai dit.
- Non, je … Je peux pas aller au village, moi, c’est pas possible, c’est comme ça.
Et là je me sens tellement seul je te raconte même pas.
Comme si Arthur c’était un fantôme, comme si le monde autour c’était de la poussière, comme si j’étais tout et qu’il n’y avait rien pour me supporter, personne pour me parler, personne pour m’effleurer, j’ai envie de pleurer.
Pour pas pleurer j’ai les mots, j’ai la parole, une distraction.
- Tu sais, dans mon lit le soir j’imagine qu’il y a quelqu’un avec moi, pour me serrer dans ses bras. C’est pas une fille d’ici, c’est peut-être même pas une fille. C’est quelqu’un et c’est déjà bien.
On dirait que je parle à mes chaussettes parce que c’est elles que je regarde mais non, c’est à toi que je m’adresse Rimbaud, à ton cœur en panne et à tes sentiments à la traîne.
On dirait aussi que je parle bien mais ça c’est quand j’ai envie de pleurer et que j’ai pas envie de me mettre à pleurer. C’est mon carburant à mots normaux.
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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Dim 1 Juin - 15:19

Je le regarde avec des yeux qui brillent. Avec l’impatience d’un gosse. Je le regarde avec un sourire aussi. Parce que la seule réponse que j’attends c’est oui, oui évidemment que je veux qu’on y aille ensemble. Et moi j’imagine découvrir le monde avec lui, monde dont on se coupe depuis longtemps. Et lui on dirait qu’il se coupe de la vie et de l’air et des routes et du soleil et des gens depuis un laps de temps qui semble durer infiniment. Puis je crois que ça lui ferait beaucoup de bien, de voir autre chose. D’enfourcher ces saloperies de ferrailles roulantes et de pédaler comme des fous les quelques kilomètres qui nous séparent du village.
Et rire ensemble.
Être ensemble.
Donc je le regarde avec mes yeux qui pétillent si fort qu’on dirait qu’ils supplient. Y a sa poitrine qui se soulève et qui s’affaisse d’un coup. Sourcils qui se froncent de mon côté. Il dit non. Et son excuse c’est qu’il peut pas ou une bêtise du genre. Ah bon. Tu peux pas. Mais dis-moi, qu’est-ce qu’il y a de mieux à faire ici ? Qu’est-ce qu’il y a de mieux à faire que d’enfourcher ces putains de vélos et de pédaler comme des fous ?
Leurs thérapies de groupe ? Les réunions débiles pour nous demander si oui ou non ça va ? Bien sûr que non que ça va pas. Pourquoi tu crois qu’on est là ? Parce qu’on a passé notre vie dans une brume rose avec un sourire candide sur la gueule ?
Non. Mes mâchoires se serrent encore un peu et je crois qu’elles grincent. Mais je me tais et je fais des dessins dans la pellicule de poussière qui saupoudre le sol du garage à vélo. Comme du sucre. Mon silence il étale clairement ma déception. Comme un rêve qu’on balance à la poubelle.
Puis il parle. Encore. Alors je lève les yeux et lui il baisse les siens. Ses sourcils se froncent un peu. Il me dit que le soir, la nuit, il imagine une présence pour l’enlacer et que c’est peut-être pas une fille d’ici et que peut-être bien que c’est pas une fille.
Je me raidis. Le dos qui se redresse. Je reprends mon souffle. Qu’est-ce que je suis censé lui répondre ? En plus ses mots ils coulent du cœur, ça c’est clair, je le sens. Et au ton de sa voix, au ton de sa voix qui s’amincit pour devenir qu’un souffle, je sais qu’il me parle. Pas qu’il me parle comme il me parlerait du soleil qui brille.
Mais il me parle.
Il parle comme quand on avoue un secret ou qu’on a quelque chose d’important à dire. Le genre qui fait accélérer le pouls et transpirer un peu (ça me fait ça, à moi).
Entretemps j’ai arrêté de le regarder.
Et je griffonne le dos de ma main avec mon ongle. Il va peut-être se vexer de mon silence. Je crois que tout le monde l’imagine, et que tout le monde le souhaite. Je murmure. Je crois aussi que personne devrait avoir à rester seul et à rester triste à fixer son plafond la nuit. Et je crois que c’est normal d’avoir besoin de quelqu’un. De quelqu’un pour nous tenir lorsqu’on se sent seul et triste à fixer le plafond quand il fait nuit. C’est vraiment ce que je lui dis.
Et je crois que moi aussi je lui parle avec le cœur. Je crois aussi que c’est mon passé et mon présent douloureusement mélangés qui s’expriment. Évidemment qu’on rêve d’amour et de la chaleur de bras, de mains, de bouches, de corps qui s’enlacent et qui s’aiment en silence. Évidemment qu’on rêve de gestes tendres à la lumière de la lune et aux soupirs du soir.
Mais moi je peux pas lui dire ça.
Je sais pas comment lui parler. Comment me comporter. Je sais même pas comment lui sourire ou le regarder. J’ai peur de l’écorcher. Est-ce que je le regarde comme il aimerait que je le regarde ? Pourquoi tu parles de ça, tout d’un coup, Simon ? La distance physique et mentale entre nous est suffisante. Un centimètre de plus, un mot de travers, ça ferait partir l’autre. Enfin, je dis pas que t’as pas le droit de parler de ça. Je trouve seulement… étrange de le dire. J’ajoute.
Et je passe mon temps à chercher des excuses. Et je passe mon temps à essayer de réparer les pots cassés. Mais c’est vain. C’est vain, c’est inutile. C’est fatiguant.
Il y a quelque chose dont tu voudrais me parler ? Cette fois je le regarde. J’essaie de sourire. Pour l’encourager. Il faut qu’il s’ouvre, un peu.
On peut tout se dire, Simon, non ?

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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Dim 1 Juin - 15:20

Il se tait et c’est comme s’il y avait vraiment plus aucun bruit dans le monde. Comme si c’était le silence absolu. Comme si y avait plus nos cœurs, comme si y avait plus la mer, comme si y avait plus le vent, comme si y avait plus les oiseaux. Plus rien. J’aime pas ce silence et ce regard qu’il veut pas me donner, je trouve ça pas gentil, faut pas qu’il se vexe pour les vélos et le village, moi je peux pas c’est tout et maintenant j’aimerais qu’il me dise des jolies choses, comme que je trouverai une fille un jour ou quelque chose comme ça. Ou qu’il dormira avec moi un jour pour voir.
Un truc du genre.
Un truc qui remonte le moral.
- Je crois que tout le monde l’imagine, et que tout le monde le souhait. Je crois aussi que personne devrait avoir à rester seul et à rester triste à fixer son plafond la nuit. Et je crois que c’est normal d’avoir besoin de quelqu’un. De quelqu’un pour nous tenir lorsqu’on se sent seul et triste à fixer le plafond quand il fait nuit.
On dirait qu’il est tout nu.
Qu’il a enlevé toutes les couches qui le recouvrent et le cachent, cachent ses cicatrices pour oser me dire ça.
Je le trouve beau, je trouve ça beau, ce qu’il me dit, tellement beau que je m’imagine pas prendre mes propres mots cabossés pour lui répondre et dire quelque chose de trop moche. Pour l’instant, je savoure un peu ses belles paroles et puis je pense à nous et nos tristesses, je me dis que c’est bien qu’on se soit trouvés tous les deux, qu’on ait pu s’allier pour leur casser la gueule, à nos tristesses.
On est plus forts tous les deux.
Et on sait faire avec les poings, même si moi je me fais toujours un peu mal.
- Pourquoi tu parles de ça, tout d’un coup, Simon ? Enfin, je dis pas que t’as pas le droit de parler de ça. Je trouve seulement… étrange de le dire.
Je baisse la tête, j’expose ma nuque, je préfère ça plutôt que lui faire voir mon visage et mes yeux qui veulent pleurer. Je le dis parce que c’est triste et que je préfère dire cette chose-là triste plutôt qu’une autre, celle qui nous plane au-dessus de la tête à cause des vélos et du village.
- Il y a quelque chose dont tu voudrais me parler ?
Je relève la tête et je tombe sur sa tentative de sourire.
C’est comme un top départ. À l’aveu qui s’impatiente sur les bords de mon cœur. À ce que j’ai voulu dire à Arthur la première fois que je l’ai vu. Parce que j’ai su direct. Que ses oreilles pouvaient tout entendre parce que son corps avait déjà tout vu.
Pourtant c’est pas un secret mais Arthur il a pas dû écouter. Sinon il aurait su. Que moi je suis l’une des vérités universelles de la pension, je suis sa mascotte et son visage. Tout le monde le sait très bien.
Que je suis né là pour y rester.
Que mon univers est rétréci par rapport à celui des autres, que j’ai passé des années à me demander d’où ils venaient, et les gens, et où ils partaient, les gens. Avant qu’on m’explique que la Terre a beaucoup moins de limites que ce que je pensais, que la Terre, on peut pas en faire le tour comme je le fais le matin - tour de la pension, tour de la plage et puis retour juste à temps pour le petit dej.
On peut pas.
Pour comprendre cette planète comme ils disent et comme ils l’appellent, j’ai regardé des films. J’ai découvert Paris, New York, Londres, j’ai vu des « champs » et des « montagnes ». Ça a élargi mon vocabulaire. Mais ça m’intéresse pas tout ça et faut bien qu’il le sache Arthur. Je peux le suivre nulle part, ni au village ni là où il va quand il s’en va. Quand il s’en va et que moi je reste et je l’attends. J’aime bien comme ça, ça me va amplement.
Et j’espère qu’il y pense.
À moi qui l’attends.
Et j’espère qu’il le sait.
Que moi je pourrais faire ça toute ma vie.
L’attendre.
Pour une fois, je veux que ce soit moi qu’on attende, qu’on entende, et je veux que ce soit lui, qui m’accompagne. Je lui prends la main, c’est comme un support, une béquille. Cette fois il me faudra plus qu’une éternité et une ribambelle de mots pour pas me mettre à pleurer.
- Y a pas quelque chose dont je veux parler, non, c’est pas quelque chose, c’est rien, et puis c’est personne aussi, y a rien ni personne, y a jamais eu personne à part moi, mon premier souvenir c’est moi, moi à deux ans peut-être, moi ici, j’ai toujours été ici, y a pas d’avant pour moi, y a pas de parents, et « après » je sais même pas comment ça s’écrit et ce que ça fait, je suis désolé parce que toi c’est pire je sais, ça fait longtemps que tes cicatrices je les ai vues et moi j’ai rien de ça, mais c’est que c’est pas facile tous les jours d’être rien et de quand même essayer d’être quelque chose, d’avoir jamais embrassé quelqu’un, d’être jamais entré dans un magasin, d’avoir jamais vu une route et puis marché dessus, d’avoir jamais eu quelqu’un à qui écrire et puis aller à la poste pour faire partir la lettre, jamais, jamais rien moi, pardon.
Pardon.
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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Dim 1 Juin - 15:21


J’attends. J’attends qu’il parle et qu’il me dise. Avec Simon je veux prendre le temps. Je veux prendre le temps de l’entendre parler et prononcer chaque mot, chaque lettre. J’ai envie de l’écouter lui et les maladresses de sa grammaire imparfaite, de sa voix qui tremblent, de ses mots qui se chamaillent.
Ses yeux m’évitent, ils regardent le sol. Moi je le fixe, comme un sans-gêne. Je l’observe sous toutes ses coutures : ses cheveux bruns en pagaille au dessus de son front pâle. Ses cils qui s’abaissent, sa bouche qui ne parle pas, son menton incliné, son visage pas complètement adulte. C’est tout ça que je regarde, c’est l’ensemble qu’il forme, ce qu’il est, sa personne.
Sa belle personne.
Ses lèvres s’ouvrent. Il se met à parler. Et je crois que sa voix se met à trembler sérieusement parce que l’émotion lui bloque la respiration ou quelque chose comme ça. Moi j’aimerais lui relever le menton et qu’il me regarde quand il me parle, c’est important le regard. On se dit des tas de choses rien qu’avec les yeux ou les sourcils ou les cernes.
Et il prend ma main.
Je serre ses doigts contre les miens.
Il m’explique. Il m’explique qu’il n’y a pas d’avant, pas de parents, seulement lui et le rien. ‘’ Mais c’est que c’est pas facile tous les jours d’être rien et de quand même essayer d’être quelque chose, d’avoir jamais embrassé quelqu’un, d’être jamais entré dans un magasin, d’avoir jamais vu une route et puis marché dessus, d’avoir jamais eu quelqu’un à qui écrire et puis aller à la poste pour faire partir la lettre, jamais, jamais rien moi, pardon.’’ Il dit ça. Il dit ça aussi et ça me tord le cœur, un peu à la façon dont on essore les torchons. Je fronce les sourcils. Je sais pas quoi dire ni quoi faire ni même comment réagir.
Je sais pas si je dois le prendre dans mes bras.
Lui dire qu’il est quelqu’un. Que c’est pas du vent, que c’est pas du rien. Qu’il a un cœur qui bat et toute sa vie devant lui pour embrasser des gens et rentrer dans des magasins et marcher sur des routes et écrire des lettres et aller à la poste. J’ai l’impression que c’est sa tristesse qui parle quand il me dit toutes ces choses-là. C’est son cœur, c’est son âme qui disent les mots.
Ma main tremble un peu dans la sienne.
On pourra le faire ensemble, tout ça. Si tu veux. J’essaie de sourire. On pourra aller marcher sur des routes pendant des heures et écrire à des gens, on pourra aller dans un supermarché juste pour marcher entre les rayons. On pourra faire toutes ces choses que t’as jamais faites. On peut le faire.
Faut pas que t’aies peur, Simon.
Je pourrais t’embrasser.
Et je crois que c’est ce que j’ai envie de faire et j’ai envie de le prendre dans mes bras, de chasser la tristesse et le froid et amener la chaleur dans son corps. J’ai pas envie qu’il dorme tout seul et j’aimerais qu’on le tienne, qu’on se tienne dans nos bras.
Et t’es pas coincé ici pour la vie, Simon. T’as le droit de partir, tout le monde a le droit de partir. Et j’irai avec toi, j’irai avec toi si tu veux. On passera ce foutu portail avec nos valises sous nos bras et on ira voir le monde. Je souris. Et ma voix promet. Je crois pas que je lui mens quand je lui dis ça. Je me défilerai pas, pas pour lui. Il mérite qu’on prenne soin de lui et qu’on l’aime.
Je m’approche de lui et je défais ma main de son étreinte. J’ai le cœur qui bat et je sais que le sien bat aussi. Qu’il est humain, qu’il est vivant, qu’il est entier. Il faut qu’il comprenne. Il faut qu’il sache qu’ici bas il y a des cerveaux qui rêvent de lui, des yeux qui brillent pour lui, des sourires qui se fracassent pour lui. Et y’a moi, moi dans cette tempête.
Moi qui me penche sur son visage et qui aime sa bouche de la mienne. Moi qui soulève son menton et qui l’embrasse. Moi qui ferme les yeux trop fort pour ma dire que c’est Simon, pour pas y croire, pour pas comprendre, pour pas me demander ce que je suis en train de faire. Moi qui regrette peut-être un peu.
Je m’éloigne de lui. Et je le regarde comme si c’était un inconnu – avec les sourcils qui se froncent. Je le regarde avec les mâchoires et les poings qui se serrent et j’ai envie de quitter ce putain de garage à vélos.
On embrasse pas un garçon.
On embrasse pas un garçon on lui prend pas la main on se comporte pas comme ça on le regarde pas de cette façon on lui promet pas des étoiles et des lunes. On fait pas ça. Je veux bien qu’on se batte qu’on se déchire qu’on s’insulte. Mais pas qu’on s’aime.
Ma main s’écrase contre mon visage et je suis en tailleur, l’index et le pouce qui écrabouillent mes yeux. Je-
La voix se bloque dans ma gorge.
Aide-moi Simon.

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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Dim 1 Juin - 15:22

Je me sens trop petit soudain, à l'étroit dans mon corps d'humain, c'est qu'il y a trop de tristesse et tout ça, en moi, ça bouchonne, et Arthur, je vois qu'il fabrique des phrases dans sa tête et je sais qu'elles vont me caresser gentiment le cœur et les oreilles alors ça va, un peu mieux. Arthur, les autres, il leur parle que pour les insulter, mais avec moi, il sait se tenir et me parler convenablement.
Sa main grelotte, dans la mienne.
- On pourra le faire ensemble, tout ça. Si tu veux. On pourra aller marcher sur des routes pendant des heures et écrire à des gens, on pourra aller dans un supermarché juste pour marcher entre les rayons. On pourra faire toutes ces choses que t’as jamais faites. On peut le faire.
Non.
Ma tête fait non de gauche à droite et puis l'inverse, sans s'arrêter, son sur chacun de ses mots.
Pardon Arthur mais non, routes non, rayons de magasins non, poste non. Je suis pas capable de ça. Tête qui danse de droite à gauche comme un non qui n'arrive pas à être dit mais qui est crié par mon corps tout entier. Et je remarque qu'il parle pas de d'embrasser, de m'embrasser, j'essaie de pas y penser.
Mais dans le fond de mon cœur.
C'est très triste.
- Et t’es pas coincé ici pour la vie, Simon. T’as le droit de partir, tout le monde a le droit de partir. Et j’irai avec toi, j’irai avec toi si tu veux. On passera ce foutu portail avec nos valises sous nos bras et on ira voir le monde.
C'est beau mais c'est trop, le sanglot monte dans ma gorge et il va m'exploser aux yeux et je vais pleurer de toutes mes forces, ça va être très sale et moche.
Il lâche ma main.
Il s'approche.
Il s'approche de plus en plus et je crois que je suis en train de vivre une des choses que j'attendais le plus dans ma vie - ce temps suspendu avant la collision des lèvres, l'accident du baiser. Je me dis c'est beau et je me dis c'est trop long. Et puis je trouve ça étrange de voir quelqu'un d'aussi près, c'est nouveau. Je vois tout le visage d'Arthur, je vois tout ce qui s'y passe,
ses yeux qui me regardent et qui vont bientôt être si proches des miens que j'aurais du mal à les voir encore,
et,
sa bouche qui se prépare à m'embrasser.
C'est très beau tout ça mais c'est un peu trop comme un rêve. Et puis je vois plus rien. Mais je sens tout. Sa main qui a dirigé mon menton et qui est restée là, sa bouche qui danse contre la mienne. Je sais pas ce que ça me fait, ça ...
Me fait beaucoup de choses, trop de choses à la fois, et puis des choses qui me sont jamais arrivées avant, des choses pour lesquelles j'ai pas encore de mots.
Je voudrais que ça continue pour toujours.
Je voudrais lui dire que j'aime les garçons.
Que c'est lui le garçon que j'aime.
Mais ça s'arrête et on retourne à la vie.
Je le regarde, je le retrouve. Sa bouche bute sur le pronom personnel et arrête là tout effort de parole. Ses yeux ont l'air de me dire que c'est de ma faute. On dirait qu'il s'en veut, qu'il se déçoit, on disait qu'il veut partir et d'ailleurs je sais même pas pourquoi il reste. Parce que je suis son ami. Et qu'il veut qu'on continue de l'être.
Pas des amoureux mais des amis.
Je sais qu'Arthur c'est les filles qu'il aime. Parfois quand il s'en va et que moi je reste là, il en emmène une avec lui. Et je sais jamais où ils vont, mais je sais ce qu'ils vont faire.
Je les déteste les filles, à ce moment exact, elles me volent Arthur. Il les oblige à le garder pour elles et moi je me sens tout con. Peut-être qu'on ira, sur la route et à la poste, mais ce sera jamais lui, les bras que je désire tant la nuit, cette nuit encore il va falloir que je me serre tout seul dans mes bras, et il m'embrassera plus.
Je trouve ça triste, un baiser regretté.
Une histoire d'amour avortée.
Je trouve ça triste, qu'Arthur il se permette pas d'embrasser qui il veut. De toute façon y a qu'un seul contact qu'Arthur aime, celui qui fait mal - les coups -, faut pas lui en vouloir, il connaît que ça, ses coups de poing sont ses caresses, ses insultes des déclarations d'amour, c'est comme ça qu'il faut le prendre. Je peux déjà m'estimer heureux d'avoir eu droit à cet avant-goût de ses lèvres, je le suis, d'ailleurs, mais je sens aussi que ça va pas, qu'un orage se prépare alors je garde mon bonheur dans mon coin.
J'ouvre la bouche.
Pourquoi tu veux pas m'aimer ?
Non - je dis plutôt :
- Pardon.
Je ravale tout ce qui gronde à la surface, un long processus de quelques secondes, et je me lance, c'est à moi de sauver l'après-midi, de sauver l'amitié :
- Bon alors, on les ressuscite ces vélos oui ou non ? Fais pas cette tête Art, c'est pas grave, j'le dirai à personne ... Et puis la prochaine fois qu'tu veux me réconforter, un twix ça suffira.
Menteur, branleur.
J'ai peur, j'ai peur des vélos, de l'autre monde vers lequel on va rouler, mais faut pas que ça se voie, c'est pas le moment.
Mes mains sont froides, il faudrait qu'elles prennent le soleil.
Et ma bouche, elle brûle.
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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Dim 1 Juin - 17:34

Je me mets à ronger mes ongles presque nerveusement et j’oublie même de le regarder. Oh Simon. Il doit me détester, me haïr d’oser me comporter comme ça avec lui. Et moi aussi je me déteste de me comporter comme ça, de pas assumer ce que je pense, ce que je ressens. De pas assumer mon cœur qui palpite et mes mains qui tremblent. Je suis désolant et triste à crever quand je me tiens comme ça, tout recroquevillé sur moi-même, en proie à l’angoisse.
Il dit pardon.
Il dit pardon et moi ça me fait déglutir et lever les yeux vers lui. Pourquoi il dit ça ? C’est à moi de m’excuser. C’est à moi de m’excuser parce que je lui offre des bouts de rêves, de belles illusions. Ce ne sont même pas des illusions. C’est concret. Je l’ai touché. Je lui ai donné ce qu’il n’a jamais eu. Est-ce qu’il voudra me reparler après ça ? Est-ce qu’on retournera au garage, est-ce qu’on retournera lire ensemble à la bibliothèque, est-ce qu’on continuera à s’asseoir à la même table le matin le midi et le soir ?
Pourquoi tu me cognes pas, Simon ?
Pourquoi tu m’envoies pas tes poings dans le visage ? Je sais que tu le fais bien. Que t’as pas peur des coups qui blessent. T’as moins peur d’eux que des mots et des gestes tendres. Je le sais. Je l’ai tout de suite compris, ça. Je l’ai vu au brasier ardent dans tes yeux, je l’ai vu à tes doigts qui tremblaient parfois, je l’ai vu à la façon que tu as de contenir ta colère.
T’es grand, Simon.
Moi je sais pas faire. Moi j’explose toujours. Et là je te copie et j’essaie de rester calme. La gorge sèche. La langue pâteuse. Puis il me dit d’aller ressusciter les vélos. Et qu’il dira rien à personne. Alors il devine ma honte. On peut décidément rien lui cacher. Il sait tout. Il comprend tout.
Quel imbécile je fais avec mes maladresses.
Je suis désolé Simon. Je dis. Il parle de réconfort mais moi j’aimerais lui dire que je cherchais pas à le réconforter. Je faisais ça parce que je voulais que la première personne à l’embrasser soit quelqu’un qui l’aime. Et j’en ai eu envie. Je suis pas allé contre mon cœur. Seulement contre ma pensée. Oui, prenons ces vélos.
J’ose un sourire. Un sourire franc. Et je chasse l’image de son visage qui se rapproche du mien. Je tente d’oublier ma main sous son menton et mes paupières fermées si fort jusqu’à faire mal pour ne rien voir. Je me lève et je sors un vélo de l’ombre. Des toiles d’araignées sont accrochées partout dans les roues et sur le guidon. Il est recouvert de poussière. On dirait qu’il a cent ans. T’es sûr de vouloir y aller ? Tu vas pas te défiler à l’entrée du portail et t’enfuir ?
Le ton de ma voix se fait légèrement inquisiteur. Encore un pas de travers. Il a toutes les raisons du monde de pas vouloir y aller. Il a toutes les raisons du monde de pas vouloir sortir, et encore moins passer tout ce temps avec moi. Du revers de la manche, j’efface la pellicule de poussière et j’ouvre en grand la porte du garage à vélos.
Faites entrer la lumière.
Elle m’éblouit.
J’enfourche mon vélo que je guide à l’extérieur. Je vacille un peu de chaque côté. Ça fait des années que je ne suis pas monté là-dessus. J’ai été plus habitué à courir comme un dingue dans les rues pour échapper aux dangers. Faut qu’on sorte de là en douce. Le personnel ne laisserait jamais deux mineurs s’enfuir. Et j’aimais l’idée d’être comme un hors-la-loi dans cette pension. Et franchir ce portail faisait battre mon cœur plus fort.
Alors j’appuie à fond sur les pédales de ma bicyclette et je jette de temps en temps quelques regards en arrière pour être sûr que Simon s’est pas enfui dans l’autre sens. L’excitation me fait presque oublier l’accident du garage (et ça me déplaît de qualifier ça d’accident). Le portail, devant nous. Une grande porte de fer forgé. Je souris comme un fou à Simon.
Encore quelques coups sur les pédales. L’extérieur. On dirait que l’air change. On dirait qu’on n’étouffe moins. On voit la plage en face et on entend le bruit des vagues et des oiseaux. J’ai envie de crier. C’est la route, Simon. C’est la route. Tu peux descendre de ton vélo et marcher dessus si tu veux.
Je le regarde.
Mes yeux sont tendres. Ils débordent d’affection. Je crois que je le guide vers la vie. Mes cheveux s’affolent sur mon crâne et je fais pivoter mon menton à droite et à gauche. Bon, alors, par où tu veux aller, Simon ?
J’aime dire son prénom.

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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Dim 1 Juin - 19:26


La boule de sanglot est toujours là dans ma gorge, et quand Arthur me dit qu'il est désolé elle est toute contente prête à sauter, elle me le dit, elle dit, c'est mon tour, c'est mon tour. Mais moi je veux pas pleurer, faut pas pleurer, c'est pas grave, je trouverai d'autres gens à embrasser maintenant que j'ai compris comment ça fonctionne, et puis on va aller faire du vélo, voilà.
- Oui, prenons ces vélos.
Son sourire.
Son sourire me brise le cœur.
C'est un sourire qui dit des choses que personne d'autre pourrait comprendre, personne à part nous. C'est un sourire qui dit, allez, on fait semblant, on fait semblant qu'Arthur a pas embrassé Simon, on fait semblant que Simon est pas très sûr de pouvoir passer le portail.
On fait semblant que Simon a pas envie de pleurer.
Haut les coeurs.
Arthur choisit un vélo qui a des allures de vieillard et ça a pas l'air de le gêner. Moi, je me demande comment on va faire pour affronter le Nouveau Monde sur des trucs pareils.
- T’es sûr de vouloir y aller ? Tu vas pas te défiler à l’entrée du portail et t’enfuir ?
Et si je le faisais tu ferais quoi ? Tu me rattraperais ? Tu me dirais pleins de belles choses comme tout à l'heure, tu me ferais un bisou ou tu me casserais la gueule ? Ou tu ferais rien du tout et tu partirais tout seul ? Est-ce que tu serais capable de me laisser pourrir ici ? Est-ce que t'es encore capable d'être celui que j'attends, tout le temps ?
Je ...
Merde.
Je me choisis un vélo qui est rose, je le trouve très bien, très joie.
Du vélo, j'en ai fait une fois, c'était avant qu'Arthur arrive pour la première fois. Il y avait un vieux monsieur, il y avait des vélos, il y avait moi. J'ai appris le vélo. Les pédales, le guidon. L'équilibre bancal et miraculeux. Frapper les pédales pour avancer. Si ça se trouve j'ai oublié. Si ça se trouve je vais pas pouvoir décoller. Je marche à côté du vélo pour aller jusqu'au portail, comme à côté d'un copain.
J'espère qu'il va pas me trahir.
(Le vélo-copain.)
Arthur joue à faire le voyou qui s'échappe du foyer et moi je suis incapable d'être autre chose que Simon, Simon orphelin peureux ignare amoureux débutant naïf.
Portail.
Monde.
Je sais pas ce qu'on peut voir autour de nous mais je sais d'avance que c'est trop, trop de goudron, troptroptrop, je réduis mon champs de vision à Arthur, Arthur sur son vélo, à fond les ballons, avec moi qui tangue derrière sur engin rosé, Arthur avec le vent dans le visage, un vent comme je l'ai jamais vu, un vent qui vient pas de la mer mais de la ville ou d'ailleurs où j'ai jamais mis les pieds.
Arthur Arthur.
Je supprime le reste.
Il crie.
- C’est la route, Simon. C’est la route. Tu peux descendre de ton vélo et marcher dessus si tu veux.
Il a l'air fou, il a l'air heureux, il est beau, mes lèvres s'en rappellent encore.
- Bon, alors, par où tu veux aller, Simon ?
Mon cœur est comme un oiseau enfermé dans une trop petite cage, ça volette là-dedans, ça veut sortir, ça veut s'en aller, ça veut retourner de là où ça vient. Mon cœur. Mon cœur, s'il faisait pas autant de bruit dans ma poitrine, je jurerait qu'il est parti, qu'il est mort, qu'il a pas supporté le choc du passage du portail. J'ai vu tellement de gens le faire. J'ai vu Arthur le faire. Et je l'ai fait. Avec lui, avec Arthur.
Ça vaut bien un coup d’œil.
Je quitte les yeux-océan d'Arthur, je quitte le familier pour l'inconnu. J'ai un coup au cœur. Je sais pas si c'est beau. Je sais pas si toute la terre est comme cette route déserte avec la mer en paysage de fond.
Je sais pas ce que c'est.
Je sais pas ce que j'ai.
Le vélo tombe, ça fait un bruit de mort.
Et moi je marche sur terre.
Je regarde par terre d'abord. C'est noir, c'est une longue bande noire cette route, comme du sparadrap, mais en noir comme du cuir. Avec des traits blancs au milieu, pour que les voitures se marchent pas dessus je crois. C'est noir, comme le ciel la nuit mais sans les étoiles et du coup je trouve ça un peu moche.
Tant pis.
Je m'attendais pas au paradis.
Sur les bords de la route y a rien, un espèce de champs qu'on a coupé trop court, et puis au-dessus de nous y a le ciel qui est encore très bleu à cette heure-là avec le soleil qui se la pète et qui est vachement beau, comme toujours.
Je fais le tourbillon.
Je tourne sur moi-même pour tout voir en même temps, toutes les choses les unes après les autres, ça fait tourner la tête toute cette vie, toute cette Terre, tout ce qui existe, et c'est que le début. Et on fait quoi, alors, Simon, on va où dans cette vie ?
Je me sens vertige.
- Je sais pas, on ... On pourrait peut-être rester là pour commencer, non ?
J'ai la voix qui s'amuse à chavirer et le corps qui fait semblant de s'assoir en tombant sur l'asphalte.
Je m'en veux de réagir comme ça. J'ai dix-sept ans, je suis censé être un début d'homme. Et j'ai l'air d'une gamine qui a peur du monde. Je voudrais ressembler à quelqu'un qu'on a envie d'embrasser, pas à ce tas de corps affalé sur le bitume.
Je voudrais être une fille qu'Arthur se donnerait le droit d'aimer.
Je sais qu'il voulait m'embrasser. Sinon il l'aurait pas fait. Je trouve ça dommage qu'il veuille pas recommencer juste parce que je suis un garçon et qu'il a décidé qu'il aimait que les filles, je voudrais lui dire qu'il a le droit d'aimer qui il veut.
Je me sens tout petit.
C'est rien, en fait, d'être Simon.
Je lève la tête, je trouve Arthur, je me sens un peu moins perdu dans le monde mais toujours un peu égaré côté cœur.
- C'est beau hein ?
Je crois vraiment que ça l'est.
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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Lun 2 Juin - 15:17

Dès lors que son vélo rose touche le bitume, mes yeux se braquent sur lui et je me calme presque instinctivement. Je sais que c’est un truc important pour lui de se trouver là, hors de ce portail. C’est sortir de sa prison dorée et de prendre l’air pour la première fois depuis quinze ans. C’est sentir un air nouveau s’engouffrer dans ses poumons et marcher sur autre chose que du vieux parquet et de l’herbe parfaitement tondue.
Je pose mes coudes sur le guidon et mes pieds touchent le sol. Je le fixe et je le laisse découvrir. Lui, lui il arrête de me regarder et il lâche son vélo rose qui tombe sur le bitume. Ça fait ferraille qui s’effondre. Et il marche. Je vois ses jambes qui se plient et se déplient et ses pieds qui marchent sur le bitume. Et il tourne, il tourne sur lui-même, les bras en croix, et son visage qui devient un peu flou et moi qui a du mal à suivre ses gestes de garçon rêveur.
Après son manège il se laisse tomber, les fesses sur la bande noire de devant le portail. Il propose de rester ici pour commencer. Moi je fronce les sourcils.
Ça veut dire non.
Ça veut dire non on reste pas là, prends moi la main, monte derrière moi, viens on va voir le monde, la terre, la vie. Viens on va goûter au ciel et viens on va rire, on va rire et aimer vivre. On va oublier pendant quelques instants les blessures sur les avants bras, les bleus au corps, les bleus à l’âme.
Puis il dit c’est beau. C’est beau, hein. Parce que peut-être qu’il est pas sûr que c’est vraiment beau autour de lui. Parce que c’est vrai, c’est quoi le charme d’une route, c’est quoi le charme du bitume ? C’est se dire que si on roule suffisamment longtemps dessus on arrivera loin, très loin. Qu’on peut s’enfuir, partir. Est-ce que tu veux t’enfuir avec moi, Simon ?
Oui c’est beau. Sourire. Encore. Moi je crois en la thérapie par le sourire. Je me dis que savoir sourire et faire sourire c’est important. Qu’il faudrait pas toujours faire la gueule et baisser les yeux, non. Je descends de mon vélo et je rejoins Simon assis sur la route qui doit avoir la tête qui tourne après l’épisode de son corps qui tourbillonne dans l’air. Je me penche sur lui et j’ai envie de tenir son visage entre mes mains ou bien de tenir son corps contre moi.
En cet instant précis je chéris son innocence. Il est beau parce qu’il est pur. Parce qu’il n’a pas le cerveau erroné et enlaidi par la vie. Il est beau parce qu’il ne connaît rien du monde et qu’il contemple avec des yeux d’enfants, avec les yeux de celui qui n’a jamais vu et qui déploie ses paupières pour la première fois. Il faudrait qu’on dessine ses yeux ou qu’on écrive un poème là-dessus.
Les yeux de Simon.
On parlerait d’un corps qui tourne et d’yeux qui se perdent et d’un nouveau monde et de pieds sur l’asphalte. On parlerait de morceaux d’étoiles dans les pupilles. On parlerait de tout ça mais avec des mots beaucoup plus jolis que les miens.
Des mots qui riment, des mots qui parlent. Des mots comme ceux de Simon. Ma main glisse dans la sienne et je le relève. Je serre un peu mes doigts contre sa peau. Ici, on est hors de la pension. Alors je m’en fiche, personne ne peut nous voir, personne ne peut savoir ou se douter. Et moi j’ai l’impression de respirer quand je tiens sa main. J’ai l’impression de vivre un peu plus fort ou quelque chose comme ça. Allez, suis-moi, on va découvrir le monde. Je murmure.
Je le lâche et je vais lui relever son vélo que je fais rouler jusqu’à lui. Je remonte sur le mien. De la fenêtre de ma chambre j’ai vu qu’il y avait des champs à quelques centaines de mètres de la pension. On pourrait s’y rendre, et poser les vélos et s’allonger et parler. Profiter d’être ensemble.
J’appuie sur mes pieds et j’avance. Je crois que j’ai un sourire béat sur les lèvres en plus de mes yeux qui pétillent et du vent dans mes cheveux. Je fais rouler ma vieille ferraille et je ralentis de temps en temps pour attendre Simon qui semble moins à l’aise avec sa bicyclette rose. Pourquoi un vélo rose ? Je demande.
Et puis après quelques minutes, un champ. Il s’étend devant nous, immense. Je pose mon vélo contre le talus. Je m’assieds, les fesses posées dans l’herbe humide. Ça fait un bien fou de sortir, tu sais. Je dis. Parce qu’on est bien, là-bas, mais l’extérieur ça manque, parfois. Ça fait déjà un mois que j’ai pas vu la mère et l’appartement et les rues sales de la ville. Tu trouves pas que la vie va vite ? Je demande.
J’aime lui parler de la vie et de ces choses qui ont plus ou moins d’intérêt. J’aime lui poser des questions et connaître son avis, sa pensée.
C’est quand ton anniversaire ?
Peut-être qu’on est nés le même jour. Mais qu’est-ce qu’il aime, Simon ?
J’étends mon corps dans l’herbe et je regarde le bleu du ciel. Je me tais – pour le laisser parler. Ça faisait longtemps que je n’avais pas ressenti ça. Ma respiration qui se calme, mon souffle qui s’allonge. Et le frisson dans le ventre. L’envie d’exister.

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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Lun 2 Juin - 19:22


C'est ce que je dis, « c'est beau ». Mais comment je pourrais savoir ? C'est la première route que je vois de toute ma vie. C'est la première route que je peux toucher, avec les mains, avec les yeux. En fait des routes, j'en ai vues, mais à la télé, et j'ai jamais trouvé ça formidable. Y a une connotation trop triste. La route c'est des gens qui s'en vont, la route c'est des gens qui sont abandonnés. J'espère qu'Arthur me fera pas ça. Je mourrais sur place. Et lui il s'en remettrait, il se remettrait d'aplomb, avec tout ce qu'il s'est mangé dans le cœur depuis qu'il existe.
(Tu penses.
C'est un survivant.)
La route c'est la solitude. Comme River Phoenix dans le film où il est amoureux de son meilleur ami, et qu'il lui dit « I could love someone even if I, you know, wasn't paid for it... I love you, and... you don't pay me », et que c'est tellement beau. Je me sens très River Phoenix à ce moment-là, surtout quand il dit « This road will never end. It probably goes all around the world ». Cette route que les gens prennent pour quitter l'endroit, cette route-là, pour moi, on dirait qu'elle a pas de bout.
J'aime bien quand les choses ont un bout.
Ça veut dire qu'on est pas trop perdu.
- Oui c’est beau.
Arthur dit que c'est beau, c'est pas quelque chose qu'il dit souvent, alors soudain, cette route, je la regarde bien dans toute sa grandeur et puis je la trouve magnifique. Vraiment. J'ai envie de rester là des heures avec Arthur à la regarder et à l'aimer, c'est une route, je suis sûre qu'elle se laisserait faire elle, ça doit en voir passer, des choses et des sentiments, une route comme celle-là.
Et puis personne dit non à un petit peu d'amour.
Il prend ma main, Arthur, il a dû décider tout seul qu'on resterait pas ici, il me tire vers lui pour me relever mais Arthur, Arthur à chaque fois qu'il me touche, moi j'ai plutôt l'impression de tomber. Tomber des nues. Tomber d'amour.
- Allez, suis-moi, on va découvrir le monde.
Il dit ça tout près de mon visage, rien que pour moi, le monde, il peut toujours tendre l'oreille, c'est pour moi j'ai dit. Et il tient toujours ma main dans la sienne.
Ça, c'est cadeau je crois.
Aussi il ramasse mon vélo et il me le mets dans les mains, façon de dire tu discutes pas, comme tout à l'heure pour le garage à vélos, sauf que là c'est pas pareil, c'est autre chose, il veut qu'on aille se taper le monde et moi je sais pas si j'en suis capable.
Quoique.
Pour lui.
- Pourquoi un vélo rose ?
J'ai une blague-révélation au bout des lèvres, rose parce que j'suis pédé, pédé de toi, mais je dis rien, je l'ai dit, que je dirai rien, ni à lui ni à personne, ce baiser, c'est un souvenir à enterrer avec les autres, dans la case : souvenir qui fait mal cœur/qui répare l'âme. Je dis rien alors.
Je fais prendre de l'assurance et de la vitesse à mon vélo en essayant de pas faire trop attention à toutes les nouveautés qui se jouent autour de moi - route, ciel qui change et pension dans mon dos. Champs à perte de vue. Stop.
Stop.
Je descends-dégringole de mon vélo comme si moi-même je m'y attendais pas, je me laisse prendre au jeu de cette nouvelle terre. C'est de l'herbe par terre, comme dans le jardin de la pension, mais une herbe qui est plus sauvage, une herbe qui dit non à l'intervention humaine et oui aux petites fleurs qui se sont imposées un peu illégalement.
Arthur parle.
Il me dit des choses auxquelles je réponds pas, je suis trop occupé à admirer ses traits à scruter les oiseaux dans le ciel à guetter les voitures. C'est trop pour moi, j'ai envie de dormir contre quelqu'un.
Il s'allonge, je m'allonge.
Nous sommes comme deux crayons posés par terre, deux droites parallèles qui ne doivent pas se couper, pas se toucher. Je fais attention à seulement l'effleurer, à laisser un millimètre bien calculé entre nos deux têtes, nos mains dans l'herbe, sinon, il va se fâcher, on va encore se taper.
Il me dit, c'est quand ton anniversaire.
- Ils m'ont dit que c'était le dix-huit décembre mais tu sais je sais pas si c'est vrai. Je crois que si. Parce que j'ai tout le temps froid tu sais, même quand t'es gentil avec moi. Et toi c'est quand ? Je t'emmènerai au restaurant pour tes dix-huit ans.
Lui, ça doit être quelque part pendant l'été, dans sa date d'anniversaire il y a forcément une histoire de soleil et de chaleur sinon, quand je suis avec lui, j'aurais pas cette impression de briller et de briller avec lui.
Tu brilles.
Et moi aussi avec toi.
Je tourne la tête et je manque de frôler son nez du mien. Alors je rougis, ça c'est sûr. Je suis comme la petite fleur là qui sépare nos mains.
- Arthur, tu veux fabriquer quelque chose avec moi oui ou non ?
Fabriquer-bâtir.
Une histoire.
Un truc qu'on se racontera encore dans des années et qui résistera aux tempêtes à la pension aux coups de couteaux aux baisers donnés sans réfléchir.
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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Mar 3 Juin - 16:04

Voilà. On est là, tous les deux. On a nos corps étendus l’un à côté de l’autre et ce qui est drôle c’est qu’à chaque fois on a une espèce de limite à placer entre nous et qu’on tâche de ne jamais dépasser (enfin moi c’est ce que j’essaie de faire). Enfin c’est pas tellement drôle. Surtout que je sais, enfin je crois savoir, que la distance c’est à cause de moi. c’est à cause de mes lèvres sur les siennes dans le garage à vélos. C’est à cause de certains de ses regards que j’évite. C’est à cause de moments où j’ai le ton trop sec, trop froid. Je me sens un peu nul et un peu con, parce que si ça se trouve on pourrait faire sans la limite.
Mais moi…
Je sais pas si je peux le faire. Je sais pas si j’ai le courage, si je pourrais lui prendre la main, lui toucher le visage, lui caresser les cheveux. Alors je préfère frôler l’herbe. Et en arracher les brins un à un ou par petites poignées. Je crois que tout le monde a cette satanée habitude de ne jamais savoir que faire de ses mains. Alors on arrache l’herbe et les fleurs. Ou alors on se gratte le poignet et puis le nez. Parfois on se frotte les yeux après avoir trop regardé le soleil.
Moi j’aime regarder le soleil.
Et ne plus rien voir après. Ne plus rien avoir après que l’éclat du soleil dans les yeux. C’est l’aveuglement.
Et puis Simon me dit que son anniversaire c’est le dix-huit décembre. Je compte et ça fait trois jours avant l’hiver. Il me dit qu’il m’emmènerait au restaurant pour mes dix-huit ans. Ça me fait sourire. Mais un sourire-amer.
J’ai dix-huit ans dans deux semaines.
Je suis né le dix-sept juin. Et j’accepte ton invitation au restaurant.
J’ai dix-huit ans dans deux semaines. Et ça me fait peur. J’ai pas l’impression d’être un adulte. J’ai même pas fini l’école, j’ai l’impression que mon existence est en pause. Mais c’est pas une impression. Qu’est-ce que je fais ? Je suis là. J’attends. J’attends que la douleur s’en aille, j’attends que les cicatrices disparaissent. C’est une question de temps. Déjà un mois sans coups sur le visage. Déjà un mois sans coups sur le corps et dans les genoux.
Ouf.
Ça me décoince la respiration de penser ça. Tout va aller mieux.
Tout
Va
Aller
Mieux.
Tout va aller mieux. C’est ce qui se tourne dans ma tête comme une chanson qu’on répète (je vais finir par m’en lasser). Allez, donnons-nous l’occasion de croire au bonheur, au moins un peu. Et puis quel goût ça a ? Est-ce que le bonheur c’est ça ? être allongé à côté de Simon et me cramer les yeux au soleil et sentir son corps qui respire à quelques millimètres de moi.
Son visage se tourne vers moi alors je le regarde. Et son nez touche presque le mien. Ses joues s’enflamment. Pourquoi mon cœur tu bats plus vite. Il suffit que je bouge un peu l’index pour toucher l’intérieur de sa main. Il suffit que je me penche un peu pour l’embrasser encore. Lui il m’embrassera plus jamais, lui il voudra plus jamais faire ça.
Parce que j’ai merdé et que je l’ai regardé avec les yeux du regret et de la honte. Le débile. Il me dit Arthur tu veux fabriquer quelque chose avec moi oui ou non. Il a le ton décidé, du genre qui te laisse pas réfléchir longtemps. Je fronce les sourcils. Oui ou non.
Non.
Oui.
Je sais pas.
Fabriquer quoi ? Je crois que j’étais censé répondre oui. Qu’est-ce qu’il me chante Simon ? Fabriquer une maison, une histoire, nous fabriquer nous-mêmes. Je fronce les sourcils. Et j’ose avancer mon index. Et j’ose prendre sa main et passer au dessus de cette foutue limite. Voilà je lui prends la main et j’enlace mes doigts aux siens.
Qu’est-ce que je fais ?
Et depuis tout ce temps je le regarde. Je suis désolé. Je fais n’importe quoi avec toi. Les mots franchissent ma bouche par accident. Et je parle sans réfléchir. Je parle parce que parfois mon cœur tambourine trop fort et puis il faut le laisser s’exprimer. Enfin je crois que je fais n’importe quoi.
Je t’aime pas Simon je t’aime trop je t’aime pas Simon je t’aime trop. Je sais même pas si je t’aime et je crois que je fais tout de travers. À chaque fois que je te parle trop avec le cœur je piétine le tien.
Je romps le contact visuel.
Je préfère regarder le soleil.
Ça fait moins mal. Et au moins je culpabilise pas. Aucun risque de le blesser, le soleil. Aucun risque de le regarder trop tendre trop fort trop mal. Je serre fort ses doigts dans les miens. Un peu comme si j’essayais de lui transmettre le nœud de sentiments à l’intérieur de moi. Le maelström de sensations sur ma peau dans mon corps.
Et je lâche sa main. Je la laisse seulement posée dessus. Je ne veux pas la tenir. J’attends qu’il fasse quelque chose ou qu’il me dise quelque chose. Moi je me trompe. J’agis pas comme il faudrait, je trébuche à chaque fois et je me rattrape dans les mains de Simon.
Raconte-moi une histoire. S’il te plaît.
Parle-moi de tout, Simon. Parle-moi de tout ce que tu veux, de ce que t’aimes et de ce que tu détestes. Raconte-moi l’esquisse de ton enfance, ton premier amour, tes premiers émois.
Mais surtout.
Ne parle pas de nous.

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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Mar 3 Juin - 18:51


Ses doigts me quittent et me déquittent, jouent avec les miens comme à la corde à sauter et moi je tombe dans le vide. Il dit qu'il fait n'importe quoi avec moi et je trouve que c'est un peu vrai mais ça me ferait un peu de peine de lui dire. Et puis c'est un peu de ma faute aussi. Si j'étais pas autant de travers dans ma tête. Et si j'étais une fille. Tout ça. C'est triste. Mais j'aurais dû être fabriqué d'une autre manière.
Fabriqué.
Fabriquer.
Fabriquer quoi ?
C'est ce qu'il a dit, avant de fourrer sa main dans la mienne, et j'y pense encore depuis quelques secondes ça tourne en boucle dans ma tête et j'arrive plus à arrêter la musique. Fabriquer quoi ? Oh, rien, va. On va continuer comme ça. Amis dans la vie, amants dans la nuit, ou même rien du tout la nuit si tu préfères comme ça, si tu préfères les filles.
Fabriquer quoi ?
Rien t'en fais pas.
Je laisse couler je laisse filer je me concentre sur les nuages. Ici ils ont l'air plus gris que vus de la fenêtre de ma chambre, ma chambre la même depuis toujours. Ici. Ici-dehors. Ici-vie. C'est drôle et c'est bizarre, je suis dans le monde pour la première fois et tout ce qui m'envahit la tête c'est Arthur. Arthur couteau et Arthur coton. Arthur qui pose sa main sur la mienne comme pour dire : c'est déjà trop.
Mais bon.
C'est comme ça.
Arthur et bientôt dix-huit ans.
Dix-sept juin il a dit, dix-sept juin je compte dans ma tête. Trois plus quinze font dix-sept, c'est dans deux semaines. J'ai posé la question à temps. Dix-sept juin, c'est six mois et un jour plus vieux que moi. Juin/décembre : je suis sa moitié d'année, je suis son hiver et lui mon été. Quand il aura dix-huit ans et une demie année, j'aurai dix-huit ans moins un jour. On a été bien calculés, Arthur et moi, on a été écrits pour se trouver, ou plutôt pour se rentrer dedans.
Mais Arthur c'est ma plus belle collision.
Arthur et bientôt dix-huit qui me dit avec une voix de petit garçon comme s'il était fatigué et que je devais être son conte de bonne nuit :
- Raconte-moi une histoire. S’il te plaît.
Je pourrais dire de la merde.
Je pourrais dire pour ton anniversaire je vais pas t'inviter au restaurant je ferai encore mieux que ça.
Je pourrais dire le ciel est bleu de ce côté-là de la pension.
Je pourrais dire j'ai envie de chanter une chanson qui s'appelle Le Quart de Ton et qui est sans paroles.
Je pourrais dire que j'aime être en pyjama.

J'pourrais.

- C'est l'histoire d'un hicopampe-garçon qui est à part. Les autres hicopampes, même s'ils s'entendent pas toujours, ils forment quand même une unité là sous la mer, et lui, bah lui il est pas foutu de se greffer au groupe, et les rares fois où il y arrive, il finit toujours par se perdre. C'est un drôle d'hicopampe. Parfois son corps prend peur, tout seul, comme un grand. Il se met à angoisser à tout berzingue sans raison apparente, les raisons, elles sont cachées sous le tas de sourires. La plupart, elles sont introuvables, il laisse la vague de douleur dans la poitrine monter, descendre, monter, descendre, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que l’écume, et puis plus rien du tout. Mais ça c’est long et avant … y a du temps pour d’autres choses - essayer de se courber dans l’autre sens que celui de la douleur, de démêler les nœuds. Un jour il y a un autre hicopampe-garçon qui arrive. Lui aussi c’est un outsider de la mer, alors avec l’autre, celui du début, ils décident de former leur unité à eux, à deux. Le nouvel ami, le nouvel arrivant, c’est un hicopampe grand et musclé qui a l’air taillé pour sortir hicopampe-début de son mal-être. Il est très beau aussi, et parfois hicopampe-début se demande s’il existe vraiment, il se dit : c’est un rêve, il est un rêve, il se questionne sur son existence, sa subjectivité, sa réalité en tant qu’hicopampe-musclé. Il a peur, des fois, qu’il n’existe plus. Et s’il existe plus, alors là, hicopampe-garçon-début disparait illico parce que la vie sans hicopampe-musclé, c’est plus la vie, c’est même la non-vie. Ils disent des trucs super cools dans leurs discussions comme : dans les films le mec court jamais après la fille, pourtant ça doit être terriblement beau d’essayer de retenir quelqu’un. Des trucs comme ça. Les autres hicopampes, ça les perplexe tout ça, alors ils les laissent tous les deux dans leur coin. Hicopampe-début il finit par tomber amoureux d’hicopampe-musclé, il peut pas faire autrement. Il essaie de pas trop le montrer parce que ça lui est jamais arrivé avant et qu’il a pas encore lu le manuel d’explications. Donc il dit rien et puis un jour il dit quelque chose. Il lui raconte un peu l’histoire de sa vie. L’histoire de sa vie, c’est d’avoir, un jour, un corps. Un autre corps, contre son propre corps. Avoir des bras comme un refuge, un torse contre lequel se reposer de lui-même. Un roc. Pour des câlins qui n’en finissent plus. Un barrage à la réalité, un labyrinthe pour se perdre avec joie. Un mètre quatre-vingt rien que pour lui, pour se noyer de temps en temps. Un corps pour entourer le sien tout entier. C’est ça qu’il lui dit. C’est ça qu’il lui a dit. Et tous les jours depuis sa déclaration détournée il attend qu’hicopampe-musclé-beau se décide à devenir ses bras-refuge, son torse, son roc, son mètre-quatre vingt rien que pour lui, son corps pour entourer le sien tout entier. Peut-être qu’il attendra toute sa vie. Ça l’embête pas.
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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Mer 4 Juin - 10:34

Au début il me fait sourire avec ses hicopampes. Ça me reste sur le visage comme une trace de joie. Parfois on oublie sa maladresse des mots, et puis parfois elle saute aux yeux. Et on aime bien l’entendre buter sur les p ou les t. Moi j’aime. Et ça me fait sourire mais pas dans le sens ça m’amuse, je vais me moquer. Non. Ça me fait sourire parce que ça lui donne encore plus ce côté adolescent qui a oublié de grandir ou qui a oublié comment grandir. Moi ce que j’oublie c’est que c’est quelque chose qui doit sûrement le gêner. L’handicaper.
Bon. Je crois qu’un jour je vais lui apprendre à écrire correctement, à ne pas faire de fautes d’orthographe et de grammaire (si jamais on veut s’écrire des lettres, plus tard).
Alors j’écoute son histoire d’hicopampes. Et puis plus il parle, plus il raconte ces deux hicopampes qui forment leur unité à deux, moins je souris. J’ai mon visage qui se ferme totalement et mes yeux aussi. Mon sourire s’efface aussitôt. Je crois que j’aimerais boucher mes oreilles et ne pas avoir à l’écouter parce que ça me tue. Ça me tue de l’entendre dire que sans l’hicopampe-musclé c’est la non-vie. Et moi j’ai très bien compris. J’ai très bien compris qui était qui dans son histoire.
Ça me rend triste.
Et dans sa voix je crois entendre des inflexions étranges qui sont comme des couteaux dans mon cerveau. Ça y est tu l’as fabriquée notre histoire, Simon. Et puis le voilà qui ne dit plus rien. Et moi qui ose ouvrir les yeux : je fixe le ciel. Je ne  veux surtout pas le regarder. Je vous raconte pas les coups au cœur. Ça blesse, ça griffe. Moi j’aurais aimé l’étouffer pendant son histoire, appuyer mes paumes contre sa bouche et lui gueuler tais-toi mais tais-toi. Je t’en supplie tais-toi.
Parce que dans son histoire il s’est délivré. C’est comme s’il s’était déshabillé, qu’il avait tout retiré même sa peau. Et qu’il m’avait présenté son cœur dans la main en souriant. Dans ma tête ça disait : débrouille-toi maintenant.
Je me ronge nerveusement les ongles.
À l’intérieur ça palpite si fort que je crois que ça va bientôt être l’explosion.
Feu d’artifice.
Et moi qui m’en veux. Moi qui me déteste de me comporter ainsi et de penser de travers, moi qui me déteste et qui a les yeux qui se brouillent parce que j’ai envie de chialer et parce que j’ai envie de prendre mon vélo et de me barrer. De prendre la route et de quitter cette pension et pas revoir Simon. D’oublier toutes mes affaires là-bas et pédaler comme un fou.
Je renifle.
Quoi et en plus je trouve rien à dire. Dans les films dans les belles histoires je me tournerais vers lui et mon mètre quatre-vingt trois le prendrait dans ses bras et l’entourerait avec tellement de force qu’il l’aimerait rien qu’en le touchant. Même pas besoin de parler de sourire de se regarder. Juste se toucher.
Je tente de contrôler ma respiration.
Mais j’ai les doigts qui tremblent.
Et le nez qui coule un peu.
On va dire que c’est le vent. Et pas moi qui retient les larmes et la tristesse et le fait de culpabiliser et de détester ce que je suis à cet instant. J’aurais donné beaucoup pour être autre chose que moi, pour être mieux et pour l’aimer comme il faut. Pour avoir les gestes tendres et les mots qui pansent les plaies.
Je me tourne sur le flanc. Je lui montre mon dos.
Simon-, je veux plus te regarder. Je suis désolé. Quoi ? Encore ? Je sais pas quoi te dire.
T’es nul Arthur. J’ai toujours su faire avec les filles, les belles comme les pas belles, les drôles et les pas drôles. Et là, je fais quoi je dis quoi ? Je lui tourne le dos et j’ai même pas de mots. J’ai rien à lui dire parce qu’il me coupe toute respiration et il m’ôte les mots.
C’est pas que je t’aime pas. C’est différent. Enfin. C’est. Difficile. Je sais pas comment t’expliquer, je sais pas comment te parler ou comment me comporter. Je veux pas que tu attendes toute ta vie un geste une parole ni même m-m-mes bras. Voilà c’est plus facile de parler quand je ne le regarde pas.
Tout ce que je vois c’est une fourmi qui grimpe sur un brin d’herbe et ses antennes qui remuent lentement. Respire Arthur. Respire Simon. Ça m’est jamais arrivé, ce qu’il se passe. Et je sais pas comment faire. Et je sais aussi que je suis maladroit et que je te blesse parfois.
J’ose me tourner vers lui et le regarder enfin. J’ai une grimace sur le visage : ma bouche qui se tord et mes yeux qui sont trop humides et qui brillent trop fort. Je suis en train de bouffer mon pouce en le regardant.
Est-ce que je peux seulement te demander d’être patient et de me montrer ?
Je me mettrais bien des claques.
Je m’assieds en tailleur et je fais fuir mes yeux dans le vide.
L’imbécile.

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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Mer 4 Juin - 16:52



Je m’arrête de parler parce que je peux plus respirer et que si je peux plus respirer, bah je meurs. Arthur serait obligé de faire du bouche à bouche à mon cadavre, ce serait une catastrophe, et moi, désormais ange, de mon bord de ciel, là-haut, j’aurais honte, j’aurais honte, et j’aurais triste aussi, j’aurais malheur, j’aurais peine, j’aurais colère et tout ça. Tout ça pour dire que je m’arrête de parler, de toute façon l’histoire est finie il n’y a plus rien à dire sur les deux hicopampes, parce que les deux hicopampes, c’est nous, et je peux pas dire le futur.
Oh, ce que je pourrais nous inventer, comme futur …
Non je dis rien je suis à bout de souffle façon Belmondo.
On dirait que j’ai couru un marathon. Marathon d’amour.
J’ai plus le droit au contact chaud-soleil de sa main, il la reprend, la range dans son coin, et j’ai plus droit à sa vue à son visage qui donne assez le vertige quand je le regarde. C’est comme un grand saut dans le vide, c’est comme un suicide, sauf qu’à la fin de ce suicide-là, y a ses yeux, au lieu de plonger, je tombe. Il me tourne le dos et je trouve ça très malpoli, surtout qu’il s’est même pas endormi. C’est pas ça. C’est une histoire de cœur, une histoire de merde.
Moi aussi je peux bouder.
Moi aussi je peux me tourner.
Non, je regarde le ciel, on dirait qu’il me sourit, avec son soleil qui est de sortie et les nuages qui dansent autour de lui. Et le vent qui mêle mes cheveux. De l’autre côté de moi il dit mon prénom, il dit Simon, il bute dessus, aussi - on dirait moi avec mes hicopampe - il bute et il tombe même, en tous cas, quand il dit Simon, mon nom, il a l’air d’avoir mal.
Il dit désolé.
Il se répète, c’est un vieux disque rayé, Arthur.
- C’est pas que je t’aime pas. C’est différent. Enfin. C’est. Difficile. Je sais pas comment t’expliquer, je sais pas comment te parler ou comment me comporter. Je veux pas que tu attendes toute ta vie un geste une parole ni même m-m-mes bras. Ça m’est jamais arrivé, ce qu’il se passe. Et je sais pas comment faire. Et je sais aussi que je suis maladroit et que je te blesse parfois.
La pauvre larme ne peut pas couler.
Elle stagne dans mon œil, elle voudrait tomber je le sais bien, elle voudrait se jeter sur ma joue, ce serait son soulagement, mais je suis trop perpendiculaire au sol, ici la gravité est nulle, en m’allongeant j’ai cassé les lois de la physique des larmes et c’est foutu pour pleurer maintenant. Je garde la larme. Mon œil finira par la ravaler.
Flashback.
Hop, plus de larme.
- Est-ce que je peux seulement te demander d’être patient et de me montrer ?
Il est revenu, j’avais pas vu. Il s’est re-retourné mais il me parle sans me regarder alors moi ça m’intéresse pas. Je veux pas d’une conversation stérile comme ça où on se dit des choses très importantes sans avoir les yeux dans ceux de l’autre comme si on parlait à l’herbe. Si c’est comme ça, moi, je fais comme lui, je lui vole son menton et je lui prends sa bouche.
Mais non.
Et puis je veux pas t’apprendre si tu veux pas comprendre.
J’ai un soupir un qui est long, qui est lourd comme s’il faisait cinquante degré.
- C’est qu’une histoire d’hicopampes, Arthur.
Je voudrais lui casser la gueule parce qu’il y a que comme ça que ça rentre avec lui, que comme ça que j’ai le droit de le toucher, je voudrais lui casser le cœur parce qu’il fait continuellement avec le mien comme si j’étais rien de rien, et puis le laisser tout seul à ramasser les débris, je voudrais lui casser la bouche pour qu’il arrête de parler, de dire désolé, de dire Simon.
Je voudrais le sentir faiblir sous mes doigts.
S’abandonner sous mes coups.
Y a que comme ça.
Je voudrais lui faire un lavage de cerveau pour qu’il se mette à tomber amoureux de moi sans faire n’importe quoi, pour qu’il se mette à tomber amoureux de tout, de mes veines, de mon nombril, de mes genoux, de mes joues, de mes phalanges.
Je voudrais lui dire tu sais c’est vrai que les garçons ont des petits cœurs sans place pour un peu d’amour, c’est vrai que les garçons ont des bras assez forts pour porter le monde, mais parfois les garçons pleurent aussi, ils ont des peines trop grandes pour leurs cœurs alors ils pleurent, les larmes remplacent les sourires, ils s’endorment sur leur tristesse, étouffent leurs chagrins dans l’oreiller, ils veulent s’en aller, devenir des paillettes ou des comètes, et tu sais, c’est pas grave, tout le monde s’en fout.
Je sais pas pourquoi.
Je voudrais qu’il le sache juste.
Je voudrais le changer.
Ou probablement que non.
Je l’aime avec ses cassures et ses bavures mais vrai que des fois c’est dur d’attendre comme l’hicopampe-garçon, jusqu’à ce qu’amour s’ensuive, c’est dur et il me dit de pas le faire, et peut-être que je le ferais pas. Mais ce serait mille fois dommage. Ce serait une histoire jetée méchamment à la poubelle.
- J’te demande pas la lune Arthur. J’te demande pas d’écrire des lettres, d’aller au supermarché et à la poste, j’te demande pas de partir et de m’emmener avec toi, j’te demande pas de franchir le portail une dernière fois pour ne plus jamais revenir. Tout ce que je veux c’est que tu sois là et que parfois tu me prennes la main comme si c’était normal et que d’autres fois tu m’embrasses sans que ça ait l’air de te faire mal. Et si tu veux pas tout ça, toi, si t’as la flemme, dis-le juste.
J’ai envie de dire tu gâches tout avec ton mauvais caractère.
Alors je le dis.
- Tu gâches tout avec ton mauvais caractère. Regarde le ciel comme il est bleu et comme il nous aime. Regarde les oiseaux comme ils arrivent à voler haut, et c’est pas grave si on peut pas faire pareil, on est pas là pour voler, nous, mais pour marcher et regarder ces oiseaux qui peuvent voler. Regarde l’herbe comme elle est verte, c’est comme un extraterrestre. Regarde mon sourire comme il te veut du bien. Écoute la mer comme elle est douce et comme elle veut nous endormir. Allez. Allez.
Bonjour.
Moi c’est les montagnes russes. Enchanté.

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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Jeu 5 Juin - 16:28

Il me dit que c’est qu’une histoire d’hippocampes et moi tout ce que j’ai envie de faire c’est rire. C’est rire amer, rire colère. C’est pas qu’une histoire d’hippocampes. Faut arrêter de se mentir. Lui comme moi on le sait très bien que ces foutus poissons c’est nous. Alors moi j’ai pas envie qu’on soit ‘’rien que’’. Ça m’intéresse pas. Je veux pas être rien, je veux pas être du vent, je veux être quelqu’un avec de l’importance. J’ai envie de soupirer mais je le fais pas parce que j’ai pas non plus envie de le vexer.
Cette fois je le regarde, parce qu’il faut savoir prendre son courage à deux mains. J’ai mes mâchoires qui se serrent toujours un peu fort, mes dents qui se pressent les unes contre les autres. C’est une alternative aux serrages de poings, à la peau qui pâlit à la jointure des doigts.
Puis Simon se met à parler. Ce qu’il me raconte c’est qu’on est pas obligé de s’écrire des lettres et d’aller se promener dans des endroits ou même de partir pour toujours. Il me dit aussi que ce qu’il aimerait ce que je lui prenne la main ou que je l’embrasse sans faire la gueule après. Oui. D’accord. Je comprends mais ça marche pas comme ça dans ma tête. Comment je suis censé faire quand tout ce que j’ai eu l’habitude d’embrasser c’est le front des filles, le cou des filles, la bouche des filles. Comment je suis censé faire alors que les mains que j’ai tenues, les doigts entrelacés aux miens, tout ça, ça appartenait à des filles ? Je fais pas. C’est tout.
C’est pour ça que j’ai besoin qu’il me montre. C’est pour ça que moi aussi j’attends. J’attends que sa main glisse dans ma nuque ou qu’elle me tienne le menton. Ou qu’il m’embrasse puis m’enlace. Mais je sais pas être patient. Mais il faut attendre parce que je sais jamais quand Simon se décide, j’ai sais pas toujours si c’est oui ou c’est non ou peut-être. Comment je fais pour deviner ?
Tu gâches tout avec ton mauvais caractère. Quoi ? C’est moi qui gâche tout ? Je suis conscient que je ne suis pas parfait et que je fais des erreurs. Que j’ai mal agis. Parfois. Souvent. Mais pardon, Simon. Qu’est-ce que je dois faire, me mettre à genoux devant  lui pour qu’il excuse mes maladresses ? J’aimerais qu’il comprenne un peu, aussi. Parce que je crois qu’il n’a jamais connu que ma bouche sur la sienne. Et il sait pas. Il se doute pas la honte et la gêne et tout ça.
Avant lui je me proclamais cent pour cent non pédé. Avec les autres garçons dans la rue quand on en voyait on était du genre à les insulter et tout. Et je me rends compte à quel point j’ai pu être imbécile à croire que c’était pas le même amour et que c’étaient des nazes. Mais je me suis gouré sur toute la ligne, je croyais tout savoir. Et pourtant on aime les filles et les garçons pareil.
Et peut-être même que les garçons on les aime plus.
Et puis je regarde les oiseaux qui volent et l’herbe verte comme les extraterrestres et j’écoute la mer douce qui nous berce. C’est ce que je fais. Maintenant je suis étendu sur le dos et je me pète encore les yeux au soleil qui brille comme un dingue malgré les quelques nuages.
Mais ça me berce que dalle. Pourquoi tu me dis tout ça ? (Je regrette déjà d’être un peu agressif). Je prends une longue inspiration et je la relâche si vite qu’elle a des airs de soupir. Ce que je te demande c’est de me montrer. Les oiseaux l’herbe le ciel la mer c’est bien beau mais ça me dit rien. Je me relève et m’assieds en tailleur.
Je le regarde.
Sourcils qui se froncent, front qui se plisse un peu. Je joue avec une fleur arrachée à sa terre. (Pourquoi est-ce qu’on se plaît toujours à prendre les fleurs en otage et leur arracher les pétales sans état d’âme ?) J’ai besoin que tu me montres avec des gestes. Avec des gestes qui parlent aussi fort que les mots. J’ai pas envie qu’on me parle de la Nature. Moi j’attends qu’il fasse comme je ferais avec une fille. J’aimerais juste qu’il m’envoie sa tendresse. Qu’il me prenne la main, le cœur. Que ses doigts glissent sur ma peau.
Je m’en fous de son herbe comme un extraterrestre.
Moi je veux entendre la suite de l’histoire, celle des deux hicopampes qui forment une unité à deux. C’était plus intéressant. S’il te plaît.
J’ai des miettes de pétales sur mes mains.

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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Jeu 5 Juin - 19:06



Je débloque je déraille un peu ou peut-être alors que j’essaie juste d’être heureux. C’est pas facile je pense que vous êtes au courant. Y a la vie qui vous casse la figure et puis l’amour et puis l’amitié et puis la famille, quand y en a une encore. C’est pas très pratique pour le bonheur. Et puis moi à la base je suis pas aidé, un peu handicapé de vie, alors c’est pas facile toutes ces histoires d’Arthur et de moi. J’aime bien voir les oiseaux et le ciel et entendre et écouter la mer. Soudain c’est de ça dont j’ai besoin. Et d’Arthur aussi. Mais souvent les oiseaux et le ciel et la mer ça fait moins mal qu’Arthur. Ça me berce, là, ça me calme le cœur.
- C’est ce que je fais. Mais ça me berce que dalle. Pourquoi tu me dis tout ça ? Ce que je te demande c’est de me montrer. Les oiseaux l’herbe le ciel la mer c’est bien beau mais ça me dit rien.
Il est encore de se rassoir alors qu’il vient juste de s’allonger.
Il me donne le tournis.
Mais pas que pour ça.
- J’ai besoin que tu me montres avec des gestes. Avec des gestes qui parlent aussi fort que les mots. S’il te plaît.
Montrer.
Je pourrais lui montrer plein de choses.
Comment on orthographie le mot « amour » par exemple. (Sans ‘e’ à la fin.) Et comment on le fait rouler sur sa langue. Comment on doit se regarder quand on commence à s’aimer. Mais je crois que c’est pas ça qu’il attend, à sentir ses yeux insistants sur ma bouche, je crois qu’il veut autre chose. Et je sais pas si je peux lui donner moi, si j’ai pas déjà oublié la technique, quelle drôle d’histoire : l’hicopampe qui ne voulait pas être pédé et l’hicopampe qui ne savait pas embrasser.
Bon, j’ai lu des livres.
Et puis la voix qu’il a eue pour me dire « s’il te plaît » elle était tellement belle tellement adorable, ça donne envie de le manger de baisers, de l’embrasser très fort, ça rend les choses presque faciles.
De toute façon, un baiser c’est tellement beau, à la base.
Même raté, ça doit pulvériser les étoiles.
Je me relève pour être comme lui, assis, et là surprise, c’est la larme de tout à l’heure qui me revient à la charge et tombe sur ma joue, connasse patiente, je l’écrase sous mes doigts, je veux plus en entendre parler. Je le regarde. Je voudrais voir son âme et son intérieur de tête pour savoir ce qui s’y chante et ce qui s’y trame et s’il y a une case « Simon » où il y a pleins de souvenirs de moi et tout ça.
Je commence comme ça :
- Arrête de tuer la fleur s’il te plaît.
On est très près, comme deux gens qui vont bientôt s’embrasser, ça me fout un de ces coups de machine à laver au ventre, je vous explique même pas. C’est une douleur qui fait bien, qui fait beau. Et je prends sa main et j’enlève les cadavres de pétales de ses doigts. Ça me fait mal, cet appétit pour la destruction qu’il a. Cet instinct.
- Tu … tu mets ta main là, je … je crois
je dis. En posant sa main dans mon cou derrière ma nuque. Rien que ça je tremble comme une feuille, en automne, dans le vent, une feuille qu’une bourrasque peut casser en mille morceaux. Je sais pas. Je me sens un peu partir, peut-être que sous ses lèvres je vais défaillir. L’autre, je la pose dans mon cou mais comme si elle l’enroulait, comme si elle l’étranglait avec amour, comme si elle protégeait ma peau. Les miennes, il y en a une qui va faire le tour de son visage - le bout de mes doigts touche ses tempes, le haut de mon poignet effleure son menton. L’autre, elle est posée sur son torse, je sens son cœur qui bat contre ma paume, il court comme un fou.
Soit il est amoureux.
Soit il a très peur.
Alors je me rapproche de lui parce qu’il y a plus que ça à faire. J’improvise un peu et en même temps je pense à Niels Schneider quand il embrasse Xavier Dolan dans « J’ai Tué ma Mère » et comme il a l’air de vouloir que l’embrasser, juste ça, du plus profond de son cœur, comme s’il allait mourir, sinon. Et je me dis que je vais essayer de faire à peu près pareil, de faire basculer ce baiser de cinéma dans la réalité.
Je m’approche.
Le baiser se rapproche.
J’ai du mal à fermer mes yeux comme on doit le faire quand on embrasse quelqu’un, pour mieux profiter je crois, j’ai du mal. Jusqu’au dernier moment je veux le voir me revoir. J’ai peur de fermer les yeux et qu’il me manque, ça ira mieux quand on s’embrassera, sûrement. Et puis j’ai peur aussi qu’il soit un mirage. Un Arthur trop beau pour exister.
Je trouve sa bouche, et je vois le monde tout noir.
Feu d’artifices dans mon ventre.
Dans mon cœur.
Sur ma bouche.
Sur mes joues brûlantes.
Ses lèvres sont un peu nicotinées et je m’applique à bien les gâter à leur montrer, voilà, c’est ça d’embrasser et d’aimer un garçon, c’est bien, non ? Moi ça me plaît. Jusqu’au fond de mon pantalon. Je m’attarde sur ce baiser, je voudrais le voir durer, je voudrais que ma vie ce ne soit plus que ça et uniquement ça : faire le tour de sa bouche et aimer ses lèvres toujours toujours sans m’arrêter.
Toujours.
J’ai bien vu la tête qu’il a fait, Arthur, tout à l’heure, quand j’ai parlé de nature, mais moi, l’embrasser, ça me fait justement comme la nature. Je suis un oiseau qui vole. Je suis doux comme la mer. Et content comme le ciel.
Quand est-ce qu’on arrête un baiser ?
Quand on a envie ?
Moi, j’ai pas envie. Je pourrais l’embrasser comme ça sans me presser jusqu’à la fin des temps. Je trouverai un autre moyen pour respirer, je me débrouillerai, c’est pas un obstacle majeur là tout de suite. Je crois que c’est un peu brutal finalement, mais j’ai tellement pas envie d’aller voir ailleurs que sa bouche que ça se fait sentir dans notre séparation.
Je le regarde, je lui souris, je suis très rouge.
J’ai du mal à y croire, c’est très beau tout ça.
Il y a le soleil qui tape dans ses cheveux, vraiment on dirait de l’or. Je sais pas quoi lui dire, j’ai un peu peur de lui, de sa réaction, moi j’ai le cœur qui brille c’est sûr. Mais lui je sais pas. Je sais pas ce que je dois dire.

Je t’aime.

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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Jeu 5 Juin - 19:57

Il chasse les morceaux de pétales de ma main. Et puis il s’est relevé et j’écoute même pas quand il parle parce que je pense déjà à ce qu’il va se passer, à ce qu’il va me faire. J’ai envie de sourire d’avance. Il est tout proche là. Comme si la vision de son visage couvrait mon champ de vision en entier. Ses doigts tremblants frôlent ma peau et il positionne ma main sur sa nuque à lui.
Il y a sa peau pâle et ses joues brûlantes. Je sens la chaleur irradier de sous mes doigts. Ça palpite. J’ai l’impression de poser mes doigts sur son cœur et qu’il bat sous mes mains. Poum. Poum. Poum. Je respire un peu fort. Avec cette inspiration tremblante et cette expiration trop incertaine. Je crois que mes mains se mettent aussi à trembler. Un peu moins que celles de Simon. Simon qui sait pas comment faire, qui a jamais vraiment fait. Je lui demande gentiment l’impossible et il est là, à deux centimètres de le faire.
Ses yeux sont grands ouverts jusqu’au bout. J’ai même le temps de remarquer que ses paupières sont un peu gonflées – sûrement la fatigue. Et puis. Collision des corps. Je l’embrasse comme jamais j’ai embrassé. Avec une tendresse un peu brutale. Comme si j’attendais ça depuis trop longtemps, comme si je me languissais de cet instant et que ça arrivait.
Mes mains emprisonnent d’abord son visage. C’est drôle de fermer les yeux et de se dire que tout ça se passe. Ici, tout ce qui compte c’est les sensations. C’est mes mains sur ses joues qui glissent dans son dos. Puis qui courent jusque sous le tee-shirt. Et les doigts sur se serrent un peu trop fort contre l’épiderme.
J’embrasse la base de son cou, la clavicule.
J’épouse les parcelles de sa peau.
Et puis je reviens à ma place. À quelques centimètres de lui, juste ce qu’il faut. Et le vent dans ses cheveux. Et ses joues trop roses. Roses pudeur, roses chaleur, roses émotion. Mes mains sont revenues à leur place, sur mes cuisses. J’ai encore le souffle court d’avoir trop aimé ce qu’il vient de se passer. Le souffle court, les cheveux en bataille, la pointe des doigts qui tremblent encore. Et le noyau de feu au fond du ventre qui gonfle,
Gonfle,
Gonfle.
J’expire un grand coup et je lui souris. Sourire tendre-heureux. Sourire qui dit encore. Je crois que j’ai compris. Je dis. Tu montres très bien. J’ai une espèce de soulagement en moi. Quelque chose qui dit enfin. Je me dis que j’aurais peut-être moins peur de lui prendre la main et encore moins peur de l’embrasser et aimer son visage et le reste de son corps.
Et tomber amoureux de ses phalanges veines nombril.
Je crois sincèrement qu’un corps peut tomber amoureux d’un autre corps. Et ça fonctionne pareil avec l’esprit des gens. Et plus je le regarde et plus mes neurones s’enflamment. J’ai cette sensation de brasier délicieux. Celui qui chasse tout malaise, qui les vire à coups de pieds et qui dit encore.
Je te promets de te tenir la main et de t’embrasser encore. Je murmure. Peut-être qu’au début je le ferai pas s’il y a du monde autour. Peut-être qu’au début je serai trop timide, trop embarrassé. Peut-être qu’au début je le regarderai encore avec les yeux qui semblent regretter et dire non je le ferai plus.
Et puis après…
Après ça changera. Après j’en aurai rien à foutre des regards et des avis. J’en aurai rien à foutre de l’aimer dans la rue dans les jardins aux repas de famille chez les gens dans les bars ou en boîte de nuit. Parce que même s’il me le demande pas je lui montrerai le monde. Je lui montrerai l’appartement dégueulasse et ma mère qui crie. Je lui montrerai les rues noires la nuit et les étoiles qui brillent quand le ciel est dégagé. Je lui montrerai la ville illuminée par des millions de fenêtres.
Tu voudrais venir chez moi si on sort un jour ? J’ai un tas de trucs à te montrer. Des choses belles et des moins belles. La vie triste et la vie avec un sourire.
Les larmes aux yeux.
Les larmes au cœur.
Des tas de choses, oui. J’irai faire des doigts d’honneur aux garçons de la bande et on ira au restaurant. Lui farouche et moi prenant les devants. Hein Simon c’est une bonne idée, non ? Je m’approche de sa personne. Et je l’enlace. J’enserre sa tête de la main et son visage repose contre moi. Je ferme les yeux et il me semble que je pourrais le tenir ainsi
Toute la vie.

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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Ven 6 Juin - 16:45

Je l’aime.
Il me sert un sourire tout chaud, sourire du soulagement, sourire un peu fuyard pas trop franc, et puis un sourire tout neuf, aussi, un sourire que je lui ai jamais vu. Un sourire d’après baiser. Un sourire d’amoureux, peut-être, enfin. Un sourire qui me fait sauter le cœur en joie. Il s’envole ce con. De toute façon ça fait longtemps qu’il m’appartient plus. Il vit et bat plus qu’au rythme auquel Arthur cligne des yeux, et tout ça.
- Je crois que j’ai compris. Tu montres très bien.
Et je pourrais lui montrer cent autres fois s’il veut.
Mais je sais pas, je suis comme bloqué, bloqué par l’émotion, la vie est bloqué, je suis pas capable de lui donner un sourire moi aussi, et je crois que si je devais me lever, je me ramasserais par terre. Le baiser m’a pris toutes mes forces mais j’essaie quand même de dire à Arthur, à travers les yeux, que s’il fallait le refaire, une fois, mille fois, je le referai. Tout de suite. Et c’est sûr d’ailleurs que je le referai. Tout le temps.
C’est lui qui le dit :
- Je te promets de te tenir la main et de t’embrasser encore.
Ça met mon cœur en fête même si je sais que c’est pas trop vrai, pas pour l’instant, il y en a encore du voyage jusque-là. Je le sais que je vais devoir encore essuyer des refus, je sais que si je veux lui prendre la main pour marcher dans le jardin, il me laissera l’effleurer sous l’ombre d’un arbre et puis il la rangera à l’abri de sa poche, je sais que je vais encore m’en prendre plein la tronche. Et puis je suis pas au top non plus.
Mais je sais pour plus tard.
Plus tard, ça ira très bien.
J’ai même le cœur qui se gonfle d’espoir quand je pense à plus tard.
- Tu voudrais venir chez moi si on sort un jour ? J’ai un tas de trucs à te montrer.
Et il a l’air tellement heureux quand il dit ça. Moi, tout ce qui m’intéresse, c’est qu’ensembles on parle au futur et qu’on prépare des trucs même si je suis pas sûr de vouloir aller chez lui, je crois que ça me ferait mal d’être là, là où ses cicatrices se sont dessinées, là où il a été malheureux et qu’il y avait personne pour le consoler.
Je sais pas, ça.
Et puis le choc de nos deux corps.
Il me prend dans ses bras et ça c’est tout nouveau. Je me laisse faire comme si j’étais sa marionnette d’amour, de la pâte à modeler sous ses doigts. Je suis assis contre lui, face à face, mes jambes sont croisées dans son dos. Position contorsionniste, position d’amour. Ma tête tombe de l’autre côté de lui, quelque part contre ses omoplates, mes mains et bras envahissent son dos en gardant la limite du t-shirt. Dans cette étreinte, nos cœurs se tapent dessus, ce sera à celui qui cognera le plus fort, qui aimera le plus.
Je pourrais mourir comme ça.
Enfin j’aurais un peu la rage.
Je suis bien comme ça et peut-être même que je pourrais m’endormir, c’est ce qu’on va dire.
Mon corps tout entier est un cœur qui bat la chamade et qui a du mal à se remettre de toute cette histoire qui démarre juste. Boumboumboumboum. Je résonne. Notre baiser m’habite. Je sens encore sa bouche délocalisée s’abandonnant dans le creux de mon cou, sur le bord de mes clavicules ; ses mains découvrant mon dos sous le tissu de t-shirt et moi, apprivoisant cette nouvelle sensation. La présence de quelqu’un. L’intrusion tant attendue.
Enfin mon corps qui sert à quelque chose.
Je fais comme je peux pour ne pas le lâcher mais je me redresse un peu, je me redresse pour le voir enfin pour l’admirer. On est très près comme si on allait s’embrasser mais on ne le fait pas. On peut le faire quand on veut. Pas besoin de demander à quelqu’un. Non je l’embrasse pas, je le regarde. Par-dessus son épaule je peux voir le ciel qui est toujours le même. Pourtant y a pleins de choses qui ont changé. Le ciel doit s’en foutre.
Être amoureux, c’est une autre façon de voir la vie, aussi.
Je mets mon visage tout près du sien, j’aurais jamais osé normalement mais la situation/la position font que c’est très facile et même naturel. Il y a le bout de son nez qui effleure mes lèvres et le mien, ses paupières. Pour la première fois je remarque qu’il doit être plus petit que moi, une histoire de poussières de centimètres mais quand même. Je me sens bête, à me mettre quelques coups de marteau sur la tête pour me faire perdre quelques centimètres. Je me sens bête parce que je le dépasse de ma taille alors que je suis un pauvre petit garçon. Je mérite pas mon mètre quatre-vingt-cinq, je vais lui donner, à Arthur.
Je le regarde, donc.
Je m’imagine très rouge et je me demande comme il peut aimer ça, aimer moi.
- Tu sais t’es pas obligé de m’emmener chez toi et tout ça, si ça te gêne, si ça …
Je te demande pas tout. Juste toi. Et puis je pense à un truc formidable.
- Tu vois comment c’est, le soir ? T’arrives à l’imaginer là tout de suite ? Le soir, pas la nuit. Le soir à cette saison. Quand il est dix heures du soir et que les réverbères de chaque côté du portail commencent juste à se réveiller. Quand la lune sert encore pas à grand-chose et que le seul bruit qu’on entend c’est les grillons qui grillonnent. Quand il y a pas de vent et qu’il fait un tout petit peu frais-doux comme le matin à huit heures mais en moins retentissant. Tu vois ? Je voudrais qu’on aille marcher dans la rue, un soir, un jour. On pourra attendre la nuit en errant. On pourra se tenir la main. Je … je voudrais ça.
Avec toi.
- Parfois, aussi, ça sent le barbecue en arrière-plan.
Il paraît.
Arthur, c’est comme un instrument de musique. Ça donne une mélodie un peu brutale et malpolie c’est sûr. Mais c’est très authentique. Et puis surtout, faut apprendre à en jouer, de l’Arthur, et ça, c’est pas gagné. À bien manier les cordes et les notes. Je crois que ça y est, je commence à l’apprivoiser.
- Tu vois c’est facile.
Je le dis pour Arthur et je le dis aussi pour moi.
- T’es doué.
T’es doué pour me rendre amoureux à chaque fois que tu m’effleures, t’es doué pour tout ça, t’as les geste pas si maladroits.

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MessageSujet: Re: ARTHUR SIMON   Sam 7 Juin - 10:38

On se repose dans notre étreinte. Il me semble que je ferme les yeux et que peu importe si sa tête est sur mon épaule ou contre moi. Peu importe si ses mains tombent sur mes reins ou sur les côtes. Peu importe tout ça. Tout ce que je sais c’est qu’il est là. Que je le tiens contre moi et je sens – je sais aussi – que je pourrais rester des heures. Des heures assis-là à sentir son corps se soulever au rythme lent de ses respirations, à ressentir la chaleur douce de son corps. Je crois qu’on pourrait s’endormir comme ça, son corps dans mes bras et mon corps dans les siens.
Il se redresse et je déploie les paupières pour le regarder. Je ne souris pas. Je ne fais rien. Mes yeux brillent seulement parce qu’ils l’observent, et on sait tout avec des regards. Ils parlent beaucoup, ils disent un tas de choses.
Mes doigts glissent paresseusement sur la peau de son dos, sous son tee-shirt. Caresse infinie. Je pose mon visage contre son épaule. Et je respire très fort son odeur. Comme une longue inspiration. Et je sais pas vraiment ce qu’il sent. Il a un parfum unique et il faudrait en faire un flacon. Pour le jour où je partirai et pour celui où il partira. L’avoir toujours avec moi pour ne jamais l’oublier – mais comment l’oublier ?  
Simon me dit que je suis pas obligé de l’emmener chez moi. Je dis rien et je reste là contre lui. Moi je veux l’emmener chez moi et lui montrer la ville et le jour et la nuit et l’emmener dans l’appartement les fois où ma mère disparaît dans le soir. Je veux un tas de choses avec lui.
Patience.
Puis il se remet à parler et je me dégage de lui pour pouvoir mieux l’écouter. Il me propose un truc. Oui, je dis. Oui on va le faire. On ira s’asseoir sur la plage ou alors on marchera jusqu’au village. Et on parlera pas beaucoup. On se contentera d’avancer en silence en écoutant les grillons. Et je crois que dans ces moments-là on pourrait presque marcher en fermant les yeux et fumer une cigarette.
Ce serait le calme absolu.
Ce serait beau.
On va le faire je te le promets. Je lui souris un peu. Je me détache de lui et je prends son visage entre mes mains. Je passe mes pouces sur ses joues, sous ses yeux et j’embrasse son front. Puis je me lève et je lui tends la main pour le relever avec moi.
Allez, on rentre. Je marche jusqu’à ma bicyclette et il me semble que je suis comme dans un rêve. Comme si mon monde était rempli de brumes légères et de l’odeur de Simon et c’est comme si j’en étais étourdi. Je crois que je l’aime. Je crois que mon cœur bat comme un fou et c’est pour lui qu’il se comporte ainsi. Je crois que j’ai l’esprit qui brûle et que tout mon esprit s’incline pour lui.
Je chevauche mon vélo et il me semble que je navigue sur la route. C’est le silence à part le bruit des vagues bien sûr et le cri ponctuel des mouettes. Je crois que j’ai les yeux la bouche les épaules le sang les mains qui sourient.
Et je crois que ça fait du bien ce sentiment. Et pendant ce temps passé avec Simon j’ai oublié. J’ai oublié à quel point la vie était lourde, j’ai oublié les cicatrices sur la peau, j’ai oublié la couleur des hématomes.

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