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 LES COMBATTANTS

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MessageSujet: LES COMBATTANTS   Dim 28 Déc - 14:00

On lui a cassé la gueule.
C'est pour ça qu'on est entrés alors c'est comme ça qu'on s'est enfuis, avec les poings tout bleus, Charles m'a dit c'est pas grave parce que c'est la dernière fois et j'ai cogné, bleu.
Charles a une valise, moi un sac, parce qu'une valise, c'est trop grand pour ce que j'ai (rien).
Par contre, si c'était mon cœur, mes couleurs ou mes sourires qu'il avait fallu loger dans un sac, ça serait jamais rentré, même en s’asseyant dessus comme on a fait avec la valise à roulettes de Charles, parce que ça prend de la place tout ça depuis quelques temps, mon cœur mes couleurs et mes sourires.
C’est Charles.
Charles c’est le sang qui fait tourner mon cœur.
(Je crois que c’est comme ça que ça marche.)
Charles c’est les feutres pour colorier le monde.
(Feutres à paillettes.)
Charles c’est le bonheur dessiné sur mon visage.
(Mes sourires jusqu’aux cheveux.)
Charles c’est le garçon qui marche à côté de moi en traînant sa lourde valise et en se posant plein de questions encore plus lourdes que tous ses vêtements et tous les souvenirs qu’il s’est fabriqués au centre.
Steve c’est le garçon qui marche à côté de lui avec son sac sur son dos et ses mains qui pendent, qui ose même pas regarder le ciel, qui regarde plutôt ses mains parce qu’il paraît que c’est la dernière fois qu’elles se font des bleus et des roses.
Steve c’est moi.
Là c’est nous.
On marche et je sais pas où on va mais je sais qu’on s’en va.

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MessageSujet: Re: LES COMBATTANTS   Lun 29 Déc - 19:23

J’ai l’impression d’avoir des fusées dans mes veines. Ça vole de partout, ça s’excite là-dedans en plus de mon cœur qui s’emballe comme un dingue à chaque pas que je fais. Ça y est, on va sortir, je vais sortir, je vais sortir, je vais sortir. Avec Steve on a fait ma valise et son sac, on a tout roulé en boule et jeté nos affaires dedans. On a couru, couru dans les couloirs et j’arrivais pas à décrocher le sourire qu’il y avait sur ma bouche. Même le surveillant, je l’ai tabassé avec un sourire. Steve avait l’air tout coupable d’avoir encore joué des poings mais je lui ai dit que pour cette fois on s’en foutait.
On est dehors.
On est dehors, on marche d’un pas décidé. Je ne sais pas vers où. J’ai l’impression d’avoir mille cœurs et que tous battent en même temps. Ça fait un bruit pas possible à l’intérieur de moi. J’ai les mains toutes tremblantes. J’arrive pas à me calmer.
C’est impossible.
- Regarde ce qu’on a fait, Steve. On a réussi.
J’ai les yeux qui se perdent devant moi.
On est sur le bitume. Il commence à faire nuit et j’ai l’impression que je pourrais marcher pendant quelques siècles comme ça jusqu’à pouvoir rentrer à la maison, prendre mon père, ma mère et ma sœur dans mes bras et embrasser Steve sur la bouche, le présenter, leur expliquer qu’il est un peu sauvage et qu’il faut le réhabituer à la vie.
- Comment tu te sens ?
Je demande.
J’espère qu’il va bien, j’espère que lui aussi a cette impression d’avoir deux immenses ailes qui se déplient dans son dos et qu’elles vont se mettre à voler de façon innée. J’espère que lui aussi a le cerveau qui va à deux mille à l’heure parce qu’il sait même plus quoi penser.

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MessageSujet: Re: LES COMBATTANTS   Mar 30 Déc - 15:13

Ce matin Charles a dit qu’il fallait se faire beau, je lui ai répondu que je savais pas faire et je me souviendrai toute ma vie de ce que ça m’a fait d’avoir les mains de Charles dans mes cheveux, ses doigts pour essayer de ranger les mèches de mes cheveux dans le bon ordre (quand j’ai vu ma tête après j’ai eu l’impression qu’il avait réussi).
Y a pas beaucoup de choses dont je me souviens comme ça.
J’ai pas de trucs assez beaux pour m’en souvenir encore l’année prochaine.
Y a juste :
- la première fois que j’ai vu Charles
- le bisou sur la bouche de Charles
- sa main dans mes cheveux ce matin
- et quelques trucs avec Brandon.
Je crois que c’est déjà pas mal, parce que quand je me mets à penser à tous ces trucs-là à la suite, j’ai déjà du mal à rester tranquille, et si y a quelqu’un à portée de main, tu peux être sûr que je vais me mettre à lui casser le nez.
- Regarde ce qu’on a fait, Steve. On a réussi.
Hein ?
Ah, oui ...
Moi je le regarde surtout lui, sinon c’est comme avec les beaux trucs, j’ai peur de m’énerver, j’ai peur que ma tête se retourne et de plus pouvoir rien contrôler, faire demi-tour, aller chercher mes médicaments et revenir (détruire quelqu’un au passage), pour lui faire plaisir je souris (et c’est pas trop difficile parce que je le regarde).
- Comment tu te sens ?
Je hausse les épaules.
Pour l’instant la route est droite et il n’y a qu’elle mais j’ai peur qu’au moment où il y en aura une deuxième, Charles me laisse là tout seul comme un con, j’y pense depuis l’autre jour qu’on a dit qu’on allait partir, j’ai peur de perdre encore la seule personne qui veut bien me regarder et de me retrouver encore tout seul mais cette fois, je sais pas où je pourrais aller pour essayer de me faire soigner.
Je hausse les épaules.
Deux fois.
Et puis je prends sa main.
Je fais comme si j’avais pas réfléchi à ce geste toute la nuit en rougissant, avec mes insomnies secouées par Charles.

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MessageSujet: Re: LES COMBATTANTS   Sam 3 Jan - 8:34

J’ai une vigueur toute nouvelle dans les jambes et dans le cœur, quelque chose d’un peu magique qui me pousse à aller encore plus loin, à marcher jusqu’au bout de la Terre s’il faut. Steve, lui, me parle avec ses gestes. Il hausse les épaules et me sourit en même temps. C’est pas grave. Je suis habitué à ses silences. Combien de temps on a passé au centre à se regarder sans rien dire, à fumer tous les deux et à regarder la cour en réfléchissant chacun de notre côté et peut-être en partageant les mêmes pensées ? Une éternité, probablement. Mais une belle éternité.
Je sens sa main qui vient chercher du repos dans la mienne.
J’ai un sourire tendre qui vient éclaircir un peu plus mon visage.
Je serre doucement ses doigts.
Ma main lui dit énormément de choses. Elle lui dit qu’il ne faut pas s’inquiéter, que ça va très bien aller, qu’il ne faut pas avoir peur et ne surtout pas se mettre en colère. Ma main lui explique aussi qu’on va trouver un endroit où dormir, un endroit à nous, rien qu’à nous, peut-être même une petite maison où il n’y aurait pas de place pour la tristesse et la violence mais seulement pour la tendresse et les sourires. Ma main serrée lui promet un tas de belles choses.
Et j’y crois.
J’y crois, moi, au soleil, aux étoiles, au ciel bleu, à un semblant de vie.
- Ça va aller, Steve, tu me crois, hein ?
Je me suis arrêté pour pouvoir le regarder bien droit dans les yeux. Je tiens toujours sa paume très fort. Mais c’est pour qu’il me parle un peu, pour qu’il me dise qu’il me croit et que ça va aller. J’suis pas tout seul dans cette aventure. Y’a lui, aussi …

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MessageSujet: Re: LES COMBATTANTS   Sam 3 Jan - 16:29

Charles sourit.
Et ça, ça ...
(Attendez il faut que je réfléchisse bien à mes mots.)
Oui, ça, c’est mieux que de s’enfuir et c’est mieux que toutes les routes du monde, son sourire ça prend ton cœur et ça lui fait comme s’il était monté dans ces trucs que j’ai vu à la télé, ça s’appelle des manèges et c’est beaucoup beaucoup plus grand que Charles, ça te secoue dans tous les sens et le sourire de Charles ça fait la même chose.
Charles quand il sourit comme ça j’ai du mal à parler.
Comme quand il m’a embrassé sur mon lit.
Charles serre mes doigts.
Et là ...
J’ai même pas besoin de réfléchir, je sais juste plus quoi dire.
- Ça va aller, Steve, tu me crois, hein ?
Je fais oui avec ma tête.
- Oui. Oui parce que t’es là.
Le jour où il est arrivé au centre ça allait déjà mieux, je sais pas depuis combien de temps ça fait mais en tous cas j’ai commencé à avoir moins de bleus, à pouvoir voir la peau qui se cache derrière et tous les grains de beauté, j’ai compris que le silence, ça pouvait être beau avec quelqu’un et qu’une bouche, c’est très très important.
- Mais ... On va où ?
Il sait, non ?
Au-dessus de nous le ciel est de toutes les couleurs.
Ça me rappelle quelque chose mais c’est trop loin pour que je sache quoi exactement.
Le soleil, c’est qu’une toute petite boule rouge.
Et y a un autre truc un peu blanc mais plus fort encore.
C’est quoi ça ?
Ça brille plus que Charles ...

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MessageSujet: Re: LES COMBATTANTS   Mar 6 Jan - 18:16

Il dit que oui, que ça va aller parce que je suis là. Ça me fait plaisir, c’est vrai. J’ai l’impression d’être une roue de secours à échelle humaine et ça, ça me fait sentir très grand, très utile aussi. Je ne me sens plus comme la sous-merde que j’étais au centre. Là je suis Charles Roi, je suis un garçon, avec un visage, des épaules, un corps, des jambes. Pas un matricule, pas un à moitié dangereux, un taré, un hors-la-loi, un malade.
Je suis juste un garçon qui va en aider un autre.
Parce que ça vaut le coup.
Parce que c’est une très belle aventure qui se dessine devant nous.
C’est beau.
Dans le ciel, le soleil décline doucement. Ça fait des lumières orangées mélangées avec un peu de bleu et de mauve. C’est un joli tableau, encore. Je crois que je suis en train de découvrir la nature. Je l’avais oubliée, avec tous ces murs, toutes ces portes, toutes ces fenêtres grillagées qui me rendaient aveugle. La lune fait elle aussi son apparition, timide, ronde.
Ça fait combien de temps que j’avais pas levé les yeux comme ça ?
Au moins un an, j’en suis sûr.
C’est énorme.
Mais ça me faisait trop mal de regarder tout ce qu’il se passait là-haut. C’est réservé aux astronautes, aux oiseaux, aux rêveurs. Je n’étais aucun de ces trois-là.
- Mais … On va où ?
Je hausse les épaules.
- J’en sais rien, Steve. On va aller quelque part où on sera bien. Pour l’instant on marche jusqu’à trouver une ville.
Des lumières, des maisons, des trottoirs, des magasins, des parcs, des chiens, des chats, des gens, des immeubles, du linge qui sèche, des voitures, des vélos, des gens pressés, des enfants (…)

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MessageSujet: Re: LES COMBATTANTS   Ven 16 Jan - 20:08

- J’en sais rien, Steve. On va aller quelque part où on sera bien. Pour l’instant on marche jusqu’à trouver une ville.
J’ai un peu peur.
Est-ce que c’est normal de pas savoir où on va ?
Est-ce qu’il y a des gens qui font ça, qui marchent sans savoir où et pourquoi et quand et comment ils vont s’arrêter ?
Moi je savais toujours où j’allais : à la boulangerie, acheter des bonbons, en tenant Brandon par la main.
Je commence vraiment à avoir peur.
C’était bien quand je rêvais sur mon lit au centre, et que parfois il y avait Charles à côté de moi (mais il faisait tellement de silence qu’il aurait pu aussi bien être dans la cafétéria à l’autre bout du bâtiment, là où je l’ai vu la première fois), c’était bien dans ma tête, mais dans ma tête, quand j’y pensais, j’avais oublié qu’il y aurait plus les médicaments et qu’il y aurait personne à portée de main, personne à taper, personne à colorier bleu (il y a que Charles et Charles c’est pas possible).
C’est comme quand j’ai serré Brandon contre moi.
J’ai oublié que je faisais mal.
Je croyais aussi que le ciel était tout bleu dehors.
Là, il est presque noir (c’est la couleur que j’aime le moins, d’ailleurs personne l’aime, surtout pas les arcs-en-ciel).
Qui a inventé toutes ces jolies choses sur le Dehors ?
Pourquoi le monde fait tout à l’envers ?
Je crois que je respire un peu trop fort par rapport à d’habitude, mais pas comme quand j’ai « embrassé » Charles pour la première fois et que j’avais comme un soleil dans le ventre.

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MessageSujet: Re: LES COMBATTANTS   Dim 18 Jan - 11:30

Le soleil s’est couché depuis longtemps et là-haut le ciel est plus noir que bleu. Steve est toujours là, avec moi, et toutes les dix secondes je pose mes yeux sur lui pour m’assurer que je ne l’ai pas perdu. C’est qu’on parle pas beaucoup et qu’on ne fait pas beaucoup de bruit, alors ce serait facile de s’oublier et d’en laisser un derrière. Mais je fais bien attention et je vois son visage faiblement éclairé par la lune (elle brille un peu à travers les nuages).
Je pense qu’il est beau.
On dirait que ses bleus sont en train de disparaître.
Je quitte la route pour m’aventurer dans l’espèce de forêt qui la borde. Sous les arbres, je me dis qu’il fera probablement moins froid qu’au bord de la route, et on doit y être mieux pour dormir. Peut-être qu’on y verra pas le ciel, mais on aura tout le temps de le regarder demain quand on reprendra la route. J’entends les pas de Steve derrière moi qui font bruisser les feuilles. Au pied d’un arbre, je pose mon sac à dos et m’y allonge, la tête posée dessus. J’attends que Steve vienne à côté de moi et je pose ma main sur son bras. Puis je le tire tout contre moi jusqu’à que sa tête vienne s’échouer sur ma poitrine.
Je caresse ses cheveux.
Et je ne dis rien.
Je sais seulement que j’ai moins froid quand il est là, je voudrais juste le serrer très fort contre moi, embrasser son front et aussi ses deux joues. Mais je n’ose pas, j’ai pas envie qu’il se braque et se transforme en boule de colère. Alors je reste là, tranquille, avec ses cheveux sous mes doigts et ma poitrine sous sa tête.

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MessageSujet: Re: LES COMBATTANTS   Dim 25 Jan - 9:52


La première fois que j’ai vu Charles je me suis dit que s’il me demandait de me mettre tout nu je le ferais.
Ils me le demandaient toujours.
Les infirmiers, les plus vieux, les médecins, et je voulais jamais.
Mais Charles, ça m’aurait pas dérangé, et c’est toujours pareil.
Après, je me suis posé cette question sur ses poignets, et encore après, j’ai pu toucher ses poignets et répondre à ma question : je les ai pas cassés.
Là, on se tient même pas la main et puis même quand il la lâche j’ai toujours l’impression de l’avoir dans la mienne tellement c’est fort.
(Mais je connais pas le mot pour dire que ça fait comme une cicatrice mais en bien, en beau.)
Je marche derrière lui dans une forêt, j’espère qu’il est rassuré de savoir que s’il tombe, je le relèverais, je le surveille jusqu’à ce qu’on arrive à un arbre et là Charles il s’allonge dans l’herbe, j’ose pas dire que j’ai froid alors que j’ai un si gros soleil devant moi, ce serait pas juste de dire ça.
Charles brille même dans la nuit.
Je m’allonge à côté de lui et lui il me tire sur lui.
Je sens son cœur sous un côté de mon front.
C’est la première fois.
C’est comme ça qu’on tombe amoureux ?
- Bonne nuit Charles.
Je me suis jamais endormi aussi vite.
Dans mes rêves il y a Brandon, ça fait des drôles de trucs à mon cœur de le revoir, je cours, je perds Charles et je cours jusqu’à Brandon mais dès que je touche sa joue il se met à crier, à disparaître, à se tordre dans tous les sens, j’ai mal partout dans mon corps et même dehors, JE VOULAIS JUSTE LUI FAIRE UN CÂLIN !
S’il vous plaît
S’il vous plaît
Stop.

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