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 REMIA (aimer à l'envers)

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MessageSujet: REMIA (aimer à l'envers)   Dim 30 Nov - 20:23


Mal tête.
Mal cœur.
Mal ventre.
Mal bras.
Mal partout.
C’est même plus la gueule de bois. C’est la gueule d’amour. C’est tout qui te lâche parce que tu l’as bien mérité. C’est ton corps qui dit : moi j’en peux plus. Moi j’abandonne. Moi c’est fini. À ton tour. Comment on fait si j’abandonne aussi ? Qui c’est qui continue pour moi ? Il faut bien quelqu’un. Quelque chose pour que Coma Nobody se relève une dernière fois. Et que cette fois il tombe plus, plus, plus, plus, plus, plus, plus jamais. Et que cette fois, il lise vraiment le manuel d’instruction, du début à la fin, sans passer les passages chiants, sans avaler quelques mots pour aller plus vite. Et que cette fois, il croie pas que la lune et ses copines les étoiles sont avec lui (c’est pas vrai).
Pourtant j’y étais, non ?
Putain j’y étais.
Dans les étoiles et dans la lune. Et il était là. Maintenant j’ai peur de devoir recommencer à marcher tout seul dans la rue. Fumer tout seul. Tomber tout seul. Avoir peur tout seul. Vivre dans le noir et ne jamais trouver la lumière. Pourtant je l’avais. Putain je l’avais. La vocation d’être magnifique et je crois qu’on y était presque, non ? Je crois qu’il y avait plus qu’à lever les bras. Pour toucher le haut du ciel. On croyait qu’on avait tout le temps pour ça et on s’embrassait. Et puis voilà moi j’ai baissé les miens trop tôt. Ils en ont rencontré d’autres et là ça commençait à être fini. J’avais confiance en notre montagne. Je la croyais consolidée. Je croyais qu’elle avait oublié toutes mes bêtises d’avant, qu’à force de m’embrasser, il les avait toutes envoyées en enfer. Que c’était quelqu’un d’autre qui se débattait avec, maintenant.
Mais tu le sais hein ?
Que t’es toujours autant mon ciel.
Et mon système solaire.
Etmesastéroïdesetmesétoilesetmescomètes.
Ce matin je suis pas allé à l’école. Ce matin, j’ai pleuré, enfin. J’ai pleuré mes conneries de depuis que je suis petit et surtout j’ai pleuré celle d’hier soir. J’ai pleuré jusqu’à ce que ça s’arrête et ça s’est jamais arrêté. J’ai pleuré en mangeant mon petit-déjeuner (Nutella aux larmes), j’ai pleuré en prenant ma douche (des larmes partout), j’ai pleuré en faisant mon sac pour cet après-midi (tâches de larmes sur le tissu gris). J’ai pleuré tellement que j’ai cru que j’allais finir par me noyer. Mais même pas. Les larmes, ça sèche et ça gratte, c’est tout. Et puis ça retourne se cacher derrière les yeux pour la prochaine fois. Je sais même pas si y en aura une. Je suis même pas capable de dire ce qu’il va se passer quand je vais descendre du bus (dans deux secondes). J’ai trop fumé. J’ai trop aimé. J’ai trop touché. J’ai trop pleuré. J’ai tellement frotté mes yeux pour qu’ils arrêtent de pleurer que maintenant ça me fait mal de les garder ouverts.
Ce matin j’ai croisé ma mère et elle m’a encore demandé si j’étais défoncé et j’ai encore dit oui et elle a encore rien dit, mais je vois bien que ça lui tord un peu plus le cœur à chaque fois, on va dire que c’est génétique d’avoir mal au cœur en ce moment, que y a des turbulences dans le sang. Et tu sais quoi maman ? C’est pas ça le pire. Ton fils foncedé du soir au matin du matin au soir, les yeux volcaniques, c’est pas ça.
Le pire, c’est hier soir.
Le pire, c’est d’arrêter de compter les verres. Le pire, c’est de se mettre aux bouteilles, tout seul, dans un coin. Le pire, c’est d’être complètement parti, à plus être capable de se demander mais où il est, mais quand est-ce qu’il arrive. À ne plus être capable de réaliser qu’il viendra pas ce soir. Le pire, c’est de continuer de boire. Le pire, c’est de lui sourire. Le pire, c’est de rien dire. De le suivre dans les escaliers, de le regarder enlever sa chemise et faire pareil. Le pire c’est de l’embrasser et de même pas trouver que c’est différent (alors que si, ça l’est, parce que là, y a pas d’étoiles, y a pas de ciel pour les faire briller, y a rien tu sais). Le pire c’est de pas y penser. Le pire c’est (je pleure dans ma tête et c’est bien fait), le pire c’est son ventre contre mon dos. Le pire c’est cet oreiller. Qu’on sait même pas à qui il est. Le pire c’est de s’endormir comme ça. Le pire c’est de se réveiller et de comprendre que la vie est terminée. Qu’il est l’heure de s’en aller. C’est ça, le pire, maman.
Là, tu peux avoir mal au cœur.
Maman quand est-ce que tu m’as appris à me retenir de pleurer ?
J’ai déjà oublié.
Et je peux pas me cacher dans mon casier, ça rentre pas, y a pas assez de place pour mon cœur gros de tristesse.
Est-ce qu’un jour je vais revoir son sourire ? Oui, tout à l’heure. Il tiendra en vie peut-être pendant deux secondes et puis il verra ma tronche. Et puis il verra les larmes qui sont restées coincées à mes cils et il voudra peut-être me toucher et faudra pas, faudra pas, faudra pas d’accord ? Ou y aura pas de sourire si ça se trouve. Peut-être qu’hier soir il a senti qu’on lui volait ses baisers. Peut-être qu’il a senti lui aussi les mains sur ma taille, à la place des siennes, peut-être qu’il m’a entendu me demander où était passée la petite étoile celle qui est au milieu de ton torse (mais c’était pas toi c’est pour ça). Est-ce que je vais le revoir tout court ? J’arrive même pas à penser son prénom. J’ai pas le droit d’y penser. C’est trop beau pour moi. J’ai perdu mes droits sur lui ça y est. J’ai perdu le droit de dire « mon amour » dans son cou. J’ai perdu plein de choses. J’ai même pas assez de doigts pour les compter. Mes doigts je peux même pas les déplier. Je serre les poings depuis ce matin.
Donc voilà.
J’ai paumé toutes mes galaxies. Tu sais celles que j’ai cherchées pendant des années. Et puis toutes mes comètes avec. Comète s’est paumé. Pourtant j’étais persuadé d’être sur le bon chemin, et avec la bonne personne, on voyait le paradis au bout, on y était presque. Je sais pas ce qu’il s’est passé. J’ai dû fermer les yeux à un moment et j’ai perdu le fil. Tout à l’heure j’ai ouvert la grande rechercher des galaxies. J’ai tourné et retourné la maison pour les retrouver. Elles étaient même pas sous mon lit, et encore moins dans mon cœur, pourtant c’est là que je range tout. Elles pourraient être dans ses yeux mais quand il va savoir ce que j’ai fait elles vont disparaitre elles aussi. Alors ça y est ? Elles se sont barrées pour de bon ? Elles ont dû se dire ça suffit de Coma et de toutes ses conneries, y en a marre, et plier bagage. Repartir dans les étoiles et trouver quelqu’un qui s’esquintera vraiment à les faire resplendir. Comment je vais faire sans elle ? Et sans lui ?
Comment on fait quand on peut même plus supporter de s’entendre respirer ?
C’est là qu’il faut mourir ?

(Silas.)
(Aïe)
(Bien fait.)

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MessageSujet: Re: REMIA (aimer à l'envers)   Lun 1 Déc - 17:51

Aujourd’hui c’est lundi.
C’est lundi et je commence ma semaine sans lui. Je sais déjà que la journée va mal se passe, et demain aussi, et après-demain pareil. Je sais que la journée va mal se passer parce que j’ai pas senti sa main dans mon dos, sa bouche sur la mienne pour me dire bonjour et encore moins sa voix dans mes oreilles. Je l’ai pas vu. Je l’ai pas vu sourire, je l’ai pas vu faire semblant d’apprécier les copains. Je l’ai pas vu fumer sa cigarette en vitesse avec moi à l’entrée du lycée avant d’entrer en classe. Je l’ai pas entendu raconter ses rêves de la nuit passée. J’ai pas vu/senti/touché/goûté/entendu tout ça.
Parce que Coma il est jamais venu.
À midi j’ai mangé avec les faux-copains et j’ai regardé partout autour de moi. J’ai espéré voir son visage essoufflé et très rouge, sa bouche qui dirait, désolé, mon réveil a jamais sonné. Moi je le regarderai avec un sourire allant d’une oreille à l’autre, et peut-être bien que je lui ferai un câlin devant tout le monde, avec mon nez dans son cou, ma bouche contre sa joue. Il est toujours pas là. En plus je l’ai pas vu, samedi soir. Il était même pas là, pas avec moi. Parti faire la fête avec des amis à lui qui n’étaient pas mes amis à moi. Il m’a envoyé des SMS qui ressemblaient à rien, qui n’avaient aucun sens. Il devait être noyé d’alcool, imbibé de vodka et autre. C’étaient des tentatives de mots qui formaient un bazar poétique. Des lettres à la suite ayant perdu leur sens. J’ai répondu quelque chose comme j’espère que tout va bien / prends soin de toi / je t’aime.
Je suis allé fumer tout seul, tout à l’heure. Une, puis deux cigarettes. Parce que je m’ennuyais. Parce qu’il n’y avait personne pour me parler. Parce qu’il n’y avait pas Coma pour me raconter des anecdotes, des histoires pas très drôles mais qui me font rire quand même. Parce qu’il n’y avait pas les copains pour me charrier. Rien à regarder, rien à faire, seulement se taire.
Et ruminer un peu, aussi.
C’est qu’à table, il y avait des garçons qui sont allés faire la fête. Et même si j’avais les yeux dans le vide, le regard dans le néant, j’ai entendu son prénom. J’ai entendu son prénom revenir dans mes oreilles, plusieurs fois. Il y a quelques étoiles qui se sont décrochées, à midi. Le soleil a perdu de son éclat et la Lune est allée se cacher bien loin, de façon à rendre la nuit très noire. J’ai des crampes aux ventres. Mais pas celles de d’habitude, pas celles du bonheur et de l’amour. Des crampes d’angoisse. Des crampes qui me serrent le bide, m’atrophient, me font mal même quand je suis assis. Ils disent que Coma a dansé avec un autre garçon. Pas seulement sur la piste de danse, pas seulement avec un verre à la main et de la musique dans les oreilles.
Non.
Plutôt dans le lit d’un inconnu avec un inconnu.
Sa bouche sur sa bouche et sa bouche sur sa peau, ses mains sur lui, ses pensées pour lui, son corps pour lui. Lui lui lui lui lui. Lui qui fait ça sans moi. Et moi qui aimerait beaucoup pleurer, verser des litres de larmes, m’enterrer vivant, m’allonger sur la route, cesser de vivre, me jeter dans l’univers, courir me noyer, changer de ville, m’enfuir, partir loin sans jamais me retourner. C’est peut-être qu’une rumeur. C’est peut-être que des mensonges. Des bruits de couloir. Pour rire. Pour me faire rougir, pour m’agacer, pour me voir pleurer, m’énerver, crier un coup.
C’est raté.
Actuellement ça m’isole.
J’ai les mains qui tremblent depuis une heure déjà et bientôt il va falloir retourner en cours. Est-ce que Coma sera là ?
Je retourne dans le lycée. J’arpente les couloirs, les yeux rivés sur le sol. Aujourd’hui, je porte mes baskets trouées. Celles que j’avais aux pieds la première fois où on s’est embrassés. Je porte aussi le pull de Coma, celui qu’il m’a donné. Celui qui reposait sur mon dos alors qu’on était à la plage et qu’on se promettait étoiles et planètes.
Ça m’a vidé, cette histoire.
Aspiré.
J’entre dans une salle et
oh.
Il est là.
Et il est beau.
Mais ses yeux sont rouges, rouges comme un soleil qui aurait trop pleuré. Et ça se voit. Ça se voit qu’il ne fume pas que des cigarettes, qu’il y a quelque chose d’autre dans ses poumons. Je ferme la porte derrière moi, on est seuls, là-dedans. Je m’approche de lui et je serre les poings pour ne plus que mes doigts tremblent. Je reste planté devant lui. Je prends une profonde inspiration. Je franchis les derniers centimètres entre nous. Je pose mes doigts dans sa nuque et je dépose mes lèvres sur sa bouche serrée.
Je recule.
- Bonjour, mon amour.
Je tire une chaise derrière moi et je me laisse tomber dessus. Je lève les yeux pour ne pas perdre son visage. J’ai caché mes mains sous mon (son) pull. Je le sens, le problème. Je le sens, je le sais. Il est là, il est entre nous, comme une barrière, un trou, un fossé. Quelque chose de trop haut pour moi, de trop épais pour être cassé, franchi, abattu, réduit à rien. Je le regarde toujours. Je le regarde très fort et me demande s’il va ouvrir la bouche, s’il va me dire quelque chose. Bonjour Silas, comment vas-tu ? Est-ce que tu as bien dormi ? Tu m’as manqué. Non j’ai pas trop bu. J’ai pas trop fumé. J’ai pris soin de moi comme tu me l’as demandé. J’aurai aimé que tu sois là, samedi soir. Parce que la vie sans toi c’est un peu trop triste pour moi.
Je dois rire ou pleurer
rire
ou pleurer.
- Pourquoi t’es pas venu ce matin, et pourquoi t’es dans cet état-là ? Tu sais si tu vas mal tu peux m’appeler. Un coup de fil et j’aurai pu passer, même si t’avais une gueule de bois, même si t’étais triste à voir. J’aurai fermé les yeux et je t’aurai écouté. J’suis là, tu sais.
Tentative de sourire.
Ratée.
J’attends. Est-ce qu’il va me le dire ?
Est-ce qu’il va prendre son courage à deux mains pour me confirmer que c’est vrai ? Ou est-ce qu’il va m’affirmer que c’est faux ? Est-ce que c’est un cauchemar ? Est-ce qu’on va s’en sortir ? Est-ce que j’ai les épaules assez solides ? Est-ce que je suis pas assez bien pour lui ? Pas assez beau pas assez grand pas assez garçon trop fille trop fragile trop pleurnichard trop con trop la tête dans les étoiles trop
Est-ce que c’est de ma faute ?

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MessageSujet: Re: REMIA (aimer à l'envers)   Mar 2 Déc - 20:04

Je suis crevé.
Pourquoi ça marche pas ? Pourquoi ça court pas ? Pourquoi je fais que des bêtises ? Pourquoi je fais semblant d’y arriver ? Pourquoi on dirait que cette fois, ça y est, et en fait non ? Pourquoi ça déraille toujours ? Pourquoi ça plante à chaque fois ? Pourquoi je suis pas cap de rester sur le bon chemin, celui où y a Silas (aïe) et des fleurs sur les côtés ? Là où c’est beau et pas compliqué ? Pourquoi je suis comme ça ? Comme un enragé capable de se calmer pendant deux semaines et puis qui se remet en mode chien de rage et qui renverse toutes les tables en cassant toutes les assiettes ? Mais j’étais tellement bien. Mais on était tellement bien. C’était ça. C’était presque ça. J’avais rangé tous les mauvais sentiments, j’avais réparé toute l’électricité pour éviter les courts-circuits de l’avenir, j’avais mis des protections sur les prises pour qu’on arrête de s’électrocuter, j’avais arrêté de pas m’aimer pour nous aimer tous les deux, et ça fonctionnait, ça fonctionnait, enfin je croyais.
J’ai mal à mes larmes.
J’ai trouvé une salle vide (on croit que ça existe que dans les films ces trucs-là et puis non) (comme l’amour) et je me suis assis dans un coin, mes genoux contre mon torse et mes pleurs juste au bord des yeux. Juste là. À attendre je sais pas trop quoi pour tomber et commencer la course sur mes joues. Et moi, j’attends quoi, aussi ? Pourquoi j’ai fini par venir ? Pourquoi je suis pas resté dans mon lit ? Ça sert plus à rien de toute façon. Ça sert plus à rien maintenant. C’est foutu. J’ai tout cassé et les bouts de verre ont volé tellement haut et tellement haut que je suis même pas sûr de pouvoir tous les récupérer pour les recoller ensemble. Nous recoller ensemble. Et mettre du blanco sur les dernières failles.
Je relève la tête et derrière mon voi
le de larm
es
y a
une paire de baskets
baskets pourries.
T’as les orteils qui dépassent.
C’est le soleil. C’est le soleil qui vient dire au trou noir d’arrêter son cinéma, c’est le soleil qui vient engueuler le trou noir parce que y en a marre qu’il casse tout celui-là. C’est mon soleil qui vient refermer le trou noir que je suis devenu. C’est mon soleil. C’est Silas. C’est Silas avec ses yeux et ses bras et ses cheveux et ses doigts et son pull trop grand (à moi). C’est Silas qui dit « bonjour mon amour », c’est sa voix que j’ai l’impression d’entendre pour la première fois, c’est sa bouche qui atterrit doucement sur la mienne et mes yeux qui veulent pas se fermer qui veulent juste le regarder. C’est lui, c’est son front, c’est son menton. Pendant deux secondes j’oublie tout. J’oublie tout d’hier soir. Y a plus rien. Y a juste lui. Qui fait de la lumière partout. Ça fait brûler mes yeux qui ont trop pleurer depuis ce matin mais aussi ça fait du bien, tu peux continuer jusqu’à ce que j’oublie vraiment ? Jusqu’à ce que je recommence à marcher en ligne bien droite ? Et puis je retombe du ciel et je me retrouve là bien misérable. Je m’étais pas manqué.
Il s’assoit à côté de moi mais sur une chaise.
Il est tout près mais tout loin.
- Pourquoi t’es pas venu ce matin, et pourquoi t’es dans cet état-là ? Tu sais si tu vas mal tu peux m’appeler. Un coup de fil et j’aurai pu passer, même si t’avais une gueule de bois, même si t’étais triste à voir. J’aurai fermé les yeux et je t’aurai écouté. J’suis là, tu sais.
Qu’est-ce que t’as fait à ta voix ?
T’es plus comme vendredi.
(Tu t’es pas vu Coma.)
Et puis c’est quoi ces yeux (d’amoureux), c’est quoi ce baiser, c’est quoi tes mains posées sur tes genoux comme si elles étaient encore d’accord pour toucher les miennes, c’est quoi cette façon de t’assoir à côté de moi comme si tu venais pour rester ? Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi t’es comme ça ? Pourquoi t’es gentil avec moi ? Tu te rends compte que je le mérite pas au moins ? Il le sait que y a quelque chose qui va pas. Sinon, il serait assis par terre contre moi, il jouerait avec mes doigts, il m’aurait embrassé plus longtemps, et il aurait quelque chose de plus étincelant dans les yeux. Il sait ce que j’ai fait et s’il le sait pas, il s’en doute. Il a dû manger avec ces connards et ces connards ont dû tout lui raconter, avec tous les détails qu’ils connaissent parce que ces connards auraient adoré le voir se mettre à chialer (mais y a pas de trace de larmes dans ses yeux j’ai vérifié, juste l’océan de d’habitude). J'aurais dû aller le chercher ce matin et l'emmener très loin là de tous ceux qui savent. Pour que jamais il ait à savoir que Comète est capable de faire ça. Pour que Comète oublie qu’il a été capable de faire ça. Qu’il a encore mal aux bras quand il y pense.
- Je ... j’dormais.
Je tends les doigts et j’y enlace les miens, je fais des nœuds mais des jolis, pas comme ceux qui ont commencé à s’installer dans mon ventre. Un beau nœud. Un nœud de nous. J’en profite pendant qu’il se laisse encore faire. J’en profite pendant que j’arrive encore à pas me mettre à chialer. Je regarde ses yeux qui me disent « tu mens, tu racontes n’importe quoi, t’as pas dormi, t’as pleuré, t’as pleuré et t’as fumé, et puis c’est quoi cette histoire avec l’autre mec ? ». Je regarde ses yeux pour la dernière fois si ça se trouve. J’attends un peu pour lui dire que oui, je l’ai fait, on était deux et on l’a fait, c’est pour ça qu’il est là, pour que je lui dise l’inverse alors j’attends un peu avant de le décevoir pour la trente millième fois de notre vie. Je regarde encore et encore tout son visage et sa bouche qui crie en silence, dis-moi que c’est pas vrai, dis-moi que c’est pas vrai Comète, dis-moi qu’ils voulaient juste me mettre en colère, dis-moi que c’était pas toi, que c’était un autre garçon blond qui fait du skate board tous les dimanches après-midis quand les autres font leurs devoirs, dis-moi qu’ils se sont trompés, me dis pas que tu m’as trompé, dis-moi qu’ils ont mal vu, dis-moi qu’ils ont de la merde dans les yeux !
Je serre très fort sa main.
Faut pas qu’tu t’en ailles.
Faut pas qu’tu t’en ailles.
Faut pas qu’tu t’en ailles.
Faut pas qu’tu t’en ailles.
Mais il est là regarde, pourquoi tu dis toujours ça, il est là, il est toujours là, il l’est tout le temps et tous les jours, il fait que ça, être là, il est là quand tu racontes des blagues qui sont même pas drôles, il est là quand tu te réveilles le matin, il est là pour te compter les étoiles, il est là quand t’as pas envie d’aller en cours, il est là quand tu mets ton pull à l’envers (il te dit Coma on voit l’étiquette), il est là pour voir tes yeux tellement rouge que tout le sang de ton corps est remonté jusqu’à eux, il est là à chaque fois que tu fais une bêtise, même quand ça lui fait mal et souvent c’est le cas, il est là quand tu changes d’avis, il est là quand tu enclenches la marche-arrière, il est là quand t’appuies sur le frein, il est même là quand t’embrasses quelqu’un d’autre que lui, il s’en va pas, c’est pas dans sa façon de faire. Alors
Pourquoi tu restes ?
Pourquoi tu restes ?
Pourquoi tu restes ?
Pourquoi tu restes ?
À quoi ça te sert ? Y a même plus d’étoiles dans mes yeux. Il les a toutes mangées (il disait qu’elles étaient belles), il avait jamais dû en voir dans sa vie. Si j’en ai plus en stock, même pas pour moi, alors qu’est-ce que je peux encore faire pour toi ? Et mes cheveux, ils sont tellement longs maintenant que ça fait lourd sur le dessus de mon crâne et c’est même pas beau, c’est pas beau comme quand c’est toi. J’ai perdu du poids, regarde j’ai plus que la peau sur les os et encore, on dirait du plastique transparent ma peau. Je pourrais même plus tenir sur mon skate. Et puis je suis même plus marrant, j’ai rien à dire, rien à raconter, rien à sortir sur la couleur du ciel, je suis devenu tout fade du dedans, viens jeter un coup d’œil tu verras. Je suis triste. Triste triste triste c’est pas joli ça fait pas envie. Je suis tout sale.
- Pourquoi t’es encore là ?
Ma voix tr ...
Non, elle tremble pas, c’est pire que ça.
Est-ce que si je me mets à pleurer, je pourrais dire que c’est la faute du vent ?
Est-ce que je pourrais dire qu’il a arraché mes larmes sans mon accord ?
Est-ce qu’il me reste encore un peu de dignité ?

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MessageSujet: Re: REMIA (aimer à l'envers)   Mer 3 Déc - 17:59

- Je ... j’dormais.
Je hoche la tête. Oui. D’accord. Tu dormais. Tu mens, aussi, non ? Est-ce que tu mens ? Parce qu’on dirait bien que c’est le cas. On dirait bien que t’as pas vraiment dormi. On dirait que t’as plutôt pleuré. Et pas qu’une fois. Et pas qu’une larme. Mais plutôt des milliers de larmes, des milliers de larmes de tes yeux jusqu’à tes pieds. Je t’imagine avec le menton qui tremble, le visage qui tremble, le corps qui tremble. Ton visage enfoncé dans ton oreiller qui absorbe tes cris de colère. Je pense à tes yeux encore plus humides qu’un océan. Je pense à tes poings dans le mur. Je pense à tout ce qu’il y a de mauvais enfoui en toi et qui remonte très fort pour gagner la surface. Et j’ai mal. J’ai mal pour toi. J’ai mal et ça me désole de te savoir triste, de te savoir à bout, à bout de ta vie. De te savoir perdu, triste à faire pleurer tous les soleils du monde.
Et moi je suis capable de rien.
Même pas de te prendre dans mes bras.
C’est parce que je suis vidé. Vidé, vidé, vidé. J’ai perdu toute mon énergie, toute mon envie. Et même quand je sens ses doigts venir saisir les miens, j’ai du mal à ressentir, du mal à comprendre. J’ai la sensation de sa peau mais ça me fait ni chaud, ni froid. Ça me fait même pas tiède. Il dit rien. Il dit rien. Il ne nie pas. Il se jette pas par terre en disant désolé pour l’autre soir ou même pour dire que c’est faux, que c’est que des conneries, qu’il ne ferait JAMAIS une chose pareille parce qu’il m’AIME. On se regarde un peu mais je crois, j’en suis certain, qu’il y a quelque chose qui s’est cassé. Un bout de nous qui est encore parti en fumée. Je comprends pas. je comprends pas pourquoi on peut pas fonctionner correctement et pour longtemps. J’ai l’impression qu’il y a une part inconsciente à l’intérieur de nous qui s’obstine à tout gâcher, à créer des cris, de la colère et du triste. Pourtant on y était presque, on a failli réussir, se lancer dans la Grande Aventure, arrêter la survie. On a effleuré tout ça. On l’a touché du bout des doigts, goûté du bout de la langue et on a même pas réussi à aller au bout.
Pourtant on y a crû.
On y a vraiment crû.
Et je le sais, ça. Je le sais parce que j’ai vu dans les yeux de Coma. J’ai vu dans les yeux de Coma ce que c’était d’aimer et de se sentir aimé. J’ai vu dans les yeux de Coma la couleur du bonheur. Je l’ai vue, j’ai même peint les murs de chambre et de ma vie avec. C’était plutôt joli. C’était très beau, en fait. Ça me propulsait hors du monde, loin de la vie laide, ça me propulsait très haut, dans des poussières d’étoiles, sur des planètes inconnues. Et c’était quelque chose. Ça oui, c’était quelque chose.
- Pourquoi t’es encore là ?
Je l’ai jamais entendu parler de cette voix-là.
J’ai lâché sa main.
Est-ce que ça veut dire ce que ça veut dire ? Est-ce que ça confirme ce qui me bouffe le ventre, ce qui me donne des crampes ? Ça a rallumé la peur. Comme ça. Un coup de vent sur les flammes pour le transformer en un incendie géant. J’ai un énorme nœud dans la gorge, c’est très lourd et ça m’empêche de parler. Est-ce qu’il a vraiment fait ça ? Est-ce qu’il l’a vraiment fait ? Est-ce qu’il s’est vraiment cogné un autre garçon pendant que j’étais tout seul dans mon lit à penser à lui et à m’inquiéter pour lui ? Est-ce qu’il a pensé à moi aussi fort que je pensais à lui ? Pourquoi il a fait ça ? Ça l’a pas dérangé ? Ça l’a pas putain de dérangé de tout gâcher, de tirer un trait sur nous, de se dire, tant pis c’est pas grave, c’est rien que Silas, de toute façon. C’est rien que ce pauvre Silas.
Ce pauvre Silas.
Ce pauvre Silas.
Ce pauvre Silas.
Ce pauvre Silas qu’est même pas capable de se mettre debout, de hurler très fort, de cogner son copain. De lui foutre des claques et des coups de pieds. Des coups de couteaux. Ce putain de Silas qui est même pas capable de protéger son amour, qui est même pas capable de le garder contre lui, de le réchauffer, de s’en occuper correctement.
Je regarde le sommet de son crâne et j’ai les yeux pleins.
Le corps plein.
La gorge pleine.
Mais le cœur très vide.
Je prends des profondes inspirations et ça fait un bruit pas possible. On dirait un aspirateur. J’avale l’air comme j’avalerai de l’eau en plein désert. J’ai la respiration qui tremble, secouée des sanglots à venir. Mes poings n’arrivent pas à se serrer. J’ai mon cul vissé sur la chaise et je sais que je suis incapable de lui sauter dessus pour faire éclater ma colère mon amertume mon incompréhension mes pourquois sur son visage.
- Ils avaient raison
Je murmure.
- Ils avaient raison
Plus fort.
J’ai plus la force.
J’ai le visage planqué dans mes mains. Je ne veux plus le regarder.
- Pourquoi, Coma ? Pourquoi tu m’as fait ça, pourquoi tu nous as fait ça ? Est-ce que c’est moi qui cloche, est-ce que je suis pas assez bien, est-ce que je t’apporte pas tout ce dont t’as besoin ? Putain mais j’essaie, Coma. J’essaie. Je fais tout ce que je peux pour être à ta hauteur. Pour être heureux et que tu le sois aussi. Et … et … j’y arrive pas.
Je suis désolé. Je suis désolé, si c’est moi qui tourne pas assez rond. Qui trébuche des milliards de fois dans ma vie. Je suis désolé de nous entraîner dans mes gamelles. Pourtant. Pourtant j’avais l’impression qu’entre nous ça marchait bien. J’avais l’impression qu’on pouvait tenir comme maintenant pendant les siècles à venir. Je nous ai perçus tellement indestructibles, pleins de force et de courage, prêts à affronter les tempêtes et les obstacles de la vie sans jamais se laisser écraser par eux. Je nous ai perçus tellement immenses, plus grands que la Terre entière. Un peu plus petits que l’univers, d’accord. Mais notre place était là-dedans, sur les comètes et les étoiles.
Et qu’est-ce qu’il s’est passé ?
Qu’est-ce que j’ai pas vu qui allait pas ?

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MessageSujet: Re: REMIA (aimer à l'envers)   Jeu 4 Déc - 20:08

Silas c'est une chanson qui s'écoute très fort.
Moi j'ai fait tomber mes écouteurs et j'ai marché dessus sans faire exprès ...
Si(las), c’est la note de musique qui me fait chanter tout entier.
Mais la musique s’arrête, c’était la fin du dernier refrain, et Silas lâche ma main. Ses doigts quittent les miens et ma main dégringole, glisse sur sa cuisse et tombe dans le vide et s’écrase sur mon genou. Et moi je la regarde faire. Et moi je le regarde faire. Et je fais rien. Faudrait que je la reprenne sa main, qu’on se lâche, mais ma main échouée sur ce pauvre rocher de merde (tellement que y a de rochers je me cogne partout), je suis pas capable de faire plus, je me sens pas de réclamer sa peau alors que la dernière fois qu’il a fait l’amour avec quelqu’un c’était avec moi (jeudi), et pas moi. Moi, c’était avec un garçon dont j’ai oublié les étoiles parce qu’il en avait pas, un garçon dont j’ai oublié le nom parce qu’il me l’a même pas dit.
Je crois que je pourrais plus jamais remonter sur mon skate.
Remonter sur
Et marcher à
Je crois que j’aurais trop peur de tomber.
Et d’être tout seul à fixer le bitume.
« Ils avaient raison », il répète ça peut-être une fois, peut-être trente fois (un aller-retour dans ses yeux), et moi ça me fait comme des coups de couteau, je me demande quand est-ce que je vais me mettre à pleurer, je me demande à quoi ça va ressembler, si ce sera lui ou moi d’abord, sûrement moi, et qu’est-ce qu’il va dire pour que ça se barre en sucette, ça va être quoi son geste ? Est-ce que j’aurai le droit de le regarder de temps en temps, est-ce qu’il me donnera des sourires à distance ? Je le sais qu’il va me quitter (à lire avec une voix qui pleure), j’le vois bien, dans ses yeux. C’est tellement fort que j’entends tout, ça suffit, ça suffit, ça suffit. Je me souviens de l’autre fois, la dernière fois que j’ai eu le cœur cassé. C’était l’inverse. C’était « ça suffit plus ». Comment on passe de tout l’un à tout l’autre. Est-ce que j’aurai le droit de lui caresser les bras ? Est-ce que j’aurai le droit d’entrer dans ses rêves sans sa permission ?
- Pourquoi, Coma ? Pourquoi tu m’as fait ça, pourquoi tu nous as fait ça ? Est-ce que c’est moi qui cloche, est-ce que je suis pas assez bien, est-ce que je t’apporte pas tout ce dont t’as besoin ? Putain mais j’essaie, Coma. J’essaie. Je fais tout ce que je peux pour être à ta hauteur. Pour être heureux et que tu le sois aussi. Et … et … j’y arrive pas.
Non.
Si.
Non.
J’ai posé mes mains sur mes oreilles pour plus rien entendre. J’ai trois ans et papa et maman ne s’aiment déjà plus, alors je pose mes mains sur mes oreilles. J’ai dix-sept ans et on a trop de mal à s’aimer, alors je pose aussi mes mains sur mes oreilles. Je le savais bien, que ça arriverait, un jour. Qu’il finirait par en avoir ras-le-bol, ras-le-cœur, ras-le-ciel, je l’aurais même compris, applaudi d’avoir tenu si longtemps, des années à tenir mon cœur par la main, à lui montrer le chemin, à lui mâcher le travail et dire « oui » quand il demande pardon. J’aurais compris. Je fais des bêtises, j’ai pris l’habitude alors maintenant j’arrête plus. Mais je pensais pas que ça arriverait aussi vite. Je pensais pas que j’allais pas battre ce record-là (la plus belle histoire d’amour la plus rapidement ratée). Je pensais que quand ça arriverait, on serait au moins installés ensemble. Dans cette maison dont on a parlé un jour. Je pensais qu’un soir, en mettant le couvert, il poserait les assiettes très fort sur la table, plus qu’à l’ordinaire, et dirait quelque chose comme tu me fais chier, j’arrive plus à t’aimer et je vais m’en aller. Je l’aurais regardé faire sa valise. Mais je pensais pas que je me dépêcherai à faire la bêtise. Que j’allais choisir la première venue, la saisir au vol et dire : voilà, toi, tu vas tout nous détruire. J’attendais au moins la majorité. Au moins ça.
A
ï
e
Je voudrais lui dire des trucs qu'il sait déjà mais qu'il est en train d'oublier, les couchers de soleil, les montagnes, les lumières des voitures dans la nuit, certaines chansons, le bord de sa fenêtre, les étoiles sur le haut des arbres, la couleur du ciel quand on se réveille en pleine nuit, la queue leu leu pour nos baisers les bousculades sur les lèvres rivaliser d’imagination pour s’embrasser tout le temps, et la couleur de nos joues quand on se réveille en pleine nuit (roses avec des petites paillettes, des restes de rêves). Je voudrais lui dire qu’il est ma charpente, que mon corps sans lui ça tient pas le coup ça tient pas le choc, c’est que de la rigolade, c’est rien du tout, ça s’effrite, je tombe, je voudrais lui rappeler qu’il est mon centre de gravité et que sans lui, c’est pareil, je tombe. Je tombe dans les trous du monde, dans toutes les crevasses.
En même temps à sa place y a longtemps que je m’aurais quitté.
Dès le premier virage raté je serai descendu de la fusée.
J’aurais détaché ma ceinture et dit « ce sera dans moi ».
Dans ma poitrine je sens j’entends mon cœur qui galère et je suis incapable de parler. Mon pauvre cœur suicidaire, mon cœur qui collectionne les couteaux et autres divers objets tranchants et qui s’amuse à se faire du mal à chaque fois un peu plus fort, mon cœur qui se taillade taillade taillade les veines jusqu’à plus rien sentir, mon cœur qui détruit tout et qui réclame pardon en se mettant à genoux.
(C’est quoi ce bruit ?)
(Ah, mes larmes.)
Je prends les poignets de Silas (j’ai réussi à soulever mes bras de deux tonnes chacun) et je les pousse doucement pour pouvoir voir son visage. Je le regarde avec tout mes yeux et tout mon cœur, de tout mon cœur de tout mes yeux, parce que c’est peut-être la dernière fois que j’ai le droit, les veines bleues qui serpentent dans ses doigts maigres, la rencontre entre son épaule et son torse (le petit chemin secret), le creux à la base de sa clavicule, le derrière de ses genoux, le haut de son épaule, les fils d’or sur ses bras, les coins délicieux de son nez. La dernière fois. Je le lâche.
Comment un garçon qui a inventé des étoiles peut tirer autant la tronche ?
(Parce que le bulldozer est passé par là.)
- C’est pas toi d’accord ?
(Et arrête de trembler toi c’est pas crédible.)
- C’est moi, c’est moi qui regarde pas où je mets les pieds. C’est moi qui marche pas sans toi mais à un tel point que c’est pas normal, à un tel point que dès que t’es pas là je fais n’importe quoi mais j’comprends tu peux pas toujours ... T’as l’droit de faire d’autres trucs et ... Si j’arrive pas à continuer de marcher en ligne droite quand tu fermes les yeux, c’est juste moi, d’accord ? C’est ma faute. C’est moi qui vaux pas grand-chose, c’est moi qui ... Putain ... J’arrive même pas à ...
(Dire désolé.)
J’essuie mon nez et mes yeux.
Combien de secondes avant qu’il me dise : je te quitte ?
Combien il me reste à vivre ?

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MessageSujet: Re: REMIA (aimer à l'envers)   Sam 6 Déc - 19:49

Alors voilà.
Est-ce que c’est terminé ? Est-ce qu’on doit tirer une croix sur nous ? Arrêter le voyage, descendre de la fusée, plier bagage et rentrer chez nous ? Pourtant l’autre soir, quand on était pétés à imaginer les étoiles dans nos mains, on était en plein voyage et il m’a semblé que rien, absolument rien ni personne n’aurait réussi à nous ramener ici bas. Je me suis trompé. J’ai rein vu venir. Et là, la claque elle est tellement forte que je suis assommé, étourdi, incapable de comprendre, de voir, d’entendre, de parler ; mes pensées trébuchent les unes sur les autres et mon cœur, lui, ne sait pas si ça vaut encore le coup de (se) battre.
Je comprends pas.
J’étais persuadé que notre amour était indestructible, plus fort que tout. Et que tous les deux aussi on était indestructibles et plus forts que nous. Je déteste parler de Coma Nobody et de Silas Pollock à l’imparfait (au passé). Imparfaits, il l’est déjà. On l’a toujours été. Ça se voit à nos gueules cassées, à nos cicatrices partout sur le corps et sur l’âme. Ça crève les yeux qu’on en a vu des vertes et des pas mûres. Je croyais être préparé. Je pensais être préparé à la vie et à tous ses coups de pute potentiels. Je pensais être préparé aux assauts sauvages et silencieux de cette garce. Je m’attendais à tout et j’avais même pas peur. J’avais même pas peur d’affronter la vie parce que je savais que Coma était là. Je savais qu’il y avait sa main dans la mienne, son corps comme une béquille, ses bras comme un refuge, son cœur pour l’amour, ses yeux pour me rendre fier et me faire tenir debout. J’ai arrêté d’avoir peur dès le moment où j’ai commencé à l’aimer d’amour. L’amour des amoureux, je veux dire. J’ai arrêté d’avoir peur parce que dans nos yeux j’ai lu toutes les promesses du monde et je les ai accueillies. Je les ai tenues contre moi et entretenues le plus longtemps possible sans même me douter que c’était rien qu’une illusion fragile.
J’ai pas envie qu’on soit une illusion fragile.
Coma et Silas c’était pas une illusion. C’était pas fragile non plus. Regardez-nous, comptez le nombre de fois où on est tombé. Certes, on s’est parfois cassé quelques os dans la bataille, mais on s’est toujours relevés ! On n’est jamais morts. On était bien vivants, bien réels. Deux êtres de chair et d’os (avec un peu d’étoiles à l’intérieur quand même). Qu’est-ce qu’on a fait ?
Est-ce que c’est Coma qui a poussé notre amour au suicide ? Est-ce qu’il s’est jeté dans un trou noir ? Une chute infinie, dans la nuit la plus totale, rien pour éclairer la descente vers
vers quoi ???
Loin de nous, en tout cas. Et de tout ce qu’on a bâti.
Je sens ses mains sur mes poignets. Ils serrent un peu et je me souviens que je suis en vie. Mais j’ai pas l’énergie, encore moins la force de repousser ses doigts. Je pense – je sais – qu’ils ont touché un autre garçon que moi. Et ça me rend malade. Malade, malade, malade. Moi je sais que je pourrais pas, je pourrais jamais faire ça. Je pourrais jamais toucher un autre tout en étant amoureux de lui, ça me paraît impossible, impensable, irréaliste. Non. On ne peut pas faire ça à la personne qu’on aime. On ne peut pas faire ça à la personne qu’on aime. On ne peut pas faire ça à la personne qu’on aime. Ses mains me lâche et ça me fait comme une vilaine bouffée d’oxygène.
- C’est pas toi d’accord ? C’est moi, c’est moi qui regarde pas où je mets les pieds. C’est moi qui marche pas sans toi mais à un tel point que c’est pas normal, à un tel point que dès que t’es pas là je fais n’importe quoi mais j’comprends tu peux pas toujours ... T’as l’droit de faire d’autres trucs et ... Si j’arrive pas à continuer de marcher en ligne droite quand tu fermes les yeux, c’est juste moi, d’accord ? C’est ma faute. C’est moi qui vaux pas grand-chose, c’est moi qui ... Putain ... J’arrive même pas à ...
Avant il cachait ses oreilles pour ne pas m’entendre, pour ne pas m’écouter parler. On aurait dit un bébé. Moi aussi quand il parle j’ai envie de boucher mes oreilles, de hurler en même temps. De dire je t’écoute pas je m’en fous je t’écoute pas je m’en fous je t’écoute pas je m’en fous je t’écoute pas je m’en fous je t’écoute pas je
Je t’aime encore.
Putain oui, je t’aime encore. De tout mon cœur et de tout mon corps, avec chaque millimètre de ma peau, avec chaque morceau de mon âme. Je t’aime ! Et ça me tue. C’est pas normal. J’ai même pas envie de le tuer, de le rouer de coups, de frapper avec mes poings, mes pieds, mes genoux. J’ai pas envie de l’entendre hurler et de le voir saigner. J’ai pas envie de voir son corps torturé à cause de mes mains. J’ai pas envie de tout ça. Je l’aime encore. Ce que j’aimerais voir chez lui c’est une paix intérieure infinie ; Je voudrais voir un garçon qui n’a pas peur, qui n’a plus peur. Un garçon capable de tenir debout sans trembler, un garçon capable d’arrêter de survivre pour enfin vivre.
Je tombe de ma chaise, je suis à genoux devant lui. J’ai les mains autour de son cou comme pour l’étrangler. Mais je ne serre pas mes doigts. Je sais que si j’avais posé mes mains sur ses épaules ou sur son visage ou dans ses mains j’aurai envie de l’embrasser et de le pardonner tout de suite, de dire c’est pas grave. Ça va allllllllllller (avec plein d’ailes) comme tu le dis si bien et comme tu le répètes toujours avec tes yeux comme deux grands océans magnifiques.
Là ses yeux on dirait plutôt une tempête affreuse avec des épaves de navire.
- Tu m’aimes plus, c’est ça ? Si c’est pas moi, si c’est toi, c’est que t’es plus amoureux. T’es plus amoureux alors t’as couché avec un autre garçon parce que tu voulais voir ce que c’était de faire l’amour avec un autre ???
Faire l’amour.
Ils ont pas fait l’amour.
C’était pas de l’amour.
J’en suis sûr. Parce que faire l’amour, c’était nous. On le fabriquait en frottant nos mains contre la peau de l’autre, un peu comme la lampe magique. On le fabriquait en s’embrassant, en se touchant, en se regardant. Des explosions d’amour sous nos doigts, contre nos langues. Partout.
Ça peut pas s’évanouir comme ça ?
On peut pas arrêter maintenant ?
Je secoue son cou entre mes doigts, les yeux plein de larmes.
- Pourquoi t’as fait ça pourquoi pourquoi pourquoi
J’ai la voix cassée.
Comme si elle avait trop hurlé (c’est plein de lamentations à l’intérieur de moi, ça doit être pour ça).

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MessageSujet: Re: REMIA (aimer à l'envers)   Dim 7 Déc - 10:17

Faut que je sache. Si ça sert encore à quelque chose de garder les yeux ouverts. Si ça sert encore à quelque chose d’ouvrir les poumons pour respirer. Si ça sert encore à quelque chose de pousser mon cœur à continuer de battre. Si ça sert encore à quelque chose de serrer les poings. Si ça sert encore à quelque chose de pleurer. Si ça sert encore à quelque chose d’appeler les étoiles en renfort. Si ça sert encore à quelque chose de se tenir la tête droite. Si ça sert encore à quelque chose de. Si ça sert encore à quelque chose d’y croire. (Qu’il y a un « demain ».) Si ça sert encore à quelque chose.
Je regarde dehors.
Est-ce que je vais passer l’hiver tout seul ?
Silas tombe. Il enroule ses doigts autour de mon cou et je sais que c’est pas pour m’embrasser je sais, que la dernière fois c’était tout à l’heure. Je sais que j’ai mis un grand coup de pied dans notre Amour et qu’il est trop loin pour qu’on aille le récupérer, tellement loin qu’on saurait même pas où aller chercher. Et le pire, c’est que j’ai même pas fait exprès, j’ai juste pas fait attention. Bah alors qu’est-ce que t’attends, vas-y, étrangle-moi, détruis-moi, j’ai déjà commencé, finis le travail ! Je dirai rien. Je résisterai pas je me laisserai faire et en enfer, tout ce dont je me souviendrai, c’est ton visage. Peut-être que je pourrai encore sourire.
- Tu m’aimes plus, c’est ça ? Si c’est pas moi, si c’est toi, c’est que t’es plus amoureux. T’es plus amoureux alors t’as couché avec un autre garçon parce que tu voulais voir ce que c’était de faire l’amour avec un autre ??? Pourquoi t’as fait ça pourquoi pourquoi pourquoi
J’ai même pas mal.
J’ai même pas MAL.
J’ai même pas mal !
Je pousse ses mains et je me relève.
Je pleure et je crie.
- Mais arrête ! ARRÊTE ! J’ai fait une connerie ! D’accord ? Parce que c’est comme ça, parce que j’suis comme ça, je fais des bêtises. Tous les jours. Je casse des verres, je renverse de l’eau sur mes cours de maths, je bouscule des gens dans la rue, je ... j’écrase des oiseaux avec mon skate, je fais que ça des conneries, tu l’sais bien ! Avec toi j’bats même tous mes records ! C’est moi ça, j’fais des conneries et puis j’suis de travers aussi ! J’tourne pas rond et parfois ... Parfois je fais des trucs et je sais même pas pourquoi je les fais mais je les fais quand même ! C’est c’qui s’est passé dimanche. Les fils se sont débranchés. Tu m’connais. Ça veut pas dire que je t’aime pas putain mais si tu mais si tu savais !!! Ça veut pas dire que j’ai plus envie d’passer toute ma vie avec toi !!! C’est à toi d’me dire si ça vaut l’coup que j’essaie de me faire pardonner ou pas. Ou si ça t’intéresse même plus.
Lève-toi.
Lève-toi.
Lève-toi que je me mette à genoux, à tes pieds pour me faire pardonner.
Et qu’est-ce que je dirais ? Pardon je le ferai plus jamais plus jamais plus jamais ? Non mais vous m’avez bien regardé ? Est-ce que j’ai la tête d’un mec qui est capable de tenir debout sur ses pieds plus de cinq minutes, qui est capable de résister à une connerie ? Je dirais peut-être : ça se soigne. Je me soigne. Avec toi. Et j’ai vraiment pas envie de changer de docteur. Je sais qu’avec celui-là, avec toi, un jour je vais guérir. Mais c’est que le début du traitement, faut me laisser du temps, faut ... Je prends même pas mes médicaments correctement pour l’instant mais ça va venir. Me lâche pas. Je pourrai plus jamais me remettre sur mes pieds. Je t’aime. Évidemment que je t’aime. Comment tu peux me poser cette question. Je t’aime encore plus que j’aime mes parents, alors que sans eux j’existerais même pas. Parce que sans toi j’existerai(s) encore moins. Tu sais que tout à l’heure je me suis perdu en venant au lycée ? Je savais même plus où j’allais.
Qu’est-ce que je vais faire sans toi ?
Je vais faire quoi moi, et comment ?
Où est-ce que je vais regarder les étoiles ?
(Parce que celles du ciel c’est pas les vraies, c’est des duplicatas pour faire croire aux gens qu’elles sont encore là alors qu’en réalité elles sont toutes mais TOUTES mais T O U T E S dans les bras de Silas.)
Alors on va se mettre à briller de moins en moins fort ? Jusqu’à ne plus briller du tout ? Ça y est ? Déjà ? J’ai tout gâché ? À ce point-là ? On va devenir comme les étoiles phosphorescentes que j’ai jamais eu le temps d’accrocher à mon plafond ? Comme celles-là, posées sur mon bureau depuis des années : au bout d’un moment, y en a marre alors ça s’éteint tout simplement. Celles qui ont besoin qu’on allume la lumière pour leur redonner des paillettes. Qui va rallumer la lumière pour nous ? Silas, j’ai dû casser ses bras, ses bras magiques et je suis même pas sûr qu’il aurait assez de force dedans pour les tendre jusqu’à l’interrupteur le plus proche et tout éclairer ? Mais pourtant ça fait des mois et des mois qu’il fait tout pour nous garder sous la lumière. Je l’ai vu résister à mes conneries et ramener des tonnes et des cartons pleins de choses lumineuses : des soleils, des étoiles, des comètes, des paillettes, des météores, et d’autres trucs dont je connais même pas les noms.
Mais ...
Mais moi je veux pas !
Moi je veux pas qu’on se dise déjà au revoir !
Regarde-moi. Regarde-moi putain. Je suis misérable d’accord mais regarde-moi quand même. Arrête de faire ça avec tes yeux (pleurer à moitié). Arrête de faire ça avec tes mains (les tordre dans tous les sens). Relève-toi. Laisse-moi te prendre dans mes bras. Dis-moi que tu m’en voudras jusqu’à Noël et qu’après je pourrai revenir, ce serait mon plus beau cadeau du monde. Dis-moi que quand on quittera le lycée on va vraiment se marier, dis-moi que c’est encore d’actualité. Dis-moi que toi, tu toucheras jamais un autre garçon. Dis-moi que t’en arriveras jamais là, toi, au moins. De toute façon, le corps de Silas est tatoué de tous mes baisers, on voit même plus sa peau. Et les tatouages, ça reste pour toute la vie. Dis-moi que nous aussi c’est pour toute la vie.
Est-ce que tu
Est-ce que tu m’aimes toujours ?
- Arrête de me poser des questions s’il te plaît. Crie-moi dessus, tape-moi dessus, quitte-moi, dis-moi que je vaux rien, dis-moi que tu m’aimes pas, et puis reviens. Et puis dis-moi que c’est fini tout ça. Dis-moi que tu veux encore de moi ...
(Et là ma voix s’est perdue. Même si je voulais continuer de crier, je pourrais pas.)
Je croyais que quand les gens s’aimaient, il pouvait rien leur arriver.
Mais l’amour, il m’avait pas encore rencontré.

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MessageSujet: Re: REMIA (aimer à l'envers)   Lun 8 Déc - 17:10

Coma pousse mes mains. Ça fait un grand courant d’air et c’est très très froid. Il se lève, il hurle. Il ne se contente pas seulement de hurler puisqu’il y a des larmes qui roulent sur ses joues. Je suis à genoux, j’ai les mains qui tombent dans le vide et mes yeux le regardent. Ils sont voilés de peine. Moi aussi je voudrais hurler, pleurer, taper des poings et des pieds ; je voudrais déchirer ma gorge et mes poumons en lui disant à quel point je el déteste et à quel point je lui en veux de me faire tout ça. Je voudrais lui hurler que j’aimerais qu’il soit responsable, qu’il arrête de penser à lui, qu’il utilise sa tête, pour une fois. Je voudrais lui dire que j’en ai marre, que j’en ai assez et assez et assez de tout lui pardonner, d’essuyer ses erreurs et de continuer de le prendre dans mes bras tout de suite après.
Ce serait mentir.
Je suis incapable d’avoir la rage, d’avoir la haine contre lui. J’arrive pas à me transformer en boule de colère pour envoyer mon corps contre le sien et le frapper, le frapper, le frapper jusqu’à le défigurer. Hurler jusqu’à ce que toutes les étoiles tombent du ciel. Je peux pas. Je peux pas faire ça parce que c’est Coma. C’est Coma et je l’aime trop fort, je l’aime trop grand, trop étoilé, trop tout pour pouvoir le blesser.
Je vais continuer.
Je vais continuer à me mettre un tout petit peu en colère, faire comme si je lui en voulais puis je le rappellerai en lui disant qu’il me manque et que j’aimerais beaucoup le revoir. Je le prendrai dans mes bras, je l’embrasserai et on fera l’amour en oubliant tout ce qui a pu se passer. On va jouer à s’aimer, c’est ce qu’on fait de mieux.
Il hurle des mots et c’est moi qui a plaqué mes paumes contre mes oreilles en fermant très fort les yeux.
Tout ce que j’ai retenu, c’est « passer ma vie avec toi ».
Il y a du silence.
J’ose rouvrir mes yeux trempés de larmes. Elles veulent pas couler. Encore une fois, c’est moi qui suis à genoux devant lui. Moi qui a les deux genoux sur le sol. J’pourrais même lui demander de me pardonner, pardon de pas t’aimer comme il faut parce que si je t’aimais comme il fallait tu serais pas allé voir ailleurs, pardon de pas être assez comme ci et assez comme ça. Pardon pour tout ça.  Promis je vais m’améliorer, promis je vais sortir de là grandi, plus fort, avec plus de muscles dans les bras et dans le cœur. Promis on va aller mieux, promis ça va s’arranger. Promis j’ai pas oublié notre voyage en fusée, j’ai même acheté les billets pour Jupiter. Promis on se lâche plus, promis on arrête de craquer, promis on recommence là où on était arrivés.
Je pousse un soupir tremblant et humide.
- Arrête de me poser des questions s’il te plaît. Crie-moi dessus, tape-moi dessus, quitte-moi, dis-moi que je vaux rien, dis-moi que tu m’aimes pas, et puis reviens. Et puis dis-moi que c’est fini tout ça. Dis-moi que tu veux encore de moi ...
Je renifle un peu.
J’éclate en sanglot, comme ça. Mon menton s’effondre sur ma poitrine et je suis incapable de dire quoi que ce soit. Je pense aux larmes trop longtemps retenues qui explosent au bord de mes paupières et s’effondrent elles aussi et glissent jusqu’à s’écraser par terre (comme moi). Je rampe un peu vers lui et mes bras viennent serrer les mollets de Coma. J’ai la tête dans ses genoux et je m’arrête plus de pleurer. Ça me secoue, ça me ballotte. J’ai l’impression d’être dans un cyclone. Ça me tire de partout, ça s’arrête pas de pleuvoir (de pleurer), je vois que du noir, du noir mouillé, du noir trempé. Elle est où la lumière rallumez-la mais rallumez-la bon sang.
J’en ai marre.
Je veux sortir de cette nuit pleine de brouillard.
Je veux voir où je mets mes pieds.
Je veux pas te crier dessus je veux pas te taper dessus je veux pas te dire que tu vaux rien parce que c’est pas vrai tu vaux toutes les plus belles choses du monde et plus encore t’es tout t’es tout rappelle toi t’es mon ciel mes comètes mes étoiles t’es tout ce qu’il y a de plus céleste et si t’es plus là y a plus rien, y’a plus de Silas, plus de Terre, plus de soleil, plus de lumière, plus de nuit, plus de vie. Je peux pas te dire que je t’aime pas, que je te déteste, parce que ce serait le plus grand des plus grands des mensonges. Je t’aime un peu moins aujourd’hui, d’accord, mais je t’aime pour la vie et même après la vie, c’est gravé dans mes yeux, dans mes veines, sur ma bouche, absolument partout. Y’a même pas besoin de me demander. Même les aveugles, même les sourds, même les muets, ils le savent. Ça se ressent tellement fort, putain. C’est pas des conneries, ce qu’il se passe dans mon cœur.
C’est bien réel.
Et oui, je vais revenir, je reviendrai toujours.
Toujours toujours toujours.
Le torrent sous mes yeux s’est un peu calmé.
- J’peux pas sans toi j’peux pas j’peux pas j’peux pas. Faut que t’arrêtes de me faire du mal, faut que t’arrêtes. À chaque fois c’est la dégringolade et j’ai l’impression que je me noie et que je reverrais plus jamais la surface. J’sais bien que tu fais pas exprès, j’sais bien que c’est pas ta faute. Mais pour moi, imagine pour moi …
J’ai toujours la tête dans ses genoux.
Je veux pas le regarder.
Je veux pas le voir.
- Et je te déteste, je te déteste tellement fort d’avoir fait ça. Mais tu vois je suis incapable de t’en vouloir, j’arrive pas, je peux pas. Je peux pas arrêter de t’aimer je
J’ai plus de mots.
La blessure est là. Immense, béante à l’intérieur de moi. J’ai pas de pansement, pas de remède magique, pas de solution miracle. Rien pour que ça s’arrête de saigner. Je vais finir par me vider et mourir. La blessure est là, elle est immense. Et c’est Coma qui l’a faite. Dans mon dos, loin de moi, avec quelqu’un d’autre. Au début je l’avais pas sentie. Maintenant ça pique. Ça pique très fort.
Il va falloir m’opérer.
Un chirurgien pour les âmes blessées.

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MessageSujet: Re: REMIA (aimer à l'envers)   Mar 9 Déc - 19:58

Silas s’écroule.
Le monde s’écroule. Notre ciel s’écroule. L’autre ciel s’écroule. Ses larmes s’écroulent. Mes larmes s’écroulent. Les flocons s’écroulent. Les arbres s’écroulent. Nos bras s’écroulent. Nos cœurs s’écroulent. Les étoiles tombent de haut. Tout le monde a un peu du mal à y croire. Ça fait un drôle de bruit dis donc, un cœur, mon cœur qui se casse pour la deuxième fois. Qui y croyait vraiment, là, et qui s’y attendait vraiment pas. En fait ça fait pas un bruit de déchirure. On dirait plutôt des larmes. Vas-y, pleure, pleure. C’est ta faute de toute façon. C’est ta faute. Silas, il te déteste maintenant. Il le dit, il le répète, deux fois t’as entendu ? T’as imprimé ? Si t’as le droit à une prochaine fois, si t’as cette chance-la, souviens-toi de ce petit morceau de phrase. Et démerde-toi pour qu’elle passe plus jamais ses lèvres. (Mais il a dit « je peux pas arrêter de t’aimer » aussi ... Ça compte ça, ça compte non ... C’est de l’or ... C’est ses cheveux mais avec des mots à la place ... Hein ??)
Moi aussi je t’aime.
Je t'aime.
Et ça suffit pas.
Je sais même pas comment on fait pour aimer sans toi.
Ses doigts serrent mes genoux, son visage trempé levé vers le mien et moi incapable de bouger. Silas a ses airs de prince qui en a marre, qui en peut plus, qui rend la couronne et qui voudrait bien aller dormir pendant cent sept ans. Se réveiller et avoir oublié. Silas a l'air au bout de sa vie, de vouloir en finir de nous et de même pas avoir la force de me le dire. On dirait qu’il sait même plus quoi penser, dans quel sens et tout, il a des larmes partout et elles inondent tout, elles prennent ses mots, elles prennent les forces qui lui restent encore, si elles pouvaient aussi emmener toutes mes bêtises avec elle ce serait bien, mais je crois qu’au contraire, c’est la seule chose qui arrive à marcher sur les larmes. Le seul truc survivant. Je suis désolé Silas.
On sera pas rois demain et encore moins rois du monde.
On aura jamais des enfants ensemble.
On fera jamais notre sapin de Noël tous les deux.
On achètera jamais un lit qui nous ressemble.
On ira jamais voir ce que ça goûte d’aller en France, d’aller en Islande, je voulais lui acheter la tour Eiffel et les glaciers pour qu’il les expose dans sa chambre.
On se fâchera jamais très fort en sachant, cette fois, que c’est que jusqu’à tout à l’heure.
On repeindra pas notre porte d’entrée parce qu’on aime pas sa couleur.
On se mariera jamais discrètement et même pas à l’église, tous les deux parce qu’il n’y a que nous que notre amour intéresse.
Tu m’apprendras jamais à écrire un poème.
On ira plus au parc le dimanche pour faire du skate (moi) et regarder (toi).
On fera plus l’amour au lieu d’être en maths.
On fera plus des dessins dans les cahiers de l’autre.
On s’écrira plus des lettres qui sont en fait des déclarations d’amour.
On se dessinera plus des étoiles sur le dos pendant que l’autre dort.
On écoutera plus jamais de la musique tous les deux.
On s’échangera plus nos vêtements.
Est-ce que le soleil sera encore là au moins ?
Est-ce que les journées vont garder leur sens habituel ?
Nuit / jour / nuit / jour, parce que moi je sens que ça commence déjà à plus trop ressembler à grand-chose, par exemple là il fait déjà nuit alors qu’il est que trois heures. Et c’est ce genre de nuit, tu sais. Qu’on dira qu’elle se réveillera jamais. Que le soleil, il reviendra pas avant longtemps. Que le soleil a dit, vous commencez vraiment à me casser les couilles, et puis il est parti. Là, tout mon moi, tout en même temps, tout d’un coup se prend une grosse claque dans la gueule et se dit faut faire quelque chose, peut-être quelque chose qui changera rien au problème de l’amour mais qui soulagera peut-être les épaules pendant deux secondes. Je me penche (j’aimerais bien l’embrasser), je le prends par les poignets et je l’aide à se relever, j’ai l’impression que ça nous prend au moins dix ans de faire ce geste à deux, lui qui se remet sur ses pieds et moi qui l’accompagne, j’ai l’impression d’avoir vingt-sept ans quand on se retrouve debout face à face, nos deux visages à quelques centimètres, un misérable vide entre nous. D’abord je suis tout doux avec lui quand je l’attrape par la nuque pour le poser contre moi et puis.
Je sais pas si je l’ai déjà pris dans mes bras comme ça.
Je sais pas si je l’ai déjà serré aussi fort.
Je sais pas si j’ai déjà eu aussi peur de le perdre.
Besoin de le retenir comme ça.
Mes bras sont enroulés autour de lui mes mains sur ses omoplates et je serre je serre, je pourrais le casser entre moi, des milliers d’étoiles (les siennes, les seules) voleraient dans tous les sens, ça ferait comme un feu d’artifices mal organisé, ça ferait des confettis partout dans la salle. Mon front est posé dans son cou et j’appuie fort comme si je voulais entrer dans sa gorge, pousser avec mes petits bras toutes les larmes qui sont bloquées là, qui l’ont empêché de finir sa phrase tout à l’heure. Mon cœur et mon ventre et mes hanches sont aussi proches de lui que possible. J’aurais bien accroché nos jambes aussi, mais déjà qu’on a du mal à tenir dessus sans trop trembler, là, on se casserait complètement la gueule. Chaque bout de moi enlace chaque bout de lui, des bouts de moi que je découvre, qui se font connaître et qui vont se serrer très fort contre Silas.
- J'suis désolé, j'suis désolé.
Un murmure tout petit tout minuscule, à peine un atome de ma voix rien que pour lui parce qu'il y a que lui qui a besoin de m'entendre.
J'ai l'impression de serrer contre moi tous les morceaux d'un verre cassé. Ça me coupe un peu les bras mais je m'en fous je m'en fous. Au moins il est là, mon bout de cristal brisé. Au moins, y a pas des débris de lui qui roulent aux quatre coins de la pièce. Au moins, il m'échappe pas. Je pourrais rester des années et des siècles rien que pour ça. Être avec lui. Peut-être qu'avec le temps, à force de les tenir serrés les uns contre les autres, les morceaux de verre se recolleront les uns avec les autres. Je m’écarte un peu mais pas assez pour qu’on soit très très loin de l’autre et je commence à effacer ses larmes (il fait tellement froid qu’elles finiraient pas geler, et exploser en bouts de verre, elles aussi). Il y en a sous ses yeux, comme des cernes, il y en a aux bords de son nez, il y en a là où commencent ses oreilles, il y en a entre ses lèvres, il y en a dans son cou, il y en a sur le rocher de sa pomme d’Adam. Y en a plein ses joues. J’essuie tout avec mes doigts, je vais être tout salé moi. Comme un océan. Putain. Pourvu qu’il se noie pas.
Et c'est déjà la fin de la chanson.
J'ai perdu le bouton "play".

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MessageSujet: Re: REMIA (aimer à l'envers)   Ven 12 Déc - 20:15

Je pourrais rester l’éternité comme ça
La tête dans les genoux de Coma avec l’odeur des genoux de Coma dans mon nez mélangée à mes larmes à ma salive que j’ai laissée sur son pantalon. La tête dans les genoux de Coma pour me cacher face au monde, ce monde qui me regarde de travers parce que je suis un garçon qui ne rentre pas dans les cases, un garçon qui regarde trop les nuages, un garçon qui aime un peu trop les garçons. La tête dans les genoux de Coma pour ne plus avoir à regarder Coma mais toujours le garder près de moi. Sentir ses genoux qui me cognent le visage lorsqu’il marche.
Je déteste être aussi misérable.
Ça me fait tomber les coins de la bouche vers le néant (immense).
Et puis je sens les doigts de Coma, forts, plus forts que les miens, autour de mes poignets. Ça sert un peu mais sans faire mal, juste ce qu’il faut pour me mettre sur les pieds. Je serre les paupière très fort parce que je préfère vivre dans le noir. La lumière me ferait encore pleurer des litres et des litres d’eau salée. C’est les océans qui débordent, la fin du monde, l’apocalypse. Et nous deux, aujourd’hui, c’est une apocalypse à notre échelle. Pas grand-chose aux yeux du monde mais l’effondrement des galaxies pour nos yeux à nous. Les étoiles sont dans un sal état, elles me murmurent leur peine depuis le début de la journée. Des lamentations vives et insatiables qui rythment chacun des battements de mon cœur. J’aurai dû les écouter, elles et leurs mises en garde. J’ai préféré me boucher les oreilles.
C’est la rencontre de nos corps.
Petit bing-bang quand il me pousse contre lui pour me serrer contre son torse. Il y a ses mains sur mes omoplates et les miennes dans le milieu de son dos. Sa voix pressée dans mon oreille murmure qu’il est désolé. Je hoche la tête péniblement, j’ai l’impression que tout mon corps à mal et que chaque geste est une épreuve. Je tiens le tissu de son manteau entre mes poings serrés et je renifle tout contre son épaule, je pleure tout contre son épaule. Encore une fois, c’est l’aveuglement. La lumière est éteinte, comme quand mon front pressait entre ses deux rochers. Je veux plus avoir à rouvrir les yeux. Mes paupières sont trop fatiguées pour effectuer de tels gestes. Ça me tire dessus, vers le bas. J’arrive pas à lui dire c’est pas grave.
J’arrive pas à lui dire que ça va aller, avec plein d’ailes.
Qu’on va s’en sortir encore plus forts.
Comme d’habitude.
Eh toi, la vie, le ciel, vous tous. Vous m’entendez ? Vous en avez pas marre de nous foutre à terre, comme ça, tout le temps ? Vous voulez pas plutôt nous envoyer une jolie fusée pour nous emmener sur une autre planète, où on flottera dans l’espace ? Vous voulez pas nous écarter de ce monde qui n’a de place que pour la tristesse et l’amertume ? Parce que si c’est comme ça pour les soixante prochaines années, j’arrête tout de suite. Ça me dit rien de passer mon existence dans un wagon des montagnes russes. Ça me donne le tournis, quelque chose qui se transforme en coma et dont on ne voudrait jamais se réveiller.
Je me dégage un peu sans trop de force pour …
respirer.
C’est que là, dans son épaule, le nez contre lui, je commence à étouffer. J’étouffe depuis que je sais pour l’autre et lui ; j’étouffe et ça me noue tout le corps. Même les poumons. Je recule et je passe mes index sous mes yeux pour effacer les dernières traces de sel. J’ouvre enfin les yeux. Comme prévu, la lumière m’aveugle un peu (ou peut-être que c’est le visage de Coma). Je le regarde un peu, les épaules tombantes, les bras le long du corps qui ne savent pas quoi faire quand ils ne touchent pas le plus beau des garçons de la Terre. Je pousse un soupir qui tremble des dernières traces de sanglot. C’est imprimé dedans.
J’aimerais bien être un garçon fort. Ne jamais pleurer, toujours être capable d’affronter la vie avec le menton haut, chasser les vilaines choses derrière moi rien qu’en y pensant très fort. Mais j’en suis incapable. Je craque. Je craque parce que pour moi c’est plus facile de plonger mon visage dans mes mains, dans mon oreiller (dans les genoux de Coma aussi) pour laisser sortir la fureur des sentiments.
Je ne sais pas si ça fonctionne très bien.
Je retourne m’asseoir sur la chaise. J’ai pas assez de force sur les jambes pour pouvoir marcher, tenir debout, avec tout ce qui pèse sur mes épaules.
- Tu vas me laisser du temps
Je commence à dire.
- Tu vas te laisser du temps, aussi. On va s’éloigner un peu. On va prendre l’air, des distances. On va réfléchir. À tout ça, à nous, à avant, à maintenant et à plus tard et … On va trouver une solution.
Je sais que faire ça c’est comme me flageller.
Moi je sais déjà que je reviendrai parce que sans lui ça fonctionne pas. Ça fonctionnera jamais. C’est mes piles, c’est ce qui fait fonctionner le système. Un tas de choses très mathématiques que moi-même j’ai du mal à comprendre. Je sais qu’on va encore passer des jours affreux à se demander si ça vaut encore le coup de vivre. On va aussi se demander si ça vaut encore le coup de se battre pour nous deux. Si on est prêt à vraiment repartir sur de bonnes bases, à s’aimer correctement, sans faire d’erreurs. En se criant dessus de temps en temps, d’accord. Mais sans crasse, sans vice, sans mal aussi grand qu’aujourd’hui.
Les piles fonctionnent plus très bien, c’est ça ?

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MessageSujet: Re: REMIA (aimer à l'envers)   Sam 13 Déc - 15:59

Ou alors, je l’ai cassé (le bouton play).
J’ai dû trop appuyer dessus.
Je casse beaucoup de choses.
Est-ce que dans la vie aussi, parfois ça marche ?
Ou est-ce que c’est juste un truc de cinéma ?
(L’amour, je veux dire.)
Est-ce qu’il y a vraiment des gens qui y arrivent ?
Ou est-ce que c’est nous, est-ce qu’on s’y prend vraiment trop mal ?
J’ai repris Silas contre moi après avoir essayé d’essuyer toutes ses larmes mais il a à peine posé son visage dans mon cou que je le sens qui recommence à pleurer. Je le sais parce qu’il y a son ventre qui se contracte sur le mien et le sel de ses larmes qui vient irriter ma peau pour la rendre encore plus sèche. Ma main dans ses cheveux. Pleure mon amour. Pleure mon ange. Peut-être que quand t’auras tout pleuré, tu pourras recommencer à m’aimer. Et peut-être que ça pourra m’empêcher à faire d’autres bêtises. En attendant, je te lâche pas. En attendant, je le tiens dans mes bras comme si ça pouvait nous sauver la vie, je le tiens si fort que mes bras pourraient laisser tomber au bout d’un moment mais non, pas ça, pas cette fois, pas à ce moment-là. Je connais son corps par cœur mais je continue de jouer à en reconnaître chaque bout, on sait jamais. Peut-être que quand il aura tout pleuré, il me dira non, je vais pas recommencer à t’aimer. Alors je continue d’apprendre ce que je connais déjà sur le bout des doigts. Chaque morceau de mon corps a mémorisé le sien, c'est comme dans les escaliers, j'ai même plus besoin de regarder. Je connais ses bras chargé d’étoiles. Je connais la peau ridée par-dessus ses phalanges à force de les serrer / de les serrer toute la journée.
Les étoiles brûlent quelque part dans le ciel.
C’est ce que l’expression de son visage me raconte.
Quand il quitte mes bras et se rassoit.
J’ai froid moi. Tellement froid que ça aussi, ça brûle.
Il pleure encore un peu. Il pleure des larmes, il pleure tout un océan mais pas que, il pleure nos étreintes dans le noir ou dans les couleurs, il pleure nos beuveries rien qu’à deux, il pleure nos doigts emmêlés qui ne peuvent, non, pas se décrocher, il pleure les trajets en bus et ma tête sur son épaule, il pleure le skatepark, il pleure cet arbre et notre premier baiser et tous ceux qui ont suivi les uns derrière les autres ou parfois les uns par-dessus les autres, des impatients, il pleure tous les joints, il pleure ma caverne de garçon solitaire, il pleure notre première fois, il pleure mon mot qui se refusait à l’aimer trop, de trop, il pleure les quelques coups qu’on a osé se donner en pensant que c’était la solution, il pleure notre premier rencard qui s’est terminé en mariage, il pleure son coup de téléphone tard le soir, il pleure nos retrouvailles, il pleure nous deux mains dans la main pour la première fois au lycée, il pleure « Silas Pollock et Coma Nobody sont maintenant fiancés », il pleure tout ce qu’on a pu se dire de magnifique et d’affreux, tout tout tout.
Et puis tes yeux c'est beau quand tu pleures.
C'est pas bien.
Je regarde les larmes qui escaladent à toute vitesse les paupières et qui, arrivées au sommet, se penchent en avant et dégringolent sur les joues de Silas. Il y en a qui sont tellement lourdes qu'elles tombent directement dans son cou. Je regarde ça et pendant un bon moment j’ai tellement l’impression de me tenir devant une œuvre d’art que j’ose pas trop toucher. C’est peut-être la dernière fois que tu as le droit de le voir pleurer. La prochaine fois, il sera caché dans son lit et il ouvrira pas la porte d’entrée quand tu sonneras.
- Tu vas me laisser du temps. Tu vas te laisser du temps, aussi. On va s’éloigner un peu. On va prendre l’air, des distances. On va réfléchir. À tout ça, à nous, à avant, à maintenant et à plus tard et … On va trouver une solution.
Je peux pas je p
Peux pas supporter sa voix pâteuse de garçon qui vient de perdre des jours et des jours de vitamines à pleurer pour un autre garçon. Et puis je peux pas je
Je me mords le poing pour pas ... pas pleurer, pas crier. Demain ça fera des traces de coupures et même peut-être des bleus par-dessus mais je m’en fiche parce que c’est demain et que demain, c’est dans longtemps, je sais même pas si je vais tenir jusque-là, je sais même pas si je vais réussir à sortir de mon lit, je sais même pas si je vais arriver à me mettre dedans, à me coucher et à dormir, à faire des rêves ou même des cauchemars, je sais pas, j’ai l’impression d’être de retour dans le rouleau compresseur du mois d’octobre, celui que Silas avait fabriqué avec son coup de téléphone et son « je peux plus, j’en peux plus ».
Je veux pas.
Je veux pas.
Je veux pas recommencer ça.
Les nuits blanches, les yeux gonflés avec toutes les cernes et avec toutes les larmes, et qui ne se ferment plus à cause de ça, les muscles du corps entier qui protestent toute la journée, tu sais même pas ce qu’ils ont, ils se sentent seuls, peut-être, c’est tout, les jambes qui te répondent tellement plus qu’on dirait qu’elles ont été décrochées de ton corps, l’écran cassé du téléphone, les journées sans couleurs, sans saveurs, sans odeurs, les journées qui s’étirent en longueur à se demander pourquoi ça passait plus vite avant, pourquoi - c’est pas juste putain, pourquoi quand tout va bien les jours font deux minutes et pourquoi quand ça va moins bien, ça s’étend ça s’éternise, on dirait une pauvre vie qui va jamais finir. Je veux pas repartir là-dedans. L’autre fois j’ai failli mourir. Et si je me suis retenu, si j’ai agrippé la rambarde au dernier moment quand j’allais tomber dans les escaliers, c’est parce que je savais que le soleil allait finir par sortir de ses nuages. Que les étoiles allaient remettre leurs paillettes. Est-ce que vous pouvez recommencer s’il vous plaît ? Je vous le demande à genoux. Une dernière apparition. Un petit coucou. J’y puiserai le maximum et avec ça j’arriverai à m’en sortir. À rattraper Silas et à nous ramener sur Terre.
Et puis alors
C’est quand la prochaine fois que je vais embrasser tes dents ?
C’est quand la prochaine fois que je vais embrasser tes mains ?
C’est quand ?
Quel jour, à quelle heure ?
Tu sais pas ?
Tu sais pas ????
Silas ne sait pas, c’est écrit en police 72 sur son visage.
Il est où le bouton précédent pour revenir en arrière ?
Il est où putain ...
Alors Coma laisse tomber son cœur aux pieds de Silas, parce que personne sait mieux s’en occuper que lui et que Coma en a plus rien à foutre, lui non plus il sait pas comment s’en servir, il essuie ses joues même s’il se souvient plus quand il a pleuré, il respire un grand coup (mais il se rate parce que lui aussi, il est plein de larmes, jusque dans les poumons) et ça ressemble surtout à une pauvre inspiration tremblante de chochotte, il se penche vers son amoureux (enfin, la personne qu’il aime, quoi), dépose un espèce de baiser sur sa joue gauche avec la main dans la moiteur de sa nuque et s’en va parce qu’il pense qu’il y a plus que ça à faire. Il est très con.
Allô docteur.
Il me faudrait quelques points de suture pour mon cœur.

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