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 AIME-MOI MOINS, MAIS AIME-MOI LONGTEMPS

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MessageSujet: AIME-MOI MOINS, MAIS AIME-MOI LONGTEMPS   Mar 24 Juin - 8:15

Je mange pas.
Je dors pas.
Je fais rien à part
Arthur. Voilà ce que je fais toute la journée. Je fais Arthur. Je pense Arthur. Je respire Arthur. Je vis Arthur. J’aime Arthur. Je m’occupe Arthur. Je souris Arthur. Je vois Arthur. Je marche Arthur. Je parle Arthur. Quand il est là et surtout quand il est pas là. Là je vis-Arthur quatre fois plus. Je rembobine la cassette de nos baisers interdits, dans la cuisine l’autre nuit, et là je suis complètement aseptisé à la vie, invincible. Je repense à tous ses baisers-interrupteurs.
Qui rallument la lumière.
Arthur c’est la meilleure attraction de tout le parc. Celle où il y a une taille minimum requise (un mètre quatre-vingt-trois), et où y a besoin d’avoir le cœur solidement accroché entre les poumons. Parce qu’une fois que c’est parti ça s’arrête plus. C’est pas cinq minutes complètement dingues, c’est des heures et des heures de virages, de marches-arrière, de tête à l’envers.
De bouffée de vie.
De coups au cœur.
Je sors de ma chambre, avec mon corps qui tremble encore d’avoir senti le sien de si près il y a quelques jours, senti et ressenti, il est assis, contre le mur, en face, il attend quelqu’un, moi Simon. Son œil est toujours décoré de bleu-violet comme un coucher de soleil, moi c’est plutôt une aube, c’est rose orangé, il a dû frapper moins fort, il a dû faire exprès. Mes lèvres doucement sur sa joue lui disent bonjour.
Mais pas la bouche.
On descend les escaliers côte à côte, ça remue et ça tape sur mes hématomes-Arthur, ça résonne au niveau du ventre, des épaules, de la mâchoire. Mais c’est quand même bon de marcher à côté de lui. Juste d’être près de lui et de rien dire. Rien que ça c’est un cadeau du ciel alors le reste je vous en parle même pas. C’est un miracle.
Arthur et ses cheveux qui capturent le soleil.
Ses yeux océans de substitution.
Arthur, c’est the Funeral Party.
On entre dans le salon à peu près main dans la main, je veux dire qu’on est si proches l’un de l’autre que nos doigts, avec le rythme de nos pas, s’effleurent aléatoirement. Mais jamais ne se retiennent. Le salon est investi par quelques cassés, ces petits êtres humains en porcelaine, avec leur cœur en soie et leurs organes en papier de verre. Ces pendules pas remises à l’heure que mes yeux regardent défiler depuis dix-sept ans et demi, ces animaux perdus qui se ressemblent tous mais ne se ressemblent jamais vraiment. Ce matin, il y a un clown triste, une poupée, un prince, une fée, un lutin, un nounours, une danseuse, un ange.
Et nous.
Arthur tombe dans le canapé, moi je vole, carambolage accidentel des genoux. C’est ça. Quand je me ramasse je m’envole, quand je marche je flotte, quand je parle je rigole. Je sais pas si ça va finir par me saouler d’être comme un camé content. Je sais pas pourquoi Arthur, il a pas l’air d’un éléphant rose. On prend vraiment les choses différemment. Lui, complètement à l’envers de moi.
On bavarde, je crois.
Météo matinée, un film qu’on a vu hier soir, gâteau au chocolat, rêves, c’est bien et puis soudain c’est plus assez. Je me rappelle d’un truc. Les bleus la cuisine pas la bouche plus la bouche. On est proches, près, assez. Pour. Je veux pas de son rejet, je veux pas de son malaise, je veux juste que ce ne soit plus un secret rien qu’à nous. Tout mais pas ça. J’en ai marre des nuits sous les draps, des nuits sur la terrasse-planétarium, la nuit, c’est pour les rêves, et Arthur et moi, ça doit pas être un rêve, ça a pas le droit d’être seulement un rêve.
Moi, je veux juste que ce soit vrai.
Plus vrai que de se cacher.
Et puis moi tout seul j’ai du mal à y croire. Je veux que les autres viennent me le dire, m’en parler, me féliciter, je sais pas. Que ça occupe leurs pensées et que leurs mots s’y consacrent pendant un temps, deux secondes, deux minutes.
Qu’on devienne quelque chose de
concret.
Ma main s’approche de son visage, évite les contusions, se pose tranquillement contre sa joue coloriée. Mon nez est bientôt contre le sien, à jouer des caresses mais je m’arrête là avec mon sourire.
- Tu permets ?

Go.

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MessageSujet: Re: AIME-MOI MOINS, MAIS AIME-MOI LONGTEMPS   Mar 24 Juin - 10:12

Parfois je me demande si je serai resté aussi longtemps ici s’il n’y avait pas eu Simon. Je veux dire, dès que je suis arrivé, il s’est présenté avec son sourire et tout de suite on a commencé à traîner ensemble, à parler, à rire, à bien s’entendre. Et puis l’amitié s’est muée en tout autre chose et ça m’a fait tout drôle à moi mais sans me faire fuir. La preuve : je suis toujours là, et lui aussi. Peut-être que l’endroit nous convient bien, finalement. Peut-être qu’il est adapté pour nos deux cœurs cassés.
J’attends que Simon sorte de sa chambre.
Il est quelque chose comme 8h32 alors il devrait être là d’une minute à l’autre. On nous réveille tôt, ici. Je crois que c’est pour pas qu’on manque le lever du soleil ou quelque chose comme ça. J’esquisse un sourire lorsque la porte s’ouvre sur son corps. On remarque encore sur son visage les marques de mes mains en colère. En apercevant mon reflet dans un miroir j’ai aussi remarqué que l’hématome était encore bien présent. Il tranche sur ma peau comme une flaque arc-en-ciel.
Il m’embrasse sur la joue.
Puis on descend les escaliers, côte à côte. J’ai une main dans une poche et l’autre qui frôle sans cesse celle de Simon. Contact régulier, éphémère et indispensable. C’est comme ça que ça marche. On attise le désir à coup de frôlements de peaux jusqu’à l’explosion des corps. Comme l’autre jour dans la cuisine. C’est un jeu un peu dangereux, je crois. On pourrait mourir sur le coup, je crois.
J’en suis sûr.
On est dans le grand salon de la maison. Quelqu’un est assis au piano : il joue. La mélodie résonne, elle est un peu triste. Elle a un goût de fin d’après-midi pluvieuse. Ça bouleverse le corps. Le regard de certaines personnes s’attarde sur nous, ils semblent s’attarder sur les contusions de nos visages mais ils ne posent jamais de question. Ici c’est bien, personne te demande pourquoi t’es un peu plus cassé que la veille ou pourquoi t’as des cicatrices sur les avant-bras ou les cuisses. Tout le monde s’en fiche un peu. Enfin c’est pas que tout le monde s’en fiche mais ici on a tous une odeur de pourri, de brûlé. On est des pots balancés du dernier étage. Des morceaux de terre cuite coupants.
Ce qu’on recherche c’est pas le ressassement de la peine, c’est pas non plus labourer la terre du passé pour faire respirer la douleur. Ce qu’on veut c’est se lever le matin et réussir à mettre un pied devant l’autre sans tomber, sans pleurer, sans se dire qu’on y arrivera pas et qu’on voudrait mourir. Changer et réussir à devenir plus beaux, plus forts, plus grands.
Je me laisse tomber dans le canapé. Celui qui est en face du planétarium. Entre temps avec Simon on a échangé des paroles sans importances, on a parlé du gosse du deuxième étage et du gars, le membre du personnel, qu’on trouvait super beau. On a souri, on a ri un peu aussi.
Routine habituelle.
Parler du monde qui tourne sous nos pieds et aussi des rêves qu’on a faits, de ceux qu’on voudrait réaliser. Je crois qu’on aime bien ça, avoir des étoiles dans les yeux. Un planétarium dans le regard.
On est côte à côte, trop proches même.
J’aperçois ses doigts qui se posent sur mon visage et qui s’arrêtent sur la joue sans faire plus de chemin. On a nos nez qui se touchent presque. Il suffirait que je me penche un tout petit peu sur lui pour l’embrasser. Mais moi maintenant j’ai trop peur que ça dérape nos effusions. Il sourit. Il est mignon quand il sourit on aperçoit le dessin de ses dents imparfaites.
Il me demande tu permets et moi je secoue négativement la tête. Je prends son poignet et je pose sa main sur sa cuisse. Je lui lance un regard un peu triste. Tempête sourde dans mes yeux.
Désolé, je murmure.
Je regarde la fenêtre pour ne pas le regarder lui. Mon cœur fait des soubresauts dans ma poitrine. Ça doit être un sacré numéro de cirque à l’intérieur.
Je m’en veux, là.
Je suis nul.
Mais je
Peux
Pas.
J’ai pas la force, j’ai pas le courage d’assumer. Pas encore. C’est trop récent, c’est trop vif. Ça cicatrise pas encore très bien à l’intérieur. Je t’ai dis qu’il me fallait du temps, je continue. Et je sais pertinemment que mon attitude va le blesser et même le dégoûter. Peut-être qu’après il voudra même plus me voir et il voudra même plus s’asseoir à côté de moi dans le canapé. Et après je ne l’attendrai plus devant sa chambre. Ensuite on ne descendra plus les escaliers côte à côté mais l’un devant l’autre. Et on arrêtera de se raconter nos rêves. On se regardera de loin avec un pincement au cœur et avec l’œil un peu humide.
On pensera :
C’était beau.
Ça l’était peut-être trop.
Je suis pas encore prêt. Il y a trop de lumière, et j’voudrais pas que.. enfin tu vois, quoi… Je parle toujours tout bas (il faudrait pas qu’on nous entende tout de même). J’ai laissé tomber mes mains le long de mon corps pour éviter le sien. Et ne pas le sentir se tendre de colère, d’amertume et de déception.
Pardon Simon.

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MessageSujet: Re: AIME-MOI MOINS, MAIS AIME-MOI LONGTEMPS   Mar 24 Juin - 19:22

Je ne me penche pas plus, je lui laisse le plaisir de le faire parce qu’un baiser, nos baisers, ça doit venir des deux personnes. À mon humble-humble avis, sinon, c’est du viol de la bouche, non ? J’ai hâte de retrouver ses lèvres, j’ai déjà le goût de sa langue contre la mienne, même si à chaque fois c’est nouveau, pas pareil. J’imagine un baiser doux, sans audace pour une première étreinte en public, pas du dérapage comme l’autre nuit dans la cuisine avec le gâteau au chocolat. Je me suis calmé depuis ce soir. C’était l’effet-je-t’aime.
Non.
C’est le mouvement dansant de son visage.
Non négatif.
Il me redonne ma main, il garde mon cœur par contre, je sais même pas s’il est au courant. C’est pas que je lui ai donné, confié, c’est qu’il m’a pris, je sais même pas trop si j’étais d’accord au début. Ou même au courant. Bref. Mes doigts ont froid, mon excitation retombe comme une conne. C’est pas toujours drôle d’être un Simon-hicopampe. Et d’être amoureux d’un handicapé des sentiments avec les garçons.
- Désolé.
Je soupire et ça fait un bruit de courant d’air - à ce point-là.
Moi, mon cœur, mes sentiments, on s’en fiche, après les arcs-en-ciel sur le visage et quelques remises en question avec moi-même à cinq heures du matin j’ai fini par comprendre, mais pour lui je suis triste. Qu’il s’autorise pas ce geste de rien du tout, lui qui en a été le premier initiateur. Il m’aime. Il me l’a dit, je t’aime, et sa voix tremblait de sincérité. Il se bloque tout seul, il se met des bâtons dans les roues, il va se casser la margoulette tout seul, si c’est pas déjà fait.
Ça m’attriste.
Ça me tire sur les parois du cœur, tout ça.
Pour lui, vraiment.
- Je t’ai dis qu’il me fallait du temps. Je suis pas encore prêt. Il y a trop de lumière, et j’voudrais pas que.. enfin tu vois, quoi…
Non.
Non je vois pas, je vois rien, mais c’est pas grave.
Je sais qu’Arthur, que pour Arthur, oser manger-supprimer les sadiques millimètres qui nous séparaient d’un baiser il y a encore quelques secondes, c’est comme un grand saut dans le vide, un suicidaire saut à l’élastique. Je sais, mais moi, je peux pas sauter avec lui, je peux pas lui prendre la main, je peux pas l’aider. Je voudrais pourtant. Je voudrais lui montrer que tout le monde s’en fiche, je voudrais lui dire regarde il y a à peine dix oiseaux dans la pièce et ils sont tous trop occupés à soigner et admirer leurs propres blessures que nous, qu’on s’aime ou pas …
Ils s’en foutent.
Mais c’est que j’en sais rien finalement, peut-être que le garçon au piano c’est un homo refoulé et qu’il va être assez guignol pour se lever et se moquer d’Arthur-soleil. Et Arthur, ça le tuerait, il partirait. Et le garçon au piano, il rirait. Ou alors non. Peut-être pas. Peut-être que c’est moi contaminé par Arthur qui voyage trop loin.
- Tu …
Tues.
Me tues.
Mais bon on fait avec.
- Je peux au moins prendre ta main ?
Et j’avance la mienne, on pourrait se tenir la main comme ça à l’abri de nos jambes en parallèle tactile, sans pression, et puis voir ce que ça donne, jusqu’où ça va, jusqu’où ça peut aller. Mais je crois vraiment que ça ira nulle part, ma main a à peine effleuré sa cuisse que la sienne résiste déjà à ma tentative de contact doux simple léger. Ébauche ratée.
On ne badine pas avec
l’amour.
Personne te l’a dit Arthur ?
Non, le pauvre. Alors c’est pas grave tout ça c’est comme ça qu’il faut le prendre, sinon je vais finir avec des larmes sur les joues, des bleus autour des yeux et l’envie de faire mon balluchon pour aller nulle part voir si c’est mieux, plus joli. Je me sors plutôt du canapé et puis je m’étire tout ça. Il est tôt, peut-être presque neuf heures ou alors pas du tout. Il est tôt, et moi j’ai encore quelques traces de sommeil dans les tibias et les avant-bras.
Je regarde Arthur et j’ai un sourire.
Un sourire qui dit :
je te donne du temps.
Mais je serai jamais loin, regarde.
- Je vais sur le canapé-piano là-bas.
Et je le montre du doigt pour être sûr qu’il voit où c’est. Au cas où il aurait envie de venir me retrouver, ou juste histoire qu’il sache où je suis (pas loin de lui), et qu’il me regarde de temps en temps, peut-être un sourire. Quand je sais qu’il sait pas où je suis, ça me terrifie, j’ai l’impression de pas être là où il faudrait être. Et puis j’aime pas sortir de son champs de vision non plus. C’est comme si je devenais un moins que pas grand-chose et puis aussi qu’il faisait très froid en moi.
Genre décembre.
Dans mes membres.
Je m’assois dans le canapé-piano, donc, avec dans mon dos le garçon qui continue à jouer quelque chose de pas très gai, sinon de vraiment malheureux, ça suinte de tristesse en fait cette chanson mais j’y pense à peine. D’ailleurs j’essaie de penser à quelque chose, autre chose qu’Arthur (le beau garçon du personnel, le bruit de la mer qui, sans le piano, serait la musique ambiante du salon, mes pieds qui ont l’air trop grands pour mes chaussettes).
Mais c’est vain.
D’essayer, quand on est amoureux, de penser à autre chose qu’à la personne qu’on aime, vous avez déjà dû vous en rendre compte, c’est terrifiant et bon. Le reste perd de sa saveur de toute façon. Le reste et les autres. Arthur, quand je le vois, j’ai envie de chanter, mais quand il prend ses grands airs de jenet’embrasseraipas j’ai envie de mourir. Et c’est ça l’amour. Un grand mélange d’euphorie et de désirs suicidaires.
Je le regarde de l’autre côté de la pièce.
J’en ai marre pour lui.
Il a pas bougé. Je sais que si j’avais quitté la pièce, il aurait fait la même chose. Je suis content, j’aime bien être sa raison de rester ici, dans ce salon, et puis à l’endroit. Je trouve ça beau, d’être la raison de rester de quelqu’un. Il a pas bougé, il a toujours la même tête d’enterrement. J’ai envie d’aller le faire rire, voir sur sa bouche, qui est belle même quand elle est triste, pointer un début d’hilarité légère comme quand j’ai dit c’est toi qui sens le cramé. (C’était le gâteau.) Mais je sais même pas ce que je pourrais lui dire. Est-ce que si j’étais une fille et que je m’appelais Simone ça te dérangerait moins de m’embrasser ?
Je crois pas qu’il rigolerait.

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MessageSujet: Re: AIME-MOI MOINS, MAIS AIME-MOI LONGTEMPS   Mer 25 Juin - 7:52

J’entends son soupir étranglé et profond. Je vois son sourire teinté d’une tristesse évidente et ça me fend le cœur. Ça le rend en miettes et ça le rend fragile.
Simon me dit qu’il s’en va. Il part pas très loin mais il s’en va quand même. Je le suis du regard juste pour repérer exactement où il se trouve. Je crois que je me sens vraiment super triste à ce moment-là. Pourtant je devrais pas : tout devrait aller pour le mieux. Parce que le soleil brille haut et fort, parce que le ciel est tout bleu, parce qu’on entend quelqu’un qui joue du piano et parce que quoi qu’il arrive Simon est toujours là et il ne m’abandonne pas. Mais je crois qu’il a raison de s’éloigner un peu, même de quelques pas. Peut-être que c’est pour me tester, pour voir comme je vais réagir, si je vais venir me lever directement pour m’asseoir à côté de lui.
Non.
Je reste là avec la tête qui ballotte contre le canapé. Je me sens vidé de toute énergie et extrêmement fatigué. Je crois que c’est parce que je porte le poids de la culpabilité sur les épaules et ça pèse vraiment très, très lourd. C’est si lourd qu’on n’a même plus envie de se lever et qu’on a peut-être un peu la flemme de se mettre à marcher.
Et puis peut-être que s’il s’est éloigné c’est parce qu’il en a marre de moi et que le poids qu’il peut ressentir sur ses épaules c’est peut-être le mien. Je dois être vraiment un type fatigant à bien vouloir la nuit mais pas le jour. À jamais être d’accord sur une chose, à toujours changer d’avis, ne jamais danser sur le même pied.
En plus je lui ai promis que je ferai des efforts.
Je le lui ai dis à maintes reprises, que je ferai des efforts. Que je ferai attention à faire plus attention à lui. Pourtant à chaque fois je promets, je promets toujours. Je promets à force de sourires et de baisers mais je ne fais rien. Je ne tiens rien, je laisse tout tomber. Et si je continue comme ça c’est Simon que je vais laisser tomber. Je vais le voir dégringoler de la planète Amour et s’écraser en pleurant sur le bitume gris. Et tout ce que je trouverais à lui dire c’est « désolé Simon mais je suis pas prêt »
Arthur.
Fais quelque chose, pense moins, agis.
Je me lève et j’ai l’impression que les pas qui séparent mon canapé et celui de Simon sont interminables. Puis finalement je me laisse tomber à côté de lui.
Il attend tellement de moi.
Il attend des preuves d’amour en direct, des trucs qui sortent des tripes et qu’on montrerait à la lumière du soleil. Il attend ça avec une patience infinie. Il est courageux, Simon. Moi à sa place ça aurait fait bien longtemps que j’aurais abandonné. Mais il ne me rejette pas. Il attend en souriant, comme pour dire c’est pas grave, je suis patient, on a le temps.
Mais oui on a le temps. On a toute la vie devant nous.
Mais si je ne me dépêche pas il va finir par partir ou pire, mourir de chagrin/de vieillesse/d’amour.
Pourquoi t’es pas resté à côté de moi ? Je lui demande. La mélodie lancinante du piano couvre ma voix. Elle est seulement assez forte pour que l’oreille de Simon la perçoive.
J’ai des bourdons dans le ventre. Un essaim de bourdons, même.
Et puis ma paume se pose sur le dos de sa main et nos doigts s’entrelacent puis s’emmêlent un peu. J’ai quand même pris soin de cacher le geste entre nos deux cuisses. Il faut que je lui prouve que ça y est, je fais un pas dans le vide, que ça y est, j’ose. Il faut bien grandir un jour de toute façon, il faut bien se prouver à soi-même qu’on est fort.
Allez Simon regarde, c’est une petite preuve d’amour ça, c’est un geste qui dit je t’aime et qui dit regarde je fais enfin des efforts. Mais c’est quoi, se tenir la main ? C’est rien. Ça se voit même pas.
Mes yeux le fixent inlassablement. Ils sont un peu brillants. Je souffle un coup. Mon autre main se dépose sur sa nuque et la serre un peu. J’approche mon visage du sien et je baisse un instant les yeux sur sa bouche puis je l’embrasse. C’est un baiser long et brûlant avec mes lèvres qui épousent parfaitement les siennes et qui caressent le souvenir d’une ancienne blessure sur la chair ici et là. J’ai les paupières fermées et les doigts qui tremblent un peu. Mes joues sont en train de brûler de gêne. Il y a peut-être un peu de honte là-dedans aussi.
En réalité je n’ai jamais embrassé quelqu’un dans la « foule ». Même une fille.
Alors un garçon…
Je le relâche. Je me m’adosse contre le canapé et je délie nos mains. Je me penche un peu sur le côté pour voir s’il y a des regards outrés envers nous. Le piano ne s’est pas non plus arrêté de jouer pendant qu’on s’aimait. Et puis dans le salon les gens ont continué de vivre sans même un regard pour nous. Je crois qu’ils s’en fichent. Ils s’en fichent très fort de savoir que deux garçons s’embrassent à quelques pas d’eux. Tout le monde est plongé dans un livre ou dans une discussion ou n’importe quoi.
Je ne dis rien.
J’ai les mains posées sur mes cuisses et malgré moi je tire encore une gueule d’enterrement. Finalement c’était pas grand-chose. Finalement je suis le seul à me juger pour ce que je suis vraiment et c’est horrible. Ça me fout une boule dans la gorge. Je me rejette alors je rejette Simon, inévitablement. Mais moi je veux pas le rejeter, je veux pas le faire fuir et partir et qu’on s’oublie.

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MessageSujet: Re: AIME-MOI MOINS, MAIS AIME-MOI LONGTEMPS   Mer 25 Juin - 18:45

Arthur c’est pas facile de le faire rire, surtout quand il a décidé qu’il faisait la gueule. Et là il a pas envie de rire, je le vois à l’opposé de la pièce qui a une tête-croque-mort. Il a la bouche de travers façon grimace, les yeux à l’envers et puis le visage brouillon, fatigué comme si on avait essayé d’effacer toutes les couleurs de l’œuvre d’art avec un torchon plein d’eau.
Arthur c’est ça.
Une œuvre d’art.
Et des fois, moi, j’ai du mal à comprendre, à suivre le mouvement, c’est trop abstrait pour moi.
Mais quand il se lève du canapé là c’est pas compliqué de se dire : il va venir. Il va aller le retrouver, son Simon, Simonamour, ça lui prend de moins en moins de temps, peut-être même qu’il va venir l’embrasser. Il s’assoit à côté de moi, pas trop près prudent, et sa voix essaie de marcher vainement par-dessus la mélodie du piano.
- Pourquoi t’es pas resté à côté de moi ?
Sa main vient couvrir la mienne.
Looping.
Les doigts, nos doigts, se mélangent et se mêlent sans trop réfléchir, machinalement, par habitude.
Je souris. Benêt.
- J’voulais voir si t’allais venir me chercher.
J’en étais sûr de toute façon. Le jour où Arthur arrêtera de venir me chercher, de me sauver, de me remonter à la surface, de me récupérer, de me rattraper, c’est qu’on aura arrêté de s’aimer. Une fois il a failli manquer à sa mission, c’était dans ce canapé-là, c’était le jour du putainmaistufaisquoi et après je lui ai mis la misère pour lui expliquer mon point de vue (il m’a répondu - d’où l’œil bleu nuit).
Il souffle. C’est pas du soupir, c’est comme une prise de courage.
On dirait …
Un plongeur qui va se jeter à l’eau, un monsieur qui va demander une fille en mariage, un chanteur qui entre sur scène. Je crois.
Et je sais qu’il va m’embrasser.
Et je peux pas m’empêcher d’être content.
Ses lèvres s’écrasent sur mon sourire, sa main serre fort ma nuque et la mienne est dans son cou, là où il fait chaud, là où je sens sa veine qui bat. Elle court, elle galope comme une folle, ma main monte jusqu’à sa joue qui a très chaud. Il surchauffe, il va suffoquer sous mes lèvres.
Boum.
Le saut dans le vide d’Arthur.
Moi aussi j’ai l’impression de tomber dans le vide, je sens plus rien sous mes yeux, plus rien qu’Arthur sous les mouvements amoureux de ma bouche.
Et là c’est même plus un baiser-interrupteur, c’est un baiser-univers, c’est-à-dire que tout le cosmos est invoqué et que la douce percussion de nos bouches a eu un effet big bang sur l’espace. Et puis toutes les étoiles sont en train de chanter, le soleil a trouvé la lune (pour une fois) et il trinque avec elle. Les planètes tournent sur elles-mêmes pour mettre la tête à l’envers aux trous noirs, voire les envoyer en enfer une bonne fois pour toute. J’y suis pas moi dans l’univers. Mais c’est comme ça que je l’imagine en ce moment.
Il s’écarte.
Ma bouche vibre.
Moi pour tout dire je l’embrassais déjà dans ma tête. J’y pense souvent. Si ça se trouve je l’embrasse toute la journée dans ma tête mais j’y fais pas attention. Là je suis surtout très fier de lui mais je lui dis pas, je crois que mon visage le crie assez pour moi, mes étoiles d’yeux aussi. Et surtout mon sourire débile qui se veut discret mais qui est surtout victorieux et qui me fend douloureusement le visage en deux. Je sais pas pourquoi l’amour s’entête à faire mal comme ça.
Serrements au cœur.
Lèvres abîmées de baisers.
Crises de tempête dans le ventre.
Pourtant il a toujours sa tête d’enfant voyou qui va casser la gueule à tout le monde, même les filles. Je me penche vers lui, je veux être l’éclipse dans son champ de vision. Mes pouces s’amusent à jouer aux fabricants de sourire. Ils tirent des deux côtés de sa bouche pour forcer un éclat de bonheur à apparaître. Je pourrais rester comme ça sans bouger jusqu’à ce qu’un vrai sourire prenne place sur ses lèvres.
Je crois que ça le ferait chier.
Le sourire, ce serait juste pour que je le laisse tranquille.
- Pourquoi t’es pas content ?
Il y a un petit coin de moi est encore malaise, un truc qui va pas bien comme il faut, un truc qui me gêne la respiration et les battements de cœur, c’est Arthur qui ne sourit pas, ça me bloque l’effusion de bonheur. Alors c’est ça d’être bientôt un adulte ? Trouver que dans-une-heure est trop loin parce que la prochaine minute est pleine d’obstacles. Si c’est ça, je démissionne.
Mais allez, au moins un fantôme de sourire.
Je l’oblige à me regarder et mes yeux lui disent tout ce que ma bouche mettrait trop de temps à expliquer, mes mots en bagarre et tout ça. Je lui dis qu’on a pas de chance parce qu’on est des dommages collatéraux, des pots cassés, ceux de nos parents. Qu’on est des causes perdues, des résultats foireux, des tableaux ratés, trop colorés ou pas assez, des pas-à-la-hauteur, des voués-à-l’échec. Et quand on était petits, on a pas bouffé assez d'étoiles, c'est pour ça qu'on brille avec si peu de conviction. On est tout ça, tous ça, ici, rien que ça, et regarde pourtant, regarde tout ce qu’on a réussi à construire toi et moi en partant de rien, regarde d’où on vient (nulle part) et ce qu’on a pu fabriquer ensembles, c’est déjà bien non ? On a galéré et on a dû se débrouiller.
Autodidactes de la vie.
T’es sûr, même pas un sourire ?

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