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 I'M NOT IN LOVE

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MessageSujet: I'M NOT IN LOVE   Lun 6 Oct - 18:11

Ce soir le bar a décidé d’être une boîte de nuit, une discothèque, un club dansant. Les corps se mélangent sans trop se poser de questions mais surtout se confondent, j’ai du mal à y comprendre quoi que ce soit, alors je reste sur Arthur, les mains dans Arthur, les yeux sur Arthur, le corps près d’Arthur, le cœur qui bat pour Arthur. Moi j’ai décidé de rester sur mon bord de banquette-canapé avec mes doigts occupés d’Arthur, de rien faire d’autre que regarder autour de moi les gens ces gens que je croise parfois dans la rue et qui là sont complètement différents. De ce qu’ils sont quand je les vois dans le quartier. J’essaie de comprendre, c’est pas facile à démêler. Pourquoi il faut que la musique soit aussi forte pour qu’ils aient l’air content et pourquoi ils se donnent le droit d’aller plus loin juste parce qu’il est minuit dans un bar improvisé boîte de nuit.
À chaque fois que je dis pourquoi
Arthur dit parce que.
Avec rien derrière.
Ça m’énerve et ça le fait marrer, alors je rigole aussi.
- Gentlemen ?
(C’est le serveur.)
- Two orange juices.
(Ça c’est moi. Avec mon accent qui tremble.)
Un jour avec Arthur on s’est mis la tête à l’envers, on voulait boire pour rire, ça nous a pas trop réussi, on a soigné la gueule de bois de l’autre à coups de doliprane et d’amour, c’était marrant mais sans plus. Et puis je crois que ça lui a pas trop plu à Arthur de se remplir du même poison que sa maman, je crois qu’il l’a fait juste pour moi, parce qu’il me l’avait promis et qu’il tient toujours ses promesses quand ça me concerne, parce que la seule autre fois où j’ai bu c’était tout seul dans mon coin et ça m’a fait pleurer.
Two orange juices, donc.
Je regarde les lumières danser, rouler de gauche, à droite, de haut, en bas, elles vont dessiner des ronds de couleurs enflammées sur les visages/corps des princesses et des chevaliers qui sont de sortie ce soir. Du rouge et du jaune me tombent quelques fois dessus, aussi, je dois avoir l’air d’un clown pas à ma place mais je peux pas me résoudre à aller rejoindre tous ces guignols en habits trop serrés pour être confortables, et puis faire comme eux.
Je les regarde et je me demande.
Ce que ça fait.
D’être eux, eux plutôt que moi, d’être comme eux, pourquoi eux, comment, et pourquoi ils sont pas comme moi, ou plutôt l’inverse, pourquoi.
Arthur aussi, il regarde.
Je sais pas s’il envie.
(Les) envie.
Je vais peut-être commencer à avoir envie, moi, une fois que j’aurais mis des bouts de réponses sur mes questions internes, que j’aurais compris où vont les bras et qu’est-ce qu’on fait des jambes, quand on danse, comment ça bouge, comment ça fait pour avoir l’air si joli et décontracté. En attendant le jeune barman revient à nous avec deux verres orangés. Je fais ricocher mon verre contre celui d’Arthur, et on boit à notre santé.
À notre nouvelle vie bizarrement nouvelle.
À nos je t’aime qui sont nos bonjours et nos au revoirs.
À tout ce qui est en vie, y compris, surtout, nous.
Avec Arthur on a pris nos habitudes, notre routine, on a des traditions, pleins de trucs qui, mis côte à côte à la queue leu-leu font qu’on a à peu près une vie normale, pour une fois, enfin. Parfois j’ai un peu peur, je voudrais pas qu’on devienne un vieux couple plat, habitué aux explosions d’amour. Je veux pas qu’Arthur soit pour moi une vieille chanson que j’ai autrefois tant aimé et que je n’écoute aujourd’hui plus que d’une oreille.
Mais je crois pas.
Que ça puisse devenir ça.
Qu’on tombe de notre sommet de montagne.
Et puis on a encore pas fait toutes les choses avec Arthur (comme, danser, on a oublié, ça).

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MessageSujet: Re: I'M NOT IN LOVE   Lun 6 Oct - 18:12

Au moins ils passent de la bonne musique. C’est ce que je me dis depuis que je suis entré ici. Des basses lourdes, des guitares énervées. C’est agréable. La musique est si forte qu’on ne s’entend pas parler. Écrasés dans un canapé, Simon et moi on regarde les corps.
Les corps qui bougent, les fesses qui roulent, les peaux qui transpirent. Les yeux fermés, les têtes qui balancent au rythme de la batterie. Les mains en l’air puis autour d’une taille. Les pieds qui s’agitent sans se fatiguer. Les genoux qui montent haut, les bouches qui s’ouvrent pour gueuler les paroles ou pour éclore dans un rire spontané.
Je crois que c’est un beau spectacle ce monde serré devant nous.
Ils s’en foutent. Ils savent pas de quoi ils ont l’air, ils savent pas que leurs cheveux sont collés à leur front parce qu’ils suent un peu, elles savent pas que leur soutien gorge déborde un peu de leur tee-shirts, ils savent pas que leur chemise est déboutonnée complètement. Mais ils sont là, ils tanguent inlassablement, ils sont bercés/emportés/envoûtés.
Et putain que c’est beau.
Que c’est beau cette spontanéité.
On nous sert nos verres de jus d’orange. Je remercie le serveur d’une inclination de la tête. Avec Simon on trique.
On trinque à un tas de promesses que j’espère on aura la force de tenir.
Je sirote mon verre de jus d’orange et je retourne dans mon silence.
J’observe.
Maintenant je regarde les spots lumineux, eux aussi ils dansent. La leur est un peu anarchique. Ça clignote, ça s’agite, ça reste jamais en place. Avec quelques verres d’alcool peut-être que moi aussi je serai sur la piste de danse au milieu de tous ces gens à crier et à lever le poing au ciel.
La musique change pour devenir de l’électro un peu sauvage. Les corps devant nous deviennent possédés, habités. Je pose mon verre vide devant moi et j’attrape la main de Simon. Il n’est plus question de se tenir comme des vieux dans notre canapé à regarder les autres vivre pendant que nous on prend la poussière.
Je le traîne au milieu du monde. Ma tête bascule de haut en bas et moi aussi je ferme les yeux. C’est tout mon corps qui se balance au même rythme que celui de la musique. À certains moment je tiens Simon contre moi, mon bras gauche enroule le creux au dessus de ses hanches comme je ferai avec une fille. Ce qui me rassure c’est qu’absolument personne ne nous regarde, et je sais que je peux agir.
Je sais que je peux agir avec amour sans avoir le sentiment fiévreux de la honte.
Mon autre bras s’élance vers le plafond, le poing fermé. Mon menton et ma main agissent en symbiose parfaite. Puis mon corps se calme pour venir tout entier contre celui de Simon. Mes doigts viennent glisser dans la pagaille de ses cheveux. J’ai le visage posé sur son épaule. Oreille contre oreille. Je lui dis je t’aime parce que je sais qu’il ne peut pas m’entendre.
Tout ce qu’on entend c’est la musique.
À moins de se hurler dans les tympans.
Mais j’ai pas envie de crier. Et encore moins de lui casser les oreilles ou bien les pieds.
Et je l’embrasse. Bouche amoureuse et aimante sur la sienne. Elles dansent ensemble, elles aussi. Puis je m’écarte. Je me faufile hors du monde pour sortir prendre l’air. Il fait comme dans un four. Je m’en vais sans Simon je verrais bien s’il me rejoint. Je m’assieds sur bord du le trottoir, les pieds sur la route humide. D’ici on entend bien la musique. Je sors un paquet de cigarettes de ma poche et j’en allume une. Je transpire un peu.
Je dois avoir les joues un peu trop rouges sur ma peau pâle.
C’est quand même bien, ici.
C’est quand même mieux qu’avant.

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MessageSujet: Re: I'M NOT IN LOVE   Lun 6 Oct - 18:13

Je suis là, le nez dans mon jus d'orange, les yeux sur Arthur et la bouche (toujours) prête à lui sauter dessus et puis soudain tout bouge autour de moi. C'est moi qui bouge, je suis sur mes pieds, ma main dans celle d'Arthur et on ...
danse.
Arthur il a l'air parfait, ce qui me fait penser qu'il a déjà dû faire ça. Dans sa vie d'avant, parce qu'il en avait une. Avant l'endroit et avant Simon. Une vie et des petites copines. Moi, je fais ce que je peux avec mon corps, partagé entre admirer Arthur et copier les gestes des autres. Tout va très vite et ça prend beaucoup de temps. Sa bouche capture la mienne au milieu de la chanson, bonheur. Devant tout le monde, exaltation. J'aime ça, moi. S'embrasser sans raison ni pression. S'embrasser tout court. J'aime bien embrasser Arthur, beaucoup beaucoup. C'est comme une conversation. Sa bouche me pose une question et la mienne répond et ainsi de suite. Je m'y suis pas habitué pourtant ça fait quelques années qu'on s'embrasse. J'ai toujours des fusées dans le ventre quand nos lèvres se touchent, elles décollent et mon estomac part avec elle. Chaque fois. Magie en boucle.
Et puis il s'en va.
Sans dire merci ni merde.
Moi, je reste encore un peu. Pour pas l'embêter, pour pas le coller, pour mon indépendance, pour m'entraîner, pour me dire, tout à l'heure, en me couchant, tu l'as fait, Simon. T'as vécu. C'est Arthur, ça. Sûr qu'il a été mon déclencheur, ma sonnette d'alarme, et qu'il l'est encore, qu'il continue le travail. Je reste encore une chanson ou deux, je balance la tête les bras les hanches au rythme changeant de chaque musique et je trouve que c'est pas si mal au final. Mais je finis par me dire si ça se trouve il est parti, et puis moi je m'ennuie sans lui. Alors je suis le chemin que je l'ai vu prendre avec le cœur qui commence à penser pleins de choses horribles.
Mais non il est là.
Alors ça suffit.
Il fume, assis sur le trottoir les pieds sur la route. Il se les ferait manger si une voiture passait mais il doit être quelque chose comme deux heures du matin. Il est beau. Je le prends en photo avec mes mains et je le rejoins, j'espère juste qu'il va pas se dire OH / NON / PAS LUI. Une fois, mais pas méchamment, comme ça, dans le vent, il m'a dit, oh, lâche-moi Simon. J'ai fait la tête pendant deux jours. Et le soir, dès que je sais qu'il vient de débaucher, je me mets à regarder par la fenêtre (le guetter).
J'ai peur.
Encore peur.
Toujours peur.
Lui aussi, faut pas croire, mais pas des mêmes choses. Ça le prend parfois, tu sais pas ce qu'il a. On tourne dans une rue et il me lâche la main subitement. Faut être patient. Faut lui reprendre la main doucement et sourire gentiment. Et retrouver son regard à te catapulter dans la stratosphère.
Je m'assois près de lui et je dis rien.
On a failli pas y arriver, hein ?
Je pensais que son cœur était trop endommagé pour m'aimer, c'était bête, fallait juste le réparer. Regardez maintenant. On vit ensembles (moqsidjfmqsdfdkfj) et je le connais sur le bout de mes doigts. Arthur pas rasé, Arthur grognon au réveil, Arthur-gueule-de-bois, Arthur fatigué après le travail, Arthur romantique (sisi). On a acheté de la pâtisserie ensembles ... euh ... de la tapisserie oui. Du papier peint quoi. Choisi la peinture des toilettes, des poignées de portes, on a fait des gâteaux, raté des gâteaux, cassé de la vaisselle (sans faire exprès), on s'est un peu fâchés (surtout pour le plaisir de se réconcilier ... oh ... les réconciliations).
Je me demande quand on va redescendre.
Si on redescend.
Peut-être qu'on est de ceux qui restent au sommet, tout le temps, les big winners.
La musique vient jusqu'au dehors, jusqu'à nous silencieux. Je bouge un peu ma tête avec le rythme. J'apprends. Je souris à Arthur. Je vis. J'aimerais un slow. Je sais pas si ça existe en vrai ces choses-là mais j'en aimerais bien un. C'est danser aussi : y a qu'à prendre Arthur dans mes bras, le serrer un bouger un peu les pieds. Comme un câlin en mouvement.
Bim, voeu exaucé.
Je dois être magicien.
Arthur et sourire.
Je tends les doigts.
- Vous dansez monsieur ?
Pas de manières, trop de manières.

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MessageSujet: Re: I'M NOT IN LOVE   Lun 6 Oct - 18:13

C’est vrai que c’est drôle.
J’ai l’impression que le garage à vélos ça fait un siècle (sûrement un peu moins). Mais pourtant je me rappelle de cette fois-là… Je me souviens c’était la première fois où je l’ai embrassé. Je savais pas trop ce qu’il se passait  à l’intérieur de moi, c’était trop bizarre. C’était le nouvel Arthur qui était en train d’éclore. Qu’est-ce que j’ai pu le blesser, Simon. Qu’est-ce que j’ai pu lui faire du mal. Et puis j’ai dû le déboussoler, le laisser tomber puis le rattraper tout de suite pour pas qu’il s’égratigne de trop. Avec le mépris dans les yeux et puis ma bouche qui niait, ma bouche qui disait que j’étais pas amoureux, que j’étais pas amoureux de lui. Et puis ma main qui voulait pas trop tenir la sienne parce qu’elle était timide et que j’avais très (beaucoup) honte.
Faut nous regarder aujourd’hui.
Faut me regarder aujourd’hui.
Moi et mes plus de vingt ans d’âge, moi et ma vie bien en main. Toujours le même garçon aux cernes et aux balafres roses sur les bras mais avec Simon au bout des doigts. Et ça change tout. Parfois quand je travaille, je fais des heures supplémentaires et quand je rentre je le vois à la table de la cuisine. Il prépare quelque chose pour nous et en même temps il apprend ses verbes irréguliers, la spatule posée sur son livre.
Même si je rentre à une heure du matin il m’attend. Et puis surtout il me regarde avec les mêmes yeux de quand il avait dix-sept ans. Des yeux qui se lassent pas, des yeux qui m’aiment toujours malgré le temps. On en a bravé des tempêtes, tous les deux. Malgré nos ailes un peu abîmées et nos gamelles à répétition. Heureusement qu’on est deux. Heureusement qu’on est deux pour pouvoir se soulever, pour pouvoir se tenir et s’entretenir.
Puis il est là, Simon. Il est jamais bien loin. Il a les fesses sur le trottoir mouillé, lui aussi. On dit rien. On a jamais vraiment eu besoin de combler les silences, de noircir les blancs. Il suffit qu’on se regarde dans les yeux pour se raconter des choses. On ressemble un peu à deux princes dans un château très beau et très blanc. Mais faut pas croire non plus.
Ça nous arrive d’être en colère. Puis on s’est déjà battus. Et pas que dans la cuisine de l’endroit. Les disputes, les mots de travers, les insultes. Ça arrive.
Je passe mes doigts dans mes cheveux un peu longs.
Il me sourit et je vois ses lèvres qui découvrent ses dents imparfaites. Simon cassé, Simon rafistolé. Mais c’est mon Simon. Il tend sa main vers la mienne et me propose une danse. Je hoche doucement la tête, mes yeux crient oui et j’attrape sa main. On se relève, comme un seul homme. Comme une seule personne. Une entité pas tout à fait terrestre au parfum du ciel et des étoiles.
Mes mains dans son dos, je commence à esquisse des pas de danse avec mes pieds. On essaie d’évoluer en rythme avec la musique qui tambourine lentement. Décibels réduits. Je pose ma tête sur la pointe de son épaule, mes deux centimètres de moins tout contre lui.
Il y a des voitures qui passent. On a un pied sur le trottoir, l’autre sur le bitume. On gêne notre petit monde, couple bancal. Les paupières à demi-fermées, je ne regarde rien. Sous mes doigts je tiens un corps que je connais par cœur. Sur le bout des doigts, sur le bout de la langue, de la bouche.
Ma main remonte pour se poser sur son visage. Sous ma paume je sens le piquant d’une joue pas tout à fait bien rasée. Mon pouce caresse tout doucement l’aile du nez. Mais surtout, surtout,
ne pas le lâcher.
(je suis sûr que ceux qui nous regardent sont jaloux, c’est qu’on doit être beaux, avec nos pas maladroits mi-bitume, mi-trottoir, pas vraiment goudron)
J’aime bien ce qu’on fait là.
Ça nous ressemble bien.
Vous dansez comme un chef, je dis à Simon. Je sens ses mains sur moi. Ses mains qui écrivent des lettres tremblantes, des mots casse-gueules, des proses d’amour en papier déchiré. Ses mains qui caressent si bien.

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MessageSujet: Re: I'M NOT IN LOVE   Lun 6 Oct - 18:14

On se relève d’un coup, ensembles, avec la main, ça doit vouloir dire oui. La musique est plus douce, moins forte, elle résonne moins dans la rue, ce qu’on entend c’est surtout nos mini pas qui raclent le goudron. Et c’est pas grave. Elle est là, la musique, à côté, et quand bien même elle disparaîtrait, je la continuerai rien que pour Arthur, je l’inventerai. Il est dans mes bras et moi dans les siens et ça y est. On danse un slow. Mon premier slow. Avec mon premier amour. Mon premier tout. Mon dernier tout.
Le premier.
À me regarder.
À m’aimer.
À me toucher.
Le premier et le seul qui m’a emmené dans un supermarché un jour et qui m’a dit, bon, on fait les courses ? (Je suis parti tout seul comme un warrior chercher du chocolat en poudre et je me suis perdu). Qui m’a offert un cinéma (un film en anglais-américain complètement timbré et incompréhensible, mais drôle, mais drôle). Qui m’a montré comment on conduit une voiture (on appuie sur les pédales et on prie pour que ça marche). Et comment on éteint une casserole qui brûle (avec un torchon mouillé). Avec Arthur j’ai appris à nager, tenir des baguettes chinoises, poster une lettre et aller chercher le courrier, faire du vélo (correctement). Vivre. Sans se faire mal.
- Vous dansez comme un chef.
Je rigole dans ses cheveux.
Ça fait tempête.
Son front est posé contre le bord de mon épaule c’est la meilleure chose du monde. Coca Cola peut dire ce qu’il veut. Y a pas plus beau que d’avoir Arthur contre moi pour danser lentement. Pas plus beau qu’avoir encore l’estomac qui se retourne en looping à chaque fois qu’il m’effleure, exprès ou pas exprès. D’avoir toujours des secousses. Comme si je devenais un avion quand il est là, un avion qui traverse une zone de perturbations. Un avion qui doit slalomer entre les orages et les ouragans et puis qui se dit finalement, oh, merde, hein, tant pis pour les passagers, allons-y pour le secouage.
Tant pis.
Vivons.
Je continue de le serrer contre moi avec nos os qui se toucheraient s’ils le pouvaient (mais c’est rassurant parce que ça voudrait dire qu’on est mort). Mes mains tombent dans son dos et mes doigts gribouillent de l’amour sur le tissu de son t-shirt. J E T’ A I M E. À défaut de le dire. Non là je suis crevé. Trop bu de jus d’orange. Trop vu de gens boire autre chose que du jus d’orange, ça a suffi à me rendre un peu pompette.
Je suis trop sensible.
Hypersensible.
C’est Arthur qui le dit.
Parfois ça le fait rire, parfois pas. Souvent pas.
J’aime bien ça, ce slow, mais je sens que c’est bientôt terminé. Tu le sens quand une chanson commence à se terminer, c’est comme avec les histoires d’amour. (Arthur et moi, je sais que c’est pas prêt de s’arrêter. Sur le bout de ma langue je sens que le goût sucré de l’avenir partagé avec mon espèce d’ange.) C’est dommage parce qu’après ils vont remettre une de ces chansons qui me font un peu peur. À notre mariage y aura un slow comme celui-là. Y aura même que des slows, moi je danserai tout le temps et j’aurai mal aux pieds après la lune de miel.
Je sais pas si on va se marier.
Je crois qu’Arthur aime pas ça.
Les mariages et les choses.
C’est dommage, en plus je trouve ça trop cool un mariage avec seulement des slows. Ce serait calme et beau. En partant, les gens seront super apaisés et ils feront mille beaux rêves la nuit. En attendant notre mariage ou notre non-mariage, la musique elle change, comme j’avais prévu. Elle crie au-delà des murs du bar qui est en fait une boîte de nuit mais juste aujourd’hui, on pourrait danser dessus sans gêner personne mais j’ai tellement aimé danser dans les bras d’Arthur que je crois que j’ai plus envie d’essayer de danser sur de la musique qui remue.
Alors Arthur, je l’ai gardé dans mes bras.
Comme ça.
Sans danser.
Sans faire attention.
Je le lâche parce qu’il doit se poser des questions.
- Oh, pardon, j’avais oublié.
(Qu’on s’enlaçait)
Je ris un peu. C’est tellement facile. De parler avec lui ou de faire silence avec lui.
D’être avec lui.
Tout court.
On joue plus à « tu te souviens » et « tu seras où dans x ans et tu feras quoi et avec qui » parce que pour la première fois de nos vies/notre vie, on est bien là où on est. Bien avec qui on est. On a arrêté de se demander d’où je venais et si la mère d’Arthur boit encore et a trouvé quelqu’un d’autre à frapper. On est bien. Rafistolés. Encore un peu bancals (mais moi il me manque un centimètre à la jambe gauche donc c’est pas près de changer, c’est comme définitif, ça). On est bien. Même si parfois on se cogne encore contre les meubles (mais c’est pas grave parce que c’est nos meubles, on les a achetés ensembles), même si parfois on peut pas s’empêcher de se crier dessus tellement fort que j’oublie toujours le comment du pourquoi à la fin.

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MessageSujet: Re: I'M NOT IN LOVE   Lun 6 Oct - 18:14

Ses mains dessinent des choses dans mon dos. Je n’ai aucune idée de ce qu’elles peuvent être mais j’imagine et je crois qu’elles sont jolies. Peut-être des dessins, des soleils, des lunes, peut-être un prénom, nos prénoms mélangés, un amas de lettres.
On se tient dans nos bras. Avant ça m’aurait dérangé, ça m’aurait fait tiquer, froncer les sourcils, soupirer, transpirer. Parfois ça me le fait toujours. Parfois je le lâche brusquement, je dis non, je m’éloigne et dès qu’on rentre à la maison je tombe dans ses bras je dis désolé, désolé Simon, c’est que c’est pas facile et je le couvre de baisers sur le front sur le nez sur les paupières sur la bouche.
Mais il m’en veux jamais bien longtemps. Il fait un peu la gueule et c’est triste dire mais il a l’habitude. Il a l’habitude qu’un jour que je sois heureux et le lendemain un peu moins.
Bref on s’enlace dans le silence et on fait que ça, se tenir l’un contre l’autre c’est tout. Il me serre fort et la seule chose que je peux respirer c’est son odeur tant de fois humée, sentie. Tant de fois retrouvée sur ma peau, sur mes fringues, dans le lit, sur les meubles…
Simon se décide enfin à me lâcher. On a vite froid, dans la nuit, sans lui atour de moi et moi autour de lui. Mais aujourd’hui je crois que c’est plus facile d’être nous. Je veux dire, ça change nos vies d’avoir un point de repère. D’avoir quelqu’un avec qui dormir, avec qui parler. D’avoir une épaule, des yeux, une bouche qui nous regardent et qui nous disent « je t’aime ». J’ai jamais eu autant la sensation d’exister et d’être important depuis Simon. Je lui apprends un tas de trucs qu’il avait jamais vus/jamais connus. Faut dire qu’il a dix-sept ans de retard sur le monde, Simon. Il sait faire des gâteaux comme un chef, il a vu des centaines de films et connait des millions de films mais il a été tellement mis dans une bulle qu’il est vulnérable (plus fragile que les autres).
Mais je suis là, moi. Et je le protège.
Simon, tu voudrais pas qu’on voyage, un jour ? Voir le reste du monde d’un peu plus près. Aller à la mer, ou dans un pays très loin d’ici. On n’a pas trop d’argent mais on peut toujours braquer une banque ou voler les sacs des mamies dans le métro, hein ?
Imagine partir en croisière ou même retourner en France, aller en Bretagne ou dans le Sud, là où la mer est moins froide (et moins belle). On pourrait faire escale à Paris, aussi, déambuler dans les rues tout le jour et danser la nuit, et boire des cocktails chers et partir sans payer. Parce que la routine c’est bien mais c’est fatiguant aussi, faut faire des choses, faut voir du monde, faut rencontrer des gens.
Même si on est soudés et qu’on s’aime et qu’on habite ensemble et qu’on fait presque tout ensemble faut pas devenir un vieux couple. Sinon dans quelques années on n’aura plus rien à se dire que des reproches, ou alors on n’aura plus rien à se dire du tout et on dormira dos contre dos et plus dos contre ventre, les jambes emmêlées, le corps courbaturé.
Moi j’suis sûr que ça pourrait être chouette, puis ça nous ferait prendre l’air un peu… Tu veux bien, Simon ? Je suis tout excité quand j’en parle et j’ai peur que ça effraie Simon. J’ai la voix qui vibre, les yeux qui brillent comme un ciel de nuit. Je me souviens quand il a fallu passer le portail de l’endroit et qu’il a dit qu’il irait pas. Parce qu’à ce moment là, il avait jamais vu le bitume et d’autres maisons et des voitures et des éoliennes et des immeubles et des bus et des cinémas. Il les avait regardés à la télé en se disant peut-être un jour.
Mais là est-ce qu’il voudra bien prendre l’avion de nouveau ?
Ou rouler des heures ?
Ou naviguer sur un bateau toute une nuit ?
Je suis presque sûr qu’il voudra pas. Ce sera quelque chose qui le dépasse de trop et qui l’inquiète beaucoup. À moins qu’il se sente prêt à affronter la Terre entière maintenant qu’il a mis les deux pieds dehors. Puis il est pas tout seul.
Je suis là.

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MessageSujet: Re: I'M NOT IN LOVE   Lun 6 Oct - 18:15

Ce que j’ai écrit dans son dos c’était des je t’aime et des t’es beau. Il écrit pas souvent dans mon dos lui, Arthur, c’est plutôt mon genre d’esquisser des déclarations d’amour à deux centimètres de sa colonne vertébrale, Arthur il me dit pas souvent des mots d’amour mais quand c’est le cas il me demande de le regarder bien dans les yeux et tout ça, s’il te plaît Simon. C’est fête nationale à ce moment-là. Avec Arthur on parle toujours en français. On a jamais arrêté. C’est comme si on avait notre langage à nous, notre langue secrète. Nos mots que les autres ne peuvent pas comprendre. Le jour où on se parlera en anglais, c’est que vraiment, tout sera perdu.
Maintenant on parle ni le français.
Ni l’anglais.
Mais le silence.
Je suis assis sur le bord du trottoir avec les jambes qui dépassent (bien beaucoup), mes talons en équilibre sur le béton humide du soir.
Jusqu’à Arthur :
- Simon, tu voudrais pas qu’on voyage, un jour ? Voir le reste du monde d’un peu plus près. Aller à la mer, ou dans un pays très loin d’ici. On n’a pas trop d’argent mais on peut toujours braquer une banque ou voler les sacs des mamies dans le métro, hein ?
Petit rire de moi.
Je ris pour les mamies, je ris pour la banque, du coup, j’ai du mal à comprendre si tout ça c’est une grosse blague, peut-être que c’est le serveur, il s’est dit c’est pas drôle un jus d’orange et dans celui d’Arthur il a rajouté quelques gouttes d’autre-chose. Alors maintenant Arthur délire et veux piquer les sous des grands-mères pour s’offrir un voyage-Kerouac sur les routes américains, voire peut-être même remanger l’océan dans l’autre sens, direction, Europe.
Mais non, il a l’air sérieux.
- Moi j’suis sûr que ça pourrait être chouette, puis ça nous ferait prendre l’air un peu… Tu veux bien, Simon ?
Il est sérieux.
Moi j’ai peur.
Le vrai monde est compliqué, tordu, il y a des horaires, il ne faut pas rater le bus sinon c’est foutu, il y a des week end, le dimanche Arthur ne travaille pas et je dois faire mes devoirs. L’endroit c’était différent. L’endroit c’était l’opposé, le yang, la lune. L’endroit était hors du temps, pas d’horloges, pas de montres, la première fois que j’ai vu une pendule c’était à la gare Montparnasse et j’ai eu peur. Arthur m’a dit, t’inquiète pas, elles sont pas toutes grosses comme ça. Le voyage (Montparnasse - Orly - Chicago) je crois que c’était à peu près ce qui m’a plu le plus, comme rythme. Le voyage comme on a fait entre l’endroit et l’Amérique, c’était un peu comme l’entre-monde. La vie comme on la choisit.
Mais je l’aime aussi.
Ma vie du vrai monde avec les horaires et les rendez-vous chez l’ophtalmologue (mardi prochain).
J’ai même des buts, vous vous rendez compte ? Des - raisons - de vivre. Y a cette petite liste. Ma liste de choses à faire (« to do list »), et ce matin en rentrant je pourrai rayer : boite de nuit. Elle est presque toute rayée, ma liste, et quand elle sera réalisée toute entière, il me restera Arthur. Deuxième unique raison. Toujours Arthur. Toujours ma raison d’ouvrir les yeux le matin, de lâcher la main des rêves.
On fait tout pour sa raison de se lever le matin, non ?
Même des voyages.
D’ailleurs, j’en rêve tout le temps des voyages tu sais. Quand j’en ai marre d’une leçon je regarde par la fenêtre et je pense à tous les voyages que je pourrais faire (avec Arthur) au lieu d’être là avec de méli-mélo anglais. Je suis un écolier normal mais avec une quinzaine d’années de retard. Par contre, souvent mes voyages impliquent les nuages et c’est là que ça se complique … Mais bon … Quel détail … Moi je sais toujours pas qui je suis et si je veux voyager c'est pas pour me trouver. J'ai pas besoin de savoir tout ça parce que j'ai Arthur et qu'Arthur il remplit toutes les cases vides du puzzle-moi. J'ai pas de papiers en Amérique mais j'ai une espèce de carte d'identité qui m'appelle Simon Cousineau, comme si j'étais marié à Arthur. Mais pour l'université je suis Simon Chassevent et pour la factrice je suis Simon de l'Étoile. En fait je suis qui je veux.
Tant pis,
tant mieux.
Tant qu’il y a Arthur.
- D’accord, mais euh ... Tu seras là ?
Ses yeux disent oui. Ses mains disent oui. Son sourire qui pointe dit oui. Ses cheveux décoiffés disent oui. Évidemment que je serai là. Où veux-tu que j’aille ? Je serai toujours là. Même quand tu voudras plus de moi, mais ça, ça risque pas d’arriver (ça c’est moi qui le dis). Quand il y aura un ouragan dehors et que tu auras quand même envie d’aller au cinéma, je t’accompagnerai. Quand tu seras devenu tellement vieux que tu pourrais mourir demain ou après-demain, je me déguiserai en vie, et je serai là. Toujours et pour toujours.
Bon euh …
Il dit pas tout ça non plus.
- Ok, mais alors, comme des vacances, c’est ça ?
Je rougis parce que
- Tu sais la maison … Elle est petite … Mais moi je l’aime bien et je veux pas aller en trouver une ailleurs, c’est la première fois que j’en ai une à moi et que les mêmes gens me disent tous les jours bonjour à la boulangerie et …
La nouvelle chanson me coupe la parole, à moins que ce soit d’angoisse.
Et c’est une chanson qui même de dehors me casse les oreilles, je veux dire je veux bien faire un effort et l’aimer parce qu’Arthur l’aime mais elle aussi elle doit faire des efforts. Quand j’aurai plus d’argent et que j’en aurai fini avec les cours de grammaire anglaise et que j’habiterai peut-être dans une autre maison mais toujours avec Arthur, c’est ça que je ferai : une boîte de nuit. Elle sera ouverte toute la journée et je passerai de la musique douce comme cette chanson qui s’appelle « Paris » ou « Miss You » (bon, de la techno de temps en temps pour qu’Arthur soit content), les gens pourront venir danser dessus même si ce sont des chansons sur lesquelles on ne danse pas. Tout le monde s’en fichera et ça ne me fera pas gagner d’argent.
C’est beau non ?
Ma tête se raconte trop de choses par rapport à ce je suis capable de faire avec mes mains et mes genoux, mais c’est déjà bien, avant, les histoires, je les inventais pour d’autres, maintenant, je me les garde. Et peut-être que toutes ces histoires, je les réaliserais pas, comme cette affaire de boite de nuit, mais c’est pas grave, c’est ce qu’elles sont après tout, des histoires pour moi.
Je te regarde.
Toi et ta bouche qui réfléchit à une réponse.
Au début je pouvais pas embrasser Arthur en public. Parce que je m'emballais toujours trop vite, j’avais la langue en feu et toujours très envie d’enlever son t-shirt et puis j'ai dû me calmer. J'ai dû réaliser qu’Arthur était d'accord pour m'aimer devant les autres et que fallait que j'arrête de m'exciter, sinon, il allait arrêter de m’embrasser dans les transports en commun, et ça, c’était pas possible.

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MessageSujet: Re: I'M NOT IN LOVE   Lun 6 Oct - 18:15

Au début j’ai un peu peur, c’est que ça m’inquiète cette histoire. Simon il a pas trop l’air emballé. Je le vois dans ses yeux qui s’assombrissent un peu comme s’il se disait ouh là là mais tu me demandes de déplacer des montagnes, là. On vient à peine de s’installer (quelques mois quand même) que tu veux déjà t’envoler je sais plus où. Mais c’est que j’ai besoin de prendre l’air. La vie avec Simon, c’est beau, ça ressemble à une bulle de rêve. Mais c’est que j’ai besoin de m’aérer la tête, de parler français, de prendre un train, un bateau, un avion. D’avoir l’excitation au bide qui fait : ça y est, on s’en va, on décolle. Avec un sac à dos plein à craquer et des sourires à la pelle. Je suis pas sûr et certain que Simon comprenne ces choses-là. Enfin, lui, il reste à la maison à étudier son anglais et à faire des trucs comme regarder des films en passant l’aspirateur. Pour moi c’est un peu moins drôle, la vie. Je veux dire, parfois j’ai envie de jeter ma casquette du fast-food et me barrer, dire j’arrête tout, je démissionne. Mais je reste, je continue, parce qu’il faut bien manger quelque chose, il faut bien s’habiller, payer l’eau et l’électricité.
Puis je serai patient. Jusqu’à ce que Simon trouve lui aussi un travail. Jusqu’à ce qu’il ait le courage de sortir de la maison et d’englober sa vie avec ses deux mains. Je lui dois bien ça : la patience. C’est qu’il en a bavé avec moi, avec mes mots comme des couteaux et mes je t’aime je ne t’aime plus je t’aime je ne t’aime plus je t’embrasse puis je te casse.
Je suis pas très équilibré comme garçon.
C’est pas facile tous les jours de s’appeler Arthur Cousineau.
Et puis il me dit
- D’accord, mais euh ... Tu seras là ?
Je le regarde avec des yeux qui font comme un soupir et ça veut dire oui. Évidemment que je serai là. Je vais pas te balancer dans l’avion et te laisser atterrir à des milliers de kilomètres de moi. C’est juste impossible, c’est carrément impensable. Je voudrais te prendre la main au décollage et la serrer encore plus fort à l’atterrissage, pour dire, regarde, on l’a fait. On aura traversé un continent, un océan.
Et puis il se met à dire que la maison est petite mais qu’il l’aime bien quand même et qui veut pas aller en trouver une ailleurs et puis d’autres chose et il s’interrompt.
- Mais personne ne parle d’aller trouver une nouvelle maison, Simon. Moi je te propose seulement de partir pour dix jours un peu loin d’ici, pour respirer autre chose que l’air pollué et voir de belles choses, tous les deux. Puis comme ça tu auras des choses chouettes à raconter aux gens de la boulangerie.
Je lui souris.
Sourire qui dit t’inquiètes pas. C’est que pour des vacances, pas pour toute la vie. De toute façon on n’a même pas les moyens pour prendre l’avion et se barrer, mais peut-être que sur un vélo ou en stop, pourrait avoir un mince espoir de passer la frontière mexicaine puis de remonter tranquillement jusqu’à notre petite maison. Et là on pourra dire : on a vu du pays.
Ah ça oui on aura vu du pays, des couchers de soleils, des routes, des arbres, des villes, des filles, des garçons plus beaux que nous, des belles bagnoles, on aura dansé aussi et chanté, on aura bu jusqu’à l’ivresse et peut-être avalé des trucs qui mènent aux paradis artificiels.
Mais pour faire tout ça faut s’en aller, faut voyager.
Je m’approche de lui et je passe mon bras sous le sien et finalement mes doigts viennent s’enrouler autour des siens. Je les serre très fort et je pense à quel point je l’aime et à quel point je le remercie. À quel point je le remercie d’être là, d’exister, de sourire tous les jours, de ne jamais tomber malade, de m’avoir rendu pédé de lui.
- Viens, on rentre à la maison.
Je dis. J’ai envie d’aller rêver d’horizons nouveaux avec lui contre moi sous la couette. On marche dans la nuit, c’est que la maison est à vingt minutes à tout casser du bar improvisé boîte de nuit pour un soir. Il fait un peu frais mais je ne ressens pas la morsure nocturne grâce à la main de Simon qui repose tout contre ma paume, qui s’endort contre mes doigts.
On arrive bientôt et puis je vois notre tout petit jardin pas toujours très bien entretenu avec des herbes folles et des fleurs qui poussent un peu partout. On a tendance à l’oublier, le jardin, c’est pas ce qui compte le plus, il faut dire. J’ouvre la porte puis la lumière dans le couloir et je me débarrasse de ma veste que je jette sur le canapé.
C’est drôle de se dire que c’est « chez nous ». Que tout ça c’est à nous, c’est nous ensemble qui avons choisi, changé les meubles de place. C’est drôle de se dire que parfois, sur ce canapé, je suis assis et que Simon pose sa tête sur mes cuisses et je lui caresse les cheveux. C’est une bulle d’amour. Ça me fait oublier l’avant, avant l’endroit.
L’endroit, ça m’a métamorphosé.
Ça m’a rendu moins con. Ça m’a réparé.
Je suis (presque) guéri.
Je passe ma main dans les cheveux un peu trop longs de Simon et je l’embrasse. Je l’embrasse avec une bouche qui appuie très fort et qui sourit pas trop. Ça me rappelle la nuit dans la cuisine. Avec sa bouche à lui qui faisait que de titiller ma lèvre fendue.
C’est beau, la vie avec Simon.
C’est beau de pouvoir l’embrasser quand je veux. C’est génial de pouvoir me balader tout nu sans avoir peur de tomber sur ma mère. C’est beau d’entendre sa voix qui parle français et la mienne qui lui répond aussi en français. C’est beau la vie à deux, la vie avec ses mains, avec sa bouche, c’est beau les nuits sous les draps.
(même regarder la télévision)

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MessageSujet: Re: I'M NOT IN LOVE   Jeu 27 Nov - 20:36

Arthur roule des yeux.
C’est beau quand Arthur roule des yeux. Ses deux petits océans qui tourneboulent, qui font des rouler-bouler dans le creux de ses yeux. On dirait qu’ils font le tour du monde. Moi j’aime bien. Et je voyage avec eux. Je vais en Afrique en Chine et puis je reviens. Retour à l’envoyeur. Et tout est bien à sa place, j’ai juste visité la terre en deux secondes chrono. Avec Arthur en plus. C’est beau à chaque fois qu’Arthur fait quelque chose de toute façon. Avant, il le savait même pas. Avant moi. C’est pour ça que je suis là, un peu. Pour lui rappeler qu’il vaut le détour, surtout en amour, pour lui montrer qu’il est plus beau que le ciel en mode coucher de soleil, que chacun de ses gestes prend les rimes d’un poème.
Que c’est beau.
Qu’il est beau.
Que t’es beau.
Lui aussi, il fait ça. Lui, il m’a fait comprendre que c’était pas grave de s’appeler Simon, même si ça résonne avec « con » et « couillon » et « tourbillon », Simon, il l’a transformé en joli prénom parce que dans sa bouche beaucoup de choses deviennent jolies. Il m’a montré que les choses du dehors, celles qui font peur, peuvent aussi être belles. Un camion un magasin. C’est beau un camion, sauf ceux avec des calendriers de femmes dedans, et c’est beau un magasin, surtout ceux qui vendent des chaussures. Arthur dit que je suis devenu une princesse. Je lui dis que j’ai toujours été une princesse, mais que la princesse, pour se réveiller, attendait son prince (LUI). Il me répond que la princesse a une sale gueule au réveil.
Et il sourit.
- Mais personne ne parle d’aller trouver une nouvelle maison, Simon. Moi je te propose seulement de partir pour dix jours un peu loin d’ici, pour respirer autre chose que l’air pollué et voir de belles choses, tous les deux. Puis comme ça tu auras des choses chouettes à raconter aux gens de la boulangerie.
Ben oui respire Simon.
Sois pas couillon.
Alors je respire et je pense à notre maison qui est quand même super chouette, même si elle coûte très cher (enfin je sais pas mais je m’en doute, c’est Arthur qui s’en occupe, moi je fais les gâteaux, le lit, mes devoirs, je fais la vaisselle et le ménage, chacun son truc). Il y a des trucs qu’on a appris tous les deux aussi avec Arthur. En même temps. Comment allumer un fer à repasser, comment s’en servir, comment brancher une connexion internet (internet … c’est de la magie), comment enregistrer un film à la télé (parce que parfois on a pas le temps de le regarder parce que y a les étoiles partout dehors, jusque dans les arbres parfois). Comment déboucher une bouteille de vin sans se mettre à pleurer (lui) ou se cogner sans penser qu’on se relèvera jamais (moi). On a mis de la Bétadine sur tous nos bobos, on a ramassé les bouts de verre et hop.
Guéris.
Aguerris.
Prêts.
C’est tout ?
C’est tout ce que t’avais ?
Ben dis donc l’Univers il sait pas s’y prendre pour faire tomber les gens.
Ou alors il avait pas prévu qu’on se rencontre, Arthur et moi.
Si ça se trouve, on a déréglé les étoiles.
- Viens, on rentre à la maison.
Je souris, j’aime bien quand il dit ça. La maison. Comme si y en avait qu’une seule au monde. La nôtre. Avec son jardin moche (au printemps on a participé au concours des plus beaux jardins du quartier et on est arrivés derniers), avec la tapisserie qu’on a fait tous les deux (qu’est-ce que ça l’a fait gueuler, la tapisserie), avec la cuisine qui sent souvent le cramé (il vient m’embrasser quand je fais à manger alors forcément, ça brûle), avec notre lit. Un grand lit deux places qu’on a acheté ensemble (on aurait pu en prendre un plus petit tellement on passe nos nuits enlacés mais bon). (…) À la maison Arthur m’embrasse. Avec tout ce qu’il a. Ça me fait toujours le même effet que la première fois (beau). Ses mains caressent mes cheveux et en même temps me rappellent qu’il faut que j’aille chez le coiffeur. J’irai quand j’aurai autre chose à faire que l’embrasser (jamais).
Avant au début quand Arthur m'embrassait comme ça pour aucune raison, affection sortie de nulle part, je me posais des questions je m'affolais je me disais, mais pourquoi il fait ça, qu'est-ce que j'ai fait et qu'est-ce que je dois faire, qu’est-ce qui se passe, est-ce qu’il faut dire je t’aime, est-ce qu’il faut continuer, est-ce qu’il faut arrêter, est-ce que c’est là qu’il faut lui enlever son t-shirt ou.
Un jour il m'a dit « mais tu penses à un autre mec quand je t'embrasse ou quoi ? »
Juste une fois j'ai dit : non, à une fille.
Je l'ai pas fait rire.
Alors maintenant quand il m’embrasse comme ça je passe mes mains dans son dos et je le serre contre mon ventre.
Et je raconte que les blagues des carambars parce que celles-là, elles sont drôles.
(Enfin ça le fait pas rigoler non plus mais c’est Arthur.)
Moi avec Arthur j’ai tout le temps envie de rigoler, de sourire, de chanter, de faire l’amour, de manger des bonbons, de me promener dans la nuit, de dansouiller en me brossant les dents, de manger pas vraiment correctement, et j’ai jamais honte de rigoler, de sourire, de chanter, de faire l’amour, de manger des bonbons, de me promener dans la nuit, de dansouiller en me brossant les dents, de manger pas vraiment correctement. Quand je suis avec Arthur c’est comme si j’étais avec moi. Sauf qu’on peut s’embrasser (comme là), alors c’est mieux. (Je sais pas si les gens vivent comme nous. S’ils se plantent comme des arbres dans le vestibule pour s’embrasser pendant cinq minutes.)
Je me souviens de la première fois qu’on a fait l’amour.
Arthur il était très fort pour m'enlever mon t-shirt et parfois aussi mon pantalon et m'embrasser très chaudement contre la gazinière par exemple. Mais jamais plus. Jamais de débordements. Un jour j'ai glissé un mot sous sa porte ça disait « viens dans ma chambre ce soir », mais ça se lisait pas comme d'habitude, ça se lisait avec beaucoup de désir, j'avais peur qu'il comprenne pas d'ailleurs mais à la façon dont son « d'accord » tremblait, il avait compris. À la façon dont ses yeux brillaient quand il est arrivé dans ma chambre, il avait compris. Et puis ses yeux ont brillé de plus en plus près de moi. Et puis j’ai jeté son t-shirt par terre. Et puis après ça vous regarde plus.
Alors j’enlève son pull.
Mais vous pouvez continuer de regarder parce qu’on va juste s’asseoir sur le canapé.
Moi en boule contre lui même si je suis le plus grand de nous deux (trois centimètres, dans la rue ça me fait rire, parce que de nos deux ombres, c’est la mienne la plus haute).
On fait quoi maintenant ?
Rien. Rien c’est bien.
Et puis même quand on fait rien y a
mon cœur qui bat
ton cœur qui bat
et ça en fait de la musique dis donc.

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MessageSujet: Re: I'M NOT IN LOVE   Ven 28 Nov - 20:33

Qui l’aurait crû ?
Qui l’aurait crû que je serais là, maintenant et avec cette personne ? Sûrement pas les garçons avec qui j’arpentais les rues quand j’étais petit. Parce que depuis l’endroit j’ai l’impression d’avoir pris quelques siècles. Un gros coup de vieux et un grand coup de maturité, aussi. Une claque dans le dos qui m’a jeté dans la vie, dans le monde. Une grande claque dans le dos qui m’a sorti mes ailes en m’arrachant quelques cris de douleur. Une grande claque dans le dos qui m’a fait tomber amoureux et qui m’a fait tomber dans les bras de Simon, aussi. Simon bien gentil qui a trouvé rien d’autre à faire qu’ouvrir ses paumes pour me ramasser. Faudrait qu’un jour on aie une discussion sérieuse. Une discussion où je prendrais ses épaules dans mes mains et où je le regarderais bien droit dans les yeux. Et là je lui dirai merci, merci Simon ! Regarde-moi, regarde-nous comme on est heureux, comme on est beaux, comme on est vaillants.
Et puis l’avion. Et puis les États-Unis. Pour recommencer. Pour dire on efface tout. On gomme l’avant et on recommence. On oublie ce qu’il y a derrière nous, ce qu’on a construit et qui a été détruit. Ou ce qui a été construit avec les morceaux cassés de nous. J’ai jamais été aussi fort que maintenant, j’ai jamais été aussi grand. Avant j’étais pas trop capable de sourire, pas trop capable de rire. Aujourd’hui, au boulot, je suis capable d’arborer un sourire de façade. Je suis capable de mettre un peu d’étoiles au fond de mes yeux. Et j’ai plus peur avec Simon, j’ai plus peur d’être amoureux de lui. J’ai plus peur d’aimer son corps sans sein, j’ai plus peur d’être amoureux de son corps de garçon, de son cerveau de petit garçon.
Avec Simon je réapprends à vivre.
Je réapprends ce que ça veut dire de mettre un pied devant l’autre sans me casser la gueule. Et mine de rien, ça m’a pris presque vingt ans. Ça ma pris presque vingt ans de pouvoir coordonner mes gestes. Presque vingt ans pour avoir la tête haute, le regard fier, le sourire franc. Ça m’a pris presque vingt ans d’apprendre à vivre tout court. J’ai aussi appris des choses un peu moins importantes mais tout aussi nécessaires. J’ai appris à repasser et à plier des chemises. J’en ai pas beaucoup, des chemises. J’en porte quand on va dans des restaurants un peu chics, avec Simon (une fois par mois environ). J’ai aussi appris un tas d’autres choses comme la cuisson des pâtes, utiliser la machine à laver, réparer la télé quand elle veut pas marcher, etc.
Je crois que je m’en sors plutôt bien.
Qu’on s’en sort plutôt bien.
(je suis pas tout seul, dans l’histoire)
Simon et moi on s’embrasse. Ça fait longtemps déjà qu’on s’est embrassés pour la première fois et pourtant j’ai toujours le cœur qui virevolte autant dans ma poitrine. Mon cœur qui s’élance vers le haut, vers ma bouche. Mon cœur qui veut venir se poser sur les lèvres de Simon comme pour lui dire regarde, regarde comme je t’aime. Je t’aime correctement, en plus. Je t’aime mieux qu’avant, c’est déjà ça. Parce que c’était pas gagné. C’était pas gagné du tout. Nos parties de cache-cache dans la maison au bord de la mer pour s’embrasser à l’abri des regards (à cause de moi) ont été nombreuses. Les mots glissés sous les portes de la chambre pour se donner le feu vert pour pouvoir se câliner pendant des heures avec rien que la lune et les étoiles pour nous regarder.
J’ai été timide.
Mais maintenant, c’est fini. Maintenant on se prend la main devant les autres. Dans les bars on danse tous les deux, nos deux corps collés qui tanguent ensemble. Nos bras se serrent, nos mains s’attachent, nos langues se collent, nos regards se tombent dedans. Alors peut-être qu’il y a marqué « HOMOSEXUEL » sur mon front. Il y a sûrement marqué d’autres choses un peu mauvaises, qui noircissent le tableau.
Heureusement y’a Simon.
Simon qui efface toutes les horreurs.
Simon avec ses mains douces, Simon et ses mains amoureuses qui font oublier la mauvaise vie, celle qui blesse, celle qui nous attaque. Simon et son amour infini, Simon et ses bras chargés d’étoiles. Simon qui sait pourquoi j’ai des bras pleins de cicatrices roses et qui ne les fixe jamais. Simon qui me laisse être Arthur. Simon qui m’ouvre les portes pour devenir moi. Simon qui m’aide à être meilleur.
Simon et ses sourires de bébé.
Simon et ses blagues pas marrantes.
Simon et ses câlins-surprise quand je rentre du travail.
Simon mon amour.
Simon mon amoureux.
Simon l’étoile la plus brillante dans mon ciel (celle qui me guide).
Il me retire mon pull, j’avais un peu chaud de toute façon. J’ai mes mains dans le bas dans son dos et je l’entraîne avec moi. Je l’entraîne comme si on s’était jamais arrêtés de danser. Mes paupières sont presque closes et je nous pousse dans le confort de notre vieux canapé acheté pas très cher dans une brocante. J’ai le dos enfoncé dans les coussins du canapé et j’ai Simon sur mon ventre, Simon dans mes bras. J’embrasse dans son cou et j’y mets beaucoup d’amour, comme toujours.
- On retournera danser, d’accord ?
Le bout de mes doigts caresse ses cheveux.
Tout doucement.
Je sais pas si vous l’avez, ce sentiment. Je sais pas non plus si vous avez cette chance. Moi, tous les soirs, je sais que quand je rentre à la maison j’ai quelqu’un qui m’attend. Je sais que j’ai quelqu’un contre qui je peux pleurer. Je sais que j’ai quelqu’un avec qui je peux rire. La solitude, je l’ai chassée à grands coups de pied. Je sais aussi que le matin, quand je me réveille, il y a quelqu’un. Quand je bouge le bras, Simon est là. Quand j’ouvre les yeux en pleine nuit parce que je fais un cauchemar, je l’entends respirer. Quand il se lève avant moi, j’entends le micro-ondes qui sonne et je sais que c’est lui. Quand j’entends du bordel dans la cuisine, je sais que c’est encore lui. Lui qui est allé courir dans toute la ville pour trouver un ingrédient. Lui qui cuisine pour douze alors qu’on est que deux. Lui qui rouspète après la gazinière capricieuse. Lui qui oublie souvent ce qu’il y a dans le four à cause de moi.
C’est fini la tristesse.
Elle s’est enfuie.

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MessageSujet: Re: I'M NOT IN LOVE   Sam 29 Nov - 8:44

Boum boum
Nos cœurs en chœur à l’unisson comme dans une chanson.
Quand j’ai rencontré Arthur mon cœur battait pas.
En tous cas ça faisait pas du bruit comme ça.
Quand j’ai rencontré Arthur je me contentais du ciel au-dessus de moi.
Et puis j’ai découvert qu’il se prolongeait dans d’autres villes et dans d’autres pays et que ça valait le coup d’aller voir, de sortir.
Quand j’ai rencontré Arthur je portais un sac très très lourd, un sac de pourquois, un sac de je suis quoi. Normalement on se dit que dans les sacs des gens qui ont pas de vie y a rien mais au contraire, c’est lourd le vide, ça pèse, ça tire sur les épaules et sur le dos, moins t’as de souvenirs et tout ça plus c’est dur d’avancer parce que t’as rien pour te pousser. Et puis je rencontrais des gens qui me tiraient vers le bas en plus du sac, des gens qui faisaient que de tomber et que ça intéressait même pas de se relever, même si tu leur tendais la main.
Quand j’ai rencontré Arthur j’en avais marre. Maintenant je croise des gens dans la rue quand je vais chercher du pain, je caresse les chats qui sont abandonnés (Arthur dit que ça rend malade mais toi aussi tu rends malade mon amour, et je m’en plains pas), je me rends compte qu’il y a plein de gens qui sont heureux, sans même faire semblant, c’est plus facile pour sourire et les conducteurs du bus, ils me disent toujours bonjour. Arthur a pas changé ma vie.
Il l’a inventée.
Il l’a écrite.
Et comme c’est Arthur, ben il a beaucoup fait trembler son crayon et y a eu plein de ratures et de fautes d’orthographe mais je dis rien parce que je suis pas mieux.
- On retournera danser, d’accord ?
Il caresse mes cheveux sans réfléchir.
J’agite la tête contre lui (oui), tout ce que tu veux, on ira à la patinoire, au ira au cinéma, on ira à la fête foraine, on ira à des concerts, on ira faire les courses encore plein de fois, on ira se promener dans des parcs, on ira voyager aussi comme t’as dit, c’est beau parce qu’avant avec Arthur on parlait tout le temps d’après, on disait beaucoup de choses mais on y croyait pas vraiment, on faisait semblant qu’on allait s’en sortir et on était même pas sûrs qu’on serait ensemble. Et puis un jour Arthur m’a embrassé devant les autres et tout s’est enchaîné. Et on s’en est sortis. Et on est sortis. Comme ça. Juste parce qu’on se tenait par la main. Et que nos doigts, ils étaient (sont) tellement bien accrochés qu’il pouvait (peut) rien nous arriver.
Vous nous avez vus, là ?
Comme on est des indestructibles ?
On a même pas de muscles tout simplement parce que c’est pas à ça que ça tient.
Ça tient à quelques fautes d’orthographe, justement …
D’ailleurs y a mes devoirs là-bas sur la table, j’ai rien fait aujourd’hui, je me suis préparé toute la journée à sortir en société, je pouvais pas me concentrer sur les adjectifs et les compléments du nom. Pas en français et encore moins en anglais. Je sais que je vais y arriver un jour, et que je pourrai faire des vraies études et avoir un métier que j’aime (comme chef d’orchestre ou cosmonaute), mais je me demande quand ce sera le cas. Ça finira forcément par arriver. Comme Arthur. Il a fini par arriver même si je savais pas trop trop que c’était lui que j’attendais depuis dix-sept ans. Quand j'arrive à faire mes devoirs et qu'Arthur est à la maison c'est qu'il y a quelque chose qui va pas, qu'il est de mauvaise humeur ou qu'il a le cœur plus bas que les chaussettes. Parce que sinon dès qu'il rentre Arthur il pousse mes livres et il détache mes doigts des crayons et il m'embrasse et il me raconte sa journée même les trucs pas importants. Il me dit que tous ces trucs-là lui font penser à moi. Alors j'essaie de faire mes devoirs la journée quand il est pas là mais je fais toujours que de penser à lui, à ce qu'il fait, à qui il pense.
De quoi t'as l'air quand je te regarde pas ?
Je me pose la question de huit heures à dix-huit heures.
Je connais toujours pas la réponse.
Et Arthur râle beaucoup.
Mais souvent
quand Arthur râle
ça veut dire je t’aime.
La première fois qu’il me l’a dit je venais de le cogner.
On tournait vraiment pas rond.
Maintenant ça va. Maintenant, on est assis sur un canapé qu’on a acheté ensemble et choisi ensemble, qui nous connaît par cœur, qui sait que c’est toujours moi qui suis allongé et Arthur qui caresse mon front. D’ailleurs je m’allonge, comme ça, je peux voir le plafond. Notre plafond c’est une cartographie du ciel. Comme tous nos plafonds. Pourquoi les gens collent des étoiles brillantes seulement au plafond de leur chambre ? Nous, on en a mis partout. On va toujours voir les vraies, dehors, on les regarde depuis la fenêtre de la salle de bain ou alors on sort s’asseoir sur le trottoir. Mais c’est bien d’en avoir aussi quand on regarde la télé (et qu’elle buggue), quand je « cuisine » ou quand je « fais mes devoirs ».
- L'autre jour j'ai vu une dame avec son enfant.
« Genre une vraie maman.
« Avec un gamin.
« Et c'était le sien.
« Et elle s'en occupait bien, je crois, elle le tenait par la main. Alors je les ai regardés un petit peu plus longtemps. Tu sais c'était le jour où je suis parti chercher du pain et je suis revenu sans rien et t'étais pas content. J'ai marché derrière eux. Je les ai suivis comme un psychopathe mais c’était juste par curiosité. J’avais jamais vu ça. Une maman qui s’occupe de son enfant. Qui s’en occupait bien, en plus. Elle le regardait tout le temps plutôt que de regarder le chemin devant elle, elle écoutait tout ce qu’il disait et elle avait l’air de trouver tout ça très intéressant alors qu’il parlait même pas bien.
« Je veux jamais avoir d'enfants. Et toi non plus. Et je crois que c'est dommage parce qu'on aurait des enfants trop beaux. Avec des cheveux comme les tiens et des bras comme moi. Mais à cause de nos parents on les verra jamais parce qu'eux ils se sont pas occupés aussi bien de nous que la dame de l'autre jour. Et me dis pas qu'on peut pas faire un enfant tous les deux, j'le sais très bien.
Les soucoupes volantes du plafond me sourient un peu.
Le pauvre, elles disent.

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MessageSujet: Re: I'M NOT IN LOVE   Dim 30 Nov - 12:38

Simon tourne un peu et se retrouve à côté de moi, le visage vers le plafond. Sur notre plafond il y a plein d’étoiles phosphorescentes. C’est pour ne jamais se perdre la nuit, pour se rappeler que les cauchemars ne sont pas réels. Et puis à défaut de pouvoir aller voir les vraies constellations, nous on les crée. Et qu’est-ce qu’on en a passé du temps, à les coller, ces foutues étoiles. Moi sur une chaise et Simon sur mes épaules. Simon qui arrêtait pas de les décoller et de les recoller parce qu’il était jamais satisfait du résultat. Et moi qui râlait en dessous, moi qui m’énervait parce que j’avais mal aux dos et mal aux épaules. Mais malgré cette petite guerre, on est plutôt satisfait du résultat. C’est vrai que c’est joli à regarder. Ça valait bien les quelques jours de courbatures.
Je le tiens toujours contre moi.
J’ai arrêté de le lâcher, Simon. J’ai toujours sa main dans la mienne, son bras contre le mien, sa peau au contact le plus souvent. Même quand on s’engueule on continue de se toucher. On passe beaucoup de temps à se ramasser et à se relever de toutes les gamelles accumulée. Maintenant je crois qu’on tient un peu mieux debout. Je veux dire, on arrive parfois à avancer sans béquille. C’est presque un exploit, un miracle.
Simon se met à raconter une histoire.
D’une maman et de son enfant.
Ça me fout un nœud dans la gorge. Un truc énorme, qui me donnerait presque envie de chialer. J’aime pas quand on évoque les trucs qui touchent aux parents et à la famille, avec Simon. On sait très bien que nous, ça nous concerne pas. Et il a raison, on pourra jamais en avoir, des enfants. On serait même pas capable de les élever. On serait bons à rien. On pourrait même pas leur apprendre l’école. Je sais pas si on pourrait leur apprendre l’amour, leur montrer comment faire et tout ça. Je crois que non. Regarde les parents de Simon ! Ils ont jamais existés. Il ne les connaît que par l’absence et l’abandon. Forcément, ça fout les boules, ça fout la peur au ventre et tout ça. Simon il pourrait pas, il saurait pas faire, il saurait pas leur tenir la main, les prendre dans ses bras, leur apprendre à parler, à marcher. Personne a été là pour lui apprendre à marcher, à Simon. Il a dû se démerder tout seul en copiant sur les autres et en se bouffant le sol beaucoup trop de fois. Une gueule cassée à cinq ans, Simon. Des bleus partout et une trop grande expérience de la vie. Moi non plus, je pourrais pas en avoir. Parce que j’ai grandit dans un climat de crainte et de haine. Une bulle ou l’amour a été remplacé par l’alcool. Pas de place pour la tendresse, au diable les baisers et les caresses. Moi je préfère ma bouteille, ma tendre bouteille, celle qui m’apporte des nuages dans la tête et qui me fait oublier la vie. C’est ce qu’elle dirait, ma mère. Je sais même pas où elle est, à l’heure d’aujourd’hui. Elle doit être dans l’appartement, avachie sur le canapé à regarder l’horloge tourner. Ça me renverse le cœur de l’imaginer comme ça. De me dire qu’après tout ce temps, après toutes ces années, elle a pas su changer. Elle a pas su aller mieux, se mettre sur ses deux cannes, sortir dans la rue, aller chercher le pain toute seule, faire les courses. Même Simon qui se comporte comme un nouveau-né se débrouille mieux qu’elle.
- Ça te rend triste ?
Je demande, après un long silence.
- Tu sais moi, tous les jours, au boulot et dans la rue, j’en vois, des gamins. Des gamins plus jeunes que nous encore qui fument comme des pompiers, qui ont les poumons grillés. Des gamins qui trainent sur les trottoirs alors que c’est l’heure de l’école. Des gamins fatigués, tristes, écœurés. Ils ont pas tous des parents chouettes qui les écoutent quand ils ont des choses à dire, Simon. Et puis on n’a pas besoin d’enfants. Je veux pas rendre quelqu’un de ma famille malheureux. Puis j’serai prêt à parier que le gamin et sa mère c’était comme un miracle, le genre de trucs qu’on voit rien qu’une fois dans sa vie.
Simon a dit qu’il veut pas d’enfant et que moi non plus. Mais y’a quelque chose dans sa voix qui ressemble à du regret, à un peu de tristesse. Une voix qui dit, dommage, ça aurait pu être bien, pourtant. Une petite fille ou un petit garçon, avec la bouche de papa Simon et les cheveux de papa Arthur. Une petite fille ou un petit garçon. De toute façon pour faire des enfants il faut être un garçon et une fille. Nous ça pourra jamais fonctionner. C’est pas grave. On trouvera d’autres moyens pour être heureux.
C’est bien parti.
On n’est pas obligé de faire comme tout le monde. On n’est pas obligé de partir le matin à 8h et de rentrer le soir à 18h. On n’est pas obligé de faire nos courses le samedi matin. On n’est pas obligé de passer notre permis, de partir en vacances, d’aller au restaurant toutes les semaines, de faire des enfants, d’avoir un boulot, de manger à 20h30 tous les soirs. On n’est pas obligés d’être des messieurs tous le mondes qui se lèvent, travaillent, mangent et dorment.
On peut être autre chose.
On peut tout simplement être Simon de l’Étoile et Arthur Cousineau. Simon Cousineau et Arthur de l’Étoile. On peut tout simplement être deux français, deux garçons, amoureux qui vivent ensemble, dans un pays qui ne connaissent pas.
Des marginaux.

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MessageSujet: Re: I'M NOT IN LOVE   Ven 19 Déc - 20:54

Je pense pas souvent à eux.
Mais parfois quand je danse bizarrement, tout seul dans la cuisine, je m’arrête et je pense à eux. Je me demande s’ils ont eu un autre enfant qu’ils ont pas abandonner au bord de la mer, cette fois-ci. Je me demande s’ils ont eu un premier enfant parfait et qu’ils ont juste été déçus du deuxième résultat (moi). Je me demande si ça leur plairait comme prénom, « Simon », vu qu’ils étaient pas là pour le choisir. Je me demande comment ils m’auraient appelé, eux. Je me demande si je leur ressemble, à qui j’ai pris les grandes oreilles et de qui je tiens mes cheveux noirs comme la nuit. Je me demande s’ils sont toujours ensemble. S’ils l’ont été un jour. Je me demande s’ils étaient tous les deux quand ils m’ont laissé en Normandie. Je me demande si j’aurais le même caractère s’ils m’avaient gardé. Je me demande pourquoi ils m’ont pas gardé. Est-ce que c’était eux ? Est-ce que c’était moi ? Je me demande ce que ça ferait si on m’appelait « papa ».
Bon arrête Simon.
Parce que moi j’ai jamais appelé quelqu’un « papa ».
Purain arrête.
T’arrête oui ?
Oui. Oui. Je sais. Je sais. Pardon. Je suis pas Simon sans famille. Je suis plus comme ça. Ma famille s’appelle Arthur et c’est très bien comme ça. Cette famille-là, au moins, elle tient bien sur ses deux genoux. Je l’ai choisie et je l’aime beaucoup. C’est pas une grande famille. On est que deux et on sera jamais plus que nous. Mais c’est très bien comme ça. Arthur c’est ma mère quand il m’oblige à travailler, Arthur c’est mon père quand on regarde un match de foot tous les deux et qu’il m’explique les règles, c’est ma petite sœur quand il se met à pleurer, c’est mon grand frère quand il fronce les sourcils et qu’il me dit de me bouger. C’est ma famille à lui tout seul. Notre livret de famille est tout léger et c’est pas grave. Je sais. Je sais maintenant. Pareil pour lui.
Je lui ai appris à regarder les étoiles.
Lui, à retomber sur terre.
J’ai aussi compris d’où venaient mes bleus et j’ai arrêté de m’en faire. Maintenant, je suis même plus obligé d’avoir l’air heureux. Je m’entraîne plus dans le miroir. Ça vient tout seul. C’est comme mes parents et les enfants et tout ça. Parfois, ça revient tout seul. Parfois, je croise des trucs comme ça et ça me prend autant à la gorge qu’une belle chanson de piano avec du violon aussi, mais en moins bien. Plus version tristesse. Version je suffoque. Version je sais plus où je vais, là, Arthur aide-moi. Dis-moi qu’on s’en fiche, qu’on retourne à nos étoiles fluorescentes (ils aiment ça, les enfants, les étoiles phosphorescentes ?) (Moi, j’avais personne pour m’en accrocher au plafond.) (Si j’ai des enfants un jour ce sera rien que pour ça. Pour rattraper tout ce que moi j’ai pas eu.) (Stop.).
- Ça te rend triste ?
J’ai cru que t’allais jamais répondre.
Je hausse un peu les épaules.
J’essaie d’être triste le moins possible, ça me sape trop le moral.
- Tu sais moi, tous les jours, au boulot et dans la rue, j’en vois, des gamins. Des gamins plus jeunes que nous encore qui fument comme des pompiers, qui ont les poumons grillés. Des gamins qui trainent sur les trottoirs alors que c’est l’heure de l’école. Des gamins fatigués, tristes, écœurés. Ils ont pas tous des parents chouettes qui les écoutent quand ils ont des choses à dire, Simon. Et puis on n’a pas besoin d’enfants. Je veux pas rendre quelqu’un de ma famille malheureux. Puis j’serai prêt à parier que le gamin et sa mère c’était comme un miracle, le genre de trucs qu’on voit rien qu’une fois dans sa vie.
Je ferme les yeux, je cherche sa main et je ne la trouve pas.
J’aime pas quand Arthur parle comme ça, quand il me raconte la vérité.
La vérité du monde de dehors, sur les trottoirs devant les fast food.
La vérité du monde qui s’en fiche un peu des étoiles et de la musique douce.
La vérité qui veut qu’il y a plus de choses laides que de belles.
- Toi et moi, c’est un miracle aussi ?
Je connais déjà la réponse. Évidemment que oui. Nous deux c’est le record du monde de l’extraordinaire. Je le sais parce que même si j’ai passé dix-sept ans dans la même maison en regardant par-dessus le portail avec curiosité, j’en ai vu passer, des gens. De toutes les formes, de toutes les couleurs, des gens qui se trimballaient des malheurs dont vous pouvez même pas imaginer les noms. Des milliers de gens, d’étoiles, de voyageurs, de paumés, de vagues humaines, d’animaux étranges mais humains aussi, de gens qui avaient tout laissé tomber. Qui m’ont tout raconté sur l’amour pour tous en venir à la même conclusion : c’est difficile. Ça prend du temps. Et parfois, les graines de fleur, dans la terre, ne poussent pas, et l’amour n’arrive jamais, reste une fleur fanée avant même de fleurir. Maintenant que je suis dehors je sais qu’ils ont à peu près raison. J’ai jamais vu deux garçons ou même deux filles ou encore un garçon et une fille s’aimer autant que nous deux. J’ai vu des gens essayer. J’ai vu des gens pas y arriver. En me félicitant d’avoir réussi au moins ça, moi.
Arthur.
Arthur et ma belle maison.
Nos parents non plus, c’est pas vraiment des exemples. Les miens, ils devaient être sacrément ravagés pour laisser tomber leur gamin sur le seuil en pierre d’une pension maritime. Ils devaient pas vraiment s’aimer sinon, ça aurait marché. Eux deux et moi. Quand on s’aime on a plus de limites. Quand on s’aime on peut faire n’importe quoi, se rater, recommencer, et réussir au bout d’un moment. Je sais de quoi je parle. Son papa, Arthur, il en parle jamais. Il devait pas être là, ça doit être pour ça que sa maman s’est pas occupée de lui. Elle devait penser à celui qui avait donné à Arthur ses yeux bleus et ses cheveux d’or.
Je trouve sa main (enfin), je l’attache à la mienne et je caresse ses phalanges avec le bout de mes doigts.
Ça veut dire « c’est pas grave, je suis pas triste, on se suffit ».
Mais peut-être que j’aimerais bien aller regarder les enfants jouer au parc de temps en temps.
Je regarde toujours les garçons dans la rue aussi. Ils sont plus vieux ou plus jeunes que nous. Je regarde comment ils sont habillés. Je regarde la forme de leur bouche et la taille de leurs yeux. Je regarde leurs mains qui se finissent par leurs doigts qui se finissent par leurs ongles. Parfois ça énerve Arthur, je le sais parce qu’à ce moment-là il lâche ma main. Faut la récupérer et faut lui dire qu’il y en a pas un seul, pas un seul tu m’entends, parmi tous ces visages et tous ces doigts, que je trouve plus beau et plus merveilleux que lui. Faut lui rappeler que c’est lui qui m’a montré la vie et que y a rien qui pourrait me pousser à la passer avec quelqu’un d’autre.

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MessageSujet: Re: I'M NOT IN LOVE   Lun 22 Déc - 15:57

- Toi et moi, c’est un miracle aussi ?
Je me contente de caresser tendrement la masse brune de ses cheveux. Oui, Simon, nous deux, c’est un miracle. Au départ j’aimais même pas les garçons. J’étais venu à la pension seulement pour fuir l’appartement, maman, les bouteilles toujours trop pleines et la vaisselle cassée. je suis arrivé là-bas parce que j’ai décidé qu’il était temps de guérir, qu’il était temps de devenir quelqu’un, quelque chose d’autre que des cicatrices roses sur les avant-bras. L’endroit c’était bien. Ça ressemblait à un havre de paix pour les âmes en peine. Il faut être très fort dans sa tête pour pouvoir, pour vouloir quitter cette maison. Parce que là-dedans, c’était quelque chose. C’était hors du temps, comme une coupure dans notre vie. Ça a duré quelques mois. Quelques mois, c’est le temps qu’il m’a fallu pour tomber amoureux de Simon. Pour trouver cet adolescent encore bébé, pour regarder son nez, ses yeux, ses oreilles. Quelques mois, c’est ce qu’il m’a fallu pour combattre la peur des autres, la peur des garçons et ses peurs à lui, aussi. Simon et moi ça a été un combat quotidien. Mais ça m’a poussé à aller de l’avant, toujours. Ça m’a donné des coups de pied aux fesses. J’ai voulu chasser l’ignorance de ce garçon, l’enlever, la mettre à la poubelle et lui faire découvrir le monde. Ça a commencé par l’ouverture du grand portail. Puis mettre deux pieds sur la route. Puis s’éloigner de la pension. Pas après pas, on a réussi. Regardez-le maintenant ! Simon il a pris l’avion sans rien dire. Il était un peu accroché aux accoudoirs, les phalanges très serrées. Mais c’est le garçon le plus courageux du monde. Vraiment. Ce garçon il m’a appris qu’on pouvait partir de zéro, dans la vie. Tout recommencer. Il m’a aussi convaincu que finalement, ça valait le coup de vivre. Même si on doit tomber de temps en temps. Je sais qu’il est là, pour prendre mon coude et me relever. Pour soigner les égratignures sur mes genoux. Simon, c’est tout ça. Il m’a rendu entier, adulte. Alors oui, lui et moi c’est un miracle. C’est une nouvelle étoile dans le ciel, tiens. Et même pas une phosphorescente, cette fois. Une vraie, et c’est nous, avec nos mains et nos yeux qui la faisons briller.
Et puis si je devais dire autre chose, c’est que finalement, on s’en est plutôt bien sorti. Plutôt très bien, même. Notre maison n’est pas toujours rangée et parfois je laisse des vêtements traîner dans chaque pièce, mais c’est la notre. On l’a pas bâtie avec nos mains, non, mais on l’a décorée avec tout notre cœur. Et ça me fait plaisir parce que ce lieu, là, c’est nous. Ça nous ressemble. C’est le miroir concret de nos personnes et parfois j’aime m’asseoir sur le canapé et regarder autour de moi. J’aime regarder autour de moi, regarder le plancher et les murs et sourire. Sourire très fort parce qu’on a réussi.
On a réussi.
Bon on a pas gagné la coupe du monde de football ou quelque chose comme ça. Mais on a gagné la Vie. Et ça, ça c’est une belle récompense. Peut-être qu’il y a une force un peu divine, là-haut, qui récompense les plus grands blessés de la vie, les meilleurs combattants. Peut-être qu’à la fin on gagne quelque chose de plus doux, de moins douloureux. Et surtout, quelque chose qui donne envie de continuer. Moi, avec Simon avec mes côtés, j’ai bien envie de continuer. Et pour des années encore. Parfois je me demande qu’est-ce qu’on sera quand on aura quarante ans. Qu’est-ce qu’il aura bien pu se passer pendant ces vingt années, entre cet instant sur le canapé et nous dans deux décennies ? Je trouve ça effrayant. C’est immense, comme période. Peut-être qu’on sera très riche ou à la rue. Peut-être qu’on aura trouvé une maison sur la lune, une maison rouge avec une cheminée dedans. Il fait froid dans l’espace. J’ai lu ça dans un livre, quand j’étais encore au lycée. Et même si parfois le travail et tout ne me laissent plus vraiment l’occasion de rêver, je continue de rêver. Le rêve je le vois partout en Simon. Dans ses yeux, sur sa bouche, sur ses ongles.
Putain, c’est le plus beau remède du monde, ce garçon !
Je pense à toutes ces choses-là et j’ai un joli sourire sur les lèvres. Des miettes, des restes. Je fixe le plafond plein de fausses étoiles. On n’aura peut-être jamais d’enfant. On n’a jamais vraiment eu de parents. Mais j’ai envie de me dire et de convaincre Simon que ce n’est pas grave. Ce n’est pas grave. Ce n’est pas grave. L’extinction de notre amour, ça, ce serait grave.
- Ma famille, c’est toi, Simon. J’ai pas besoin de parents, de grands-parents, d’oncles, de cousins ni même d’enfants autour de moi. J’ai pas besoin de tout ça tant que t’es là, avec moi, et qu’on continue d’avancer ensemble comme on le fait si bien depuis le début. Voilà.
Si on continue comme ça, la route est infinie.
Je me tourne vers lui, contre lui et j’embrasse sa joue, les paupières toutes fermées. Comme pour sceller mes paroles. Une promesse. J’ai la main toujours posée dans ses cheveux qui glisse contre son crâne.
Dans chacun de mes gestes,
dans chacun de mes regards,
il y a écrit je t’aime, je t’aime comme un hymne, je t’aime à l’encre indélébile.

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MessageSujet: Re: I'M NOT IN LOVE   Dim 18 Jan - 19:44

Et si la terre arrêtait de tourner ?
Et si le soleil tombait ?
Et si les étoiles nous tombaient sur la tête ?
Ben Arthur serait toujours là donc on s'en fout.

Et là Arthur me dit quelque chose qui …
- Ma famille, c’est toi, Simon. J’ai pas besoin de parents, de grands-parents, d’oncles, de cousins ni même d’enfants autour de moi. J’ai pas besoin de tout ça tant que t’es là, avec moi, et qu’on continue d’avancer ensemble comme on le fait si bien depuis le début. Voilà.
Oh.
Ah.
Bon.
Souvent quand Arthur me dit quelque chose de sérieux comme ça il me faut un petit temps pour m’en remettre, pour retrouver mes chiffres et me mettre à compter : 1, 2, 3, tout va bien, tout est bien, tout est beau. (Sauf pour son premier « je t’aime ». Là, si j’avais compté j’aurais dû aller au moins jusqu’à un milliard et on m’a pas appris à aller aussi loin. Là, j’ai passé une semaine à flotter au-dessus du sol, à me demander si c’était vrai, si c’était seulement possible, Arthur, me dire un truc pareil sans me demander la permission, sans suivre mes pas, à me demander si c’était vraiment arrivé, ou si c’était juste que je m’en étais persuadé à force d’y penser d’y penser d’y penser d’en rêver, son je t’aime tout rouge, jeté sur le carrelage de la cuisine où y avait aussi notre sang.)
Allez, 1, 2, 3.
Je souris.
Arthur m’a sauvé la vie.
Un super-héros sans cape, sans pouvoirs extraordinaires, rien qu’avec ses bras à vif mais assez costauds pour me porter tout entier, même grand comme ça.
Arthur m’a appris que j’étais pas obligé de toujours dire oui, à tout, à tout le monde, Arthur m’a expliqué que quand les étoiles ne sont pas là c’est qu’il y a des nuages devant, Arthur m’a montré comment fonctionne l’amour, et m’a appris que ça s’écrivait avec une majuscule énorme, Arthur m’a fait comprendre que les gens ne sont pas tous pareils, au fond de l’eau, qu’il y en a qui sont encore là et qui croient encore au soleil, qui méritent qu’on aille les rencontrer, Arthur m’a montré qu’on peut soigner toutes ses cicatrices, tous ses bleus, tous ses griffures, qu’on est pas obligé de les garder comme des décorations, Arthur m’a dit « tu peux quitter une pièce sans éteindre la lumière, on s’en fout de l’électricité, ça fera un miracle pour la prochaine personne qui y entrera ». Arthur m’a appris à allumer un téléphone et à jamais l’éteindre au cas où il m’enverrait des messages et à mettre de la musique dessus pour faire comme si j’étais dans un film quand je vais chercher du pain à la boulangerie. Arthur m’a remis en place parce qu’avant de le connaître je me servais de mes coudes pour manger et j’avais le cœur à la place du dos. Arthur (…)
Un jour je lui ai dit tout ça parce que je me posais des questions.
Il avait l’air de pas savoir, de pas s’être rendu compte.
Il a rougi et il a dit : oh, je savais pas …
Et puis j’ai découvert que moi aussi je pouvais être un super-héros. Je pensais que comme j’étais pas capable de me réparer moi-même, c’était même pas la peine d’essayer sur quelqu’un d’autre mais finalement j’ai eu le droit de devenir un super-héros attitré. Comme ceux que je voyais à la télé en faisant « waw ». Pareil, mais sans pouvoirs, sans cape, super-héros quand même. Pourtant j’avais jamais été doué avec mes bras, je savais pas serrer des mains ou porter des piles d’assiettes sans les faire tomber. Mais quand j’ai rencontré Arthur, Hulk s’est réveillé dans mes deux bras. J’ai pu m’en servir et pousser très fort dessus pour déterrer Arthur. Et je continue. Je le câline je le rattrape je le secoue. Mais mes bras marchent qu’avec lui. L’autre jour dans la rue j’ai voulu aider une dame qui était tombée par terre mais y avait rien à faire, ça répondait pas de mes poignets jusqu’à mes épaules et je voulais pas les casser pour elle, quand même, alors j’ai attendu que quelqu’un costaud universellement vienne nous aider, je lui ai parlé de nous et ça a eu l’air de la rendre heureuse en attendant de se faire ramasser.
T’as vu ?
On fait sourire les gens qu’on connaît pas.
Le seul truc qui a pas changé dans ma vie c’est que je sais pas d’où je viens. Je sais pas non plus où je vais, mais je sais que j’y vais avec lui. Avec lui tout seul, sans nos enfants qui n’existent que dans ces conversations-là. J’y vais sûrement, fièrement, et main dans la main avec un ange … un tout petit soleil … A comme l’amour qui nous enveloppe, deux R pour enfin bien respirer et un H qui sert à rien mais qui fait joli, comme ses cils, comme ses pommettes. Arthur. J’ai enfin compris ce qui se cache dans toutes ces lettres : mon sauvetage, ma mission survie.
Et finalement une famille-Arthur ça me convient très bien parce que je l’ai choisie et parce qu’il me rendra jamais malheureux.
Comment ils font, eux, d’ailleurs, pour me rendre triste alors que je les connais même pas ?
Est-ce que moi aussi je les rends tristes à distance ?
Comment ça se fait qu’ils puissent me voler quelque chose que j’ai même pas encore (des enfants) alors que je les ai jamais vus ?
Simon …
Pense Arthur.
J’ai aussi arrêté de bégayer. Un jour je suis allé chercher du pain et j’ai dit : bonjour. Comme ça. Avec un seul B. Sans hésitation. D’un coup d’un seul. Bonjour. Ça m’a pris un souffle. La boulangère m’a regardé d’un drôle d’air, comme si elle cherchait ce qui avait changé chez moi. Moi aussi j’ai pas compris tout de suite. J’ai pris ma baguette, mon paquet de bonbons et je suis rentré, j’ai marché pendant dix minutes parce que c’est la distance en temps qu’il y a entre la boulangerie et la maison (ou l’inverse). Quand je me suis vu dans le miroir de la salle de bain j’ai compris. Bizarrement c’était écrit partout sur mon visage. « Plus dyslexique, plus dyslexique, plus dyslexique ». J’ai passé la journée à répéter : tapisserie, hippocampe, antibiotiques, sans me tromper, j’avais juste une voix bizarre mais c’était à cause de mon sourire. Quand Arthur est rentré, j’ai trouvé une nouvelle façon de l’embrasser spécialement pour lui dire merci pour ma dyslexie terminée.
J’ai dit merci pour cet amour indébile.
Euh …
… indélébile.
(Oui, bon, y a encore certains mots …)
Je pousse sur mes bras pour lui donner un de ces baisers qui disent « je t’aime » mille fois mieux que moi. Je l’allonge du mieux que je peux, ça fait marcher mes abdos et mes nouveaux muscles, ceux de mon dos. J’ai passé mes bras autour de son cou pour le forcer à se pencher vers moi et si j’étais sûr qu’il veut lui aussi qu’on s’embrasse comme ça jusqu’à la fin de la nuit, j’irais toucher ses cheveux, ces vagues blondes, ce champ de blé, cet oreiller de mon cœur, je pensais pas qu’on pouvait autant aimer des cheveux jusqu’à le connaître. Je pensais pas que ça pouvait exister des cheveux pareils, tout droit en provenance du ciel, comme si les anges en avaient laissé tomber un peu …

Je ne sais pas où Arthur a appris à être aussi beau.

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