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 UN NOUVEAU SOLEIL

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MessageSujet: UN NOUVEAU SOLEIL   Dim 4 Jan - 10:13


On passe beaucoup de temps ensemble. Tout notre temps. Toutes nos nuits et tous nos jours, toutes nos minutes, tous nos souffles, tout tout tout. Comme avant. En mieux. On rattrape. Mais pas trop vite. On récupère. En faisant quelques pauses sur le bord de la route. On rit beaucoup, on fume un peu, on a arrêté de boire. On s’assoit sur mon lit et on parle jusqu’à la nuit puis jusqu’au jour. On s’allonge sur son lit et on dit rien pendant des heures. On recolle nos étoiles communes petit à petit, on rajoute des paillettes, on plante des fleurs. On raccommode nos cœurs et nos ailes (maintenant elles sont en béton). On range toutes nos colères. On regarde le ciel, les arbres, les enfants, les oiseaux, les fontaines, les routes, les magasins, jamais l’un sans l’autre. On sort nos devoirs et on oublie encore de les faire. On se regarde pas mal. On réapprend ce que c’est que « nous ». On dort toutes les nuits ensemble. Ça fait quelques jours que je suis pas rentré chez moi, mais la semaine dernière, il a dormi tous les jours dans mon lit. C’est la première fois que je vois mes parents sourire depuis longtemps. Moi aussi, je m’y suis mis. J’ai ressorti mes chemises bleues ciel et les cheveux de Silas ont poussé, parfois quand j’embrasse sa joue j’embrasse aussi ses mèches de cheveux.
J’embrasse sa joue.
J’embrasse ses poignets.
Il embrasse mes mains.
Il embrasse mon cou.
Mais jamais la bouche.
Autour, à côté, mais jamais dessus.
On a dit doucement avec les étoiles.
Pas trop d’un coup, pas trop fort.
Il est là maintenant et c’est ce qui me suffit. Pour le reste, les histoires de grand, on verra plus tard, tant qu’il est toujours là. Il est là quand je me brosse les dents, il est là quand j’attache mon manteau le matin et quand j’enlève mon écharpe dans le bus, il est là quand je réponds au téléphone, il est là quand je fais un petit sourire à Debbie, il est là quand je vais acheter un croissant pour nous deux à la récré. Il est là quand je me remets à pleurer, des petites larmes qui n’étaient pas encore sorties, mais les dernières, hein. Je suis là quand le prof de maths lui rend ses copies avec des A dessus (nous non plus, on a pas compris), je suis là quand il écoute de la musique, je suis là quand il regarde la télé mais qu’en fait on se regarde nous deux, je suis là quand il fait tomber des verres et je l’ai à ramasser les bouts de cristal éparpillés dans toute la cuisine, je suis là quand il discute avec ses parents et parfois sa sœur, je suis là quand il recolle ses chaussures.
Et je vais pas m’en aller.
C’est pas beau, ailleurs.
C’est pas beau, quand y a pas lui.
Les couleurs le savent très bien parce que quand il est pas dans mon champ de vision, elles disparaissent.
Quand on marche dans les couloirs ou dans la rue ou dans un magasin, on se tient toujours la main. Parfois sans entrelacer les doigts, comme quand on avait six ans et qu’on se mettait en rang pour aller à l’école. Souvent comme des amoureux, en s’accrochant bien avec toute la force de nos phalanges. Les gens disent des trucs sur nous. Comme quand on était pas encore ensemble, comme quand on s’est mis ensemble, comme quand on s’est quitté. C’est une petite musique qui nous suit partout et on s’en fout, on l’évite soigneusement, on l’entend pas et on écoute très fort M83. Ils doivent se demander ce qu’on est, tous les deux, parce que c’est pas écrit sur facebook alors ils se posent la question. Moi aussi j’y pense quelque fois, quand il dort dans mes bras et qu’il est presque tout nu, mais en fait je m’en fiche un peu, il est là, c’est bien, c’est bon, c’est beau, et on s’embrassera quand on aura le cœur assez accroché pour ça. Et peut-être que là, on sera toujours pas un « couple ». Peut-être qu’on sera jamais rien, mais tout à la fois.
Peut-être qu’on est même pas dans le dictionnaire.
Peut-être qu’ils y avaient jamais pensé avant nous.
Peut-être qu’ils avaient besoin de nous pour le comprendre.
L’amour qui dépasse les étoiles.
J’ai quitté Isaias il y a quelques semaines, un peu avant la nouvelle année. Silas avait l’air de penser que c’était pas très important, de quitter dans les règles le garçon à cause de qui on s’était séparés en décembre. Mais je suis allé le voir un jeudi après-midi juste avant son cours de maths et je lui ai dit que Silas et moi on allait se remettre ensemble (j’ai fait simple, j’ai laissé de côté les histoires de dictionnaire et tout ça, pour qu’il comprenne bien). Il a souri. C’était la première fois qu’il souriait quand on était tous les deux, j’avais jamais vu son visage s’illuminer comme ça, il était beau, et j’ai espéré très fort que lui aussi, il se trouve quelqu’un de l’espèce de Silas. Parce que derrière son sourire il était triste, et j’ai bien compris que son ancien amoureux à lui était pas revenu, et que sans moi, il allait être tout seul. Je lui ai dit qu’on pourrait se voir de temps en temps, quand il aurait besoin de quelqu’un, mais je sais qu’il le fera pas, l’autre jour je l’ai vu manger tout seul à la cantine.
En plus, Silas m’aurait tué.
Il laisse plus les pédés m’approcher à deux kilomètres.
Il fait ça très discrètement mais j’ai bien remarqué.
De toute façon, j’ai dit à mon corps : prépare-toi à passer ta vie sous les caresses de Silas maintenant, et il avait l’air d’accord, il a rien dit pour changer tous nos plans.
Parfois je regarde Silas. Enfin tout le temps. Mais parfois d’une autre façon. Je regarde ses grosses joues de bébé et sa bouche encore toute rouge. Et je me rappelle qu’on a que dix-sept ans. C’est presque rien, même si pour nous ça fait déjà une petite éternité. On a dix-sept ans. Ça veut dire qu’il nous reste encore des milliers d’années pour nous perdre, nous retrouver, nous réconcilier et surtout nous AIMER. Un jour, sur la peau rebondissante de ses joues y aura des rides et même à ce moment-là, il nous restera encore cinquante ans à vivre, plus si on est pas trop fatigués. C’est dingue. J’ai hâte. J’ai tellement hâte. De caresser ses rides et d’embrasser sa bouche pour qu’elle reste aussi rouge que quand on avait dix-sept ans.

C’est dimanche.
Il est quelque chose comme quinze heures, et puis je m’en fous tout compte fait.
Silas est sur mon skate, je suis derrière lui et j’ai posé mes mains sur sa taille pour l’aider un petit peu mais tout à l’heure on a failli se prendre un arbre donc je pense pas que ça serve à grand-chose. Ce matin il m’a dit qu’il avait envie d’apprendre à faire du skate. Dans ma tête j’ai déjà commencé à imaginer quels dessins je pourrais faire sur celui que je lui achèterai pour son anniversaire. On avance au ralenti, comme le reste de notre vie. Sans se presser. On a laissé l’autoroute de côté. Parce qu’on mourra pas demain. Ni après-demain. Donc c’est pas la peine de se jeter dans les bras de l’autre pour faire d’autres bêtises la semaine prochaine. Autant faire les choses tout doucement. Et, en attendant, lui apprendre à faire du skate. De temps en temps, il se tourne vers moi, comme pour vérifier que j’ai pas bougé.
Une course d’étoiles traverse son visage.

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MessageSujet: Re: UN NOUVEAU SOLEIL   Dim 4 Jan - 12:47

On recommence tout doucement à vivre. Je crois que tous nos bleus, toutes nos courbatures sont en train de s’effacer. Il suffit de nous regarder : les yeux qui pétillent, la bouche qui dit oui à tout, la peau lumineuse. Je crois qu’on s’approche tout doucement du bonheur, à tout petits pas. C’est la guérison qui est très bien entamée. Depuis quelques temps les jours sont devenus un peu bizarres. On dirait qu’on s’est décalé du monde actuel, celui où Debbie et mes parents vivent. On est dans une bulle à part avec des masque à oxygène et on réapprend à regarder autour de nous mais surtout à regarder l’autre. Depuis quelques jours on vit ensemble. J’ai passé une semaine entière chez lui à dormir dans son lit. Et lui vit maintenant chez moi et dort aussi dans mon lit. La vie ressemble à un rêve éveillé, j’ai l’impression d’être dans de drôles de brumes et d’avancer à tâtons.
Aujourd’hui, le mot ensemble à retrouvé tout son sens.
Mes mains sont toujours occupées, elles dorment dans celles de Coma et quand elles ne sont pas au creux de ses paumes, elles le touchent. Elles se promènent sur les dénivelés de sa peau, jouent au skate invisible. Elles suivent le dessin de ses veines, se perdent sur ses bras, échouent sur ses hanches. On a recommencé les baisers, aussi. Les baisers partout sur le visage, les baisers sur les mains, dans le cou, sur le ventre, parfois les genoux. Mais nos bouches ne se sont plus tombées dessus depuis très longtemps. J’ai hâte du jour où elles se rencontreront sans faire exprès et qu’elles reprendront goût à l’autre, tout doucement. On dort ensemble, aussi. Et ça m’avait vraiment manqué, de dormir avec lui, de sentir ses bras accrochés à moi pendant le sommeil et le savoir là quand j’ouvre les yeux. Je me réveille toujours avant lui. Je sais que la nuit on rêve chacun de notre côté et peut-être qu’on partage les mêmes songes. Avant de dormir on recommence aussi à s’attarder à la fenêtre, une cigarette à la bouche que l’on s’échange et on regarde les étoiles. On les compte, on dit : celle-là, c’est toi. On sourit, on rit un peu aussi. Les longs moments de bavardages sont suivis de longs silences où l’on se câline sur les draps.
Et comme ça, je suis bien.
Ça ressemble à ce que j’ai toujours voulu avec Coma. Vivre rien que tous les deux, presque enfermés, à toujours se toucher, se regarder se parler et ignorer tout ce qui est extérieur à nous. On vit dans une bulle extrêmement égoïste où l’on place l’autre sur un piédestal. Je crois qu’il faut prendre le temps de penser qu’à soi et qu’à son bonheur, de temps en temps. Je pense qu’il ne faut pas toujours s’effacer, rester dans l’ombre et s’empêcher de fleurir, de grandir. Là, je suis en pleine croissance. J’ai le visage soit tourné vers le soleil quand il est là ou vers Coma quand mes yeux brûlent de trop. Ils viennent se réfugier vers mon autre soleil, mon tout petit soleil, celui à échelle humaine (mais tout aussi grand dans l’âme et les yeux).
Coma a quitté son copain de remplacement, aussi. Je me demande parfois s’il lui manque et si Coma pense à lui, si dans moi il voit un peu de l’autre. J’espère que non, j’espère qu’il l’a jeté dans le trou noir des mauvaises choses. Parce que ce garçon-là, c’est le triste symbole de l’affreuse période qui a précédé la drôle de phase dans laquelle on se trouve maintenant.
Je crois aussi que mon cœur l’a pardonné. Qu’il a décidé de fermer les yeux sur ce que Coma a fait. Ça ne sert à rien d’attiser la haine et la colère, ça ne sert à rien de remettre les pieds dans le cercle vicieux. Je préfère pardonner. J’oublierai pas, je n’oublierai jamais. Mais c’est inutile de toujours le rappeler, c’est inutile d’y penser sans cesse, de regarder le corps de Coma et de penser et de savoir qu’il a fait l’amour à un autre que moi. Je préfère croire que c’est une erreur de parcours, que c’est un dérapage et que ce sera sûrement pas le dernier si on regarde toutes les années qu’il nous reste à vivre un semble.
Près d’un siècle.
☆☆☆
J’ai un pied sur le bitume et l’autre sur la planche à roulette de Coma. Il y a ses mains accrochées à ma taille qui me disent de pas m’inquiéter, qu’il est là, qu’il me lâche pas. Alors je me propulse tout doucement et je pose l’autre pied sur la planche. J’ai les bras un peu étendus, on dirait deux grandes ailes cassées, pas très en forme. Mais vous inquiétez pas, je les répare un peu tous les jours et les plumes repoussent peu à peu. Ça va tout doucement mais j’ai des tressautements de partout dans mon cœur parce que j’ai peur de tomber, j’ai peur de me bouffer le bitume une énième fois, je suis pas encore prêt.
J’ai besoin d‘une pause.
Un tout petit instant pour prendre le temps de respirer.
Je me retourne vers Coma et j’ose un petit sourire. Un truc tout petit qui m’étire un peu la bouche. Dans notre langage corporel ça veut dire quelque chose comme « ça va, je vais bien ».
- Tu me tiens bien, hein ?
Je dis.
Je sais qu’il va pas me lâcher. Je sais que ses doigts vont rester là, bien à leur place. Je crois qu’on est plus prêt de desserrer nos mains, nos doigts. On va rester un bout de temps encore accrochés l’un à l’autre, de peur de se perdre encore, de se laisser entraîner par le courant. Je ferme un peu les yeux sur mon skate qui avance tout doucement. Peut-être qu’un jour j’y arriverai, à la façon de Coma. Peut-être qu’un jour je saurai écarter mes bras très grand, que j’aurai cette fore tranquille sur le visage, que j’aurai pas peur, que j’aurai plus peur du tout, que j’avancerai tête baissée, en donnant de grands coups de pieds sur le bitume pour aller plus vite.
Il faut juste que je trouve le temps de
m’équilibrer un peu.
Mon pied vient sur l’asphalte pour donner un peu de vitesse. Je tremble un peu sur mes genoux pas très assurés. On arrive comme ça au bout de la rue et je finis par descendre. Il y a le skate qui nous sépare, Coma et moi. Je le regarde encore, je fais que ça depuis deux semaines. Il est vraiment très beau.
- Tiens … on échange, c’est mieux quand c’est toi qui fait.
J’te jure, on dirait un oiseau. Un oiseau immense, des ailes deux fois plus grandes que les miennes. Un truc assez fort pour pouvoir aller jusque dans l’espace, chatouiller les étoiles, se reposer sur les anneaux de Saturne et retourner me voir quand il en a assez des comètes.

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MessageSujet: Re: UN NOUVEAU SOLEIL   Dim 4 Jan - 19:53

Il s’est passé quelque chose là-haut, d’ailleurs.
Tout en haut, chez les étoiles.
Parce qu’elles ont retrouvé leur voix et qu’elles ont recommencé à chanter pour nous. Y a dû avoir une espèce de discussion sérieuse, dans la cuisine ou dans la salle à manger, et elles se sont toutes mises d’accord pour nous sauver la vie.
Sinon, on serait même pas là.
Même si Silas avait essayé avec tous les muscles de ses bras, on serait pas là sans la mission sauvetage des étoiles.
Le temps aussi s’est enfin calé sur nous. Il a pas mal joué au con depuis le début de tout ça, il a pas su suivre notre rythme alors il a inventé le sien, il s’est mis à rouler à toute vitesse quand les choses allaient à peu près bien, et puis à ralentir, voire freiner complètement quand c’était les trous noirs et les effondrements de toutes nos falaises. Mais depuis quelques semaines, il avance en même temps que non, on dirait, pas trop vite mais pas trop lentement non plus. Raisonnable. Je sais pas si c’est comme ça pour les autres, ceux qui sont autour de nous, mais je m’en fous. Ça va à la bonne vitesse pour nous, juste ce qu’il faut pour laisser la douleur derrière. Même si je m’en fous de plus en plus d’elle, aussi. C’était pas si dur, on est toujours là, non ? Bon, sur le moment, on le savait pas, mais on pouvait quand même faire confiance aux étoiles, non ? Et puis même si c’était affreux parfois, le reste du temps, c’était magnifique, c’est ça qui compte. On a eu mal, on s’est pris des murs, on est tombé par terre, on a mis des jours à se remettre, on s’est engueulés parfois sans bruit et une fois en faisant trembler les murs, on s’est déchirés et reconstruits mais surtout on a aimé. On a AIMÉ, putain, à chaque fois que je vais quelque part j’ai envie de le crier partout. On s’en fiche du reste. On s’en fiche. On est debout, on s’est aimé pendant tout ce temps et encore :
on s’aime encore.
On s’aimera longtemps.
On s’aimera tant qu’on trouvera rien de plus fort.
L’autre jour quand il dormait je lui ai dit que je l’aimais, je sais pas s’il m’a entendu. Mais c’est vrai je l’aime. J’ai jamais arrêté, j’ai jamais fait autre chose dans ma vie, même quand j’embrassais sa sœur, même quand je faisais semblant, même quand j’essayais de tenir la main d’Isaias pour aller prendre le bus le soir. Il doit le savoir, Silas, que je l’aime. Tout le monde le sait. C’est écrit dans tous mes souries, dans tous mes gestes et dans tout ce que je fais.
- Tu me tiens bien, hein ?
Je réponds même pas parce que oui, évidemment, bien sûr, qu’est-ce que tu crois, qu’est-ce que c’est ma vocation dans la vie à ton avis, oui, je te tiens oui, je te retiens, tu tombes pas, tu peux pas, et même dans ce cas-là, je te rattrape à l’arrivée. Ceci dit, si je le lâchais, il se passerait rien de grave, il se mettrait juste à voler. Il écarterait un peu plus les bras que ça ou même pas, et il s’envolerait tout en haut jusqu’à la séparation entre la terre et le ciel, et puis il irait jouer avec les nuages. Mais il préfère que je le tienne bien, que je m’accroche à lui alors moi c’est ce que je fais, tous les jours, toute la nuit même, au cas où il aurait peur de tomber de ses rêves.
De toute façon j’ai fait une promesse aux étoiles : ne plus jamais abîmer leur petit protégé.
(En échange, j’ai droit à une petite place dans leurs rangs pour rester avec lui.)
Et un pacte avec le soleil : toujours faire briller Silas, contre une belle météo sur nos cœurs jusqu’à la fin de nos vies.
- Tiens … on échange, c’est mieux quand c’est toi qui fait.
On vient d’atteindre la fin de la rue et il est retombé sur ses pieds. Moi aussi je pose mes deux pieds sur le bitume, je retrouve le sol complètement immobile. Ça me fait bizarre, à chaque fois c’est pareil. C’est comme descendre de la mer et retrouver la terre ferme. D’ailleurs les cheveux de Silas ont été balayés vers l’arrière par le vent comme s’il avait passé quelques temps à l’avant d’un bateau en marche. Il est très beau ... Il est tout le temps beau. Quand je le regarde ça me fait mal au ventre mais pour la bonne cause, ça y est, les bonnes crampes de ventre sont revenues. Celles qui racontent juste l’amour, le remède qu’on trouve dans les yeux de l’autre et le bonheur de l’avoir à côté de soi le plus souvent possible. Ça m’avait manqué. Au moins ce mal de ventre-là me bouffe pas de l’intérieur. J’ai plutôt l’impression qu’il agrandit mon estomac. Qu’il a de plus en plus faim.
Il aimerait bien embrasser Silas ...
Et quand il fait cette tête-là (sa tête de gamin patient) j’ai vraiment envie qu’on recommence à s’embrasser.
Mais je sais pas si nos cœurs sont assez bien accrochés pour ça, j’ai peur que tous les fils se cassent et que notre amour se perde encore dans les limbes.
Je préfère patienter.
________attendre que le soleil me donne son top départ.
Et puis j’ai encore de quoi tenir jusque-là. Il me reste dans la tête des tonnes et des tonnes de souvenirs de baisers. Des baisers dans mon lit, dans le sien, des baisers sans les mains et des baisers dans les bras, des baisers les yeux grand ouverts ou bien fermés, des baisers dans le bus, dans la rue, dans les couloirs, aux toilettes, au cinéma, au restaurant, des baisers-au revoir, des baisers-je t’aime, des premiers baisers, des baisers-pansements, des baisers-échappatoire et des baisers-excuses. Des baisers aux goûts toujours différents. Comme une grande variété de bonbons. Les goûts aussi je m’en souviens encore, ils se sont accrochés à ma langue et installés à mon palais, je risque pas de les oublier. Des baisers, donc, plein de baisers.
Tellement de baisers que je peux m’en servir à chaque fois que je suis triste.
Trop de baisers pour en redemander tout de suite.
Assez de baisers pour me rappeler encore de la texture de ses lèvres.
Des baisers marqués en moi comme des cicatrices mais en plus beau.
Je remonte sur le skate après avoir fait dix fois le tour de son visage en m’imaginant le faire avec ma bouche (jusqu’à la sienne), j’ai un mal de ventre un peu plus fort encore. Silas a pris ma place, je sens toute la chaleur et toutes les étoiles qui s’échappent de son corps caresser mon dos. Je sens aussi ses bras autour de ma taille, je baisse les yeux et je vois sa main droite qui tient son poignet gauche pour pas me lâcher. Je pourrais presque étouffer mais en fait c’est comme ça que je respire le mieux. Je regarde mes mains à moi, mes mains ridées d’avoir si souvent serré les poings et ... de l’avoir tenu si fort contre moi, tellement de fois. Accroche-toi bien, comme ça, parce qu’on décolle.
Mais en fait on fait à peine deux rues.
On s’arrête dans un parc qui attrape tout le soleil à lui tout seul.
(À la façon du visage de Silas.)
C’est là qu’on venait jouer avec Silas quand on était tout petits, c’est même le premier truc qu’on a fait tous les deux quand on est devenus amis : nos mamans s’étaient appelées et arrangées pour nous accompagner un dimanche tous les deux dans ce parc.
On avait fait de la balançoire, il m’avait raconté des histoires.
Alors je vais m’assoir sur la balançoire en bois sous les arbres.
Il n’y a personne à part (c’est bien fait, le monde, parfois.)
Je tape sur mes cuisses pour qu’il vienne s’assoir dessus.
Je sais même plus quel âge j’ai.
Douze ...
... ou cent.
☼ ou ☆

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MessageSujet: Re: UN NOUVEAU SOLEIL   Lun 5 Jan - 17:53

J’ai le cœur qui tambourine très fort dans ma poitrine et je crois que c’est très bien comme ça. Ça fait du bien de le sentir battre, se battre encore. On dirait que lui aussi y croit à notre histoire d’amour pas très correcte, un peu bancale. J’apprécie ces instants de vie où je me sens immensément vivant. Je sais que je suis là, je sais aussi que je vais bien et j’ai aussi l’impression que ça va durer comme ça encore très longtemps. C’est une succession de jolies choses, un cercle vertueux. Et tout ça c’est grâce à Coma, c’est grâce à lui parce que c’est lui qui me fait tout ça, c’est grâce à lui les picotements sous la peau, c’est grâce à lui les sourires à la pelle, c’est grâce à lui les caresses timides, les baisers furtifs sur la joue ou dans le cou, c’est grâce à lui les étoiles dans les yeux, c’est grâce à lui la langue déliée, devenue pourtant pâteuse d’avoir aussi peu parlé.
Il est remonté sur son skate, d’ailleurs.
Je le tiens contre moi, très fort. Mes deux petits bras enlacent sa taille et serrent un peu, suffisamment pour qu’il puisse respirer et trop pour ne pas qu’il s’échappe. Je le tiens fort comme ça parce que je pense qu’on sait jamais, qu’il pourrait glisser, que sa roue pourrait rencontrer un tout petit obstacle, un tout petit truc de rien du tout qui pourrait le faire chavirer d’un coup. On avance ensemble, ensemble, ensemble. J’aime ce mot, je le chéris très fort et il résonne de plus en plus joliment à l’intérieur de mon crâne. Il a des airs de musique mélodieuse qu’on voudrait entendre pendant des heures, un peu comme une chanson préférée, quelque chose de grand, de beau, de fantastique dont il ne faudrait jamais se lasser.
On arrive dans un petit quelque part. C’est un parc. Il est baigné de lumière, c’est le soleil qui a dû s’endormir ici ce matin et qui a pas pensé à se réveiller, un oubli. Mais nous ça nous va très bien. Faut dire qu’on a passé pas mal de temps à le traquer partout, à chaque coin de rue. Il y avait tellement de voiles opaques devant nos yeux qu’on voyait même plus la lumière même quand le ciel s’était teinté de bleu. Mais tout ça c’est de l’histoire ancienne. Aujourd’hui on a même l’audace de regarder l’astre brûlant avec nos deux yeux plantés dedans. Ce parc on le connaît tous les deux. Il a l’odeur de nous deux enfants, il a la sonorité de nos cris de gosses. Je me souviens être tombé plus d’une fois ici, m’égratignant un peu les genoux mais me relevant tout de suite pour aller jouer à la bagarre avec Coma. Deux combattants. Il faut croire que c’était gravé sur nos fronts dès la naissance ! Qu’on allait passer notre temps à jouer des poings et des genoux pour survivre dans l’arène de la Vie.
C’est réussi.
Coma s’en va pas très loin, quelques pas loin de moi et il part s’asseoir sur la balançoire. Je me rappelle de nous quand on faisait la course à celui qui irait le plus vite et le plus haut. Je crois que j’ai toujours perdu. C’est que mon amoureux a toujours eu plus de force dans les bras et que j’ai dû le laisser gagner plus d’une fois. Je devais déjà l’aimer petit, d’un amour plus que fraternel, quelque chose de déjà très grand pour ma poitrine d’enfant. Ses mains tapotent ses cuisses, comme une invitation. J’ai un sourire joyeux sur les lèvres et je romps bien vite la maigre distance qui sépare nos deux corps.
Je m’assieds sur le précipice de ses genoux. Je recule un peu pour être bien assis. Ses mains à lui son accrochées aux cordages qui retiennent le siège de la balançoire. Je les recouvre de mes mains et avec mes jambes je commence à créer du mouvement. D’abord ça va tout doucement, mes pieds frottent contre le sol. Et puis on commence à s’envoler. La balançoire ça m’a toujours fait des poussées d’adrénaline dans le ventre. Quelque chose de très puissant, comme si des millions de toutes petites fusées décollaient simultanément à l’intérieur de moi. Je ferme les yeux et j’ai toujours ce sourire accroché au visage. L’adrénaline, elle, ne me quitte pas. Et c’est encore pire avec Coma en dessous de moi. Je sens toute la chaleur de son corps contre moi. Parfois même, l’arrière de mon crâne cogne dans son nez et je le sens qui vient chatouiller contre mes cheveux. Mon cœur s’emballe comme un dingue dans sa cage thoracique pleine d’air.
Je l’aime.
J’ai jamais aimé aussi fort, aussi grand. J’ai jamais aimé comme ça avant lui et je n’aimerais jamais comme ça après lui. C’est incroyable tout ce que je vis quand il est là, tout ce que je ressens à l’intérieur. La balançoire sans lui ça a même pas le même goût, la balançoire sans lui c’est juste un peu de sueurs froides et un peu de peur au fond du ventre. Mais quand il est là, quand je sens son haleine qui vient me chatouiller dans la nuque, ses poings fermés sous mes paumes, tout ça, ça me …
Ça me fait chavirer …
Comme un bateau.
Voilà comment je me sens avec Coma : comme un bateau. Et la mer elle est toujours agitée. La plupart du temps, ce sont de très jolies tempêtes. Beaucoup de vent dans les voiles, le bois qui craque un peu. Ça fait chasser les nuages et découvrir le soleil (le jour) et les étoiles (la nuit).
On ralentit tout doucement.
La balançoire s’arrête d’elle-même puis qu’on ne pousse plus avec nos bras, nos bassins et nos jambes.
J’ai un peu la tête qui tourne.
Déséquilibre amoureux.
Je prends une grande inspiration, un énième bol d’air frais. Je tourne mon visage vers lui et le regarde de très prêt. J’ai la bouche muette mais je sais que mes yeux, mon nez, mes joues lui parlent beaucoup. Ils lui racontent un tas de choses. Mon bonheur, par exemple. Chaque pore de ma peau expulse du bonheur. C’est que je suis bien, là, plus que bien, même.
Ma main s’approche de sa joue à lui. Et puis c’est tout mon visage qui vient s’aventurer près du sien. Je dépose un baiser sur sa bouche, du bout des lèvres. Quelque chose de très immature, de léger. C’est juste que je regarde ses lèvres depuis tellement de temps en rêvant très fort de les embrasser. Et là, je ne résiste plus. Il y a une mini-explosion céleste entre nos deux bouches. Ça dure, quoi, une fraction de seconde, juste de quoi me retourner le cœur dans tous les sens.
Ça faisait très longtemps que je voulais l’embrasser ici.
Même tout doucement.
Pas avec l’effusion volcanique qu’on avait avant.
C’est que son cou, son visage, ses bras, ça me suffisait plus, à moi. J’avais besoin de voir les choses en plus grand, avec encore plus de paillettes que maintenant. J’avais besoin de plus, de cet endroit parfait de son visage. La chaleur de ses lèvres fermées, la pression de son haleine contre ma bouche à moi. Je ne touche plus son visage, je ne fais que regarder.
- J’en avais un peu marre d’attendre.
(sourire)

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MessageSujet: Re: UN NOUVEAU SOLEIL   Mar 6 Jan - 20:25

Peut-être que ça faisait longtemps qu’il s’était pas assis sur mes genoux comme ça. Avec mes bêtises. Avec nos larmes. Avec nos cris pas criés. Avec ses bleus (mais d’où ils viennent ?). À cause de tout ça. Peut-être que ça faisait trop longtemps. Parce que quand il s’assoit sur la balançoire et surtout sur moi ça me réchauffe tout entier, ça part de mes joues, ça descend le long de ma gorge en forme de boule de feu, ça passe dire bonjour à mon cœur, ça tombe au fond de mon ventre, en creusant fort tout le long du chemin, comme si la petite boule de feu faisait un grand saut dans le vide, et puis ça échoue assez violemment au fond de mon caleçon, là où mon corps raconte tout ce que je ressens pour Silas et que j’ai du mal à dire parfois. Je me racle la gorge mais ça change rien, ça cache rien. C’est bête en plus, j’ai jamais été gêné pour ça avant. (Sauf quand c’est arrivé une fois en cours de maths mais c’est parce qu’il m’avait écrit un truc vraiment dingue sur un petit bout de papier, je savais plus où me mettre, et comment faire pour arrêter de rougir et de sourire et oh.)
Et puis on décolle et ça me calme.
Le balançoire déploie ses ailes comme elle fait depuis qu’on est tout petits et nous ré-apprend à toucher le ciel.
Mais moi je tendrais les doigts pour rien au monde.
Parce qu’ils sont accrochés à ceux de Silas et que c’est très bien comme ça.
Le soleil rien qu’à nous, le paysage flou sur la balançoire et ses mains.
J’ai trouvé comment attraper le paradis et le loger dans ma poitrine (à côté de mon cœur).
J’en garde quelques bouts pour toi mon amour, tu peux venir quand tu veux, et même entrer sans frapper.
De toute façon c’est comme ça qu’il m’a fait tomber amoureux de lui ... Sans me demander la permission ... Et BOUM, je savais plus ce qui m’arrivait et j’avais super chaud. Je m’en souviens encore.
On s’arrête sans réfléchir et Silas se tourne vers moi avec un air bizarre sur le visage. Quand on se regarde comme ça j’ai du mal à comprendre où se trouve le sol et à retrouver le sens du ciel, et le pire, c’est que je m’en fous, Silas c’est mon vertige préféré, c’est mon tournis adoré, j’aime tomber dans le vide qu’il invente rien qu’avec ses deux yeux (et aussi un peu sa bouche), parce que dans ma chute je ramasse toujours des belles choses. Et puis ça fait même pas mal quand je tombe, alors je vais pas m’en empêcher, non, quand je tombe, j’arrive dans ses bras et c’est encore mieux que ma super couette de faux cosmonaute, c’est doux, ça sent les bébés étoiles (comme lui), un peu la cigarette et ses cheveux chatouillent toujours un endroit de moi, le front ou les bras. Quand on se regarde comme ça j’y peux rien, à chaque fois, il reste plus que ça, plus que lui, et tu te demandes : mais à quoi ça sert d’ailleurs, le reste, le dehors, ce qu’il y a dehors, quand, dans un tout petit corps, une petite construction d’ossements comme lui, tu peux trouver des étoiles, des comètes, des soleils (avec des s), des ciels bleus, des arcs-en-ciel permanents et surtout sans pluie et des galaxies entières, tout ça à la fois ? Franchement, après, le reste, ça fait un peu gris. Ça manque de couleurs et de paillettes. Ça suffit plus trop.
Nous, on a des couleurs.
Et d’ailleurs sa bouche est de plus en plus rouge.
Et de plus en plus près, c’est pour ça que je le sais.
Quand elle touche la mienne, je me demande comment j’ai pu croire que des vieux souvenirs, c’était assez pour continuer, que ça faisait comme dans la vraie vie, parce que c’est vraiment du pipeau les souvenirs, y en a aucun (même pas celui auquel j’ai pensé hier soir, qui était un baiser particulièrement magnifique) qui a la même saveur, qui renferme autant de lumière, qui se rappelle parfaitement comment Silas fait pour bouger ses lèvres quand il m’embrasse (il a une façon complètement à lui j’ai jamais vu ça et - ...
Il a arrêté.
Tout de suite après il dit :
- J’en avais un peu marre d’attendre.
Mais je sais même pas comment il arrive à parler correctement.
Moi je suis sur le cul.
Si je pouvais dire quelque chose ça ressemblerait sûrement à quelque chose comme lqsdihfmqsjet’aime et voilà.
Parce que ça y est, c’est ...
C’est fini !
Putain c’est bon !
Putain que c’est bon !
C’est fini de broyer du noir, de pleurer tous les soirs, toute la journée en fait, c’est fini de respirer par à-coups, de pas y arriver, de se regarder dans le miroir pour se forcer à réussir et de s’écrouler parce que ça marche plus, que les poumons se sont trop bloqués à force de plus avoir de quoi aimer, c’est fini de s’enterrer sous la couette, c’est fini de plus croire en rien du tout, de tirer la gueule toute la journée parce que ça fait trop mal de sourire alors que y a rien pour motiver. C’est fini ! Je m’en doutais depuis quelque semaines mais on sait jamais, le bonheur peut être un connard et moi je peux tout gâcher quand je m’y mets. Mais non, là, c’est vraiment, vraiment bon. C’est fini et ça recommencera jamais.
Je crois que je souris ou quelque chose comme ça.
Je l’aime tellement.
J’ai même plus assez de mots pour le dire.
Je l’aime tellement.
Je pensais pas qu’on pouvait faire ça avec son cœur.
Aimer à ce point, aussi fort, sans jamais s’arrêter.
Là en ce moment c’est Silas qui l’a dans ses bras, mon cœur, et il lui fait faire des trucs trop dingues avec son regard d’étoile. J’ai l’impression qu’il le lance en l’air et qu’il le rattrape ensuite. Et qu’autour de nous, tout le monde applaudit. Nous, on se lève, on descend, parce que j’ai une grande idée. Ça m’arrive parfois. Avant de plus trop savoir comment m’en sortir. Mais là, je sais très bien où je vais et pourquoi j’y vais et je sais qu’il peut rien m’arriver de mal. Je vais chercher deux marguerites un peu moches dans l’herbe derrière le toboggan. Il fait froid mais il fait soleil. C’est parfait. C’est exactement le temps que je voulais pour notre mariage. Nous deux en doudoune et le bonheur palpable, qui réchauffe l’hiver. Je regarde Silas en prenant sa main. Je sais pas trop ce que je fais mais je le fais quand même, je dois un peu avoir la même tête que lui avant de m’embrasser, y a deux minutes.
- Monsieur Silas Pollock, vous prenez aujourd’hui, le dix-huit janvier deux mille quinze, Monsieur Coma Arthur Nobody pour époux.
(J’ai réussi à pas faire trembler ma voix, elle est musclée à force.)
J’enroule son doigt dans la fleur et je fais un nœud avec la tige pour que ça tienne au moins jusqu’à ce qu’il prenne une douche. Après on s’achètera des vraies bagues ou on verra. J’ai cinq ans d’âge mental, je sais pas si c’est parce qu’on est dans ce parc pour enfants ou parce que je suis en train de faussement me marier avec lui. Comme nos fiançailles aussi.
Je le regarde un peu.
Il en jette mon amoureux.
- Moi, Coma Arthur Nobody, je prends Monsieur Silas Pollock pour époux, aujourd’hui, le dix-huit janvier deux mille quinze.
En parlant je regarde son cou parce que, je sais pas.
Je le trouve tout nu.
Souvent j’y mettais de la couleur avec ma bouche et mes morsures d’amour qui ressemblaient à des galaxies violettes. Des morsures d’amour : c’est joli parce qu’on dirait que ça fait mal mais en fait non, pas du tout, c’est exactement comme l’amour. Suffit de casser les couteaux en deux et ça va.
- Voilà.
Je dis ça comme ça et je souris.
(Je porte une fleur autour du doigt moi aussi.)

Oh non ...
J’ai oublié de dire « vous pouvez embrasser le marié » ...
Je regarde le ciel (mais dans ses yeux).

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MessageSujet: Re: UN NOUVEAU SOLEIL   Mer 7 Jan - 16:35

On sourit tous les deux et je crois qu’on ressemble au bonheur, quelque chose de pur et de grand, comme ça. J’ai le bout des doigts qui est un peu tremblant. C’est que j’ai un peu du mal à m’en remettre, de tout ça. De Coma, des mains de Coma, du visage de Coma, de la bouche de Coma. J’ai encore envie de prendre ses joues contre mes paumes et l’embrasser sur la bouche des milliards de fois pour rattraper le temps perdu. C’est que ça m’avait manqué, ça m’avait tellement manqué. Le reste, c’était bien gentil c’était bien tout court, mais moi ce que je préfère, c’est quand même sa bouche.
Comme un seul homme, on se lève. Coma m’abandonne un peu et je reste planté là, au pied de la balançoire, à le regarder. Il se penche vers l’herbe et puis il revient. Il y a des étoiles partout dans ses yeux et je pense que ça y est, j’ai enfin retrouvé mon Coma, j’ai enfin retrouvé mon amoureux, celui qui avait des sourires à la pelle, des yeux très très bleus, le cœur en fête, tout ça. Là il marche d’un pas rapide, il a le menton très haut et les épaules relâchées. Je le sens, tout ça. Parce que même quand on s’est remis un peu ensemble, Coma il était encore tout contracté. Son corps était plein de courbatures, plein de plaies qui se sont jamais refermées. Coma il avait mal à chaque geste qu’il faisait parce que ça tirait un peu sur ses muscles, son cœur et sa tête et qu’il avait pas trop envie, qu’il y croyait plus trop. Mais là, c’est revenu. Les planètes qui tournent, la danse des étoiles, les fusées par millions. Elles sont toutes là, elles font du bruit, elles clignotent dans tous les sens et moi ça me rend heureux.
Il est revenu et il me regarde et prend la main.
Je rougis.
( ???)
- Monsieur Silas Pollock, vous prenez aujourd’hui, le dix-huit janvier deux mille quinze, Monsieur Coma Arthur Nobody pour époux.
Il enroule une marguerite autour de mon doigt, fait un nœud avec la tige et la tête de la fleur. Je le regarde, ébahi. Je sais pas quoi lui dire. J’ai l’impression qu’on m’a jeté une enclume sur la tête, mais une belle, hein, pas une qui fait mal. J’ai envie de sauter de joie, de le tenir contre moi, de lui faire l’amour. Ça y est ! Ça y est, on est guéris, on est même carrément en vie. C’est pas génial, ça ? On l’attendait, ce moment. Moi en tout cas je l’attendais.
- Moi, Coma Arthur Nobody, je prends Monsieur Silas Pollock pour époux, aujourd’hui, le dix-huit janvier deux mille quinze.
Je lui noue sa marguerite autour du doigt aussi et j’ai un sourire très niais et très heureux qui flotte sur mon visage. Il peut plus me quitter, là, il est là pour toujours, pour les prochains siècles, je crois. Je le garde, je le garde pour toujours, je veux plus jamais faire la gueule, je veux toujours du bonheur, du bonheur, du bonheur et une bonne dose d’amour pour survivre.
- Voilà.
Il dit.
On se regarde encore un peu. Je passe mes mains autour de sa nuque et je le tire doucement vers moi. Je ferme mes deux paupières et je l’embrasse encore. Je l’embrasse très longtemps. Nos bouches le font un peu mal parce que nos sourires se cognent dedans et ça me donne envie de rire, aussi. Je crois que je flotte. Que flotte au dessus du sol. C’est l’effet Coma, ça. À chaque fois ça m’élève un peu, ça me fait doucement planer. C’est une drogue dure, ce garçon, quelque chose de bien solide, qui accroche le cœur et qui se répand dans toutes les veines. Mes doigts viennent chercher dans ses cheveux un petit peu aussi.
Je me sens très, très, très bien.
Ça faisait longtemps.
Je colle ma bouche à son oreille et je dis
- je t’aime
Presque timidement, à la manière d’un secret.
Et qu’est-ce que c’est, ces deux mots et demi ? Une petite piqure de rappel, pour lui dire que j’ai jamais arrêté, j’ai jamais arrêté d’avoir des tourbillons, des papillons, des ouragans, des fêtes étoilées dans le ventre dès que je posais mes yeux sur lui. Pour lui dire que mon cœur s’affole toujours autant, qu’il est surexcité. Peut-être que je vais mourir de ça, vers mes soixante ans. D’une crise cardiaque. Parce que depuis l’enfance mon cœur s’agite comme un fou en présence de Coma.
C’est la maladie d’amour.
Je suis très heureux mais en même temps j’ai un peu du mal à croire tout ce qu’il se passe. Actuellement je prends Coma dans mes bras, je le serre très fort contre moi et j’ai mon nez dans son cou. Ça crèverait les yeux de n’importe qui qu’on s’aime comme des amoureux et pas comme des amis. Mais j’ai du mal à y croire parce qu’on a passé tellement de temps à s’ignorer, à penser du mal de l’autre, à essayer de se détester que ce qu’il se passe maintenant semble tenir du miracle. Et puis quand il a quitté l’autre garçon et qu’on a recommencé tout doucement à s’apprivoiser, j’aurai jamais cru qu’on puisse en arriver là maintenant ! Je veux dire, on était seulement capable de réapprendre à marcher, à se tenir la main, à tenir debout tout court. Et là on tombe dans les bras l’un de l’autre en se mariant pour de faux et s’embrassant tendrement sur la bouche. J’ai l’impression que tout va si vite mais qu’à la fois c’est la continuité des choses. En fait, c’est évident. C’est ce qui nous a toujours attendus. Je crois qu’on est sortis du tunnel, pour de vrai. Qu’on a quitté les lumières factices et blafardes pour un soleil naturel, très grand et pas prêt de s’éteindre.
Je trouve ça incroyable.
- Merci d’exister …
C’est ce que ma bouche murmure contre la peau de son cou.
C’est quelques mots. C’est aussi long qu’un « je t’aime » et ça veut un peu dire pareil. C’est vrai, quoi. C’est quoi, la vie, sans lui ? À quoi ça ressemble ? Moi je sais à quoi ça ressemble, parce que je l’ai vécu. La vie sans Coma, c’est dégueulasse, voilà ce que c’est. C’est tout gris, c’est tout sale, ça donne envie de rester toute la journée dans son lit, la tête plongée dans l’oreiller, à se gaver de noir jusqu’à exploser. C’est … ça n’a pas de sens. Mais là, quand il est là, j’ai qu’une envie c’est de quitter mon lit pour ses bras. Quitter le noir pour le regarder lui.
C’est des tonnes d’amour, voilà ce que c’est.
Ce sont de belles fatigues.
De belles courbatures.

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MessageSujet: Re: UN NOUVEAU SOLEIL   Jeu 8 Jan - 20:12

Mais on peut toujours compter sur Silas pour pas me rater quand il faut m’embrasser.
Et puis il se souvient toujours de tout, il fait attention à tout lui.
Alors il m’embrasse.
D’abord je vois son visage resplendissant (est-ce que c’est le soleil ? ou est-ce que c’est lui tout seul qui fait ça ?) qui s’approche du mien, je retiens mon souffle (enfin c’est plutôt qu’il est complètement coupé, dans le genre pas fait exprès, et puis c’est même pas grave puisque y a que contre lui que je respire vraiment correctement) et je vous jure, je vous jure si quelqu’un passait par là il penserait vraiment qu’on vient de se marier, il manque plus que nos parents et toutes les étoiles assises côte à côte sur des chaises blanches (oui j’aimerais bien qu’elles soient blanches, les chaises). Et puis il va poser sa bouche sur la mienne. (Et je sais que ce sera pas du tout comme le baiser de la balançoire, je vois du feu dans ses yeux.)
Il va m’embrasser.
Trois
Deux
Un
Zé ...
Douze mille milliards.
Baiser.
Ça ressemble un peu à rien, un peu à nous, une œuvre d’art ratée (genre y a un coup de pinceau en trop ou une rature ou quelque chose comme ça), un baiser complètement de travers, avec nos sourires mélangés à nos langues, moi j’ai posé mes mains dans le dos de Silas pour le retenir et je trouve que c’est plutôt parfait même si ça peut paraître désordonné. Je serais même content que ça dure comme ça toute la vie. Lui qui me tire vers lui avec ses bras autour de ma nuque et moi qui l’oblige à pas bouger du reste du corps, qui le colle contre moi comme si ça pouvait devenir indélébile, de la glue.
Putain j’ai vraiment l’impression qu’on vient de se marier ...
Qu’est-ce que je vais faire quand ça va vraiment nous arriver ?
Je vais péter un câble non ? Un câble de joie.
Et puis comme si ça suffisait pas, le baiser, les marguerites, tout l’amour qui flotte autour de nous (désolé pour les autres, avec tout ce qu’on pompe, il doit pas rester grand-chose), non, Silas, il en rajoute une couche, et avec sa voix qui vaut toutes les belles chansons du monde, juste au creux de mon oreille gauche, comme si ça ne regardait que nous deux et mes tympans qui en ont déjà entendu des magnifiques, Silas, ce petit morceau de soleil sur pattes, me dit deux choses qui font complètement explosé le ciel et il reste plus que des étoiles. Deux choses, deux déclarations d’amour différentes, quelques secondes, un souffle, six syllabes, des voyelles, des consonnes, des apostrophes, trois petits points émus pour conclure le tout. Deux choses, deux poèmes à eux tous seuls : je t’aime / merci d’exister.
Oh ...
Oh, il s’acharne sur moi le malheureux ...
(Mais ça va je tiens le choc.)
Quand on recommence à se regarder je me sens brusquement timide comme un con. J’ai envie de lui dire des trucs pareils mais je sais même pas par où commencer et j’ai peur que ça ressemble à rien, comme d’habitude. J’ai presque envie de prendre quelques heures pour savourer tout le beau qui vient de nous tomber dessus (mais on l’a bien mérité, bien préparé). J’ai envie de rien faire pendant quelques temps, de prendre le temps de bien retomber les deux pieds à plat sur terre, de digérer notre couple et notre mariage tout neufs avant de repartir dans la fusée du quotidien, dans le monde des autres, avec les autres, dans la vie normale ponctuée de moments-paillettes inventés magiquement par Silas. Je voudrais qu’on s’assoit sur le banc qui est là-bas (si je suis capable de marcher avec toute la barbe à papa qu’il y a dans mes jambes) et qu’on fasse quelque chose comme se regarder jusqu’à ne plus avoir faim de l’autre. Silas, c’est pas le genre de choses qui le dérange. Avec Silas, on peut se regarder des heures sans bouger, Silas ça l’embête pas le silence tant qu’il sent l’amour. Debbie, ça l’aurait emmerdée une histoire comme ça, elle aurait pas compris, mais Debbie, c’est plus qu’un bout de 2014. En 2015, c’est Silas. En 2016 aussi. Jusqu’en l’an 3000. Jusqu’à ce que la vie ne veuille plus de nous deux.
Je commence vraiment 2015 en grandes pompes, en feu d’artifices, mais attention, feu d’artifices d’étoiles.
Je me souviens comment j’ai commencé 2014, j’ai souhaité une bonne année à Silas en le serrant dans mes bras (sans savoir, encore, que ça pouvait lui faire mal en fait) et puis je suis monté en haut avec sa sœur. Voilà c’était comme ça le début de 2014. Un peu de Silas et beaucoup de Debbie. Tout pour Debbie et des miettes pour Silas. Quand j’y pense je suis pas très fier, et je regrette un peu de pas avoir les yeux plus tôt, d’avoir joué à l’aveugle un peu con, mais ce qui compte c’est que maintenant j’ai compris, bon j’ai un peu retardé le bonheur mais qu’est-ce que c’est, quelques années, alors qu’on en a encore des MILLIONS tous les deux. C’est des cicatrices. Mais que j’effacerai de tous mes baisers (mon arme la plus forte). Depuis le début de 2014 j’ai pris mes médicasilas et maintenant tout va très bien. Je suis prêt à accomplir ce pourquoi on m’a balancé sur Terre depuis Saturne : aimer Silas. L’aimer comme personne a jamais aimé. L’aimer toute l’année sans faiblir. Un crescendo d’amour tous les jours.
Est-ce qu’à force d’aimer tellement fort on peut finir par exploser ?
Façon feu d’artifices et devenir des petits bouts d’étoile flottant dans l’atmosphère.
Moi ça m’embête pas tant que Silas devient aussi des petits bouts d’étoile dans l’atmosphère, qu’il est encore là pour me raconter des histoires qui sortent des couleurs de Pluton, qu’on peut continuer à s’embrasser, à se raconter des trucs qui n’ont ni bras ni jambes. Et qui tiennent debout malgré tout. Comme nous !
Silas c’est ma terre et il tourne beaucoup mieux que la vôtre.
Avec lui le bonheur prend des airs de petit garçon avec des yeux très bleus.
Quoique, le bonheur, il le redéfinit carrément, Silas ...
Le bonheur, devant un géant comme Silas, il fait pas trop le malin ...
Enfin moi personnellement j’avais jamais pensé que le bonheur ça pourrait ressembler à ça, à Silas, et que ça pourrait être aussi immense, que ça pourrait se loger dans ses cils, magnifiques un par un, dans ses bras et leurs tout petits os, je pensais vraiment pas, je suis le premier surpris et le premier ravi.
Quoi, vous avez une question ?
Parlez plus fort, j’entends pas. Nos deux cœurs qui battent en même temps, ça ... ça fait du bruit.
Et qu’est-ce qui va se passer maintenant ?
C’est ça votre question ?
Vous nous connaissez pas ou quoi ?
Des étoiles, des ciels par millions, des baisers, des courses poursuites dans sa chambre, des films, des skates, des joints, des bouteilles, des draps, des couettes, des oreillers, des fenêtres ouvertes et puis fermées, des baisers, des nouvelles planètes tous les jours, des poèmes par terre, deux écouteurs, des trajets en bus, des câlins, des bisous dans le cou, sur la langue, des nuits blanches, des nuits roses, des caleçons, des bras, des cahiers de maths, des mauvaises notes, des heures séchées, des arbres, des baisers, des silences, des bruits, des sourires jusqu’à la fin du monde, des baskets défoncées, des gros manteaux, des os cassés, des cicatrices magnifiques, des pansements abîmés, des sparadraps arrachés, des baisers, des rires, des cascades, des dégringolades, des baisers, des chansons, des hymnes à la vie, des poèmes nocturnes, et aussi en pleine journée, des coups de poing, des coups de cœur, des coups au cœur, des maux de ventre pour la bonne cause, des murs, des ponts, des fusées et des avions, son cœur, mon cœur, notre amour.
Notre amour balaise.
Il a fait de la muscu en nous attendant. (Depuis le temps.)
- Désolé, j’suis ... Enfin je t’aime tellement, Monsieur Nobody, et ...
(Des larmes d’émotion en travers de la voix. Des intermittences de joie.)
Je me demande comment mon cœur va faire pour passer les portes maintenant.
Il est tellement gros.
C’est la lune.
__________C'est le soleil.
____________________C'est Saturne.

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MessageSujet: Re: UN NOUVEAU SOLEIL   Dim 11 Jan - 14:24

Contre son épaule je respire très calmement. Je ne lui demande pas de me répondre, de me dire moi aussi je t’aime, Silas. Tout ça, tout cet amour, je le vois, je le sens. Je n’ai pas besoin de l’entendre, je n’ai pas non plus besoin de voir ses lèvres former les lettres. Tout ce qu’il se passe dans son ventre et dans sa tête a des répercussions sur chacun de ses gestes. Dans son cou renversé pour qu’il me laisse l’embrasser, dans sa main tendue, sur son dos dévêtu, dans ses yeux, dans sa façon de me prendre la main, de me regarder, de parler, de soupirer, de marcher, de faire du skate. Je le sais. Et c’est magnifique. C’est magnifique de savoir qu’on aime quelqu’un et qu’on est aimé en retour. C’est magnifique d’ouvrir les yeux et de se dire je ne suis pas tout seul, je ne serai jamais seul. Parce que là, tout près de moi, il y a Coma. Coma qui fait l’effort immense et unique de m’embrasser, de me toucher, de me parler, de me regarder, de m’écouter. Je crois que l’amour c’est un effort, oui. Ça mobilise chaque millimètre du corps et de la pensée. C’est se consacrer, ce sacrifier, se donner tout entier. Ce sont de jolies leçons de vie, aussi. Apprendre à dire merci, à prendre à regarder autre chose que son nombril, apprendre à pardonner, apprendre à entendre mais surtout à écouter, apprendre à aider, apprendre à sentir, à ressentir, apprendre à dire oui mais aussi à dire non.
Voilà.
Je crois que c’est tout ça.
Et puis il y a tellement de chose qui rende ça encore plus beau. Des situations particulières. Un banc défoncé par le temps et la vie, un soleil qui brille fort et haut dans le ciel, un ciel d’été, une chanson, un trajet en bus, une nuit de sommeil ou une nuit de caresses. C’est toutes ces petites choses là qui passent leur temps à rajouter des pierres à l’édifice.
On approche de la huitième merveille du monde, là.
Il y a aussi les gens qui se lassent d’être amoureux, ceux qui changent toujours de partenaire. Ceux qui regardent l’autre avec le regard terne, des gestes faux, une tendresse copiée des téléfilms, des phrases volées aux auteurs de pacotille. Moi ce que j’aime avec Coma c’est que je l’ai attendu. Je l’ai attendu bien sagement dans mon coin, ça a dure très longtemps et je passe mon temps à le dire mais ça a réellement valu el coup de l’attendre. Je l’ai regardé embrassé ma sœur sans broncher, j’ai souri à leur amour. Debbie et Coma c’étaient deux fleurs. Ils étaient frais, ils étaient beaux, beaux tout seuls et beaux ensemble. Mais ils ont fané, ils étaient incapables de s’abreuver à l’autre pour grandir, pour pousser un peu plus, pour essayer de toucher les étoiles du bout de leur pétales. À vrai dire je sais même pas s’ils ont essayé, je sais pas s’ils ont fait l’effort de lever les yeux. Peut-être qu’ils ont préféré se regarder eux, briller plus fort dans le regard des autres. Ils ont réussi. Mais quelle réussite … Ce que j’aime avec Coma c’est que je sais pas, je sais rien. Je sais pas où on va, où on sera dans dix ans. J’ai pas l’assurance de l’éternité parce qu’on s’est prouvé mille fois que tout était susceptible de se casser la gueule, bim, le nez contre le bitume, les genoux, les coudes écorchés. C’est ce doute, que j’aime. C’est me dire aussi qu’il faut que je m’accroche encore plus fort, que je serre les poings et les mâchoires pour pas l’abandonner, pour jamais le laisser derrière moi mais que pour toujours on puisse marcher épaule contre épaule et si possible main dans la main.
- Désolé, j’suis … Enfin je t’aime tellement, Monsieur Nobody, et …
Sa voix tremble un peu.
Elle est pleine de maladresses mais ce sont les plus belles maladresses du monde, de celles que je voudrais embrasser très fort, garder entre mes doigts, sur le bout de la langue. Je le regarde et j’ai les yeux plein d’étincelles, plein de ciels, de galaxies, de météorites tranquilles. Je caresse un peu sa joue. Un geste tendre, du bout de mes phalanges. J’ai un sourire accroché à ma bouche et je reste comme ça quelques secondes. Je dois clignoter de partout, je dois clignoter de néons qui hurlent je t’aime/beaucoup/à l’infini/très fort/jusqu’à saturne/au-delà même/par tous les temps/tous les jours/surtout la nuit/je te rêve/je t’embrasse/je t’enlace/je t’aime je t’aime je t’aime je t’aime
- On rentre à la maison ?
Je demande.
J’ai hâte du jour où on pourra dire chez nous. J’ai hâte d’avoir une maison, ou un appartement, ou une cabane dans les bois peu importe et me dire, ici c’est chez nous. C’est chez Coma et chez Silas. On aurait que des housses de couettes avec des soucoupes volantes et des étoiles dessus. On accrocherait des poèmes au mur et on aurait des fenêtres immenses pour laisser passer la lumière de la lune et du soleil. Chez nous, on y verrait toujours clair. Même quand il fera nuit, même quand il y aura de la pluie. Je veux un gros canapé très vieux et en cuir pour qu’on puisse s’y laisser tomber et s’embrasser un milliard de fois. Et puis un grand lit, un grand lit pour nos âmes très grandes. Un grand lit pour qu’on puisse s’enrouler dans les couvertures et rester coincés dedans. Un lit assez grand pour nos rêves, pour le ciel, pour les nuits douces, les nuits amoureuses, les siestes tendres, les matins d’hiver, les nuits orageuses, les larmes, les joies, les lectures, l’amour, les discussions sérieuses (…)
Je tiens sa main dans la mienne et je me mets à marcher. Je vais chercher sa planche à roulettes qu’on a abandonné loin de la balançoire. Je pose mes pieds dessus et je m’élance tranquillement avec Coma à mes côtés. Mes paupières se ferment et tout ce que je ressens, c’est la chaleur de la paume de Coma, le vent qui agite tout doucement mes cheveux, mes joues qui tirent un peu à cause de mes sourires à répétition.
Je voudrais arrêter la vie maintenant. Appuyer sur pause. Devenir spectateur de ma propre personne et nous regarder. J’aimerais nous regarder comme on regarde un film ou comme on lit un livre.
J’ai envie qu’on se déshabille et qu’on s’allonge côté à côte sur mon lit. J’ai envie de faire le tour du monde de son ventre avec ma bouche. Toucher son cou avec mon nez. J’ai envie de passer le siècle prochain collé contre lui, à passer ma main dans ses cheveux et à respirer son odeur. J’ai envie qu’on aille s’acheter des bagues. Des bagues très simples. Sans diamants, sans rien qui brille. Juste deux anneaux qu’on se passerait aux doigts en se promettant pour la millionième fois un amour éternel et sans faille.
J’ai envie de tout ça et de mille choses encore.

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MessageSujet: Re: UN NOUVEAU SOLEIL   Mar 13 Jan - 17:33

J’ai fait pire que ça. Pire que dire n’importe quoi à force d’être amoureux, à force de n’avoir que nos baisers comme geste, que son amour pour religion et que son corps comme occupation. Pire que d’avoir les mots coupés à sa vue, pire que pas savoir quoi dire. J’ai fait pire, j’ai fait horrible. Y a plein de fois où j’ai su exactement quoi dire, où j’ai dit plein de choses, tellement de choses que j’ai oublié mais je sais que ça faisait mal. Il va pas m’en vouloir pour ça, un silence un peu minable c’est vrai mais un silence surtout mouillé d’émotion, un silence qui n’arrive même pas à parler à la place des mots ou de mon cœur, ces grands cons complètement muets devant l’ange qui leur est gracieusement offert. Je suis même surpris qu’après toutes les bêtises que j’ai fait, l’univers me donne encore le droit de serrer Silas Pollock dans mes bras, mais je vais pas non plus râler, hein, merci, d’ailleurs, merci l’univers de pas baisser les bras, de me réserver un nombre infini de chances. Merci. Merci de m’avoir gardé Silas Pollock de côté pendant que j’étais occupé à me demander pour la millième fois si ça valait le coup de regarder les étoiles. Merci Silas d’avoir accepté de revenir. Merci d’être toujours là, de remplir ma case vide. Tout va bien quand t’es là.
Tu fais sourire
toutes les é
toi
les.
- On rentre à la maison ?
Il sourit avec permanence.
On dirait qu’il va sourire toute sa vie.
Ne jamais en avoir marre : ça me va très bien comme ça.
La maison, là je sais qu’il parle de la sienne, parce que c’est là-bas qu’est mon pyjama depuis des jours et des jours, mais dans dix ans, ou peut-être avant, ou après, j’en sais rien moi, mais je sais qu’un jour, « la maison », ce sera notre maison à nous, nos draps, notre boite aux lettres avec nos deux noms dessus pour recevoir les factures (j’ai tellement hâte de payer des factures avec lui mais chaque chose en son temps) ou des cartes postales de nos parents, notre clé faite en trois exemplaires (un pour lui, un pour moi et un autre au cas où je le perdrai), notre penderie avec tous nos vêtements mélangés, notre baignoire. Mais pour l’instant, et c’est très bien comme ça, on va chez lui. Ses draps, sa boite aux lettres, sa clé, sa penderie, sa baignoire avec, quand même, des petits morceaux de moi un peu partout sur eux.
Comme sur ses mains.
Comme sur sa gorge.
Comme sur son nombril.
Des petits bouts de moi absolument partout pour qu’il m’oublie pas quand je me fais la gueule à moi-même.
Silas prend ma main (des petites traces de lui partout sur moi aussi, pour que je sois pas triste quand on a pas cours dans la même salle) et pour une fois c’est lui qui roule sur mon skate et moi qui marche à côté de lui. On a inversé les places, et je comprends à quel point ça peut être fascinant de se trouver à cet endroit-là, quelques centimètres en-dessous de lui, accroché à sa main, et avec ses pieds pas tout à fait sur terre, qui glissent, indifférents à mes pas qui, en comparaison, ont l’air de sacrés bulldozers. En plus de ça, Silas a une façon très particulière de faire du skate, c’est quelque chose de magnifique évidemment, mais du jamais-vu. Il se laisse faire par la direction que prennent les roues, jusqu’au dernier moment, jusqu’au basculement, jusqu’à la chute imminente qu’il évite d’un gracieux coup de bassin, qui remet le monde sur ses pieds. Là encore je sais pas quoi dire.
Je suis à court de vocabulaire depuis quelques mois déjà.
J’ai perdu tous mes dictionnaires …
On avance comme ça pendant quelques rues (en silence, lui sur mon skate et moi qui le tire un peu par la main), et puis je récupère mes deux propriétés, on se récupère, main dans la main, côtes contre côtes, épaule contre épaule, cœurs enlacés et enchantés. On doit marcher de travers, comme des gens ivres, parce qu’on fait tout en même temps sans rien mettre de côté, on s’embrasse maladroitement on parle on se raconte des trucs qu’on s’est déjà racontés et on en invente d’autres on rigole on se cogne sur l’autre pour se faire des bleus de l’autre on avance on recule on marche sur la route puis sur le trottoir, tout d’un coup, tout en même temps, sans faire le tri et forcément, tout se mélange et rien n’a de sens, mais c’est à ça que ça doit ressembler l’amour. En tous cas, nous, c’est comme ça qu’on a toujours fait et c’est pas parce qu’on s’est fâchés plusieurs fois, trop de fois, que ça veut dire que ça fonctionne pas, qu’on a pas la bonne méthode. Au contraire, je pense qu’on a la bonne méthode, celle du Vrai Bonheur Infaillible, la méthode cachée que Silas a trouvé dans les étoiles.
(Moi j’étais sur Terre, je le regardais d’en bas.
Et je l’applaudissais de toutes mes mains.)
J’aime bien être amoureux, avoir le cœur qui s’agrandit qui s’élargit, comme s’il voulait qu’on ne voie que lui, comme s’il voulait devenir roi du monde.
Il y a un livre qui raconte les nuages. J’ai vu ça à la télé ou alors c’est quelqu’un qui me l’a dit. Le livre donne des noms à toutes les formes de nuages et explique leurs humeurs (d’abord j’ai pensé que y avait que Silas pour écrire un livre pareil mais en fait c’est un auteur anonyme … un immense rêveur on dirait bien …) Mais y a aucun livre qui explique pourquoi, parfois, les nuages s’en vont et ne reviennent pas. Partent hanter d’autres ciels. Pourquoi ils ont quitté Palo Alto ? Le ciel bleu pétard, le soleil doré. Il fait toujours beau on dirait. Comme si le beau temps était de sortie spécialement pour nous après toutes les tornades, toutes les avalanches, tous les orages qu’on s’est jetés dessus ... Il a décidé de prendre les choses en main. De nous aider à reprendre des couleurs. De nous forcer à bouffer du soleil du vrai, pas celui qu’on invente dans sa tête quand on est trop triste ou trop fatigué pour lever la tête. Et puis jamais nous laisser tomber au cas où nous on aurait envie de le faire.
Devant la maison de Silas il y a la voiture de sa mère.
Parfois quand il est sous la douche on discute.
Mais ce que j’aime le plus chez Silas c’est son lit, évidemment. Son lit parce que c’est là qu’on a joué, d’abord, inventé des fins du monde où il ne restait plus que nous, c’est là qu’on a parlé pendant des heures, parfois pour rien dire, pour repousser nos devoirs, ou pour prendre des grandes décisions (commencer à faire régulièrement nos devoirs), c’est là qu’on a cru qu’on serait amis toute la vie jusqu’à devenir des amoureux, c’est là que tout a changé. C’est là qu’on s’est embrassés pour la deuxième fois, c’est là qu’on a fait l’amour plusieurs fois après, c’est là que j’ai écrit des poèmes (le nôtre) en travers de ses bras, en évitant ses veines, c’est là qu’on a fumé pleins de trucs et qu’on en a bu pas mal d’autres. C’est toute une histoire son lit, c’est notre biographie.

Si je pouvais donner un nom à mon sourire interminable je l’appellerais Silas.

Il était une fois,
Silas Pollock. Soleil, arc-en-ciel sur fond bleu, pierre précieuse, pot de paillettes, flocon d’étoile, tout petit roi du monde, il faisait tourner la terre, le soleil et la lune en même temps exactement comme un chef d’orchestre, et quand y avait des collisions et des pinceaux mélangés, c’est qu’il avait arrêté de surveiller er qu’il était en train de tomber amoureux. Il faisait tournoyer les étoiles mieux que personne (parce qu’il les avait inventées … ou l’inverse … ou merde) et les réveillait à chaque fois qu’elles commençaient à se refermer sur elles-mêmes. Personne s’en rendait compte mais c’était lui qui donnait au monde cette allure-bonheur-là, et quand le temps était gris, c’est qu’il savait pas comment faire autrement pour dire qu’il était malheureux.
Il était une fois,
Coma Nobody. Astéroïde en colère depuis sa première seconde, balancé d’une galaxie trop vieille pour réussir à s’occuper d’un chieur pareil, tombé dans celle-là par hasard, ou par Silas. Il faisait du skate tous les jours mais il tombait beaucoup, il avait des bleus. Il y avait les bleus-skate et les bleus-on-sait-pas, des bleus qui venaient de nulle part et qu’il avait arrêté de soigner. Lui il s’en foutait du monde et du soleil, que ça tourne bien comme il faut, il faisait du skate c’est tout. Parfois il croisait des gens et il les rendait tristes aussi, pour pas être le seul garçon malheureux de la Terre, sans comprendre. Lui il s’en foutait que le soleil brille ou que la lune lui pique ses journées, jusqu’à rencontre un solarcencielprécieusepaillettétoilroi. Silas.
Quand le maître du monde le plus timide que la terre ait jamais connu et un astéroïde se rencontrent,
ils vivent heureux et ont beaucoup d’enfants.

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