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 TRAIN TO PLUTON

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MessageSujet: TRAIN TO PLUTON   Lun 15 Déc - 20:11

Tati porte une jolie robe et des collants tout neufs. Elle a tortillé ses cheveux dans tous les sens (ou peut-être que c’est ses amies) et ça rend très beau, surtout sur elle. On voit sa nuque. J’ai failli tomber (amoureux) quand elle a enlevé son écharpe et son manteau, c’était la première fois que je voyais aussi bien son cou, d’habitude je le devinais sous ses cheveux, et puis je regardais surtout ses mains. J’ai rien dit et pas bougé pendant quelques secondes et puis j’ai recommencé à cligner des paupières parce qu’elle a parlé, « joyeux Noël Rémi ». Moi aussi je me suis bien habillé. J’ai acheté des vêtements de grand garçon (une chemise blanche et un pantalon noir), je les ai pris bien à ma taille et j’ai demandé au vendeur si elle allait aimer. Il m’a dit que toutes les filles aimaient les garçons habillés comme ça. J’ai failli dire « mais monsieur, c’est pas avec une fille que je passe Noël ».
C’est une prostituée.
C’est une fée.
Ma fée qui fait les trottoirs.
Et un soleil malgré tout.
D’ailleurs je l’ai vu tout de suite quand elle est entrée chez moi tout à l’heure (pour la deuxième fois de ma vie). Il faisait un doux soleil et il était dix-neuf heures. On aurait pu éteindre la lumière dans l’appartement et y voir quand même. Quand elle a dormi dans mon lit l’autre jour, c’était pareil. J’ai bien dormi parce que son soleil qu’elle cache jesaispasoù, ça faisait comme une veilleuse pour moi. La lumière qui a guidé mes rêves. Quand je me suis réveillé, même si elle était plus là, j’avais encore un peu de soleil entre les cils. Ça m’a permis de tenir et de sourire jusqu’au soir, jusqu’à retrouver ses doigts.
Ce soir, je paye rien.
Et je sais pas si elle dormira là.
On a pris l’apéro et on est sortis, j’ai dit on mangera tout à l’heure, elle, elle regardait le sapin que j’ai fait rien que pour elle.
Dans la rue je cherche la main de Tati, elle est plus loin que d’habitude parce que ce soir Tati porte des chaussures plates.
Elles sont noires et surtout elles brillent.
Comme elle.
Et comme les rues de Paris.
Je lui ai pas dit où on allait.

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MessageSujet: Re: TRAIN TO PLUTON   Mar 16 Déc - 19:36

Aujourd’hui je ressemble à une fille.
Et non pas à une pute. Je peux vous dire, ça change tout un personnage. J’ai mis au moins deux heures à me préparer avec les filles. Je leur ai parlé un peu de Rémi et j’ai vu à leur tête qu’elles étaient un peu jalouses de moi. Je me suis acheté des collants très noirs et une robe qui m’arrive aux genoux. Même qu’elle est ras du cou. Les filles m’ont fait des boucles dans les cheveux et je ressemble un peu moins au soleil nocturne que je suis pour les clients. J’ai abandonné mes tallons pour des petites chaussures à paillettes qui à elles seules font la fête quand elles piétinent le trottoir. Les filles m’ont dit : tu es vraiment très belle, Tati.
J’ai été un peu émue de toute la gentillesse du monde dont elles ont fait preuve aujourd’hui.
Je suis arrivée chez Rémi et il y avait un sapin dans le salon. Ça clignotait de partout. Je suis restée le regarder quelques minutes et puis on a pris l’apéritif. On a un peu ri, un peu parlé et puis on est sorti. On marche tous les deux dans la rue. Il y a des rires dans la rue et des voitures pressées. J’ai la main de Rémi dans la mienne parce que je pense que je lui dois bien ça. Je lui dois un million de choses encore. Ça me tient chaud et ça me fait beaucoup de bien. On avance dans la ville et je me sens bien, j'ai même un peu de joie sur les joues, ça devient un peu rose.
- Où est-ce qu’on va ?
Je demande.
Je pense qu’il va nous emmener dans un quelque part où le monde est plus beau que sur le trottoir ou même son appartement. Je pense qu’il va nous emmener dans un endroit très beau, plein de lumières et de rêves. Il sait y faire avec ces choses-là, Rémi. Je crois que c’est un peu sa spécialité. Il a un don pour rameuter les sourires et les étincelles sur le visage des gens qui sont un peu trop gris.
Il est comme ça, Rémi.

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MessageSujet: Re: TRAIN TO PLUTON   Sam 20 Déc - 13:32

Ce soir il pleut des paillettes, cadeau des étoiles, il y en a partout, dans la rue sur les portes des magasins, sur les façades des bâtiments et des immeubles, dans les arbres (coulis étoilé), sur les trottoirs, là-bas sur la Tour Eiffel, et même jusque dans les yeux de Tati, ses cheveux et ses mains aussi. Des paillettes plus fortes que d’habitude. Des paillettes qui font pas la gueule. Des paillettes qui sont de sortie. Des paillettes qui me sourient en clignotant. Qui font du toboggan dans ses cheveux, glissent sur ses doigts et qui réchauffent ses mains.
Je tiens fort la main de Tati.
Et j’ai même pas besoin de la regarder pour savoir qu’elle est belle.
Mais ça m’embête pas non plus de la regarder.
Je pourrais même faire ça pendant des heures. M’assoir sur une chaise pas forcément confortable, poser mes deux mains sur mes cuisses et laisser le temps s’en aller, la regarder. Sans rien faire, sans rien dire, sans penser à rien, comme si j’étais au cinéma. Ne rien faire et la regarder essayer d’exister. Chercher le ciel. Prendre une inspiration. Expirer. Tortiller ses mains. Si j’étais une petite souris c’est ce que je ferais de mes journées. Je la suivrais partout pour pas en rater une seule miette (d’elle). Mais je suis un étudiant et surtout je suis trop grand pour ça.
- Où est-ce qu’on va ?
On dirait qu’elle a douze ans.
Je tends la main (celle qui n’est pas dans la sienne, à récupérer des paillettes) et je montre la tour Eiffel du bout de l’index, on la voit un peu d’ici, elle scintille d’entre les arbres. J’accélère un peu le pas d’ailleurs parce que je voudrais pas qu’on rate le feu d’artifices. Ou qu’on le regarde d’ici, non, je veux qu’on soit juste en-dessous et que les yeux de Tati en prennent plein la vue, de quoi les faire briller jusqu’à l’année prochaine, jusqu’au prochain Noël. Moi, je m’en fous un peu. Au pire, je pourrai le voir se refléter dans l’obscurité des pupilles de Tati et ça me suffira.
- Enfin euh ... On ... On va pas en haut, hein, de la Tour Eiffel. Juste à ses pieds quoi. Juste regarder, pas ... pas monter.
J’espère qu’elle est pas déçue.
Je sais pas encore si je suis capable de l’emmener jusqu’au ciel.

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MessageSujet: Re: TRAIN TO PLUTON   Lun 22 Déc - 11:38

Je crois que c’est la première fois que je fête Noël depuis que je suis arrivée à Paris. Les fêtes de fin d’année c’était ce qui rapportait le plus. Parce que les hommes sont seuls, et les hommes sont malheureux. Alors ils se promènent dans la rue, ils se promènent avec un filet invisible pour pouvoir capturer des jolies filles avec qui ils pourraient se sentir moins seuls, moins tristes. Et d’habitude je faisais ça, j’attendais sur le trottoir avec des sourires accueillants et puis j’effaçais la tristesse de ces hommes avec mes mains, et ils étaient un peu heureux pendant quelques heures.
Je crois qu’on a été un peu la roue de secours de ces hommes-là, avec les filles.
On a dû éviter quelques suicides, faire croire au bonheur, ce genre de choses-là. Ils tombent tous dans le panneau et ils quittent les chambres avec un sourire aux lèvres car ils pensent que l’année prochaine sera plus belle, moins grise. Qu’ils trouveront quelqu’un, quelque chose. Une étoile, un soleil auquel croire et à qui adresser des prières.
Aujourd’hui je tiens ma roue de secours par la main. Et là c’est même plus une roue de secours, c’est carrément une nouvelle voiture. Avec des supers fonctionnalités, en plus.
À ma question, Rémi tend la main vers le haut et vers le lointain. C’est la Tour Eiffel qu’il me montre. Elle est pleine de lumière, clignote de partout. Ça fait feu d’artifice à petite échelle, c’est joli.
- Enfin euh ... On ... On va pas en haut, hein, de la Tour Eiffel. Juste à ses pieds quoi. Juste regarder, pas ... pas monter.
Je fais oui de la tête. En bas, c’est bien aussi. Je crois que je suis jamais allée aux pieds de la Tour Eiffel. J’ai jamais le temps, j’ai jamais eu la force d’y aller, de braver la foule, les corps en mouvement. Et puis toute seule, c’est un peu triste. J’avais toujours des choses à faire à côté. J’avais un drôle de sens des priorités …
- Je serai jamais allée aussi près de la Tour qu’aujourd’hui.
Je dis.
J’aimerais bien lui dire des choses comme des mercis, des millions de mercis et puis aussi j’aime bien quand tu t’occupes de moi, ça me fait du bien, j’aimerais que ce soit comme ça vraiment tout le temps, ta main dans la mienne qui me rappelle que le bonheur existe encore et qu’on a le droit d’être heureux.

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MessageSujet: Re: TRAIN TO PLUTON   Mer 24 Déc - 9:00

Toutes les lumières et toutes les joies de Paris se reflètent sur Tati, rebondissent dans ses yeux, s’installent sur ses joues, arrachent des micro-sourires de courte durée à sa bouche. Tati en prend plein le corps pour s’en souvenir encore demain, encore après-demain même. Quand elle retournera jouer à Tati Soleil, la plus jolie fille des trottoirs de Paris. Quand les hommes reviendront et certains lui demanderont où elle était le soir de Noël. Ces hommes qui la paient même pas beaucoup mais qui jamais ont eu l’idée de l’emmener voir la Tour Eiffel. Comment elle brille la nuit.
Et ils continuent de l’éteindre, elle.
Ils continuent de l’éteindre.
Ils continuent de l’éteindre.
Ils continuent de l’étreindre.
Ils continuent.
Ils.
- Je serai jamais allée aussi près de la Tour qu’aujourd’hui.
Je sais pas ce que ça veut dire, je sais pas interpréter toutes les choses qui se promènent dans sa voix et le bonheur qui flotte calmement au-dessus de nous, de quoi pas trop s’affoler mais pour être un petit peu contents quand même. Le bonheur qui s’est déplacé pour la soirée, pour nous, qui s’est dit je vais leur donner un coup de main à ces deux-là parce que pour le bonheur ces deux-là ils sont pas très doués, ils s’y prennent à l’envers, et même si quand ils sont tous les deux ça va un peu mieux c’est pas encore ça. Demain ça recommencera. La petite ira vendre son corps et le géant fera ses devoirs.
Merci.
Merci le bonheur.
Merci de t’accrocher à nous.
Ça suffit de nous laisser tomber là.
Arrêtez merde.
Je serre très fort la main de Tati même si j’ai du mal à remuer correctement mes doigts avec le froid qui les congèle. C’est pour lui montrer que je la tiendrai toujours, que je la lâcherai pas. Même en hiver même en été. Même à Noël. Même avec ses collants déchirés. Même avec du soleil seulement dans son nom de famille. Même avec tous les billets que les hommes lui donnent. Je continuerai à être le seul garçon à la regarder correctement.

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MessageSujet: Re: TRAIN TO PLUTON   Ven 26 Déc - 19:32

Ses doigts se serrent un peu plus autour de ma main.
Peut-être qu’il fait ça pour me rappeler qu’il est là. Mais je le sais, je le sens bien. Je lui renvoie quelques pressions pour lui dire « je suis là moi aussi ». On va dire que c’est comme un langage codé entre nous, des mots que l’on s’envoie par pressions de doigts, des signaux. Rémi je crois que c’est la seule personne à être là. Je crois vraiment que c’est la seule personne qui prend la peine de s’accrocher, de s’attarder sur les gens. Il me l’a bien prouvé. Il est toujours venu me ramasser sur le trottoir pour me promettre des lendemains meilleurs comme s’il savait au fond de lui que tout allait se remettre à briller tôt ou tard.
Voilà pourquoi j’aime être avec lui.
Il y a des mots qui reprennent tous leur sens. Des mots que j’avais jeté à la cave, des mots que je refoulais tout au fond de moi parce que je savais que c’était inutile. Je crois que quand on habite le trottoir, on finit par absorber les couleurs de la vie et qu’on ne voit plus qu’en gris.
Heureusement que Rémi clignote dans tous les sens.
On peut jamais le perdre, lui.
Il est éblouissant.
Il est plein de néons. Il les éteint jamais. Je me plais à penser qu’il les garde allumés pour moi. Il a raison. Grâce à lui, les couleurs reviennent peu à peu. La colère se tasse, elle aussi. On l’enterre tout doucement. Elle commence à s’ensevelir sous des sentiments un peu plus beaux, un peu moins agressifs.
La thérapie par Rémi.
On arrive sous la tour Eiffel. C’est immense. Je lève les yeux. Ce que je regarde le plus, c’est pas les lumières. C’est pas non plus l’architecture géométrique et déchiquetée de la tour.
C’est Rémi.
C’est lui, ma tour. Solide et lumineuse.

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MessageSujet: Re: TRAIN TO PLUTON   Dim 28 Déc - 13:34

Le seul garçon à lui prendre la main en l’obligeant à garder ses vêtements. Le seul garçon capable de dormir avec elle sans la toucher. Le seul garçon qu’il reste pour lui montrer du doigt les étoiles, le soleil, le ciel tout court, pour qu’elle les oublie jamais, qu’elle se souvienne d’où elle vient. Le seul garçon qu’il lui reste. Le seul garçon qui reste. Le seul garçon à être assez débile pour l’aimer d’un amour d’amoureux mais c’est pas grave puisque c’est ça qui l’oblige à se lever le matin et à la sauver tous les jours. Le seul garçon. Le seul.
On marche.
Seulement les étoiles font du bruit.
Elles chantent.
La Tour Eiffel devient de plus en plus grande et nous, de plus en plus petits. J’ai l’impression d’avoir rétréci au lavage, d’être un petit garçon. La grande dame à paillettes m’enlève mes mots, mes gestes, mes pensées et réduit tous mes malheurs en bouillie. Mais j’ai pas oublié Tati. J’ai pas oublié Tati et ses paillettes à elle aussi, parce qu’elles sont mille fois plus belles : multicolores, remontant jusque dans ses yeux. Je serre sa main pour lui rappeler que ma boule à facettes c’est elle. C’est juste que ce soir, je prends une pause.
Je sens Tati qui me regarde.
On vient juste d’arriver devant la Tour Eiffel.
Pourquoi c’est moi que Tati regarde ?
Je rougis un peu sous ses mille lumières.
Je regarde autour de moi pour m’occuper. Je suis pas le seul à avoir eu l’idée de venir ici le soir de Noël. On est pas les seuls à avoir besoin de recharger nos batteries pour donner plus de lumière à nos vies. J’aurais aimé que personne ne soit là pour me voir voler tous les brillants de la tour Eiffel parce qu’avec tout ce monde, je sais pas vraiment comment je vais faire. Je baisse les yeux vers Tati (mon) Soleil.
- C’est beau, hein ?
Mais je sais plus de qui je parle.

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MessageSujet: Re: TRAIN TO PLUTON   Lun 29 Déc - 19:40

Les joues de Rémi prennent une teinte un peu rose. Peut-être qu’il a senti mes yeux se promener sur son visage pour finalement rester bloqués dessus. Peut-être que c’est le froid. Lui regarde autour de lui, parfois son visage s’arrête sur un garçon, une fille, un couple, des enfants. Je préfère vraiment le regarder. Je crois que c’est le seul homme que je connaisse qui va voir les lumières sous la tour Eiffel, je crois que c’est le seul homme que je connaisse qui s’attarde sur les étoiles et les choses du ciel.
Et je crois que c’est ça que j’aime, chez lui.
C’est comme s’il s’était refusé à grandir, comme s’il était une âme d’enfant dans un corps d’adulte. Et je trouve ça fascinant parce que moi, je l’ai un peu perdue, cette âme. J’ai perdu l’innocence de la vie, les joies futiles, les étincelles furtives. Je les ai laissées tombées dans les égouts de Paris sans même faire exprès. C’est que mes poches trouées ont fait du vide à l’intérieur de moi.
Rémi est là et me rappelle que les lumières existent encore si on prend la peine de les regarder.
- C’est beau, hein ?
Il dit, les yeux déposés sur moi.
J’ai pas cessé de le fixer et je dis
- Oui
Oui c’est beau autour de nous ou peut-être que c’est toi, le plus beau de cette ville. C’est toi le plus grand, le plus lumière, le plus tout. Regarde, grâce à toi mes jambes sont voilées de noirs et mes pieds se reposent dans des chaussures plates. Je devrais peut-être lui toucher la joue ou même les cheveux. Mais ma main reste scellée dans la sienne et s’y porte très bien.
Mes yeux se promènent dans l’environnement.
C’est vrai que c’est joli.
C’est vrai que c’est grand.
Mais je crois que la planète est aveugle, sinon tous s’arrêteraient pour regarder Rémi, au moins une fraction de seconde. Il faut prendre la peine de le regarder, ce garçon. Parce qu’il est plus de ça.
Il est de ces super-héros qui n’ont pas besoin de cape pour voler.
- On pourra y retourner quand il fera jour, si tu veux.

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MessageSujet: Re: TRAIN TO PLUTON   Mar 30 Déc - 15:32

Parce que tout est beau ce soir. D’abord il y a la Tour Eiffel qui a mis sa plus belle robe, celle pour laquelle les plus grands couturiers ont été à la pêche aux étoiles, qui brille de tous les côtés et qui rend toutes les filles jalouses, même certains garçons. Ensuite il y a les vraies étoiles, celles qui restent encore et qui, elles, brillent moins fort que la tour Eiffel mais brillent beaucoup plus loin. On les voit très bien ce soir, c’était exactement ce que je voulais, pour qu’elles nous accompagnent sur le chemin. Mais surtout, surtout il y a Tati qui est encore plus belle quand elle peut s’habiller comme elle veut, Tati qui est belle tous les jours et qui a fait un effort surhumain de beauté aujourd’hui, un truc même pas possible normalement.
Mais Tati, c’est une étoile.
Non, un soleil ...
Non, une galax ...
Tout ça à la fois !
- Oui
Tati dit oui, oui c’est beau, pour une fois qu’on est d’accord, elle le dit en me regardant très fort elle aussi et je me demande pourquoi elle me regarde comme ça, est-ce qu’elle me regarde parce qu’on se parle, parce qu’elle est polie, ou alors c’est autre chose et j’ai pas compris ? Je me mets à regarder ailleurs parce que je trouve pas la réponse, c’est dur de détacher mes yeux d’elle mais je finis par y arriver, et puis on se tient toujours par la main alors ça va. Elle est toujours là. Je sais pas jusqu’à quand mais on s’en fiche pour l’instant.
- On pourra y retourner quand il fera jour, si tu veux.
Elle a une voix toute petite, Tati, quand t’y penses vraiment.
La première fois que je lui ai parlée, j’ai pensé l’inverse.
Mais c’était parce que j’avais vu une fille d’aussi près, j’avais un peu peur.
Et sa voix toute petite, donc, on l’entend à peine avec tout le bruit qu’ils font les gens autour, ça m’énerve un peu, s’ils sont venus pour faire du bruit plutôt que pour regarder les lumières (on peut pas faire les deux en même temps, c’est pas possible), ils auraient mieux fait de rester chez eux. Tout ça pour dire que la petite voix de Tati, moi, je l’entendrais partout. Là, je l’entends aussi même avec tout le bruit et je me demande pourquoi elle me dit ça, et aussi je me demande ce que c’est, « quand il fera jour ».
- Tu ... tu seras toujours là quand il fera jour ?
La première fusée vient d’exploser au-dessus de la Tour Eiffel et je l’ai même pas vue.

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MessageSujet: Re: TRAIN TO PLUTON   Mer 31 Déc - 9:10

De ces superbes-héros qui n’ont pas besoin de cape pour voler, oui. Je demande à ce que les gens qui marchent dans la rue prennent le temps de s’arrêter de temps en temps pour regarder, observer ce qu’il se passe autour d’eux. Pour qu’ils s’arrêtent sur des visages, des sourires, une paire d’yeux. Qu’ils s’attardent sur des silhouettes, sur une oreille, sur un sourcil et qu’ils repartent avec un peu de bonheur et de beauté au fond du ventre. C’est ce que je fais, avec Rémi. Il a ce halo autour de lui, une espèce de chaleur très humaine qui nous apaisent, mon cœur en colère et moi.
Il se débrouille très bien.
C’est d’ailleurs le seul capable de telles prouesses.
- Tu ... tu seras toujours là quand il fera jour ?
C’est ce qu’il demande.
Je choisis le silence parce que je ne sais pas. Je ne sais pas si je serai là demain matin, ni demain soir, et encore moins après-demain. Je sais pas où je serai dans dix ans, si je serai toujours à tapiner sur les trottoirs de Paris. Mais l’important c’est que je sois là, ce soir, maintenant, avec lui et ma main dans la sienne, non ? J’ai pas envie de lui dire des fausses promesses, de dire oui je serai toujours là quand il fera jour. J’ai jamais été capable de ça. J’ai jamais eu d’ancre solide vers laquelle me tourner avant Rémi. Parce que Rémi il me pousse à me dire d’accord, on y croit au moins un tout petit peu.
J’inspire un peu.
L’air froid glisse dans mes poumons et ça me fait un peu de bien.
J’ai les jambes transies.
Mais au dessus de la tour Eiffel, le feu d’artifice commence. Ça se met à exploser dans tous les sens. On dirait des étoiles filantes pleines de couleur. Maintenant j’ai le menton et les yeux tout droits vers le ciel. La foule s’est épaissie autour de nous et je suis sûre que tous les visages s’éclairent au milieu des explosions artificielles. C’est encore la première fois que quelqu’un m’emmène regarder un feu d’artifice. Je m’accroche au bras de Rémi et je pose ma tête contre lui, le visage toujours tourné vers le ciel mais les paupières qui se ferment une fraction de seconde et ma tête qui pense très fort « merci ».
Je devrais peut-être me reconvertir.
Devenir lanceuse de feu d’artifice.
Ça reste un peu la rue, un peu le bitume, mais avec la tête dans le ciel et les yeux pleins de couleurs.

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MessageSujet: Re: TRAIN TO PLUTON   Sam 3 Jan - 15:25

Toute ma vie c’est comme ça. Il y a des gens qui tombent des trottoirs, des chats qui se font écraser par des voitures, le temps qui change de couleur tous les jours. Il y a des magasins qui ouvrent et puis qui ferment, je passe devant sans les regarder. Il y a des concerts, des étoiles filantes, des passages piétons, des touristes, des vendeurs de crêpes, des portes qui s’ouvrent, des portes qui se ferment, des portes qui claquent et qu’on claque, des amoureux, des remariages. Mais moi non. Moi je vois rien de tout ça. Enfin je vois et je supprime. Il y a Tati qui prend toute la place. Tati qui prend toutes mes forces. Mais Tati qui joue à être le soleil de ma vie.
Qui dicte mes jours.
Et fait tomber mes nuits.
Qui me demande de me lever.
Et veille sur moi quand je vais me coucher.
La première fusée explose dans le ciel, donc, et répand des paillettes un peu partout. Ça fait un bruit énorme qui résonne probablement jusqu'au bout de Paris. Moi je trouve pas ça si fort : c'est à peu près le bruit que fait mon cœur à chaque fois que je suis près de Tati. Des boum à répétition dans un endroit très spécifique (au sommet de la tour Eiffel), des boum qui ont des airs de bombe nucléaire, oui c’est ça.
Des boum qui vont trop vite aussi.
Y en a partout.
Tati a posé sa tête contre moi.
Et là, là les étoiles décident de se ramener aussi.
Même si elle a pas dit qu’elle serait encore là demain matin, elle a passé son bras sous le mien et c’est déjà assez suffisant. Je parie que le connard là-bas avec sa petite chérie, il me trouverait nul de me contenter de ça, de la poussière d’étoile, mais on a pas tous ce petit air supérieur qui a tout vu et puis un anneau argenté qui brille au doigt aussi. Moi, le bras de Tati ça suffit et quand elle ne me répond pas, je suis quand même content d’être là pour pouvoir entendre son silence. En attendant ses mots les artifices continuent leur danse, ils répondent à une chorégraphie très étudiée qui évite la tour Eiffel, qui lui tourne autour. Qui fait que les couleurs identiques ne se rencontrent jamais par contre, toutes les autres, si, et quand elles se fondent les unes dans les autres, ça fait un arc en ciel d'étincelles.
Je baisse les yeux vers Tati, cherchant les siens.
Ils sont tout noirs à cause de la nuit, on y voit encore mieux le reflet du monde.
Le miroir du feu d’artifices.
Je regarde le bouquet final dans ses deux prunelles : c'est plus petit mais c'est aussi bien.
- T’as pas trop froid ?
(J’ai parlé tout bas dans son oreille.)

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MessageSujet: Re: TRAIN TO PLUTON   Jeu 8 Jan - 17:55

Ma joue s’enfonce un peu dans le moelleux de son manteau. Il fait chaud, là, sur ma peau. J’aimerais garder cette sensation sur moi pendant très longtemps. Pour me souvenir qu’un jour, dans ma vie, il y a eu quelqu’un. Pour me souvenir qu’il y a eu quelqu’un pour me regarder, pour me prendre la main, pour me dire toutes les plus belles choses du monde mais rien qu’avec les yeux, pour m’arracher du trottoir, pour me forcer à lever les yeux vers le ciel. Je sais que je garderai son souvenir encore très longtemps, juste là, à côté de mon cœur. C’est de ça, dont j’avais besoin. Un cœur qui bat à côté du mien, une belle main tendue, une main suffisamment grande pour pouvoir me porter, me soutenir, me traîner un peu.
Je penserai alors que ce quelqu’un avait un prénom, il s’appelait Rémi. Je pourrais parler de lui aux autres. Je dirai que j’ai connu une fois un garçon qui a toujours été là pour me ramasser quand je tombais sur mes deux genoux. Je leur expliquerai qu’il avait de très beaux yeux, un grain de beauté sur le visage (une étoile), des jambes très grandes, de jolis cheveux, une jolie tête. Qu’il vivait tout seul dans son petit appartement. Qu’il était très gentil. Le plus gentil au monde.
Dans le ciel, les fusées colorées s’agitent : ça explose de tous les côtés et je ne sais même plus où je dois regarder. En haut, à gauche, à droite. Elles explosent d’abord très gros puis en plus petit et ça fait des pluies roses, jaunes, vertes, bleues. Je n’entends que ça dans mes oreilles : le craquement des fusées, les tirs.
C’est une jolie façon de devenir sourde.
- T’as pas trop froid ?
Je sens le souffle de sa bouche qui s’échoue sur mon oreille lorsqu’il pose la question.
Je lève les yeux vers lui et nos regards se cognent encore de temps. Mon cœur bat un peu plus fort que d’habitude.
Je secoue la tête, tout doucement.
- Non, ça va. On rentre chez toi, maintenant ?
Je demande.
C’est que j’ai hâte de reposer mes pieds sur son parquet, sa moquette, puis m’asseoir sur son canapé. Le regarder encore avec mes yeux qui débordent de mercis.

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MessageSujet: Re: TRAIN TO PLUTON   Ven 16 Jan - 19:56

C’était juste pour dire quelque chose.
Pour m’approcher le plus possible d’elle et lui rappeler le son de ma voix. C’était juste, en plus de mon bras, en plus de mon épaule, en plus de ma proximité géante, en plus de nos manteaux pressés l’un contre l’autre, pour lui rappeler que je suis là. Que je serai toujours là pour me pencher vers elle et lui demander des trucs comme ça. Pour l’emmener là où ça brille de partout et lui apprendre où regarder sans en perdre une miette. Pour lui épousseter les genoux quand elle tombera dessus. Et même si j’ai l’impression de lui répéter tout ça tous les jours, c’est pas grave, je répèterai mes mots et mes gestes jusqu’à ce qu’elle dise « oui Rémi, j’ai compris », et dise oui à la vie.
Le feu d’artifices c’est déjà fini.
Les gens applaudissent même pas, c’est nul.
C’est passé trop vite et j’ai envie de rester.
Les trucs beaux c’est vraiment fourbe, c’est toujours trop court. C’est comme quand le soleil fait son show le matin au réveil ou quand mes cheveux ont une bonne tête. C’est pareil quand Tati te prend par la main, c’est le genre de truc qui dure deux secondes, le temps pour elle de se rendre compte qu’elle devrait pas être en train de faire ça, et puis c’est terminé. Et toi, il te reste plus que tes souvenirs pour rêver. Ça dure à peine plus longtemps qu’un feu d’artifices mais ça te fait voler le cœur pendant encore des jours et des jours et des nuits et des mois. Moi ça me fait ça. Je dois pas être le seul taré. C’est toujours trop court et en plus tout le monde s’en fout.
- Non, ça va. On rentre chez toi, maintenant ?



Oh pardon.
Je regardais ses joues.
Combien de fois elles ont été traversées de larmes avant que je me rende compte qu’elle pleurait tous les jours ?
On marche et on ne dit toujours rien. Ça doit être comme l’après-amour ce genre de choses, y a rien à dire, faut laisser passer l’émerveillement et puis voilà. La Tour Eiffel, je la sens continuer à picoter de paillettes dans notre dos, mais des paillettes, Tati en a plus que toi, partout sur le corps, elle sait pas s’en servir mais c’est pas grave. On marche, on rentre, et je me demande comment ça va se passer à l’appartement. C’est plus officiel que le premier soir où elle est venue, je me demande s’il faudra mettre de la musique, si elle va aimer ce qu’il y aura à table, si on va parler et qu’est-ce qu’on pourra bien se raconter.
J’ai envie de demander aux gens dans la rue
S’il vous plaît, est-ce qu’on ressemble à un couple ?
S’ils répondaient « oui » ce serait mon plus beau cadeau de Noël.
Si Tati se mettait aussi à y croire (et à porter des jeans), alors là, je meurs de joie.

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MessageSujet: Re: TRAIN TO PLUTON   Dim 18 Jan - 10:58

La foule s’éparpille doucement, avec quelques murmures. J’ai repris la main de Rémi dans la mienne et je ne la serre pas tellement, je la laisse juste reposer ici, bien à l’abri, là où il ne m’arrivera aucun mal mais seulement de belles choses. Rémi je suis sûre qu’il ne fait que des jolies choses avec ses mains, il est déjà capable de créer des illusions, un peu de bonheur, beaucoup de chaleur. Et ça déjà c’est énorme. C’est une belle sensation que de se sentir en sécurité, loin du danger, loin des regards furieux qui déshabillent, qui donnent l’impression d’être nue, d’être dépourvue de dignité et d’être fragile. Rémi quand il me regarde il me rhabille. Ses yeux posent une couverture sur mes épaules suffisamment grande pour masquer mes seins et mes cuisses. C’est comme ça que je me sens. C’est pareil à un bain chaud couvert de mousse.
C’est bien.
C’est ce qu’il me fallait pour mieux vivre, pour ne pas m’allonger sur la route et attendre qu’un bus me roule dessus. C’est ce qu’il me fallait pour trouver un peu de courage à l’intérieur de moi et lever mes yeux vers les nues étoilées.
Rémi c’est peut-être quelque chose comme un médecin de l’âme, aussi. Avec ses mains baignées de magie, il te remplace tout ce qui est cassé par du matériel tout neuf. L’air dans mes poumons semble plus pur, moins pollué. Mes yeux brillent plus, mes cheveux aussi. Mes genoux ne me font plus aussi mal. Je crois que le plus dur à soigner, c’est le cœur. Et je sens qu’il n’ose pas trop y toucher. Je devrais peut-être lui dire qu’il a le droit de se soigner, lui aussi. Parce que derrière ses sourires et ses yeux humides, il y a sûrement beaucoup de tristesse.
Les mains tendues sont aussi les plus malheureuses.
Nous marchons côte à côte et je me dis qu’on doit être très beaux, tous les deux. À se transmettre autant d’énergies positives de par nos mains enlacées, on doit sûrement briller un tout petit peu. On rivalise pas encore avec la Tour Eiffel illuminée ou même avec le ciel plein d’explosions colorées, mais on s’en rapproche tout doucement.
On est de retour dans son appartement. La lumière chaude revient, le parquet, la tapisserie. J’ai posé mon manteau sur l’accoudoir du canapé et je suis face à lui, je le regarde et j’ai les joues un peu roses, chaudes d’une timidité un peu nouvelle.
J’attends qu’il nous fasse faire quelque chose, n’importe quoi. Prendre un deuxième apéritif, commencer les festivités.
Et tout en le regardant, je me demande si un jour on se touchera avec autre chose qu’avec nos mains. Je me demande si un jour il prendra mon visage entre ses deux grandes paumes pour m’embrasser.
Comme dans les films.
Mais avec quelques kilos de sincérité en plus.

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MessageSujet: Re: TRAIN TO PLUTON   Dim 25 Jan - 9:36

Il fait chaud dans mon appartement, c’est le propriétaire, il met toujours le chauffage trop fort, c’est comme ça. J’enlève tout de suite mon manteau et j’espère que j’ai pas des traces de transpiration sur ma chemise. Elle doit en voir, Tati, des moches, des mal rasés, des mal lavés, des mal parfumés mais moi c’est pas pareil, moi je voudrais ressembler à un soleil pour qu’il n’y ait plus que moi dans ses yeux. Mais je suis tellement grand que si ça se trouve elle arrive même pas à voir mon visage. Elle essaie même pas de le regarder d’ailleurs. Elle pose son manteau sur le canapé et elle attend. J’ai les mains toutes moites, comme la première fois que je suis allé la voir.
On fait quoi maintenant
On fait quoi maintenant
On fait quoi maintenant
On fait quoi
On
Quoi
- Oh, attends, j’ai quelque chose pour toi.
Ben oui … Les étoiles sur ses épaules, ça a vite fait de vider la tête … Je vais dans ma chambre, j’ai oublié de faire mon lit, j’ouvre mon armoire, les portes grincent, et soudain je me dépêche de trouver ce que je cherche parce que j’entends plus aucun bruit et j’ai peur que Tati en profite pour partir. Elle part toujours Tati. Trop tôt, trop vite, quand je ne regarde plus. Je suis presque essoufflé quand je reviens dans le salon et que - oh - elle est toujours là, toujours belle, toujours soleil, toujours tout. (La nuit dernière j’ai rêvé que je l’embrassais.)
- Tiens. Joyeux Noël.
J’ai même pas fait de papier cadeau …
J’en avais pas …
Et je sais pas où en achète …
- Le - le pull il était à moi avant, c’est … Enfin quand j’étais au lycée. Maintenant il est trop petit pour moi donc je pensais que … Enfin tu vois je le mettais pas vraiment à l’école, c’était plutôt à la maison … Parce que des fois j’avais froid mais pas vraiment physiquement et, enfin, quand je le mettais, ce pull, ça allait tout de suite mieux, c’était comme … comme un - câlin. C’est mon père qui me l’a offert. Enfin voilà. Et le cahier, c’est pour que tu écrives dedans. Enfin si tu veux. Tu peux faire des dessins aussi. Ou juste l’ouvrir et le regarder, j’sais … pas …
Rémi arrête de rougir.
Va ouvrir le champagne.
Oui mais c’était pour le dessert …
On s’en fout.

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MessageSujet: Re: TRAIN TO PLUTON   Mar 10 Fév - 19:44

- Oh, attends, j’ai quelque chose pour toi.
Je le regarde me tourner le dos et partir un peu plus loin. J’ai le cœur qui se met à battre un peu fort. Je voudrais lui dire que non, il peut tout remballer. Que moi je suis venue les mains vides et que je suis désolée. C’est que des Noëls j’en ai pas fêté depuis tellement longtemps que je commence à oublier comment on fait. J’ai jamais su emballer un cadeau dans du papier non plus, y’a jamais personne qui m’a appris comment faire.
Je sais pas comment il fait, Rémi.
Ni de quelle planète il sort.
Mais ce que je sais c’est qu’il est incroyable, exceptionnel, magique, extrêmement gentil.
Je suis en apnée en attendant qu’il revienne.
- Tiens. Joyeux Noël.
Sur ses cadeaux il n’y a pas de papier. Faut croire qu’à lui non plus on n’a pas appris comment faire. Les rubans, le choix de la couleur, il doit pas savoir.
C’est pas grave, on s’en fiche.
Il se met à parler et j’ai l’impression qu’il y a des fleurs qui tombent de sa bouche et moi ça me noue la gorge et ça m’émeut. Rémi c’est la seule personne capable de faire taire la colère qui gronde dans ma tête et dans mon ventre. Quand je vous avais dit qu’il y avait de la magie en lui, je mentais pas.
Faut le regarder, faut l’entendre, faut le toucher.
- Le - le pull il était à moi avant, c’est … Enfin quand j’étais au lycée. Maintenant il est trop petit pour moi donc je pensais que … Enfin tu vois je le mettais pas vraiment à l’école, c’était plutôt à la maison … Parce que des fois j’avais froid mais pas vraiment physiquement et, enfin, quand je le mettais, ce pull, ça allait tout de suite mieux, c’était comme … comme un - câlin. C’est mon père qui me l’a offert. Enfin voilà. Et le cahier, c’est pour que tu écrives dedans. Enfin si tu veux. Tu peux faire des dessins aussi. Ou juste l’ouvrir et le regarder, j’sais … pas …
Ses joues sont écarlates.
Alors je pose mes paumes dessus, mes paumes gelées par la nuit, je pose mes mains dessus et je le regarde très fort. Mes yeux débordent de mercis et sont très humides. J’voudrais lui dire que son pull je le porterai tous les soirs, après les nuits de travail, dans la rue, quand tout sera terminé. Je le porterai tous les jours parce que je sais que quelque part, dans le coton, il y aura un peu de lui et un peu de son odeur et je saurai que je suis pas seule, que c’est fini, l’errance.
Je ferme mes yeux et je l’embrasse.
Parce que tenir sa main ne me suffit plus.
Parce qu’il mérite bien plus qu’on lui tienne la main. Rémi mérite qu’on s’occupe de lui aussi bien qu’il s’occupe des autres. Rémi il mérite qu’on aille braquer des banques pour se payer une virée dans l’espace et lui ramener des étoiles. Rémi mérite toutes les plus belles choses du monde.
Je crois que l’embrasser comme je fais là avec quelques kilos de tendresse dedans et un peu d’amour, c’est s’engager sur la bonne voie.
J’ai les yeux toujours aussi humides et quand j’ai fini de l’embrasser mon nez vient se réfugier dans son cou.
J’embrasse son épaule.
- Merci.
Merci une fois.
Dix fois.
Mille fois.

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MessageSujet: Re: TRAIN TO PLUTON   Mer 11 Fév - 20:09

Je pensais que quand on recevait un cadeau on les prenait dans ses mains et on les regardait et tout, on apprenait à les connaître, enfin moi c’est ce que je fais mais c’est vrai que depuis que y a plus papa et puis plus maman j’ai pas eu beaucoup de cadeaux, peut-être que les règles ne sont plus les mêmes. Tati ne prend pas mes cadeaux. Elle ne les touche pas. Tati, c’est … C’est moi, qu’elle touche. Ses deux mains à plat sur mes joues. C’est la première fois. Je pose les cadeaux au cas où elle m’embrasserait ou quelque chose comme ça mais non, c’est trop bête, Tati elle embrasse pas les Rémi, ça se saurait, les sans ami et sans famille, non Tati elle …
M’embrasse.
Avec sa bouche et après avec sa langue en plus. Avec ses mains sur mon visage ou dans mes cheveux ou les deux c’est dur à dire. Avec ses yeux fermés qui font nos cils se toucher. Avec ses bras autour de moi. Avec son ventre contre le mien, nos respirations qui s’apprivoisent. Puis avec mes mains dans le creux de son dos, mon visage qui se penche un peu plus vers elle comme pour dire « n’aie pas peur ». Mais Tati n’a pas peur, pas de ça, c’est toi Rémi, et puis c’est fini, enfin non, elle embrasse mon épaule et là, c’est fini.
- Merci.
Est-ce qu’elle les embrasse comme ça ?
J’avale ma salive, une grosse boule de larmes je crois.
- De … de rien.
C’est moi qui prends son visage entre mes mains cette fois, je le force à regarder en direction du mien et je sais pas pourquoi je le fais mais je sais que je le fais : je l’embrasse, c’est mon tour. J’embrasse Tati Soleil, Tati et du soleil, Tati qui fait soleil. Je l’embrasse à ma façon. La langue de travers, les yeux parfois ouverts, doucement, comme si on avait tout notre temps, et puis, soudain, je l’embrasse comme si j’avais fait ça toute ma vie. Et comme s’il me restait l’autre morceau de ma vie, l’après dans le futur, pour le faire. Je me presse pas. Je l’embrasse pendant quelque chose comme trois jours et j’espère que c’est la première fois que quelqu’un l’embrasse comme ça.
Et puis j’arrête de faire attention.
Moi aussi, je veux ma part d’étoiles.
Je glisse mes mains dans son dos là où on attache/détache sa robe.
Est-ce que les gens qui ne sont pas des amoureux font ça ?
Alors, on les appelle comment ces gens ?
Je touche la fermeture de la robe et
- Non excuse-moi.
Ma voix a encore le goût des baisers. Je m’éloigne très vite avant de commencer à l’imaginer nue mais pas comme l’autre fois, d’ailleurs, elle était pas vraiment vraiment nue. Mais c’est trop tard. Et je rougis encore plus que pour l’histoire du pull et du carnet, là c’est un incendie. Ben voilà Rémi. Fallait ouvrir le champagne plus tôt.
-T’as faim ?
(La voix essoufflée.)

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