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 POURQUOI TU M'AIMES PAS

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MessageSujet: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Sam 7 Juin - 14:36

Samedi soir. Un vélo rose avec dessus, Simon. Simon la colère au ventre, Simon et des coups de pédales rageurs. Simon à attendre sur le canapé tout à l’heure, attendre Arthur qui, de son fauteuil, regardait la télé, une émission sans poésie. Attendre Arthur. Un regard d’Arthur, un sourire d’Arthur. Un rien d’Arthur. Et puis rien d’Arthur. Simon sans réfléchir qui attrape son vélo pour s’en aller ailleurs, voir d’autres têtes, parler d’autre chose. Simon tout seul sur la route. Et zéro peur de l’être pour la première fois.
Dimanche nuit. Un vélo rose, et à côté, Simon. Simon avec dans les veines : de l’alcool. Deux verres offerts par le gérant du bar du village. Simon qui tangue comme un bateau à la coque percée, un amoureux au cœur cassé. Simon bourré. Simon adrénaline. Simon qui parle à la lune et qui pense qu’elle lui répond d’une voix qu’il qualifierait de blanche comme un mouchoir. Simon. Simon qu’est-ce que tu fais ?

Ma solution au malheur-Arthur, je l’ai prise dans les films qu’on peut voir au cinéma mais que moi je regarde à la télé. Six lettres, alcool. Je me sens lourd comme mon cœur tout à l’heure, à l’allée, et léger comme un nuage. Ils vont où les nuages quand ils sont pas dans le ciel ? Est-ce qu’ils deviennent invisibles ? Si on avait le pouvoir de percevoir l’invisible, on pourrait les voir les nuages qui jouent à se cacher de nos yeux ? Est-c …
Oh.
Merde.
Regarde-moi ça Arthur.
(Ah non t’es pas là.)
Mais regarde quand même. Les étoiles, elles dansent. Elles ont la même tête brillante qu’hier ou que demain, mais, en plus, elles dansent. C’est une chorégraphie impressionnante du genre à laquelle on aurait pas envie de participer de peur de tout gâcher avec des mouvements moches-maladroits. Par contre on voudrait s’arrêter. Je m’arrête. Pour regarder. C’est à couper le souffle, le mien est déjà en l’air ceci dit, j’ai jamais eu aussi chaud de ma vie.
C’est Van Gogh dans le ciel.
Coups de peinture sur la croûte des cieux.
Je me sens triste mais en moins pire que tout à l’heure alors c’est tant mieux. Heureusement que j’ai été me saouler un bon coup moi. Sinon peut-être que je serais mort. Je sais pas. Avec l’alcool je pense à l’envers de d’habitude. Pour certaines choses. Parce que j’aime toujours Arthur. Et je pense toujours à lui. J’aimerais que ses pensées s’inversent, à lui. Qu’il arrête de penser que s’il m’embrasse devant les autres ils vont se foutre de lui et lui casser la gueule. En plus, il gagnerait la bagarre.
Moi, si j’étais une fée, je transformerais les gens en milliers de paillettes.
Le spectacle de la nuit se finit et moi j’applaudis. Les étoiles saluent et retournent dans leur lit. Peut-être que moi, je devrais essayer d’aller retrouver le mien. Demain, j’aurai mal à la tête et il n’y aura personne pour me soigner. Y a jamais eu personne. Que moi toujours moi. À guérir mes blessures n’importe comment. Pas étonnant que je sois bancal de partout.
J’ai besoin d’un vrai docteur.
Je suis lourd dans les escaliers, je confonds les marches, elles me mordent les genoux. J’essaie de tomber sans faire trop de bruit, parce que je sais que j’aurais pas dû sortir le soir, j’aurais pas dû boire. D’ailleurs je vais pas aller dans ma chambre parce qu’ils doivent m’y attendre et que j’ai pas envie de me faire enguirlander et enquiquiner. Je trouve une autre porte que la mienne, c’est la même que toutes les autres, que la mienne mais sur celle-là il y a écrit Arthur alors forcément je suis content.
Arthur.
Arthur on écrit des poèmes sur ce nom, sur toi Arthur.
Mais pas tout de suite, demain, les poèmes. Je suis pas en top forme.
J’ai le cœur et l’estomac en vrac.
J’ouvre la porte dans un murmure boisé. La chambre d’Arthur sent Arthur, un parfum de bagarre et de glace, mais pour moi, Arthur, la chambre d’Arthur, ça sent comme la maison. Home. Je suis tellement bien ici chez moi que si ça se trouve demain matin j’aurai même pas mal à la tête ou au foie. Je vais me coucher dans le lit d’Arthur mais dans le lit d’Arthur il y a Arthur et dans sa tête, il y a pleins de rêves, il dort.
Je m’affale à ses pieds, au pied de son lit.
- Arthur ! Arthur, Arthur … C’est moi Simon. Arthur tu m’entends ? Je t’aime. Je t’aaaaaaime … Je t’aime si tu savais, si tu pouvais comprendre …
Ses deux yeux s’ouvrent sur moi, ils sont encore pleins de songes mais surtout j’ai devant moi deux grands océans. Je sais pas lequel des deux est le plus beau, ils sont pareils je crois. Ils sont pleins de vagues et d’écume et tout ça et moi je voudrais y nager ou y faire l’étoile de mer. Mais là je crois qu’il est pas content Arthur.
Dommage.
Parce que je sens que je vais bientôt tomber.
Et j’aimerais qu’il soit là pour me rattraper.
- Arthur t’as déjà fait l’amour à une fille ? Et à un garçon ? Si tu savais tu le ferais avec moi ?

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MessageSujet: Re: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Sam 7 Juin - 15:59

Simon s’est barré l’autre soir, presque en claquant la porte. J’ai pas cherché à le suivre ni à le rattraper par la manche ou quoi parce que j’ai pas osé et puis on aurait éveillé les soupçons des autres, du monde. Et moi j’ai pas envie d’éveiller les soupçons et que le monde sache et que la maison soit au courant de ce qu’il ressent pour moi et de ce que je ressens pour lui. Alors j’ai fais comme si. J’ai regardé la télévision avec des yeux qui préfèrent largement regarder Simon. Et puis presque aussitôt j’ai pris une longue douche en espérant que la puissance de l’eau sur mon crâne écrase mes pensées et les chasse. Évidemment ça n’a rien fait.
Ce que j’aime à la pension ce sont les lits. Ils sont terriblement confortables. On a le droit à deux oreillers plus un traversin et une couette à la fois épaisse et légère. Alors moi ce que j’aime faire c’est que je colle le traversin le long du mur comme ça si je bouge je me fais pas mal. Et ma tête repose entre les deux oreillers. Ma couette elle est toujours remontée jusque mon nez. Je me suis toujours endormi comme ça.
Parce que je peux voir ce qu’il se passe et ne rien entendre. Je me sens invulnérable.
C’était pratique les soirs de colère-crise.
À l’heure d’aujourd’hui j’aurai plus besoin de faire tout ça mais ça m’aide à m’endormir plus vite. C’est un rituel, un peu. Mes paupières sont alors lourdes,
Lourdes,
Lourdes.
(Il s’endort.)
Arthur Arthur Simon je t’aime. Mes paupières se déploient en vitesse. Et qu’est-ce que je vois, accroché à mon coude, infatigable et pourtant les yeux cernés ? Simon. J’ai les sourcils froncés. Qu’est-ce que tu fous là ? Dégage, je lui dis. J’oublie un peu d’être poli. Son haleine dégage des relents d’alcool et j’ai pas le temps de m’inquiéter que déjà il enchaîne et me demande si j’ai déjà fait l’amour à une fille ou à un garçon et si je le ferais avec lui.
Je soupire.
Un soupir immense qui vient du cœur.
Je me redresse dans mon lit et me penche pour allumer la lampe de ma table de chevet. Je m’assieds en tailleurs sur mon matelas. Le seul vêtement qui me couvre c’est un caleçon et la couette qui gît sur l’une de mes cuisses. Je passe mes mains sur mon visage puis dans mes cheveux. Un peu comme si c’était de l’eau froide servant à me sortir de ma léthargie.
Oui avec une fille. Une fois. Et pour elle comme pour moi ça n’avait pas été une partie de plaisir, loin de là. Ce n’était pas un fardeau ni une obligation. Je pensais l’avoir voulu, je pensais l’aimer corps et âme. Et je pense que je me sentais obligé de l’aimer. Et puis je l’ai emmenée à l’appartement et on a fait l’amour. On a fait l’amour en silence sans se dire je t’aime. On s’est endormi dos contre dos sans rien se dire. Et puis le lendemain matin j’étais allongé dans mon lit et je l’ai vue se lever. Je l’ai vue nue et je me suis demandé pourquoi je l’avais fait. Parce qu’en la regardant, en regardant les courbes de son corps j’ai pensé que je l’aurais pas fait une deuxième fois. Alors elle s’est rhabillée en silence toujours et elle est sortie de ma chambre en essayant de sourire. Moi je faisais la gueule et je crois qu’elle avait les larmes aux yeux. Le lendemain elle m’a pas regardé. On s’est pas parlé.
C’était terminé.
Mais jamais avec un garçon, j’ajoute. De toute façon Simon c’est le premier. C’est le premier pour qui j’ai le ventre qui brûle autant et le cœur qui bat aussi fort. Et quand il me parle de faire l’amour, là, j’ai peur qu’il en ait envie. Parce que moi je suis pas prêt, je suis pas prêt à le faire avec lui. C’est pas que je veux pas. Mais c’est trop neuf, trop…
Je sais pas.
Ça me fout une boule dans la gorge de parler de ça avec lui, là, maintenant. Mais… Mais peut-être que, qu’on le fera un jour. Le ton de ma voix descend pour devenir qu’un chuchotement. J’ai peur que les murs soient trop fins et qu’on nous entende parler de ça, tous les deux. Ça me mettrait sacrément mal à l’aise, moi.
J’ai chaud aux joues rien que d’en parler.
T’as pas trop chaud comme ça ? Je demande. Pour changer de sujet. Et parce qu’avec son manteau et tout… Je me lève pour entrouvrir les rideaux et ouvrir la fenêtre de la chambre. J’inspire l’air froid un grand coup. Pourquoi t’es bourré ? Je demande. Mes sourcils viennent se froncer et je retourne m’asseoir dans mon lit, une jambe qui pend dans le vide, l’autre étendue devant moi et mon buste adossé au mur derrière moi. je fixe l’horloge au mur. Il est quelque chose comme trois heures du matin.
Je pense aux têtes qu’on tirera demain. Des cernes jusqu’au menton. Parce que je sais que Simon va m’empêcher de dormir s’il reste là. Je sais déjà qu’on va discuter pendant des heures et parler de films, de nos vies respectives, se plaindre ou rêver.
Et puis ça te va pas l’alcool, t’es moins beau et tu me fais penser à ma mère. Mais ça, je me garde bien de lui dire.

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MessageSujet: Re: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Sam 7 Juin - 20:10

« Dégage ».
Ça me reste coincé en travers de la gorge. C’est pas une façon d’accueillir quelqu’un, pas moi. Ça me donne envie de lui catapulter la tête et de lui arracher la bouche pour que plus jamais il me rejette et que plus jamais il m’embrasse. J’ai l’impression qu’il fait que ça Arthur. Il me rejette et il m’embrasse. Ça va pas ensembles mais il le fait quand même. Comme « Simon » et « boire », faut dire. D’ailleurs il n’y a que nous, ici, moi bourré et lui endormi, il aurait pu m’embrasser y a personne pour regarder. Et puis on aurait pu danser. J’ai furieusement envie de danser. Soulever la poussière et tout ça. Enchanter la nuit.
Et puis Arthur, c’est la première fois que je le vois comme ça.
Il a vraiment les yeux bouffés de fatigue.
(Vulnérable et fragile.)
- Oui avec une fille, une fois.
Pause. Pour se la remémorer, cette une fois. Mais sur son visage ça a pas l’air d’être un bon souvenir.
- Mais jamais avec un garçon.
Et sa voix prend une drôle de tournure quand il ajoute
- Mais… Mais peut-être que, qu’on le fera un jour.
J’aime pas le peut-être et j’aime pas le un jour mais on dirait que c’est tout ce que je vais obtenir de lui ce soir, une moins-que-promesse, même pas un espèce de mirage ou un morceau d’illusion. De toute façon j’avais pas l’intention de le violer dans son sommeil. Je suis pas assez en forme pour ça. J’ai les idées dans tous les sens et pour vous parler j’essaie de faire un effort mais en même temps que je pense à Arthur et que je le regarde et que je lui parle et que je le trouve très beau je pense aussi à mille autres choses.
Rose, nuit, Sébastien Tellier, pâques, Dieu, tout ça. C’est les embouteillages sur l’autoroute de mes pensées.
Et puis j’ai jamais fait l’amour moi.
Jusqu’à mardi, déjà, jamais j’avais embrassé quelqu’un. Et puis y a eu Arthur. La bouche d’Arthur dans la poussière du garage à vélos. Puis dans le champ dans l’herbe verte. Tu me diras, tu peux très bien faire l’amour avec quelqu’un sans l’embrasser. J’en ai déjà entendu parler et puis je l’ai vu dans des films. Des gens qui font l’amour et puis c’est tout. Qui se touchent partout mais jamais qui s’embrassent. Je trouve ça d’une tristesse infinie, comme un dimanche. Dans l’état où je suis ça pourrait me faire pleurer comme un crocrodile. Faire l’amour sans embrasser avant, pendant, après.
C’est pas faire l’amour.
Mais qu’est-ce que j’en sais.
Il fait un froid d’hiver soudain, c’est décembre dans la chambre, comme quand je suis né, ça me casse les os en mille morceaux, et je me demande ce que j’ai fait de mon vélo. C’est Arthur qui croit que j’ai chaud, ça me rappelle que je suffoque là-dedans.
- Pourquoi t’es bourré ? Et puis ça te va pas l’alcool
il dit ça comme ça. Si ça continue comme ça je sors les poings. Je perdrai mais au moins j’aurais mis les choses au clair. Quelles choses ? Moi-même je suis pas clair. Je vois pas clair. Je parle pas clair - pire que d’habitude avec les hicopampes et les crocrodiles. Il dit ça comme ça donc. Et c’est pas très sympa. Je l’ai réveillé à coups de je t’aime. Il pourrait dire merci. Je t’aime aussi. Il pourrait dire à ma tête d’arrêter de tourner. Mais je sais plus si c’est lui. Mon tourne-tête. Ou les deux verres. Je sais plus. Rien.
Je vois très rouge.
Pas rouge-amour-velours comme pendant notre premier baiser et puis le deuxième mais rouge-colère, rouge-rage, rouge-fureur.
- C’est ta faute si j’ai bu tu crois quoi ? J’étais sur le canapé et toi sur le fauteuil et tu le savais très bien. T’aurais pu tourner la tête vers moi. T’aurais pu me dire bonjour. T’aurais pu venir t’asseoir avec moi. On aurait zappé les chaînes ensembles. Tu m’fais chier. Ça t’arrangerait, hein, de me faire l’amour un jour. Là au moins t’es obligé de le faire derrière le regard des autres. Pas besoin de faire ça en public c’est même pas conseillé. Bah moi je veux pas. Jamais. Chui pas ta pute.
Je me mords la bouche.
Saveur sang.
Je devrais pas parler comme ça, je devrais pas dire des mots aussi moches que d’habitude je déteste dans sa bouche. Je devrais pas faire le malin comme ça. Il serait capable de quitter sa posture d’Adonis pour venir m’en coller une, à me colorier la joue de bleu. Et puis je sais que c’est pas facile pour lui. D’être pédé comme il dit. Je vois pas où est le problème mais je sais que pour lui c’est un mur, c’est une barrière à moi.
Pédé.
Pédé.
Pédé.
C’est terrifiant.
Je me lève et je crois que j’essaie de danser, je danse contre mon manteau. Il s’obstine autour de moi, il me colle à la peau comme une sale seconde nature. Je sais plus pour qui je suis le plus colère. Sûrement le manteau qui veut plus me lâcher. Lui, Arthur, il me laisse beaucoup d’espace, je respire très facilement, quoique. Je vis mal sans lui. Je vis de travers. Je prends les mauvaises routes. Je tombe dans l’alcool, je tombe dans les escaliers (conséquence logique).
Je suis de traviole à la base.
Simon sans parents, Simon à la grammaire aléatoire.
Mais avec Arthur c’est quand même plus correct.
Finalement je gagne la bagarre - pour une fois - et j’arrive à me sortir de cette saleté de parka. C’est comme une renaissance. C’est comme tomber sur les yeux d’Arthur quand tu t’y attends pas, hein ? Je sais pas. En échappant à la parka je me prends les pieds dedans et je me ramasse. Je suis un clown triste qui fait pas rire, qui (se) fait mal. Tant pis j’accepte le sol. Je suis bien dans mon coin loin d’Arthur, et au final je suis très mal. J’ai envie de pleurer. J’ai l’impression de tomber sans cesse alors que c’est déjà fait.
De mon bout de chambre je le regarde.
Avec la lampe de chevet allumée il a un visage de soleil.
J’ai un peu honte moi avec ma tête de perdant, ma trop grosse parka et mon trop grand pantalon. Ma gueule alcoolisée. J’ai pas fière allure. Et puis la lumière sur son torse lisse dessine des ombres au gré des courbes de son corps. Si j’avais un crayon et du courage j’en ferais les contours, de ces ombres. Ça lui donnerait des allures de zèbre. Zèbre qui m’embrasse quand l’envie lui prend.
Il est très beau comme ça.
Et moi je le jette à la poubelle.
Je fais comme je peux à quatre pattes pour le rejoindre. Le parquet déchire mes genoux déjà écorchés. Je m’en fous. Ce qui compte c’est mon cœur. Ce qui compte c’est Arthur. Je gémis.
- Arthur j’peux dormir dans ton lit s’il te plaît ? J’suis mort de fatigue. Je voulais pas dire ça pour l’amour, je suis désolé, je veux bien faire l’amour avec toi un jour.

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MessageSujet: Re: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Sam 7 Juin - 21:13

Puis il commence à s’énerver et à me dire que c’est de ma faute si il est bourré. Puis il me parle avec de la colère qui grince et il a carrément la haine contre moi pour une putain d’histoire de canapé. Il rigole j’espère ? J’essaie de mesurer ma respiration pour ne pas lui envoyer mon poing dans son joli visage. Je serre les dents si fort que ça me fait un peu mal. Eh oh qu’est-ce que tu me racontes, là ? je demande. Je t’ai rien demandé, moi. Et puis tu crois que l’amour c’est vivre l’un sur l’autre et passer son temps à faire des choses ensemble ? Si tu crois ça tu te trompes sur toute la ligne, Simon.
Mon ton s’élève un peu plus. Il m’énerve. Un coup c’est oui, un coup c’est non. Le contrat c’est pas ça, c’est pas vivre à se coller à toutes les heures du jour et de la nuit. Moi ça m’intéresse pas, moi je m’en fous de ça. Je veux pas l’avoir toujours sur mon dos et je veux pas être tout le temps sur le sien. Pour moi c’est pas comme ça qu’on s’aime et c’est pas non plus comme ça qu’on prouve qu’on s’aime. Et ça me dépasse cette histoire de télévision. C’est stupide et c’est à deux doigts de me mettre hors de moi.
Respire.
Finalement je ne bouge pas et je le regarde qui se démène avec son manteau. Ça dure quelques minutes son bordel. On dirait qu’il est pris au piège. Je sais même pas s’il a pensé à descendre la fermeture éclair ou quoi pour pouvoir l’enlever. Mais je suis énervé et je dis rien et je le regarde puisque j’ai rien envie de faire d’autre et encore moins de l’aider. Il parvient à s’extirper de son vêtement et réussit à se manger le parquet. J’ai même pas de sourire. J’ai seulement mes yeux qui se lèvent un peu au ciel. Ses joues sont toutes rouges et des mèches de ses cheveux sont collées à son front sûrement humides.
De ma position, on dirait vraiment que je le juge avec mes sourcils froncés avec ma mine en colère.
Mais c’est pas ce que j’essaie de faire.
Finalement Simon revient en marchant à quatre pattes et se blottit près de la table de chevet et il me regarde avec son visage triste et perdu. Il me demande si il peut dormir avec moi. Je pousse un soupir. Tout ce que je veux répondre c’est non, non tu peux pas. Je sais même pas s’il a le droit d’être là, dans ma chambre. Et puis il dit qu’il s’excuse et qu’il voudra bien faire l’amour avec moi. C’est pas grave, c’est rien, je réponds.
Je lui souris.
Je force un peu le geste mais c’est pas pour qu’il se mette à réfléchir de trop et à imaginer le pire et se prendre la tête pour rien. Sinon demain quand il va se réveiller il aura un mal de tête indescriptible. Bon. Tu restes là. Je vais te chercher un verre d’eau et de quoi te rafraîchir la tête et tout. Je descends de mon lit et je file enfiler un tee-shirt et un pantalon ample. Je fais vite.
J’ouvre la porte de la chambre et je vérifie qu’il n’y a aucun membre du personnel à guetter les allées et venues. Enfin en théorie ils s’en foutent qu’on se lève pour aller boire un truc ou pisser. Mais je veux pas qu’on me pose de question parce que je sais pas mentir. Et je sais pas comment je pourrais expliquer que j’ai un Simon bourré allongé par terre sur le plancher de ma chambre.
Dans mon périple je prie pour que le plancher et les escaliers ne grincent pas de trop sous mes pas précipités. Et puis m’éloigner de lui me permet de m’aérer un peu la tête et ne pas penser à ce qu’il m’a dit. Je suis pas ta pute. Ça m’a fait un sacré coup au cœur, cette histoire. Je l’ai jamais considéré comme ça ou quoi que ce soit d’autre. Et ça me vexe et ça me rend triste à la fois. Qu’il puisse penser ça de moi et penser ça de lui. Ce soir j’ai l’impression de me comporter comme un salaud avec lui.
Mais comment je suis censé réagir face au phénomène qu’il représente ? Un coup c’est l’amour, après c’est la colère, après ce sont les excuses. Moi j’ai pas le temps de penser, j’ai pas le temps de le suivre ni même de marcher avec lui. Faut qu’il se calme un peu, Simon. Faut qu’il me laisse le temps et que lui aussi prenne le temps.
Je vais donc lui préparer un grand verre d’eau, une bassine avec un peu d’eau et une serviette. Et je me dépêche de monter, en courant presque. Je rentre dans ma chambre et je prends soin de refermer derrière moi. Ça va ? Je demande. Je traîne mon bazar avec moi et je m’agenouille face à lui. Je lui donne le verre d’eau et je trempe la serviette dans la bassine. Je la lui passe ensuite sur le visage en suivant avec soin les traits du visage. La largeur du front, la rondeur des joues, la hauteur de son cou.
Je passe ma main dans ses cheveux et je lui souris avec une tendresse non-dissimulée. J’ai les doigts qui tremblent un peu. Et mon visage encore un peu proche du sien. Le cœur qui bat vite. Boumboum. C’est la chanson quotidienne et habituelle, en ce moment. Mes yeux piquent, brûlent fatigue. Tu peux rester ici un peu. Mais après je pense que c’est mieux que tu retournes dans ta chambre, non ? J’ai un peu peur qu’il m’envoie son verre d’eau à la tête en lui disant cela.
Je pose la serviette sur le plancher. Je ramène mes jambes contre moi et je pose mon menton sur mes genoux. Je le regarde et je me tais. Ça me fait tout drôle à moi de le voir dans cet état-là. Parce que je l’ai toujours associé à l’innocence d’un enfant et je l’ai jamais imaginé titubant et déblatérant un tas de choses. Il devient tellement contradictoire et impossible à comprendre. Et puis il me rappelle l’avant et ça, ça me dérange. Enfin je ne lui en veux pas parce qu’il n’a rien à voir avec ça et que rien n’est de sa faute. Mais il devient l’incarnation d’un de mes démons et moi ça me répugne.
Et je peux pas supporter que ce démon emprunte les traits de Simon.
Simon est trop pur, trop haut pour ces choses. On l’a tellement préservé du monde et des perversités de la vie que l’apercevoir comme ça, ça me fout un coup au moral.
Tu fais comme tu veux. Tu fais ce que tu veux. Moi je m’en fiche. J’accompagne mes paroles d’un haussement d’épaules et d’un sourire.
Pour faire bien.

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MessageSujet: Re: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Dim 8 Juin - 9:13

Il s’essaie à un sourire, c’est raté et je vois bien qu’il a un peu envie de me frapper. Je peux pas lui en vouloir. Pour le sourire raté. Je fais comme si j’avais rien vu et je le laisse me dire que c’est pas grave, que c’est rien. Ça aussi c’est du mensonge, c’est grave, et c’est tout, et il le sait très bien avec ses grands yeux bleus mais il fait comme si non, et peut-être qu’il a raison, peut-être que si on fait semblant, ça passera.
- Bon. Tu restes là. Je vais te chercher un verre d’eau et de quoi te rafraîchir la tête et tout. Je fais vite.
Les courbes parfaites de son corps disparaissent dans un t-shirt et un pantalon. C’est terrible. Et rien que pour ça j’espère qu’un jour il me laissera lui faire l’amour. Pour avoir le plaisir de son corps nu sous mes doigts. Pour ça faudra que j’arrête de boire. Ça tombe bien, je viens juste de commencer, ça devrait aller.
Il s’en va.
Ça fait un petit bruit de porte qu’on ferme.
Moi je m’adosse contre le lit, contre la couette renversée et
je
ne
pense
à
rien.
Il faut que j’arrête de penser parce que je suis pas Simon-normal et que quand je pense, là, je me mets à détester Arthur ou alors à l’aimer. Après je m’énerve et après je ris, après je gueule, après je vois des ours, après je m’excuse, c’est n’importe quoi cette histoire, n’importe quoi ce soir. Allées et retours entre les sentiments etc. Et puis faut que j’arrête de croire que le parquet tourbillonne, c’est l’alcool qui m’embrouille et qui imbibe mes sensations.
- Ça va ?
Mini-bond.
Je l’avais pas senti revenir.
Il s’approche très près de moi et je n’entends plus qu’une chose, c’est mon cœur qui bat. Mon cœur qui se bat. Contre l’envie de manger les millimètres qui nous séparent et nous égarent, de supprimer toute trace d’air entre nous. Jamais de l’oxygène, toujours de l’amour. Mais je sais bien que ça lui plairait pas, à Arthur, que je l’embrasse maintenant, je sais bien qu’en ce moment il pense à sa mère et comme je lui ressemble un peu quand j’ai bu.
J’ai chaud.
J’ai chaud de lui. J’ai chaud de ses doigts qui courent sur mon visage pour passer la serviette humide, de sa main qui pousse mes cheveux de mon front. Il est tendre comme ça. On dirait pas que ses phalanges sont violettes d’avoir trop tapé sur les autres, on dirait vraiment pas. On dirait un ange qui a jamais rien fait de mal, à qui on a jamais fait de mal. Il sourit. J’accepte volontiers. Je le prends ce sourire, je le garde et je le cajole dans mes bras.
- Tu peux rester ici un peu. Mais après je pense que c’est mieux que tu retournes dans ta chambre, non ?
Non.
Je voudrais mettre un coup de baguette magique sur ses mots pour les changer en quelque chose qui me plairait plus. Ce serait facile. J’aimerais bien que ce soit facile. Facile ça voudrait dire que je passerais la nuit dans son lit - pas dans ses bras, pas jusque là - ça voudrait dire que je peux être « sur son dos » sans que ça l’embête trop. Facile.
Mais facile c’est pas vraiment la vie.
- Tu fais comme tu veux. Tu fais ce que tu veux. Moi je m’en fiche.
Sa tête rebondit sur ses genoux quand il dit ça. J’aime pas sa position. C’est une vraie position de défense. Comme si on était en guerre. J’aimerais qu’on signe le traité de paix maintenant, qu’on range les couteaux et les fusils et qu’on arrête de se tirer des méchants mots dessus. Moi je commence à descendre un peu de mon nuage alcoolisé et lui il est très fatigué mais un peu normal, alors ça devrait aller. J’ai encore un peu la tête qui tourne et qui me souffle trop d’idées contradictoires. J’ai envie de dire arrête, là. Arrête je vais faire du mal à Arthur. Faut jamais faire de mal à Arthur. C’est une pierre précieuse dans ce monde.
Arthur c’est le verbe aimer.
Ça commence et ça finit par la même lettre.
Aimer Arthur moi je le conjugue à tous les temps mais seulement à la première personne du singulier. J’aimais Arthur, j’aimai Arthur, j’aime Arthur, je suis en train d’aimer Arthur, je vais aimer Arthur, j’aimerais Arthur et ça pourrait durer pendant des heures. Arthur c’est pas comme les autres mots, les autres noms. Tu peux le répéter mille fois, ça veut toujours dire quelque chose. C’est toujours beau. Mais c’est toujours un peu dur, Arthur.
- Je vais là.
Je montre la fenêtre du doigt.
Personne m’a appris à pas montrer du doigt alors tant pis.
Je m’assois sur le bord, j’ai les pieds et les jambes dans le rien. Je pourrais tomber mais ça m’intéresse pas. Je regarde la lune à la place, enfin j’essaie. Elle a changé de tête depuis tout à l’heure, enfin c’est moi qui ai changé d’état. Et merdre même quand je regarde pas Arthur je le vois quand même. Il est en deuxième plan derrière les étoiles. Comme une trace qui te reste dans les yeux. Comme quand tu regardes le soleil dans les yeux et que quand tu détournes le regard, tu le vois encore, sous forme de tâche. C’est pareil. Je le vois avec ses milliers de cils dorés éparpillés autour de ses grands yeux faits d’océan. Son nez qui tombe parfaitement bien au-dessus de sa bouche. Et sa bouche, justement. Le Graal. Comme si la chute de son nez était l’arc-en-ciel et ses lèvres, le trésor à ses pieds. C’est tout pareil.
Arthur, il a vraiment été bien dessiné.
Et du coup, comme moi je le vois partout, je me retourne pas pour lui parler, je parle à son sosie dans la lune, son ombre de lui, je dis
- J’m’excuse Arthur. J’boirai plus jamais. Sauf avec toi si tu veux pour rire. J’ai vu deux garçons qui buvaient ensembles et ils se marraient. Ça avait l’air de la vie.
Copier les autres.
Toujours. Jusqu’à me trouver.
Quand on boit on dirait vraiment qu’on change. « Métamorphose du vide ». Et moi je suis peut-être pas très bien fabriqué mais je veux pas changer. Parce que quand je suis comme ça par exemple, Arthur change de ton pour me regarder. J’aime ses yeux habituels sur moi. Quand il a l’air de m’aimer et de s’en sentir coupable. C’est déjà bien. C’est déjà assez. Personne m’avait jamais regardé en m’aimant. Je pensais que c’était pas une chose possible.
Et puis je continue de parler toujours en regardant le faux Arthur évadé dans le ciel
- C’était comment alors …
J’ose plus maintenant que je suis à peu près moi.
- Avec la fille ?
Avant je croyais que faire l’amour c’était comme embrasser. Dans ces cas-là j’aurais déjà fait l’amour avec Arthur. Deux fois. Mais ça marche pas comme ça.

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MessageSujet: Re: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Dim 8 Juin - 10:49

Je le regarde et le voit qui se lève pour aller à la fenêtre. Il s’assoit. Je le regarde faire et je prie seulement pour ne pas qu’il saute. Mais il n’a pas l’air décidé à le faire. Alors j’aperçois son menton qui se lève vers le ciel illuminé d’étoiles et vers la lune. Ses pieds pendent doucement dans le vide. Ça fait drôle de le voir de dos, comme ça. J’ai pas l’habitude.
Mais quand il se tient comme ça j’ai envie d’aller à lui et d’entourer ses épaules de mes bras et embrasser sa nuque. Poser mes lèvres à la jointure du dos et du cou. Ou alors à la base des cheveux. Il s’excuse et il dit que c’est fini, qu’il boira plus jamais une goutte d’alcool. Eh Simon, faut pas que tu te prives pour moi. Je te l’ai dis : tu fais ce que tu veux. Je suis pas ta mère. C’est ce que j’ai voulu ajouter mais j’ai pris soin de me la fermer à temps. Manquerait plus que je lui dise ça, lui qui a jamais connu que le faux-amour des gens du personnel. Puis il a le droit d’être bourré, faut bien que la vie lui rentre un peu dedans. Sinon il passera son temps à regarder le monde avec les yeux d’un garçon de cinq ans.
Et puis il me demande comment c’était avec la fille.
Je me racle un peu la gorge parce que sa question je l’aime pas et que j’ai pas envie d’y répondre. Et je peux pas seulement lui répondre « c’était nul ». Simon il se contentera pas de ça, non. Je pousse un soupir et je passe ma main sur mon visage. Je me lève pour quitter le plancher et aller m’asseoir au bord de mon lit, à un pas ou deux de Simon. Je regarde le vide et j’ai les sourcils un peu froncés, ça marque un pli sur mon front blême. C’était pas comme je l’imaginais, je murmure.
Elle comme moi, on s’attendait pas à ça. On s’attendait pas à ce qu’on se dise rien, à ce qu’on se regarde à peine, à ce qu’on s’ignore le lendemain et le jour d’après et le jour encore d’après. On n’a même pas pensé à se sourire. Personne a fait l’effort de se parler. Je croyais qu’elle m’aimait. Et que je l’aimais moi aussi. Et qu’on se désirait et tout ça. Je marque un temps d’arrêt.
Ça me gêne de parler de ça avec lui.
Parce que c’est pas un bon souvenir pour moi et que ça le regarde pas vraiment. Et puis ça me ramène forcément à l’avant et à toutes ces choses que je déteste. Mais je veux bien faire un effort pour lui, pour Simon. J’aimerais lui dire que c’était un moment affreux parce que je me suis rendu compte après que je m’en foutais des seins et des fesses des filles. Et peut-être que c’était joli mais… Je crois que c’est pour ça que la fille en question s’est barrée sans rien dire. Parce qu’elle avait compris. Mais non ça a pas marché. C’était même pas bien. On s’est vus sans se regarder vraiment, on s’est pas parlé. On a fait ça parce que c’est normal de le faire et parce qu’il fallait le faire. On s’est pas embrassé non plus.
Je me tais.
Ce soir là je crois qu’on s’est fait du mal à tous les deux. Je lui ai déchiré le cœur parce qu’elle m’aimait vraiment et elle m’aimait fort. C’était casse-gueule cette nuit-là. C’est comme ça, j’ajoute. Je sais pas si c’est pour casser le silence ou quoi.
Je me lève et je vais pour entourer son buste de mes bras. De toute façon il n’y a personne pour nous voir à part la lune et les étoiles. Et je pense qu’elles s’en foutent pas mal de savoir ce qu’il se passe sur Terre. Elles sont beaucoup trop élevées pour ça. Elles ont bien de la chance. J’embrasse alors sa nuque, tout doucement. À plusieurs reprises. Je ferme les yeux et il me semble que je pourrais rester des heures durant à avoir mes lèvres posées sur sa peau et mon front contre son crâne. Et puis il me semble que je lui dois bien un peu de tendresse. Pour tous les regards non rendus, pour tous les je t’aime que je n’ai pas dit et qui pourtant hurlent dans mon cerveau.
Je romps le contact et je retourne sur le bord de mon lit.
Tu penses que tu retourneras quand dans le monde ? Parce que tu resteras pas à la pension toute ta vie, hm ? Je lui demande. Moi je suis bien ici. Mais parfois la liberté, la vraie, me manque. Le fait de vivre sans horaires, de voir qui je veux, de faire ce que je veux, ça a un goût de nostalgie dans ma bouche. J’ai l’impression que le temps où je courais dans les rues avec les autres garçons est immensément loin.
Est-ce que je manque à ma mère ?
Est-ce qu’elle se demande où je suis, si je vais bien, si je mange bien, si je dors bien ? Est-ce qu’elle boit un peu moins ? Est-ce qu’elle a trouvé quelqu’un avec qui partager son lit trop grand ? Non. Non elle s’en fout de moi, elle m’a oublié. Elle se dit qu’au moins elle a plus à me chercher à bouffer. Et donc ça lui fait plus d’argent pour acheter son poison favori. Et puis elle a trouvé personne. Personne l’aime. Elle sait même pas aimer correctement. Ce qu’elle fait le mieux c’est planquer ses verres et ses bouteilles. Elle sait bien comment m’oublier aussi. Jamais elle m’écrira une lettre.
Jamais.
Sauf pour me dire que je suis qu’un petit con de l’avoir laissée toute seule et que je suis plus son fils. Je me laisse tomber en arrière sur le matelas et mes yeux fixent le plafond. J’ai des larmes qui perlent sur mes yeux. J’ai une putain de boule dans la gorge et j’ai envie de me bouffer les doigts et de me taper la tête contre les murs. Pourquoi je pense toujours à elle quand il fait nuit, Simon ? Pourquoi j’arrive pas à tirer un trait sur cette putain de femme, hein ?
Mes doigts se serrent et agrippent la couverture. Pourquoi qu’elle me hante comme ça et que j’arr- que j’arrive pas à penser à autre chose qu’à sa gueule déformée ? Ma voix s’étrangle elle s’étouffe. J’ai les yeux qui brûlent. Ils s’enflamment de fatigue, de tristesse, de colère. Comment je suis censé faire pour l’oublier ?
Respire Arthur.
Ça va. Ça va aller.
Je pose mon bras sur mes yeux. Je veux plus rien voir, je veux plus rien sentir. Tout ce que je veux c’est quelqu’un. Je veux Simon à côté de moi, je veux qu’il me berce et qu’il me lobotomise à coup d’amour et de tendresse. Je veux ses mains qui tremblent et ses yeux humides. Je veux pas qu’il me laisse tout seul avec mon cerveau pagaille.

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MessageSujet: Re: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Dim 8 Juin - 19:09


Il change. Arthur. De position pour me parler, de ton pour s’expliquer, de visage pour se rappeler. De le voir comme ça c’est comme si je me rendais compte que ma question l’avait cassé. C’est pas drôle. Si je pouvais monter le temps à l’envers j’enlèverai ma question, je prendrais les mots et je les mettrais dans un ordre différent, un ordre qui lui aurait dessiné un sourire dans les yeux. Je voulais pas te faire de peine Arthur, je voulais savoir. Pour l’amour. Tu sais moi j’ai même jamais dormi avec quelqu’un, j’aimerais tellement ceci dit. Je dormirais pas je crois. Je regarderais l’autre personne dormir. Et puis se réveiller, scruter ses traits se métamorphoser, passer du visage-sommeil au visage de la vie de tous les jours.
Mais oui il le sait.
Je lui ai déjà dit.
Alors je me tais.
Il me raconte son histoire et plus on avance plus je regrette vraiment d’avoir posé la question. Il va jusqu’au bout de son souvenir et je trouve ça très courageux, j’ai envie de lui dire. Arthur t’as du courage. Et puis t’as de la gentillesse aussi de t’être occupé de moi comme ça. T’as pleins de choses Arthur. T’es beau Arthur. Je me tais encore. Je garde mes mots pour une autre fois.
« C’est comme ça », il dit.
Fatalité.
Fin de l’histoire.
Ça se bouscule de larmes dans mes yeux.
Ça y est je l’ai eu mon récit de la première fois d’Arthur. C’est l’histoire de comment faire l’amour a ruiné leur relation. Je sais que c’est un cas isolé, pas une généralité, mais je trouve ça triste aussi, que ce soit arrivé rien qu’une fois dans l’histoire du monde. Une nuit d’amour qui marque la décadence d’une liaison. Souvent, elles marquent un commencement. Un petit ou grand départ.
Arthur, ça doit vraiment faire longtemps qu’il aime les garçons, alors.
Plus que moi.
Je le sens dans mon dos, vraiment dans mon dos, son ventre contre mon dos, je sens son cœur qui bat contre ma colonne vertébrale. À ce moment-là moi je suis en train de regarder la lune et ça me rappelle que c’est moi, le garçon qu’il aime, Arthur. C’est moi, Simon, qui prend toute la place dans son cœur. Je me sens génial. Je me sens prêt à faire pleins de choses - surtout avec lui. Je me dis que si là je sautais de la fenêtre, je m’envolerais. Avec Arthur sur mes épaules.
Je me dis ça.
Je me sens invincible c’est pour ça.
Je suis là sur mon bord de ciel avec mon angelot dans le dos, ses bras fers autour de mon torse, ses baisers dans mon cou. Et je sais pas comment répondre à cet instant de tendresse sorti de nulle part. C'est terrible. Je suis qu'un robot froid qui rêve constamment de caresses. Je pourrais me retourner, faire l’effort, et l'embrasser mais ce serait avoir les yeux plus gros que le ventre je crois.
Et puis il est déjà parti. C'est comme si ça avait jamais existé, cet instant de rien.
- Tu penses que tu retourneras quand dans le monde ? Parce que tu resteras pas à la pension toute ta vie, hm ?
Elle tombe bien sa question, et j’y réponds au vol :
- Je sais pas. Bientôt j’irai faire un tour. Un tour du monde. Mais pas tout seul. J’ai cru mourir ce soir. J’ai cru que je pourrais jamais revenir …
Il est de retour sur son lit. Chacun son bord. Lui lit, moi fenêtre.
Il est derrière moi et même quand il est là je pense à lui.
Arthur.
Y a qu'à dire son prénom et tout est résumé. Tout mon monde. Tout le sien. Ses blessures, notre relation, le passé le présent le futur. Avec un prénom pareil qui fait le tour de la question pas besoin d'étiquettes. Pas besoin de dire qu’on sort ensembles, qu’il est mon petit ami. Arthur sera pas mon petit ami, pas tout de suite. Arthur veut juste qu’on s’aime c’est pas compliqué.
Je l’entends plus trop respirer d’ailleurs.
Et puis soudain son cœur bat plus fort, plus vite, on entend plus que ça dans la chambre.
Il parle de sa mère. Sa voix a changé. Il a une voix de petit garçon. Et la mienne, elle se casse pour dire son prénom
- Arthur ...
Je me retourne vers lui, je le redécouvre. On dirait qu’il est en train de se bagarrer avec lui-même, on dirait qu’il va se faire des bleus.
- Pourquoi qu’elle me hante comme ça et que j’arr- que j’arrive pas à penser à autre chose qu’à sa gueule déformée ? Comment je suis censé faire pour l’oublier ?
La lune me dit c’est à toi de prendre le relais là Simon, c’est train de partir en n’importe quoi, Arthur, il va péter les plombs et y aura son propre désespoir sur les murs. Ça fera des tâches malheur. Alors j’accours un peu. Je le trouve caché sous son bras. Doucement je le soulève et je découvre ses yeux qui paillettent de larmes.  Ses océans débordent. Larmes en libre service.
Oh non pas ça.
Je me mets à trembler comme si on allait s’embrasser. Il faut faire vite sinon ça va pas aller. J’éjecte mes baskets pourries et je grimpe sur le lit, perpendiculaire à lui, en tailleur. J’enlève mon t-shirt, je me sens pas très beau avec ma peau qui colle aux os mais c’est pas le moment de complexer, le t-shirt je le mets en boule pour lui faire un oreiller où je pose sa tête. Une de mes mains trouve ses cheveux et s’y emmêle, l’autre dégage les larmes. Sur sa joue j’avais pas vu, mais les draps ont dessiné des plis. Je suis la trace de ces cicatrices éphémères du bout des doigts.
Faut pas pleurer Arthur.
Faut jamais pleurer.
- Je sais pas mon Arthur, je sais pas pourquoi c'est comme ça. Mais je te le dis un jour ce sera plus qu'un cauchemar dont on oublie les contours de plus en plus flous. Je te le promets. Aussi vrai que la lune est blanche avec des reflets argentés, un jour, ta mère, ce sera plus rien du tout. Tu guetteras plus ses lettres au courrier tu feras plus gaffe à tes cicatrices et tu surveilleras plus les coins de mur que tu te prends trop souvent et qui te rappellent ses coups.
Oui. J'ai vu. Ses yeux. Devant le facteur. Ses yeux qui attendent. Ses yeux qui sont tout le temps braqués sur ses cicatrices comme s’il s’y accrochait. Ses yeux qui font attention à tout, toujours tout, au cas où y aura un coin de porte trop aiguisé ou un rebord de fenêtre assassin.  
- Tu trouveras quelqu'un qui t'aime.
(Moi.)
- T'au- t’auras plus à te cacher ici.
Il partira Arthur. Il fera ses bagages à l’envers et il laissera la pension derrière lui, peut-être en semant des petits cailloux pour que j’arrive à le (pour)suivre.
- Et puis dans quelques années tu iras la voir et tu lui montreras que t'as réussi à être heureux malgré tout ce qu'elle a fait pour te démonter. Et là enfin ce sera fini. Tu pourras vivre sans avoir peur des ombres et de la nuit.
Je me penche sur lui et je pose mon front contre le sien. Y a que ça pour rafistoler un cœur. Savoir qu’il y a quelqu’un à portée de main.

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MessageSujet: Re: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Dim 8 Juin - 20:25

Moi je vois plus rien. Y’a plus que mon bras sur mes yeux et je presse fort, fort. Comme si ça pouvait chasser les mauvaises pensées, comme si ça pouvait les balayer. Et je prie pour que ça les balaie. Je ferme les paupières très fort et les larmes s’échappent. Ça roule sur les joues, c’est froid et trempé. Je sens Simon qui monte et qui me fait un oreiller avec un vêtement. Ses mains se posent sur mon visage et c’est comme un baume. C’est frais et rassurant. Je sens ses doigts qui glissent sur ma peau et dans mes cheveux et qui ne ratent aucune larme qui tombe.
Mes yeux remplis d’eau le regardent. Moi je vois tout flou à cause des larmes, j’ai la vision brouillée. Je devine les contours de son visage et la masse informe de ses cheveux, c’est tout.
Et puis il dit mon Arthur. J’aime bien l’entendre dire mon Arthur et me dire que je suis un peu à lui et qu’il est un peu à moi. Si j’étais pas en train de chialer comme une gamine je crois que j’aurai souri. Il me dit aussi que tout ça, la maison la mère les bouteilles vides les bouts de verres sur le plancher l’évier qui goutte sans arrêt les cris les pleurs les colères les tristesses ce sera plus qu’un cauchemar. Oui je veux te croire et je peux te croire. Ça peut pas durer de toute façon, ça peut pas exister toute la vie de toute façon.
Ma seule consolation ce sont ses mains sur mon visage et une pensée. Cette pensée elle me dit qu’un jour ma mère elle va mourir. Un jour on va l’enterrer et il n’y aura personne à son enterrement. Peut-être son père, quelques amis à elle, et moi. Et je lancerai une fleur sur son cercueil – on aura pris le moins cher. Et je pense que ce sera un jour de pluie. Et je ferais semblant de pleurer. Et j’aurais l’air abattu, désarmé, profondément triste. Mais tout ça ce serait du cirque. Que du faux. Puis après j’attendrais une, deux semaines. Un mois. Et je reviendrai sur sa tombe. Je déposerai des fleurs fanées sur la pierre et je lui parlerai. Je lui dirai à quel point je l’ai haïe et aimée en même temps. Je lui dirai à quel point je suis désolé qu’elle soit morte et que j’aimerais quand même qu’elle soit là de temps en temps pour qu’elle m’entoure de ses bras osseux. Et je finirai en lui disant que j’ai essayé de la détester, j’ai essayé très fort, j’y ai mis tout mon cœur mais que j’ai jamais réussi. Quand je serai triste j’irai cracher sur sa tombe et quand ça ira vraiment mal je lui dirai à quel point je l’aime, à quel point je l’aimais et comment elle était belle quand elle osait mettre des jupes. Mais elle pourra pas m’entendre. Elle le saura jamais ça. Elle saura jamais à quel point elle est belle avec sa jupe
Et ses talons.
Simon me ramène à moi lorsqu’il me dit tu trouveras quelqu’un qui t’aime. Je souris un peu à travers mes larmes. J’ai envie de lui dire c’est toi que j’aime c’est toi que j’aime c’est toi que j’aime. C’est pour toi que je me lève le matin, je pourrais mourir pour toi. C’est toi que j’aime c’est ton ventre c’est ton dos c’est tes sourcils tes dents ton cœur. C’est toi que j’aime. Mais je ne dis rien.
Tout ce qu’on entend à cet instant précis, juste après le mot « aime » ce sont mes reniflements, sa respiration inquiète et le bruit des grillons à l’extérieur.
À ses derniers mots je hoche rapidement la tête comme pour lui dire oui, oui, tu as raison, je vais faire ça. Elle va voir comment je suis heureux, comme je vais bien sans le poison de sa présence. Et puis je pourrais lui montrer les marques sur mes bras, et lui dire tiens, c’est toi ça, c’est toi. c’est toi, c’est toi, c’est toi, c’est toi.
Simon se penche et je sens la moiteur de son front contre le mien. Je ferme les paupières. Merci, je souffle. Ma main droite caresse sa joue puis son épaule et suit le chemin de son omoplate et s’arrête un peu dans le dos. Je suis désolé de m’être mis à chialer comme ça. Enfin, je voulais pas le faire devant toi. Mais j’avais le cœur tellement lourd, tellement gonflé de chagrin que ça a explosé à l’intérieur de moi, je murmure. Mes mots sont coupés par ma respiration haletante.
Je me dégage un peu et j’étends Simon sur le dos. Je l’embrasse sous la clavicule, là où les côtes se rejoignent. Je me sens tellement triste et fatigué que finalement je suis heureux qu’il ait déboulé ici, tout titubant et saoul qu’il était. Tout seul j’aurai pété les plombs. J’aurai cassé les fenêtres, j’aurai tapé les murs jusqu’à ce que mes poings saignent et repeignent la tapisserie fade et immonde. Finalement c’est bien que tu sois là.
Je pose ma tête sur son ventre.
Mon bras enlace sa taille que je serre fort, comme un oreiller un peu trop dur. J’aime sentir son corps se soulever et s’abaisser au rythme de sa respiration. Je le sens extrêmement vivant et c’est beau.  J’aimerais le toucher plus, le frôler plus, faire plus. Mais je n’ose pas. Alors je reste là à me servir de son être comme un repose-âme. Dans la suite de l’histoire, qu’est-ce qu’il se passe avec les hicopampes ? Je lui demande.
Je veux lui montrer que je suis calme et serein et que tout va mieux. Mes larmes sèchent tranquillement sur mes joues et j’ai les yeux qui brûlent encore un peu (et le ventre aussi, il s’amuse à s’embraser comme un fou, ces temps-ci). Mais cette chaleur-là je l’apprécie.
Elle me fait du bien.
Je ferme les paupières, de nouveau. Ne rien voir m’apaise, ça me calme la tête. Ça me fait penser moins et respirer plus lentement. J’essaie alors de caler mon souffle sur les élévations et les abaissements du corps de Simon. J’inspire quand son buste se soulève et j’expire quand il se relâche.
Je crois que ça va mieux.
Ma main libre s’empare des doigts de Simon. Et on doit ressembler à un drôle de tableau, entremêlés comme ça. Mais je m’en fous de savoir de quoi on a l’air. Je veux juste entendre son cœur battre.

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MessageSujet: Re: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Lun 9 Juin - 12:53

J’ai envie de lui dire qu'il est beau et que je serai toujours là tant qu'il me voudra, avec mes mots d'amoureux pour le sauver du chagrin. Je voudrais lui dire que pour moi il est la personnification de l'amour. Pour moi il a commencé avec lui. Il finira à ses côtés. Je voudrais lui dire que je suis sa mère et son frère. Je voudrais lui dire qu'on s'aime et que tant qu'on s'aime y a pas de problème. Et que c'est pas près de changer.
Mais la tempête est passée, l'orage est rangé au placard.
- Merci.
Sa main se perd contre ma joue, ma peau, mon cou, mon épaule, mon omoplate. J’ai le cœur calme.
- Je suis désolé de m’être mis à chialer comme ça. Enfin, je voulais pas le faire devant toi. Mais j’avais le cœur tellement lourd, tellement gonflé de chagrin que ça a explosé à l’intérieur de moi.
Ses mots rebondissent sur ses sanglots répétitifs, sa voix fatiguée d’avoir trop pleuré.
Il me manipule pour me faire tomber sur le dos, sur le lit, fébrile je laisse ses mains me diriger, m’allonger sur l’oreiller. Ma clavicule cueille ses baisers, sa tête se pose sur mon ventre, je la regarde suivre la danse de ma respiration, c’est la plus belle chose au monde. Les mouvements d’Arthur harmonisés avec le rythme lent de ma respiration. Comme si on avait jamais été autant en accord.
La synchronisation de l’amour.
- Dans la suite de l’histoire, qu’est-ce qu’il se passe avec les hicopampes ?
Oh.
Hicopampe-garçon et hicopampe-musclé.
L’histoire de moi et Arthur. Ça me fait drôle sa question, je sais pas si j’ai envie de raconter le futur. Je veux pas dire de bêtises. J’y ai même pas pensé. J’aime trop le présent pour ça. J’aime trop embrasser l'intérieur de son poignet, là où les veines se rencontrent et se marchent par-dessus, j’aime trop passer mon doigt sur ses paupières fermées, sous les halos de cernes, j’aime trop savoir que je pourrais embrasser ses doigts un par un, j’aime trop dessiner le contour de ses sourcils, parcourir la chute de son nez, faire le tour de sa bouche de mes lèvres à moi. J’aime trop. Tout ça. Pour penser à autre chose. Ce serait malpoli d’avoir l’esprit ailleurs.
« Et puis tes larmes, et puis tes bras. »
Mais bon puisque tu demandes.
Tes désirs sont mes plaisirs.

- Je sais plus où on s’était arrêtés … À attendre j’crois. Hicopampe-garçon qui attend. Finalement, il a pas attendu tant que ça, il a eu de la chance. Peut-être que c’était le goût du vent ou l’alignement des étoiles, mais un jour, hicopampe-musclé, il a décidé que même si normalement il aimait pas les garçons hicopampes, il pouvait bien aimer hicopampe-garçon, au moins. Parce que je sais pas si je te l’ai dit mais hicopampe-musclé il a toujours préféré les filles hicopampes avec leurs écailles pailletées et tout ça. Donc voilà. On peut dire qu’hicopampe-musclé et hicopampe-garçon s’appartiennent un peu. C’est comme ça, en langage océan, qu’on dit que deux hicopampes sont des- des amoureux. Hicopampe-garçon, il commence à pouvoir mettre des sensations, des saveurs, des souvenirs sur l’adjectif « heureux ». Parce qu’hicopampe-garçon, il est né au fond d’un tunnel, ou d’un puits, et là enfin sa prison s’ouvre sur la vie, il entrevoit le bonheur. Pour la première fois de sa vie, il peut à peu près dire quand est-ce que les choses iront mieux. Et tout ça c’est grâce à hicopampe-musclé qui en a fait son premier choix. Quand ils sont ensembles c’est bien. Aussi bien que de s’étirer très fort, le matin, dans son lit, au réveil. Heureusement qu’ils sont ensembles d’ailleurs parce qu’il y a tellement de choses autour d’eux qui tournent carré et triangle. Ils sont pas tout le temps ensembles non plus, parce qu’hicopampe-musclé il doit apprendre à aimer un garçon sans être homophobe de lui-même et qu’hicopampe-garçon il doit apprendre à sortir de son coquillage de temps en temps. C’est à ça qu’ils s’entraînent chacun de leur côté. Ils en font pas des tonnes non plus. Pourtant faudrait être dans le cœur quand ils se retrouvent. C'est frissons à tout berzingue. Frissons quand Arthur bat des yeux, frissons quand Simon tente un sourire. Frissons quand leurs doigts se trouvent sans faire exprès. Frissons qui viennent et qui s'en vont. Simon, ça lui fait toute une ribambelle de spasmes dans le ventre, on dit que c’est ça, aimer. Il veut pas dire qu’il l’aime pourtant. Ça sert à rien c’est ce qu’il se dit voilà. Arthur, il le sait très bien, d’ailleurs quand il le regarde il est tranquille, il se dit qu’ils ont toute la vie pour se le dire et pour le dire aux autres. Et puis il trouve qu’il y a pas de mots assez nobles pour parler d’eux. Il essaie, il prend des détours et des sentiers un peu compliqués pour trouver les mots. Il trouve qu’aimer et abimer ça se ressemble un peu trop de l’orthographe, par exemple. Tomber amoureux c’est pareil, ça lui convient pas, tomber ça fait mal et ça fait des arcs-en-ciel sur le corps ; lui, eux, c’est pas ça, c’est douceur, c’est du chocolat au lait. Il aimerait bien le dire avec des mots quand même. Juste pour le plaisir de faire jouer les mots dans sa tête. Il doit pas avoir assez de vocabulaire. Faudrait qu’il ouvre un dictionnaire de temps en temps. Comme ça le jour où il voudra le dire, il saura quels mots utiliser pour exprimer facilement son amour. Mais ça va ils ont le temps. Et tu sais, parfois, ils sont au même endroit, et ils se parlent pas. C’est comme un jeu, le jeu de « si je ne te regarde pas, c’est que je t’aime. » Un jour, Arthur il s’en va. C’est la fâcherie du siècle, Arthur contre Simon dans la salle à manger, personne sait pourquoi, pas même eux. Arthur s’en va. Il s’en va « à la ville », c’est ce qu’il a toujours dit, Simon il sait pas où c’est la ville, mais il sait que c’est trop loin pour lui, pour son corps pas assez performant. Ce weekend-là c’est la première fois qu’il envoie une lettre. Il la fait poster par une fille qui passe par là. Une enveloppe rose. Avec dedans, un post-it ou quelque chose comme ça. Et puis sept mots hurlés sur le papier : reviens, je veux te voir, je t’aime. Alors il rapplique direct Arthur. Et puis euh … ça t’embête si à la fin ils se marient et ils ont beaucoup d’enfants ?

CQFD.

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MessageSujet: Re: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Mar 10 Juin - 8:30

Je crois qu’il est doué pour les histoires. Il raconte bien. La tête posée sur lui, je l’écoute. J’ai l’impression d’être un enfant à qui on lit des contes pour qu’il s’endorme. Je me sens infiniment calme. Toute la colère-tristesse cette enfuie. Je crois que ça m’a fait du bien de pleurer un peu et d’avouer que ça n’allait pas vraiment. Si je ne l’avais pas fait, je crois que je me serai jeté par la fenêtre ou quelque chose de pas très joyeux.
Même si cette nuit son histoire n’a pas grand-chose à voir avec un conte, pas d’il était une fois, pas de dragons ou de princesse à sauver. Mais seulement l’histoire de nous deux. Sauf que dans cette version, on vit dans l’océan. On vit dans l’océan et on se ressemble beaucoup avec nos corps courbés et enroulés.
Et Simon se met à remplacer les hicopampes par nos prénoms. Il dit que tomber ça fait des arcs-en-ciel sur le corps. Je trouve que dire arcs-en-ciel sur le corps c’est plus joli que de dire bleus, ecchymoses, hématomes, contusions. Ça fait moins mal un arc-en-ciel, et puis ils apparaissent que quand il fait un peu soleil et un peu pluie. La météo parfaite.
Il me demande si ça m’embête le mariage et les enfants. Un peu, je dis. On n’a pas besoin de tout ça, c’est pas nécessaire à la vie. Et puis les enfants… Dans la logique je pourrais pas en avoir, de toute façon. Et puis j’aurais trop peur d’être la copie de ma mère. Et me mettre à boire et leur taper dessus, leur balancer des objets à la tête et leur flanquer la trouille de leur vie. Je pense que je serais un bien trop mauvais père. Je sais déjà mal m’occuper de moi et des autres, alors de mes propres enfants… Ça me semble inimaginable et insurmontable. Simon il serait bon, comme père. Je l’imagine plein de bonnes intentions, de sourires, de cadeaux. Il inventerait un tas d’histoires en rapport avec la vie qu’il leur raconterait le soir. Et puis il les emmènerait au parc d’attraction. Je crois qu’il les emmènerait partout avec lui, même au boulot. Parce qu’il aurait peur que ses enfants ne découvrent jamais le monde. Simon il va le découvrir tard, le monde, beaucoup trop tard.
Et puis de toute façon on est trop jeunes pour parler de ça maintenant. Qui nous dit que dans dix ans on se connaîtra encore ? Peut-être qu’il va se mettre à aimer les filles, peut-être qu’on sera fatigués de se voir. Peut-être que l’amour sera mort. Effacé, oublié. Je ne crois pas en l’amour éternel. Je me dis que ce sentiment n’est pas éternel. Parce que oui, on s’aime. On s’aime fort, on s’aime plus ou moins bien mais on se lasse. On se lasse toujours. On se lasse d’un visage, on se lasse d’un corps. Et puis un jour on s’entend plus. On veut plus écouter l’autre, on l’ignore carrément. On dit oui, on dit non. Parfois on dit rien. Parce qu’on sait plus quoi se dire, on a trop parlé.
On se connaît trop donc on ne s’aime plus.
C’est comme ça que ça marche. Et je crois être lucide quand je pense ça. Je vais demander l’avis de Simon. Tu crois qu’on peut aimer toute la vie jusqu’à la mort sans jamais s’essouffler ? S’il me répond oui, je ne le croirai pas. À moins qu’il use de preuves et d’arguments infaillibles et ultra-convaincants. Ça me paraît trop beau, trop idéal, trop utopique pour que ça puisse exister.
Je vais m’allonger à côté de lui. Flanc contre flanc. Je pose mon visage dans la paume de ma main et avec mes doigts de libres je dessine des cercles sur le ventre de Simon, autour du nombril, sur les côtes saillantes, etc.
Il est doux.
Je trouve.
Je me sens à l’aise. Beaucoup plus que dans le garage à vélo ou alors quand on est dans la même pièce mais qu’il y a du monde autour de nous et qu’on n’ose pas se regarder. Là c’est plus facile. C’est plus naturel. J’ai moins peur. J’ai pas la boule au ventre. Maintenant la boule elle s’est transformée en un feu, un feu qui brûle suffisamment fort pour nous deux.
Dis, tu vas faire quoi quand tu vas sortir d’ici ? Où tu voudras aller vivre ? Et est-ce que tu aimerais travailler ? Tu veux un chien pour vivre avec toi ? Je ne dis pas nous. Parce que je sais pas quand il voudra partir. Quand moi je vais partir. Et si je pars avant lui, est-ce qu’il viendra avec moi ? Est-ce qu’on vivra ensemble ? Est-ce qu’on continuera à se voir ?
Il faudrait que je l’emmène sur un manège. Et dans un café. Et au cinéma aussi, c’est important qu’il aille au cinéma.

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MessageSujet: Re: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Mar 10 Juin - 10:14

Je sais pas pourquoi c’est toujours moi qui raconte des histoires, moi qui ai vu le moins de choses dans la vie, moi qui ai le plus de mal à batailler avec les mots. Peut-être que je fais bien ça. Je m’en suis racontées tellement, des histoires, depuis que je suis petit minuscule. Des histoires que, parfois, je devais être le seul à comprendre. Des histoires où je suis le héros. Je me berce d’illusions depuis dix-sept ans. Des histoires où je rencontre mes parents, des histoires où je cours sur le monde, des histoires, des rêves.
Je regarde Arthur dans mes bras.
C’est comme l’accomplissement d’une vie, la mienne.
Arthur.
Arturbulent, Arturquoise, Arturbo, Arturlupiner.
Arthur et Simon.
Arthur et Simon ça va bien ensembles, même si Simon ça fait un peu con.
Arthur et Simon, nous, je pourrais pas l’expliquer. J’essaie, pourtant, avec des histoires à la pelle, nous deux maquillés sous des traits d’hicopampe. C’est pas facile, je trouve, de dire Arthur et moi. Il faudrait de nouveaux mots pour parler de nous. Comme on invente des noms aux étoiles ou aux planètes. Il faudrait ça. Je me sens pas d’utiliser les mots de tous les jours pour nous raconter. Il faudrait un tout nouveau dictionnaire. Et puis un dictionnaire réservé rien qu’à nous. Un dictionnaire pour dire comment on s’aime et comment on se regarde, comment on se prend la tête mieux que les autres, plus beau que les autres, et comment on se réconcilie deux secondes plus tard sur une histoire sous-marine.
Ou quelques larmes.
Arthur il bouge plus sur mon ventre. Si ça se trouve il dort.
Si ça se trouve il fait un blocage sur les mots ENFANTS et MARIAGE.
J’en étais sûr, de ça, j’en étais aussi sûr que demain le soleil se lèvera à peu près à six heures. Il dit un peu. Un peu que ça le gêne. Un peu que je m’en doutais, mais je savais pas comment terminer l’histoire. Alors j’ai copié sur les autres. Il dit c’est pas nécessaire à la vie. Moi qu’est-ce que j’en sais. Rien. Peut-être des parents. Des parents c’est nécessaire. Moi qu’en ai pas eu je sais que c’est nécessaire et si j’en avais eu, je serais pas autant de travers. C’est un peu pareil pour Arthur et sa maman. Pour cette raison précise il faudrait peut-être pas qu’on ait des enfants, Arthur et moi. Surtout ensembles. Surtout que c’est pas possible. On les oublierait à l’école, on les oublierait à la boulangerie. Et puis je veux personne pour se mettre entre nous. Je veux pas d’un troisième cœur.
Arthur c’est mon équilibre.
Mais fragile.
- Et puis de toute façon on est trop jeunes pour parler de ça maintenant.
Arthur est-ce que ça veut dire qu’on en parlera plus tard ?
Qu’on sera ensembles plus tard ?
- Tu crois qu’on peut aimer toute la vie jusqu’à la mort sans jamais s’essouffler ?
La colle.
La question piège.
Il roule sur le côté, il bouge tout le temps Arthur, jamais il s’arrête, ça me donne le vertige, et en même temps c’est une danse que j’aime bien, de plus en plus, Arthur qui me prend la main et qui la lâche, Arthur qui se perd dans mes bras et puis qui me rend ma liberté. Mon nombril tremble sous son doigt qui l’encercle une fois, deux fois, mille fois.
C’est drôle.
Son doigt fait le tour de mon nombril.
Et lui, il fait le tour de mon monde.
Arthur Monde.
- Je sais pas, moi. J’avais jamais aimé avant-
(toi.)
- Je verrai bien.
On.
On verra bien. Hein ?
- Dis, tu vas faire quoi quand tu vas sortir d’ici ? Où tu voudras aller vivre ? Et est-ce que tu aimerais travailler ? Tu veux un chien pour vivre avec toi ?
J’aime bien ses questions qui essaient de faire le tour de ma personne. Moi aussi je pourrais lui en poser des milliers. Il y en a tellement et parfois je les oublies dans un coin ou dans un placard, sous le piano ou dans une casserole. Il y en a qu’il se pose lui aussi, alors celles-là je les garde pour moi parce que réfléchir à deux ça donne pas forcément une réponse. Ça peut même donner de la dispute. J’en ai eu assez pour ce soir de la dispute. J’aime bien ses questions sur moi parce que y en a que je me suis jamais posé. Avec des mots que j’utilise quasiment jamais.
Sortir.
Vivre.
Travailler.
Je lui caresse la main pour préparer le terrain.
Je la promène et je la fais briller dans la lumière timide de la lampe de chevet. Ça ricoche entre ses doigts. Sans avoir peur je la pose contre mon cœur, contre mon torse, et je la laisse se reposer ici. Tas de mains - la sienne, puis la mienne - par-dessus mon palpitant pour lui tenir chaud, pour résister à l’hiver qui persiste malgré le mois de juin entamé.
- Tu sais, je, … J’suis bien ici moi à l’endroit, même si je suis un peu à l’envers. Y a mille choses à voir et à faire. Le ciel par exemple. Le ciel, jamais il a la même tête suivant ses humeurs et ses malheurs. Et il est partout le même alors pourquoi j’irais voir ailleurs. C’est une vraie question. Comment tu me le vendrais, le monde extérieur ? Comment tu me le vanterais si tu devais me persuader de sortir et d’aller travailler et d’avoir un chien ? L’autre jour je suis venu parce que … Parce que t’étais devant. J’aurais jamais franchi ce portail si t’avais pas ouvert la voie, je …
Je sais pas.
Quoi faire de moi.
Si lui ne veut pas être là.
Je soupire.
J’en ai marre de parler de ça, j’en ai marre d’y réfléchir, je voudrais qu’Arthur ou que quelqu’un, un magicien, me dise : tu vas sortir, tu seras avec telle personne, et ta vie ce sera comme ci, comme ça, je voudrais qu’on me donne des règles, des lois à suivre, je suis obéissant, je ferai tout bien comme il faut. Mais je veux pas devoir choisir. Et devoir assumer ma réussite/mon échec dans le monde de dehors.
- Arthur, tu serais comment si t’étais une fille ?
Est-ce que tu serais aussi grande ? Est-ce que tu aurais autant l’air d’une fée ? Est-ce que tu serais bagarreuse ? Est-ce que tu serais là ? Est-ce que tu parlerais comme ça ? Est-ce que tu serais amoureuse de moi ?
Des questions à l’infini je vous ai dit.

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MessageSujet: Re: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Mer 11 Juin - 8:29

Il répond à ma question par un je sais pas. Parce qu’il n’a jamais aimé avant. J’aimerais lui dire t’inquiètes pas, moi non plus. J’ai toujours aimé pour de faux avant toi. J’avais jamais connu cette espèce de feu qui ronge le ventre de façon délicieuse ou la tête qui tourne un peu, le cœur qui vole très haut. Le corps et le cœur qui parlent ensemble et qui désirent ensemble. C’est ça le vrai amour, je crois. C’est aussi être capable de silence sans trouver le vide de mots gênant.
Il y a des milliers de preuves.
(Je crois.)
Il prend ma main et la pose sur sa peau, juste au dessus du cœur. Je ne le sens pas battre mais je sais qu’il est là, à quelques centimètres au dessous et je sais qu’il s’agite paresseusement pendant qu’on parle de plus tard, d’avant et de maintenant.
Et puis il me dit qu’il est bien ici, à la « maison ». J’esquisse un sourire pâle qu’il ne voit pas. Il me dit que le ciel est pareil partout alors pourquoi aller voir ailleurs. J’avoue que j’ai un peu de mal à suivre son raisonnement. Je vois pas ce que le ciel vient faire dans le travail et dans le futur. Et il dit que l’autre jour il est venu parce que j’étais devant. Je sais très bien qu’il ne serait pas allé tout seul à l’extérieur. Il est trop habitué à être confiné à l’intérieur, loin des dangers, loin des voitures qui roulent trop vite, loin de la maladie, des gens pas fréquentables, de toutes ces choses qui pourraient sûrement l’effrayer.
Mais tu peux pas vivre ici toute ta vie. Moi je pourrais jamais rester ici toute ma vie. Tu vois je suis là parce que j’ai besoin d’une pause, j’ai besoin qu’on me laisse respirer, dormir, j’ai besoin qu’on me laisse vivre sans que j’aie à souffrir. Je suis là parce qu’il faut que je guérisse. C’est pas une question de comment est le ciel ici ou au Pérou. À l’extérieur, il y a des milliards de choses à faire. Tu as déjà voyagé ? Si tu sors tu pourras voyager. Tu pourras aller où tu veux en prenant le bateau, le train, l’avion, la voiture. Tu pourras passer ton permis et arrêter de monter sur des vélos. Tu pourras aller dans un parc d’attractions, au cinéma. Tu pourras aller à l’école. Tu pourras aussi avoir ta propre maison et vivre sans règle. Acheter les vêtements que tu veux, cuisiner ce que tu veux manger. Tu pourras aussi aller dans un bar ou en boîte et danser avec des gens, rencontrer du monde. T’es pas obligé d’avoir un chien, tu peux avoir un chat ou un cheval ou des poissons peu importe. Mais tes passe-temps ne se limiteront pas à sortir en douce ou à faire du vélo ou aux thérapies de groupe ou à lire dans la bibliothèque ou jouer du piano ou parler avec les pensionnaires. Tu n’imagines même pas toutes les limites qu’on nous impose quand on franchit ce portail pour décider de vivre pour un temps à l’endroit.
Je marque une pause. Je crois que je ne peux pas être plus convaincant que ça. Il peut pas vivre comme ça éternellement. C’est tout bonnement impossible. Ou alors c’est juste moi qui suis incapable de m’adapter suffisamment longtemps à un environnement et qui a besoin que ça bouge sans cesse dans ma vie.
Peut-être que j’ai été habitué à un mouvement éternel, aussi.
Depuis le début.
Puis Simon me demande comment je serai si j’étais une fille. Je fronce les sourcils un instant. Mmh, je dis. C’est l’interjection de la réflexion.
Si j’étais une fille, ça me donnerait l’occasion de me refaçonner. Alors je pense que je serais moi mais en mieux, avec moins de défauts. J’espère que je serais suffisamment jolie pour pas vivre seule toute ma vie. Je pense que je serais plus gentille, moins compliquée. Je mettrais des robes avec des baskets. Pour montrer mes jambes mais tout en restant à l’aise et pour pouvoir fuir sans risquer de me tordre une cheville. J’aurais des cheveux très longs, aussi. Qui tombent presque en bas du dos. Ils seraient blonds et mes yeux auraient la même couleur que maintenant. Un peu bleus gris, là. Je pense aussi que je traînerais avec une bande de garçons et qu’ils seraient tous amoureux de moi et que je serais amoureuse d’eux tous aussi. Ce serait un peu compliqué mais on se fâcherait pas tellement. Parce que ce serait comme ça depuis toujours.
Je me tais.
Il m’a un peu pris au dépourvu avec sa question. Et c’est pas tellement évident de se mettre dans la peau d’une fille. Toujours est-il que je voudrais jamais être comme celles avec qui je suis sorti. C’étaient pas des modèles pour moi.
Et toi, Simon, comment tu serais ?
De toute façon moi ça m’arrange que ce soit un garçon, il peut pas être autre chose. Faut surtout pas.

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MessageSujet: Re: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Mer 11 Juin - 19:35

Je veux ses mots pour voyager un peu. C’est mon plus beau mode de transport. Je voudrais qu’il me raconte une histoire lui aussi pour une fois, que je me mette à rêver sur ses phrases. L’histoire d’Arthur qui était une fille. Mais non, non il parle du dehors, il dit que c’est le bien, en gros c’est ça qu’il dit.
Parc d’attractions, cinéma, bar, boîte de nuit, on sent le goût de la vie et de la ville dans sa bouche, c’est presque beau, ça ferait presque pas peur. Il décrit bien la vie, Arthur, trop bien la vie, c’est que parfois j’oublie qu’Arthur avait une autre vie. Avant ça avant l’endroit avant moi. Même quand je le console de sa mère mal-aimante j’ai du mal à y croire, comme si c’était que des histoires.
Parfois, c’est Arthur, qui oublie.
Que moi je suis pas ici pour me réparer.
Que moi je suis ici, c’est tout.
Que moi ça me fait mal la vie, même à distance. Je me sens pas de l’affronter. J’ai déjà parfois du mal entre mes quatre murs. Je suis tombé pleins de fois de la balançoire avant d’arriver à en faire correctement et l’océan a voulu m’engloutir plusieurs fois. Imagine la vie. Imagine le désastre. Alors je sais faut pas partir perdant. D’accord, d’accord mais avec Arthur pour crier :
Haut les cœurs.
Arthur, Arthur, justement.
- T’imagines pas comment ça me terrifie ce que tu me dis, les avions, les voitures, ça … C’est pas possible et puis … Quand tu parles tu dis jamais nous tu dis toujours, toi, moi, ça veut dire qu’un jour on partira mais ce sera pas en même temps, pas ensembles ? Ça tu vois ça me fait peur, tu peux pas me dire, sors, c’est beau, c’est bien, et me regarder faire. C’est … Je suis pas capable de me débrouiller tout seul, je peux pas me débrouiller, je sais même pas comment ça s’écrit.
Peut-être avec des l, des ailes.
Deux ou trois pour voler assez haut.
Me débrouiller, me débrouiller avec des ailes mais sans Arthur. C’est une blague. C’est une farce et c’est pas possible. C’est passé où tes promesses de m’emmener (par)courir le monde Arthur ? Allons tu le disais la semaine dernière, tu dis quoi maintenant ? Il est peut-être là près de mes bras mais je sais pas. J’ai l’impression qu’il veut me jeter dans le monde.
Et puis j’ai envie de crier un peu.
J’ai envie de dire mais qu’est-ce que tu crois ? Ça te dirait, toi, de passer cent ans au même endroit ? Évidemment que j’ai envie de sortir un jour, demain tiens ! Évidemment que je veux me confronter au bruit des voitures et à l’immensité des avions ! Évidemment que je voudrais un poisson rouge mais putain j’aurais trop peur de pas être assez bien pour m’en occuper, de le tuer au bout de deux jours. J’ai envie de voir l’été se transformer en automne sur les trottoirs, et puis l’automne mourir pour laisser sa place à l’hiver. J’ai envie qu’est-ce que tu crois ! Avant toi j’y avais jamais pensé mais depuis ça me hante, et si là tout de suite tu me disais on se casse. On se casserait. J’ai envie, qu’est-ce que tu crois …
Mais seulement si t’es là.
Je sais pas si j’ai envie de la voir, la beauté de l’extérieur, si t’es pas là.
Sans toi, je suis même pas assez bon pour le monde.
Mais je parle pas, je parle rien.
Je ferme les yeux pour me calmer.
Me retrouver.
Quand je ferme les yeux il me manque, je devrais peut-être arrêter de les fermer. Les garder grand ouverts jusqu’à ce que j’en sois plus capable. Chaque mouvement qu’il a est un miracle. Doigts qui craquent, yeux qui se plissent de sourire, bouche qui se mord. Je veux pas en perdre une miette. Au cas où il voudrait s’en aller. Me laisser m’empêtrer dans mon futur.
Arthur.
Non mais Arthur putain.
Je veux pas devenir un souvenir, une cicatrice, un point de côté, un bleu, une marque, un rappel. Je veux être quelque chose qui reste. Je veux être quelqu’un qui reste. Je veux pas être seulement être le garçon qui lui a appris à aimer les garçons, le premier dont il se souviendra pas quand il y en aura eu dix autres. Je veux être là assez longtemps pour voir ses cheveux se colorer de blanc, son visage se transformer sous la vieillesse, ses idées évoluer avec le temps.
Peut-être que je suis débile.
Après tout.
Peut-être que c’est pas ça, la vie.
Et puis je lui dirai jamais, tout ça, à Arthur. Je le laisserai partir quand il le voudra, quand il le demandera, et je m’en mordrai les doigts. Pendant à peu près dix mille ans.
J'ai mal. Partout. Une gueule de bois me monte à la tête.
Je me retourne sur la hanche pour le regarder, j’ai envie de le voir pour lui dire la chose suivante :
- Depuis combien de temps on se connaît tu crois ? J’ai oublié. Mais déjà je pourrais plus me lever le matin si t’étais plus là, tu … T’es ma famille.
Et puis, pour répondre à une question qui s’est perdue dans mes pensées sombres et upside down :
- Si j’étais une fille, tu m’aimerais ? Et tout ce qui va avec ?
Que je sache si ça vaut le coup.

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MessageSujet: Re: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Ven 13 Juin - 19:17

Il me dit que quand je parle je dis jamais nous. Ça me fait un peu grimacer. Moi je peux pas me projeter et me dire dans dix ans je serai avec toi, dans dix ans on vivra ensemble dans une grande maison, je ferais tel métier et toi tu feras ça. On sera tellement heureux, on dégoulinera de bonheur. Notre amour sera toujours intact, comme aux premiers jours. Et on aura toujours ce frisson au ventre lorsqu’on s’effleurera par accident. On aura toujours ces sourires un peu timides et incertains sur nos bouches. J’aurais parfois des excès de tendresse. On dormira toutes les nuits dans le même lit en se serrant l’un contre l’autre, très fort. Nos corps tomberont amoureux l’un de l’autre et on s’aimera sans se fatiguer, sans se lasser. Nos futurs (notre futur) auront des airs de toujours. Immortels. Bien sûr que j’aimerais penser ça, bien sûr que j’aimerais une vie où on se repose dans les bras de l’autre et où on se laisse bercer par le temps qui coule. Comme sur un oreiller, comme dans un lit. Mais non. Non, c’est impossible. Je suis trop lucide, trop rationnel pour ça. Je ne peux pas esquiver l’idée d’une séparation, d’un au revoir. D’un adieu. Puis Simon il trouvera sûrement un gars mieux que moi. Un plus grand, un plus beau, un plus gentil, un plus doux, un moins cassé. Pas un moins que rien, un moins que pas grand-chose. Pas moi.
Mais c’est pas grave.
Il a le droit.
Il sera pour moi le souvenir d’une beauté infinie et d’un repos immense. Le genre de souvenir qui apaise et qui blesse le cœur à chaque fois. Je pourrais jamais lui en vouloir de quelque chose. Il est trop… trop tout. Il a tellement fait. Il aura été patient et généreux (et il sera encore pour les semaines/mois à venir). C’est tellement un beau garçon. Beau de l’âme. Beau du cœur.
Simon.
À un moment il se tourne, il se pose sur son flanc et il me regarde. Moi je me contente seulement de tourner la tête vers lui. Je sens qu’il va me dire un truc important. Il me demande depuis combien de temps on se connaît et me dit qu’il pourrait plus se lever le matin si j’étais plus là. « T’es ma famille. »
Oh.
Oh.
Ça me fout des frissons dans les veines et dans le cœur. Ça s’agite sous ma peau et dans mon ventre. Sa voix déborde de sincérité et moi ça me tue. Voilà pourquoi je pourrais jamais lui en vouloir. C’est pour ça. Pour ses attentions délicates, pour tout ce qu’il dit et ce qu’il représente. Je prends son menton dans mes doigts et j’approche mon visage du sien. J’embrasse sa bouche avec toute la tendresse du monde. J’y mets un peu de force – la force des sentiments. J’aimerais lui dire t’es mon amour, Simon. T’es mon amour, le premier.
Peut-être le seul.
Avec le pouce, je caresse sa joue. J’ai des envies de tendresses.
Il me demande si je l’aimerais si il était une fille. Je le regarde avec des yeux un peu gros et je laisse tomber ma main sur le matelas.
Quoi ? Non. Je marque un temps d’arrêt. Enfin si, mais non… Je t- je t’aime comme ça pas autrement. Je t’aime avec ton corps, avec ton visage, je t’aime parce que tu es un garçon. Si t’étais une fille… Ce serait pas comme ça. Ou alors ce serait pour de faux. Ce serait pas toi. Ma voix bute sur les je t’aime.
J’aime Simon parce qu’il n’a pas de seins. J’aime Simon parce qu’il ne met pas de jupes ni de robes ni de maquillage ni de talons. J’aime Simon pour la forme de son corps et parce que mon esprit est amoureux du sien et que mon corps le désire. J’aime ses cheveux courts, ses épaules larges, ses mâchoires carrées, ses mains de garçon.
Je pense pas que je t’aurais remarqué si tu avais été une fille. Je tente un sourire. Un peu maladroit, un peu bancal (comme moi).
Je fais courir mes doigts sur l’esquisse de ses côtes, le creux de sa taille puis la bosse que forme l’os de sa hanche. Je recommence à plusieurs reprises, comme si j’essayais d’allumer un feu. Il faut sans cesse que j’occupe mes mains. Je peux pas les laisser reposer là. Et j’ai envie de le toucher. Je veux sentir la chaleur de son corps, de sa peau. Je veux sentir le feu de sa bouche et de ses mains. C’est un besoin impérieux, presque primitif.
Je crois que c’est ça l’amour.
Savoir que l’autre est là. S’assurer qu’on l’entend respirer, que son corps brûle encore et que son cœur bat toujours. C’est le toucher pour savoir qu’il existe, qu’il ne va pas s’évaporer ou disparaître dans la nuit. S’assurer que ce n’est pas un rêve ni un mirage. Pouvoir palper son visage, son ventre, ses cuisses. Pouvoir le sentir bouger et vivre. C’est peut-être aussi vivre dans une espèce d’angoisse obsessionnelle. C’est un tas de choses.
Je remue un peu pour m’approcher encore plus de lui.
Je prends son visage entre mes mains.
Tu m’aimes comment ?
Je lui demande. Tu m’aimes avec tes os, avec ton cerveau, avec ton cœur ? Tu m’aimes avec les mots, avec les gestes ? Tu m’aimes comme un frère, un amant, un jouet ? Tu m’aimes comme ton vélo rose ou tu m’aimes encore plus ?
Moi je crois que je t’aime mal.
Je t’aime avec des coups de poings, des coups de tendresse. Je t’aime en pleurant.

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MessageSujet: Re: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Sam 14 Juin - 19:36

Il m’embrasse.
C’est qu’un verbe conjugué à la troisième personne du singulier, le « il » représentant Arthur, le « m » me montrant du doigt. C’est que ça. Mais c’est tout. C’est une tornade. C’est un cadeau. C’est un concert de lumières. C’est la machine à laver dans mon cœur. C’est pas juste il m’embrasse, c’est tout une ribambelle d’autres choses qui vont avec.
Ça excuse le nous.
Enfin l’absence de nous.
Avec ce baiser, avec sa main qui caresse ma mâchoire trop bien dessinée pour être celle d’une fille, il dit non. Non, si j’étais une fille il m’aimerait pas. Il le dit même de sa voix essoufflée d’amour. Il dit je t’aime (avec ton corps, avec ton visage, mais ça c’est second plan), et même qu’il a trébuché sur les premières syllabes, premiers pas dans l’aventure, mais faut pas lui en vouloir. Arthur, il trouverait plus facile d’être dans un labyrinthe et de chercher la sortie que de dire je t’aime à quelqu’un (à moi). C’est pas qu’il veut pas, c’est qu’il peut pas. Une histoire de « v » et de « p ». Pas facile pour moi.
Et pourtant. « Je t’aime ».
Il l’a dit. Il me l’a dit.
Il a trouvé l’échappatoire au labyrinthe.
C’est un battant Arthur le gros dur. Je t’aime parce que tu es un garçon il a dit. J’ai jamais été aussi content d’être un garçon, d’être une personne et un garçon. D’être Simon.
- Si tu m’aimais pas, je m’aimerais pas non plus.
C’est comme dire je t’aime.
Mais avec plus de mots.
Arthur c’est facile d’y croire sur le moment, ses doigts qui suivent les bords de mon corps comme s’ils cherchaient un quelconque précipice. C’est facile de croire à ses baisers quand ils courent sur nos bouches. C’est facile de croire à ses mains qui couvrent les deux côtés de mon visage pour m’obliger à le regarder alors que je débrouille très bien tout seul. Mais tout à l’heure dans mon lit. Ou demain matin au petit-déjeuner. C’est pour ça qu’il faut jamais qu’il parte (sans moi). Je m’accuserais d’avoir tout inventé.
C’est pas bien.
C’est bien.
- Tu m’aimes comment ?
Tout le sérieux du monde est dans ses yeux. Il sait que je l’aime, il veut juste que je lui explique comment je suis amoureux de lui, c’est une déclaration d’amour forcée et moi je suis très content, très content vraiment, j’aime bien qu’on m’arrache de si jolis mots de la bouche. Est-ce que je sais comment je l’aime ?
Je sais comment je suis « tombé amoureux » de lui.
Le problème c'est que je ne veux pas tomber amoureux.
Non comme j'ai dit tomber ça fait mal ça fait des couleurs sur le corps. Je veux m'élever amoureux, voler amoureux, éclore amoureux, résister amoureux, je veux voler amoureux d'Arthur, ça c'est mieux.
(C'est même déjà fait)
Tomber amoureux c'est trop « tomber malade ». Et l'amour, c'est pas une maladie contrairement à ce qu'on dit dans les livres et dans les films pour désespérer un peu plus les amoureux. L'amour, Arthur, c'est une injection de bonheur. Je tiens sa main dans la mienne et ma tête se tourne vers la sienne, on tombe presque nez à nez, bouche à bouche. Je veux être au plus près de lui pour lui parler, lui répondre.
- Je t’aime avec les tripes.
Et là peut-être que c’est l’heure (quatre heures, matin, quatre heures de la nuit) ou l’alcool qui me remonte au cerveau mais je ris. Je ris au plafond. Je ris pour l’image que ça donne dans la tête. Moi qui aime avec des tripes. Je la vois l’image dans ma tête. Et c’est pas romantique.
- Enfin … C’que j’veux dire c’est que je t’aime avec le ventre, avec de la force, c’est un peu un combat mais du genre beau et qu’on a plus que tout envie de gagner. Je t’aime avec tout c’que j’ai, tout ce que j’peux. Et quand tu feras tout pour que je te déteste, parce que je sais qu’un jour ça t’passera par la tête, je résisterai et je t’aimerai.
C’est facile à glisser les « je t’aime », facile sans faire attention parce qu’ils sont poursuivis d’autre chose. Un jour, je lui dirai un je t’aime tout nu sans rien derrière mais pas ce soir, j’ai trop bu. J’ai très hâte.
- Toi, tu m’aimes de mieux en mieux.
Et il faut jamais t’arrêter.
Moi aussi j’ai la bougeotte soudain. Des fourmis dans le cœur. Et un stimulant à la timidité. Tout ça c’est peut-être la fatigue, je pourrais faire n’importe quoi, courir un marathon. Paradoxe. J’ai la bougeotte et je finis sur lui, complètement sur lui un bras qui fait le tour de lui sur son ventre, la tête sur son cœur mais sans l’étouffer, les jambes mélangées aux siennes comme des pinceaux mal rangés ou trop amoureux. Je sais pas comment j’ai réussi à faire-oser ça. Des restes d’alcool ou une frénésie amoureuse. Je sais pas faire tout ça, être amoureux et savoir respirer pendant les baisers mais faut bien essayer.
Il est à moi, j’ai bien le droit d’oser.
Il est à moi, il me l’a dit.
Vous pouvez pas savoir, vous étiez pas là.
Je le respire. Tout est dans la démesure, je voudrais respirer son odeur jusqu’à ce que mon nez explose, le regarder jusqu’à ce que mes yeux brûlent, le serrer contre moi jusqu’à ce que mon corps craque. On dirait pas, hein ?
Et je me mets à parler-murmurer contre sa poitrine pour que mes mots n’appartiennent qu’à son cœur.
- Pourquoi, Arthur ? Pourquoi les avions ils arrivent à voler aussi haut que les oiseaux ? Pourquoi il y a des accidents de voitures ? Et pourquoi les gens, ils continuent de conduire ? Pourquoi les êtres humains doivent aimer ? Et pourquoi on va en boîte de nuit ? Pourquoi faut pas être homosexuel ? Pourquoi on veut faire croire les enfants au Père Noël ? Comment on arrive à croiser la route des gens on pourrait possiblement tomber amoureux ? C'est de la physique ?
Je crois pas que les réponses m’intéressent vraiment, mais les « parce que » d’Arthur, si. Sa façon d’expliquer le monde. Sa poésie en bagarre.

Sorti de nulle part je me demande comment ce sera quand on fera l’amour.
Je crois que c’est pas le genre de question qu’on pose.
Parce que c’est pas une histoire de choix de tapisserie.

Nous serons rois demain, mon amour toi et moi.

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MessageSujet: Re: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Sam 14 Juin - 20:42

Il me dit je t’aime avec les tripes. Et puis il se met à rire très fort avec sa tête qui se renverse en arrière et son cou blanc exposé à la lumière de la nuit. Je ris avec lui, je ne sais pas pourquoi, mais je veux accompagner cette cascade de sons qui ne semble jamais pouvoir s’assécher. Mais Simon a raison. Je crois que c’est comme ça que je l’aime. Avec le bide. J’aime la façon qu’il a de m’aimer. Et puis il compare ça à un combat et j’aimerais lui dire oui, c’est un combat. C’est un combat contre la pensée du monde, un combat contre les préjugés. C’est un combat pour lui. C’est une grande guerre contre moi. Contre ce que j’ai été, ce que je refuse d’être. Une guerre contre les filles.
Une victoire pour les garçons.
Puis je sais que je l’aime avec le ventre parce que quand je le regarde ou quand je pense à lui ou quand lui il me regarde ça se contracte à l’intérieur et c’est presque douloureux. Je crois que c’est la passion. Ça dévore, ça brûle. Là je crois qu’on nage en plein dedans, on se noie un peu, peut-être. Tout tremble. Tremblement de terre de tripes de cœurs de cerveaux.
Il me dit que je l’aime de mieux en mieux.
Merci, je réponds.
J’essaie de bien faire. J’essaie de pas le blesser. Mais aussi de me laisser aller et de le prendre contre moi, de sentir sa peau, de l’embrasser un peu plus souvent, de lui parler, de noyer des « je t’aime » dans la masse des autres mots. J’aime pas cette expression, « je t’aime ». J’aurai tellement aimé qu’on emploie des mots plus beaux, plus grands. Qui sortent de l’ordinaire, qui sont inhabituels. Je te maelström de sentiments. Je te frissonne. Je te ressens. Je t’ai. Je des milliards de choses pour contre envers avec toi.
Puis Simon vient se caler pas contre mais sur moi. Je laisse échapper un soupir-rire. Vous savez, le souffle qui sort par le nez. C’est comme pouffer mais sans la bouche. Mes mains l’entourent et je le remonte un peu pour que son menton tombe contre mon épaule. Et je crois que je regrette d’avoir laissé mon tee-shirt et même mon pantalon sur moi. Pour le coup j’aurai tellement aimé pouvoir lui dire : je te ressens Simon, je te ressens tellement fort. Et peut-être qu’il se comporte ainsi parce que l’alcool qui glisse en lui a fracassé les barrières de sa timidité mais je m’en fous.
Je serre mes bras très fort contre lui.
Tellement fort que j’ai mes muscles qui se tendent et qui saillent sous ma peau. Je l’ai jamais tenu comme ça, je l’ai jamais tenu si fort avec mes doigts qui se plantent dans l’épiderme de son dos. Faut pas le perdre, Simon. Faut que je m’ancre en lui, faut que je le laisse s’envoler mais tout en volant avec lui. Je couvre son épaule/clavicule/cou/oreille de ma bouche. Il me semble que je respire un peu trop fort contre lui.
Il se met à murmurer.
Il pose un tas de questions. Je tâche d’y répondre mais j’en oublie sûrement sur la route.
Tu sais si y’a des accidents de voiture c’est parce que les gens continuent de conduire. Et parce qu’on donne le permis à un peu tout le monde. Moi je l’ai pas le permis mais quand je l’aurai peut-être qu’à cause de moi y’aura des accidents ou peut-être que j’aurai un accident parce que j’aurais pas regardé ni à gauche ni à droite, parce que je roulerais avec trop de grammes dans le sang ou alors parce que les freins marcheraient plus. Et je sais pas si c’est de la physique, j’ai pas été assez bon à l’école pour pouvoir te répondre. Et c’est pas que faut pas être ho-hom-homosexuel mais c’est que les gens jugent ça comme quelque chose d’anormal. Et tu sais moi aussi je trouvais ça anormal et naze d’être pédé. Je veux dire, pour moi c’était inimaginable et j’ai toujours crû que j’aimerais que des filles. Et puis on croise la route des gens qu’on aime parce qu’on les rencontre. Et parce qu’on parle avec eux et qu’on les apprend suffisamment pour s’attacher et tisser des liens. Parfois on devient amis. Parfois on s’aime. On s’aime avec le bide et avec des histoires d’hicopampes, je marque une pause.
(Gorge sèche.)
Puis pour le Père Noël… Je pense que c’est parce que les enfants c’est le rêve. Et créer un type qui leur apporte des jouets sous le sapin c’est cultiver le rêve, c’est continuer à le faire exister. Et puis ça fait rêver les vieux aussi. Ça leur fout les yeux qui brillent et l’émotion au fond du ventre.
La nuit ça me fait parler.
Ou alors c’est Simon et ses questions.
Je caresse son dos. De la nuque jusqu’à la chute des reins. Puis de la chute des reins jusqu’à la nuque. Je crois que je pourrais rester des heures comme ça. Ça me repose vraiment. C’est mieux que de dormir profondément ou de rêver. C’est mieux que prendre un vélo et de passer le portail. C’est mieux que le garage à vélos. C’est mieux que les rues humides la nuit.
Je ferme un instant les paupières.
Malgré la fenêtre ouverte et la brise du soir il fait terriblement chaud. Ça irradie de la peau de Simon. Comme des vagues. Elles s’écrasent contre moi.
Je pousse un peu Simon de façon à le faire rouler sur le dos. Mes genoux se retrouvent de part et d’autre de son corps. Je fixe ses yeux grands ouverts et j’ai mes paumes posées à plat sur lui.
Les mots se bousculent à ma bouche et j’aimerais lui dire je t’aime t’es beau. Et la scène aurait des airs de film sinon de poème. Mais j’arrive pas à le dire, ça se bloque derrière les dents et sous la langue. Je retire alors mon haut et guidé par ce qui semble être l’instinct, j’embrasse chaque parcelle de son buste puis de son visage. Il a la stupéfiante pâleur des statues.
Ça s’agite à l’intérieur.
On dirait une envolée d’oiseaux paniqués.
Mais là, c’est moi qui panique. Je quitte brusquement l’appui de son être et je me retrouve debout sur le plancher, collé à la fenêtre. Les mains qui tremblent. Les yeux qui fuient. Le souffle court. Et ce putain de feu dans le bide qui me supplie d’aimer Simon pendant des heures. Je.. je suis désolé je sais pas ce que je-.
Tais-toi Arthur.

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MessageSujet: Re: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Dim 15 Juin - 12:30

Comment ça sera quand on fera l’amour, moi je peux presque répondre.
Ce sera comme nous.
Un beau tableau de traviole. D’abord, on saura pas gérer l’espace, manipuler nos deux corps et il y en a bien un des deux qui se cognera la tête dans un mur ou quelque chose de cette couleur-là. Mon ventre gargouillera parce que j’aurais oublié de manger, on rira dans nos bras. Ensuite, il y aura le problème de où va quoi et peut-être qu’Arthur s’énervera. Je le calmerai entre mes doigts. Mais ça finira par crier de vérité, crier la vérité : qu’on s’aime au-delà des limites imposées, de l’imaginable, du compréhensible.
Ce sera trop beau pour des mots.
Mon menton plonge dans son épaule, c’est sa faute, c’est grâce à lui. Il me serre contre lui bien fort et je crois que personne a jamais été enlacé si fort que moi par Arthur à ce moment-là. Je crois que c’est quelque chose à écrire dans l’histoire de la vie. Parce qu’on reverra pas ça de sitôt. Ici ou ailleurs. En bonus j’ai droit à toute une kyrielle de baisers du creux de la clavicule à la cachette derrière l’oreille.
Pas de sitôt.
Il parle contre moi. Il parle d’accidents de voiture et dans sa voix c’est de la poésie. Il trébuche sur le mot homosexuel sans se faire mal, il dit aussi que le Père Noël c’est plus un rêve pour les parents que pour les enfants, moi je sais pas, j’ai jamais eu de parents. Ça doit être chouette, des parents qui rêvent, on dirait qu’il y en a pas beaucoup, à moins qu’ils se cachent. En tous cas, la maman d’Arthur, elle a pas des airs de rêveuse. Il parle des gens qu’on rencontre, je préfère dire qu’on se trouve, qu’on s’atteint. Il parle de nous sans le dire :
« On s’aime avec le bide et avec des histoires d’hicopampe. »
Là, j’ai rien à ajouter, à part peut-être un battement de cœur en trop.
Et puis il parle plus du tout.
Et ça me paraît bien comme ça. Sa main joue aux caresses contre ma peau. Je pourrais m’endormir comme ça mais sous le picotement de ses doigts je ne fais que me réveiller, me réveiller encore et encore plus, mon corps réagit par des coups de vitamine, j’essaie de rester calme entre ses bras et de me contenter d’un deux ou trois baisers dans la vallée de son cou. Et puis on roule, tout se bouscule.
La prochaine chose que je vois c’est Arthur.
Arthur sur moi.
Il me regarde de tout là-haut et moi j’espère que j’ai l’air beau. Il a une main sur mon cœur, et l’autre parallèle. Et perpendiculairement à elles, mon corps, moi Simon, encadré par les jambes d’Arthur. C’est irréel et c’est pas le moment de se poser des questions. Il est trop haut, trop loin je trouve, alors quand il tombe en baisers sur moi, torse nu maintenant, je suis soulagé. C’est beau Arthur, t’es beau Arthur. Je suis heureux comme une étoile un jour d’éclipse solaire, prêt à briller vingt-quatre heures pendant que le soleil est parti faire je sais pas trop quoi.
Je suis bonheur.
Mais du genre de bonheur sur lequel on pose pas de sourires. Il y a sa bouche sur moi et mes doigts dans l’or terrible de ses cheveux mais pas de sourire sur mes lèvres demandées par les siennes. C’est un bonheur que je me prends en pleine âme - lui sur moi pour la/une première fois -, c’est tellement beau bonheur que je sais plus quoi dire et penser.
Je
laisse
faire.
Je laisse tellement faire que quand il me quitte je suis même pas capable de le retenir. Je le retrouve appuyé contre le rebord de la fenêtre, les yeux côté chambre mais pas côté Simon, il refuse de me regarder, il grignote quelques excuses. Moi je suis toujours sur le lit perdu entre les draps, relevé assis, j’ai le cœur vertigineux à ne plus rien y comprendre. J’essaie de me calmer, compter les moutons, compter les battements de cœur pour sauter à pieds joints dans cette nouvelle situation.
C’est ça, le combat.
Mais souvenez-vous, souviens-toi : tripes, force.
Je comprends maintenant que quand Arthur commence à couler, il faut pas le laisser faire et faut direct aller le chercher. Je descends du lit, la tête en tournis d’amour je me casse même à moitié la gueule mais je me rattrape à quelque chose qui est dans le passage, un coup de vent, je sais pas quoi. Je vais tout près de lui, au plus près, nos deux torses nus s’embrassent/s’embrasent presque. Je lui prends les deux mains et je le regarde refuser de me regarder, les yeux perdus quelque part où ils n’appartiennent plus qu’à lui.
- Je … je peux faire ça ? Ça va, là, comme ça ?
S’il répondait, ce qu’il ne fait pas, je pourrais même pas voir sa bouche, il est complètement caché de moi, tout ce qu’il me donne le droit de voir, c’est le haut de son crâne, un étalage doré de mèches de cheveux. Alors je vais le chercher là où il se cache loin de moi, dans son cou. Je penche la tête jusqu’à ce que mon front touche son menton et d’un minuscule baiser je l’aide à refaire surface.
Je sais pas trop dans quel état je suis.
Mon cœur bat encore dans tout mon corps.
Mes mains en coupe autour de son visage-pétale-de-fleur l’obligent à garder ses yeux dans les miens. Il est beau il est beau il est beau ça me fait mal quand il est comme ça, ça me fait mal pour moi mais surtout pour lui. J’imagine bien comment c’est le bordel absolument partout à l’intérieur de lui, c’est des non et des oui qui se mélangent et qui arrivent pas à se départager.
- S’il te plaît arrête de te torturer.
Oh Arthur.
Vraiment je l’ai pas vu venir.
J’aurais même pas pu m’en douter.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu voulais pas c’est ça ? Tu pouvais pas ? Mais c’est … c’est pas grave, ça peut attendre. Enfin pas trop non plus … Ça va ça va j’rigole excuse-moi, c’est … Parle-moi s’il te plaît. T’en va pas comme ça, je veux pas que tu fasses ça. Et puis t’excuse pas, jamais, pas pour ça. Je veux juste que tu me laisses m’occuper de toi et tout ça. Tu veux remettre ton t-shirt ?
Je balance mes bras autour de lui et je le prends contre moi, contre mon cœur, il y a tellement de choses que je voudrais lui dire, trop pour qu’il se rappelle de tout, pourtant c’est important, des choses qu’il faut jamais qu’il oublie, surtout quand il est comme ça, fermé comme un coquillage. Je fais un peu le tri, je murmure.
- Ça fait dix-sept ans que j’attends quelqu’un comme toi.
Un roc, un sens à la vie, quelque chose qui a du sens pour me remettre à l’endroit.
- Que je t’attends.
Correction, parce que je veux pas qu’il se mette à croire que ça aurait pu être quelqu’un d’autre que lui. Ça aurait pas pu. Ça aurait planté.
- Je te tremble.

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MessageSujet: Re: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Dim 15 Juin - 14:44

Qu’est-ce que je croyais, d’abord ? Que ça pouvait rouler comme ça, sans problème ? Qu’on pouvait s’aimer sans avoir peur, sans trembler, sans craindre, sans s’effrayer soi-même ? Raté. Je me sens bête et lâche, là, à côté de mon recoin de fenêtre, le souffle un peu court. Et pourtant moi j’aurais aimé qu’on s’embrasse et qu’on s’enlace, je me serais donné à lui sans peur sans lâcheté mais avec franchise et fermeté.
Et puis en quelques secondes il est là, de retour.
Il revient toujours, Simon. Lui il m’abandonne pas, lui il m’oubliera pas à côté de la fenêtre. Il viendra toujours me chercher parce que lui il est gentil. Et puis en plus il m’aime pour de vrai. Avec ses tripes, c’est lui qui me l’a dit.
Mes yeux ils regardent tout sauf Simon. Ils se posent sur les draps défaits puis sur le plancher puis sur mes pieds puis sur le lustre puis sur la fenêtre. Ils volent partout, ce sont eux les oiseaux paniqués. Ils essaient de s’échapper de cette pièce.
Tout ce dont j’en suis sûr c’est qu’il y a le corps de Simon contre le mien, je sens son ventre collé à ma peau. Et j’ai mes paumes contre les siennes et les doigts entortillés avec ceux de Simon. Il est là. Il me laisse pas tomber. Il me poussera jamais par la fenêtre, hein ? Merci Simon. Ça se bouscule dans mon cerveau, j’ai les pensées qui se cognent contre mon front mais qui sortent pas. Une vraie bagarre là-dedans, ça me donne à moitié le tournis.
Oui… oui ça va, j’ai le souffle court.
Je sens ses lèvres qui chatouillent éphémèrement mon visage puis y’a ses mains qui s’en emparent. Je suis obligé de le regarder. Droit dans les yeux en plus. Je me sens comme un con. Moi j’y crois plus quand il dit que je l’aime de mieux en mieux. Mais j’essaie, j’essaie avec rage et avec force. Je veux lui prouver que je peux aller au-delà qu’une main dans un dos et au-delà que mes lèvres sur sa peau. Il me dit d’arrêter de me torturer. J’ai envie de sourire, de rire amer, de rire jaune malade.
Tu crois qu-, je m’interromps. Je veux pas lui parler méchamment. Je veux pas lui dire tu crois que c’est facile, tu crois que c’est évident pour moi de ne pas me torturer ? J’ai quoi, des milliers de questions qui tournent dans ma tête comme des chevaux agités et j’arrive pas à répondre. J’ai des désirs qui me bouffent et j’arrive même pas à satisfaire mon corps parce que j’ai les boules. Parce qu’on m’a fait comprendre des centaines de fois que c’était contre nature, que y’avait pas le droit d’aimer les garçons, qu’il fallait pas être une tafiole… c’est un tas de choses.
Puis ses mains quittent mon visage et entourent mon corps. Alors je me relâche, je me laisse tomber tout contre lui. Il me demande si je veux remettre mon tee-shirt et je fais non de la tête. Le problème c’est pas le tee-shirt. C’est pas toi non plus. Le problème c’est moi… Je dis ça et j’ai la bouche contre sa peau.
C’est pas que j’avais pas envie. Non, j’en ai terriblement envie. Mais c’est juste que je sais pas, que j’ai peur de pas y arriver et que ça se passe mal, comme la première fois, avec la fille. Ça me tuerait de détruire ce qu’on a commencé à bâtir.
Puis j’ai peur aussi. Cette boule au ventre mêlée à l’excitation. C’est trop bizarre, trop brouillon. J’ai le cerveau embrumé par tout ça.
Dans le silence sa voix s’élève doucement et murmure. Ça fait dix-sept ans que j’attends quelqu’un comme toi. Que je t’attends. Je te tremble. Sa voix elle chahute même pas, ses mots se bousculent pas non plus. C’est une ligne pure et droite. Il est encore en train de me mettre son cœur qui bat sur un plateau en argent. Et c’est comme s’il disait tiens, prends-le. Il est tout à toi, garde-le parce que c’est toi qui le fait battre. Le problème c’est que moi le plateau je le regarde mais je le prends pas. Je le laisse tomber par terre et le cœur explose. Je vais le bousiller Simon, je vais le bousiller parce que je sais pas comment faire. Parce que j’ai jamais aimé avant Simon. Parce qu’on m’a jamais aimé avant Simon. Et parce que l’amour on me l’a montré avec des coups de poings, des coups de pieds ou alors avec des paires de seins et des filles laiteuses.
Putain c’est pas l’amour, ça.
C’est quoi l’amour ?
C’est Simon qui me tient dans ses bras et qui me dit que c’est pas grave. C’est son torse bouillant qui fait gémir le cœur dans ma poitrine.
Allez respire Arthur.
Ça va.
Il me donne envie de pleurer avec son cœur sur ce putain de plateau en argent. Il me donne envie de pleurer avec sa sincérité. J’ai l’impression que Simon il est là et il me coupe mes entraves et mes chaînes. Et il me dit vas-y, t’es libre. J’ai les épaules légères et le palpitant qui traîne par terre en même temps.
J’ai le corps qui se secoue un peu contre le sien. Je lui réponds rien. Je sais pas quoi lui répondre et comment lui parler. Mes bras tombés raides le long de mon être s’animent et serrent doucement Simon contre moi. Mes mains remontent jusqu’à son visage et se perdent dans la masse légère de ses cheveux. Puis je le lâche et je quitte son étreinte-carapace.
La fatigue me tombe dessus comme des milliers de coups de marteaux sur les yeux et sur la tête. Viens dormir, je dis. Je lui prends la main et je l’entraîne avec moi sur le matelas. Je fais remonter la couette très haute. J’ai le buste contre son dos et j’embrasse sa nuque en fermant les yeux très fort.
J’ai l’impression d’avoir déraillé.
Comme un train rouillé et fatigué.
Ma main se promène sur son ventre et elle va même s’aventurer sur la courbure de sa hanche puis dans le creux qu’elle forme. Mes jambes se sont entremêlées aux siennes. Je ne sais pas si j’ai attendu ce moment toute ma vie. Je ne sais pas si ça fait dix-sept ans que j’attends quelqu’un comme Simon. Mais ce que je sais c’est que je suis là, que je suis contre lui et que rien ne pourrait me déloger de l’endroit où je me trouve. Je crois aussi que j'ai un peu de gêne au fond du bide.
Mon souffle tombe sur sa peau. Tu veux bien me dire quelques mots avant de dormir ? Des mots qui apporteraient des sacs d’étoiles et de rêves. Des mots en pépite et en or. Ma main repose inerte au niveau de son bas ventre.
Je ferme les yeux pour mieux contenir le feu à l’intérieur de moi.
Tout ce que je sais faire c’est brûler sans éteindre les flammes. Et puis Simon il m’aide pas.
Il m'arrose avec de l'essence.

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MessageSujet: Re: POURQUOI TU M'AIMES PAS   Dim 15 Juin - 19:00

Mon corps a du mal à tout comprendre, l’accès d’amour d’Arthur et puis finalement le rejet qui en était pas vraiment un. C’est mon cœur qui lui explique comme on parle des bébés à un enfant de sept ans (mais moi, j’ai jamais eu cette conversation, bref) : Arthur tu vois il commence tout juste à donner le droit à son cœur d’aimer un garçon, d’aimer moi Simon, et son corps a pas trop suivi le mouvement, son corps, il peut pas m’aimer, pas encore, il faut attendre un petit peu, et même si parfois, comme là, le cœur et le corps se mélangent, ça finit comme ça, ça finit pas, mais ça va venir, faut pas pleurer.
Faut se calmer.
Et patienter.
- Viens dormir.
Nos mains ensembles et nos corps l’un derrière l’autre en trois pas vont jusqu’au lit.
Dans le lit j’ai la tête d’Arthur dans mon cou, un baiser sur la nuque. J’ai nos jambes confondues et une de mes mains dans la sienne, je l’embrasse, c’est tout ce que je peux atteindre de lui. J’aime mon dos qui est amoureux de son nombril. J’aime sa main qui vient effleurer la chute de mon ventre, qui reste là en bas comme ça, comme si elle faisait vraiment rien de mal. Et elle fait rien de mal, elle fait même très bien. Mais c’est une torture magnifique de devoir rester sans bouger. En même temps, si je faisais quelque chose, je ferai quoi. Hein ? Rien. Je sais rien faire d’amoureux.
En tous cas.
Je vais jamais.
Réussir à dormir.
Il se passe trop de choses dans la tête d’Arthur, des questions des remords des colères, je le sens à la façon absente qu’il a de me serrer contre lui, même si c’est fort. Arthur j’ai beau l’aimer pour toutes les choses que je connais de lui, il y a vraiment des trucs qui restent en suspens, en l’air, mystère. Arthur j’aimerais pouvoir le décomposer, le décortiquer pour en comprendre tous les recoins et mieux appréhender, approcher ses frayeurs ses bonheurs ses désirs.
A
r
t
h
u
r
Non vraiment je vois pas. Encore.
Mais Arthur je m’en souviendrai. Moi Arthur je m’en souviendrai. Même quand il m’embêtera. Même quand on se fâchera. Même quand on sera plus là. Même quand il est entre mes bras, je fais marcher ma mémoire. Même quand on se comprendra plus, quand on s’aimera plus, quand on se sera perdus de vue.
Même quand je serai mort.
Je me souviendrai pour toujours de ses mots, de ses gestes, de nous corps à corps, cœur à cœur, bouche à bouche, des bleus qu’il s’est faits, qu’il m’a faits, les métaphoriques et les vrais, ses sourires qui font concurrence au soleil et à tout ce qu’il peut y avoir de beau sur cette planète, sa façon d’aimer. Mais le monde. Est-ce que le monde se rappellera d’ARTHUR ? Comme il a essayé de le casser et qu’Arthur a recollé ses propres morceaux, comme il a voulu l’empêcher d’aimer les garçons et qu’il m’a quand même aimé, moi ?
Je crois pas.
Le monde se souvient de rien ni de personne. Il fait pas d’effort. Ça me tue. Mais c’est peut-être aussi pour ça que je suis là. Le monde se souvient de rien ni de personne à moi qu’on l’y oblige, qu’on le mette devant le fait accompli. À moins que moi sur Arthur j’écrive des milliers de poèmes, de chansons, que je le fasse jouer dans des films. Que je le grave dans la peau de la Terre. Peut-être qu’il faudra que je fasse ça. J’y pense. Je sais pas pourquoi, mais j’y pense, c’est comme ça, et quand Arthur me dit
- Tu veux bien me dire quelques mots avant de dormir ?
J’ai un peu tout oublié.
Autour.
Mais d’abord moi j’ai envie de dire autre chose, vraiment quelque chose de rien du tout, juste histoire que ce soit dit et que ça traîne pas dans mon cœur pendant trop longtemps :
- Je suis content de d-dormir avec toi.
Voilà.
(J’ai failli dire Bormir mais j’ai su me retenir. Je m’améliore.)
Je sais pas s’il veut encore une histoire de nous, peut-être pas, peut-être que ça ferait trop pour ce soir nuit. Et puis je me souviens d’une vieille amie à qui j’ai inventé quelques histoires il y a un moment. C’est une histoire d’amour entre une fille et un garçon. C’était avant Arthur. Ça commence par des problèmes d’âme empoussiérée.
- Cendre avait le goût de poussière, de passé, de grenier. Elle avait juste besoin d'être embrassée. Un jour elle rencontra Ippo Céan, le garçon amphibie avec sa boîte à respirer sur le dos. Il ressemblait un peu à un astronaute de la mer. C'est lui qui l'a dépoussiérée. Il l'a sortie de son vieux placard pour commencer, là où on l'avait oubliée depuis des années, là où elle s'était enfarinée. Il l'a regardée pour de vrai alors que ces derniers temps on ne se contentait plus que de faire glisser notre regard sur elle, comme ils le font sur ces choses qui riment à rien, une voiture qui passe, un arbre qui laisse tomber ses feuilles. Elle était ça, Cendre, avant qu'Ippo ne vienne la secourir : elle faisait partie du décor. Ippo, il a compris qu'elle existait comme tout le monde, qu'elle avançait de travers dans la vie avec ses peurs et ses désirs. Ippo, il l'a réanimée, il a recollé les morceaux. Et puis elle était très belle sous toute sa poussière. C'était un dur travail, lui qui subissait tous les jours les caprices de la mer les folies des poissons il a été surpris de voir à quel point c'était compliqué de remettre une fille dans la vie. De le faire briller et tout. Une fille comme ça, il s'est dit, il lui faut juste un coup de chiffon, une balade sous le soleil, un peu d'amour pour saupoudrer le tout. Misère ... Elle avait la bouche anchylosée aussi, parce qu'elle ne parlait même plus - à qui ? Elle a craqué des lèvres quand Ippo est venu les embrasser, comme un petit bruit de renaissance. Et voilà. C'est comme ça qu'Ippo Céan, qui visitait si rarement les êtres humains, leur préférant les hicopampes du fond de la mer, a dépoussiéré Cendre, dont le prénom n'est aujourd'hui plus qu'un rappel du passé. Et puis il est parti. Machine à oxygène sur le dos et tout ça. Il avait bien fait son travail. Maintenant Cendre était sortie du placard. Époussetée. Elle pouvait vivre.

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