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 vois ce que je perds en sang et en eau. (aimée)

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Invité


MessageSujet: vois ce que je perds en sang et en eau. (aimée)   Ven 6 Juin - 13:50

Ce soir, j'ai quitté ma chambre.
J'ai vu la lune par la fenêtre qui me souriait, accompagnée de sa traînée d'étoiles. Elle m'appelait, je l'ai entendu, de son chant de sirène. Elle avait la voix de Rose, je crois, c'est pour ça que je n'ai pas résisté.
Sors de là, tu vas finir par étouffer Rémy. Ce n'est pas toi, ça.
Tu n'es pas un lion en cage. Tu vas finir par te manger un bras si ça continue.

Me manger un bras. Et pourquoi pas le cœur tant qu'on y est ?
Ouais, le cœur. Ça serait bien plus facile pour tout le monde.
Adieu la douleur. Adieu la culpabilité. Adieu les sentiments. Adieu la solitude.
Je plonge mes mains dans mes poches mais je sais quelles sont vides. Pas de couteau, pas de cigarettes, pas de capotes. Absolument rien susceptible de me prouver que je suis encore vivant.
La caresse du vent contre mon visage me donne la force d'avancer un peu. De mettre un pied devant l'autre sans me casser la figure. J'ai l'air un peu ridicule, au milieu de la nuit, à regarder l'océan, un peu plus bas.
La lune se reflète, j'ai l'impression qu'il y en a deux. Et de ces deux, aucune n'est à portée de mains. Je peux bien tendre les bras, elles ne viendront jamais à moi. C'est comme pour Rose.
Enfin, Rose, elle doit être morte à l'heure actuelle et je ne sais pas ce qui est le pire.
L'oublier et accepter le deuil ou continuer de l'aimer et cultiver un rêve mort.
Je lève les yeux au ciel, j'agresse l'astre lumineux de mon regard assassin.
Donne moi une réponse, putain !
J'ai l'impression d'entendre cette vieille musique d'Indochine résonner dans ma tête. J'aime même pas Indochine. Enfin, qu'est-ce que j'aime, au fond ? Si ce n'est Rose et puis cette fille, là, au loin.
Merde.
Je n'sais même pas son prénom mais j'avance, d'un pas-fantôme par peur qu'elle se jette dans l'océan. J'ai envie de lui dire que je ne veux pas lui faire de mal, que je suis désolé pour la dernière fois. Je réagis mal, sous le coup de la colère.
C'est pas une excuse, Rémy. tais-toi, lune.
Mais je dis rien, non, par peur de l'effrayer et de la briser. Alors, je laisse deux mètres nous séparer (si, je les ai comptés, je faisais de la menuiserie avant, je suis doué avec les mesures.)
Donc, deux mètres, c'est ça notre bouclier. Deux mètres trop facile à réduire à néant.
Je soupire.
« J'ai été nul la dernière fois. » Ignoble serait plus juste. Je déteste le timbre ma voix ; si dur, si désespéré.
Je la regarde en la suppliant du regard de me pardonner. J'ai pas envie qu'elle me fuit, encore. Je ne suis pas un loup. Seulement une bête blessée.
Pardon, toi, douce inconnue.
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Invité


MessageSujet: Re: vois ce que je perds en sang et en eau. (aimée)   Ven 6 Juin - 15:10


(Pourquoi t'es toujours toute seule, Aimée ? De quoi t'as peur ? De t'faire bouffer ?) Oui, toute crue, sans dégustation, sans cuisson préalable. J'ai peur qu'on attaque mes yeux, ma bouche, mon cœur. J'ai peur que la beauté s'empare de mon cœur, qu'elle l'assaisonne à sa sauce. Je veux pas recommencer, je veux pas retomber. Retomber, c'est comme sauter des falaises sous mes pieds. Quelques pas, peut-être deux, trois, et me voilà déchue.
Est-ce que ça fait aussi mal que de tomber amoureux ? Tomber d'une falaise ? Je pense pas, ou alors, c'est pareil. La même chose. La chute libre, l'impression d'être loin de tout, du monde, du sol, d'être à part dans une bulle. La chute libre, l'air dans les cheveux, le bonheur d'un instant. Mais quand tu ouvres les yeux, y a le sol juste en dessous. Il arrive, et il est trop tard pour faire demi-tour. Tu veux rester en chute libre, éternellement. C'est bien trop beau pour finir. Mais ça finit.
Une claque sur la joue, une porte qui claque, des cris, un arrangement à l'amiable. Peu importe, c'est fini.
Je me suis arrêtée de marcher. C'est fini.
Sous mes pieds, les falaises, et au loin, la nuit. La nuit et le bruit des vagues en bas. Mais pourtant, la mer n'est plus. Elle est nuit, elle aussi. Noire et lune. J'aimerais bien être nuit, moi aussi. Sombre et lumineuse. J'allumerais une clope, là, et je la fumerais comme si elle était moi. Je fermerais les yeux à la moindre brise, parce que la brise emmène mon esprit avec elle, quelques secondes. Je ferais de longue pause, entre chaque phrases. Je serais eux et ils seront moi.
Je me suis arrêtée de marcher. Et j'imagine la clope entre mes doigts, moi qui n'ai jamais fumé.
Il y a des bruits. Des cailloux qui roulent sur le sol. Des pas lents, presque doux. Ils se veulent secrets. Mais dans la nuit, il n'y a rien de secret. Le bruit des vagues ne couvrent rien. Les pas s'arrêtent. Je ne veux pas voir. Je ne veux pas tomber, pas encore.
L'arrêt, un soupir, et une voix,
J'ai été nul la dernière fois,
connue.
Connue et effrayante, synonyme de violence. Plus de violence que dans la chute, plus que dans le faux amour.
Au début, y avait son regard, mauvais, dur. Puis ma curiosité. Et à la fin, y avait sa main, levée, sa main violente, guillotine. Elle n'est pas tombée. Mais son lever a suffit à l'effroi. Et depuis, y a la fuite. C'est quoi fuir un inconnu ?
Je ne bouge plus, j'ai tourné la tête vers lui. Vers ses mains. Vers sa violence. Je ne veux pas parler, je ne veux pas revoir l'éclair, je ne veux pas qu'il me frappe. Mais,
je veux savoir. De quoi suis-je coupable ? Alors, je parle. Pourquoi ? J'hésite.
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Invité


MessageSujet: Re: vois ce que je perds en sang et en eau. (aimée)   Ven 13 Juin - 11:40

Elle va se barrer, l'inconnue, je le sens.
Elle va faire ce qu'elle aime le plus : me regarder de ses yeux brillants et tourner la tête.
Elle doit savoir que je les aime pour m'en priver comme ça, si brusquement.
Je fixe ses cheveux longs avec l'envie de tendre la main pour les toucher. Je ne fais rien, je ne bouge pas. C'est pas parce qu'on a envie de quelque chose qu'on peut le faire. Sinon, j'aurais déjà tué ma mère et puis mon père, aussi, un peu. Et mon frère, on en parle de mon frère ? Non, on en parle pas, ce serait trop pathétique.
On se tait, c'est ce qu'il y a de mieux à faire.
J'inspire et je dévore le silence qui nous sépare. Je continue de la fixer, pour ne pas quelle pense que la mer est plus jolie qu'elle. Ce serait un triste malentendu.
Je commence à perdre espoir. Je vais me pencher au dessus de l'eau et lui faire croire que je vais sauter. Peut-être qu'elle tendra la main pour m'en empêcher. Peut-être même qu'elle parlera un peu, les larmes aux yeux. J'avance d'un pas vers le vide.
Je vais le faire.
La raison me dit que c'est ridicule mais c'est sans importance. J'imagine mon corps s'échouer tout en bas et la lune caresser mon crâne brisé.
Heureusement :
Pourquoi ?
Ô cette voix, tristement hésitante. Une pointe trop brisée. Mes pupilles réagissent drôlement, j'ai l'impression d'avoir des fourmis dans les yeux et au fond du bide. C'est pas agréable, mais c'est pas horrible non plus. On dirait que je viens de courir un marathon et que mes muscles vont lâcher. Maintenant, ou dans une heure. À moins qu'ils n'aient déjà posé les armes depuis hier.
Je fronce les sourcils. Le mouvement est agressif mais je n'essaie rien de plus.
Ce soir je la déteste, peut-être pas autant que je me déteste mais j'ai atteint un point de non-retour en levant ma main sur elle. Frapper une fille, ça se fait pas, encore moins pour des raisons aussi futiles que les miennes. Si j'étais en procès, on m'enverrait directement en prison.
Coupable.
Alors, je parle.
Enfin.
« Tu ressembles à un vieux souvenir. » Tu me fais penser à l'amour. « Je sais pas bien gérer ce genre de choses et ... » Soupir, c'est inexplicable. « Comment tu t'appelles ? Je peux pas m'excuser sans savoir ton prénom. »
Je peux pas continuer sans en savoir plus sur toi, tout court.
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Invité


MessageSujet: Re: vois ce que je perds en sang et en eau. (aimée)   Dim 15 Juin - 14:09


Mes yeux ne quittent plus ses mains violentes. Peut-être que ses poings se serrent, peut-être que son cœur aussi. Je n'ose regarde l'expression de son visage. Je ne veux pas voir des sourcils froncés, ni les traits abîmés qu'ont souvent les gens énervés. Je ne veux pas découvrir une once de beauté, je ne veux pas découvrir que je peux tomber, encore, et me faire mal. Je ne veux pas de nouvelles cicatrices sur mes genoux, pas de nouveau pansement sur mon cœur. J'en veux pas de tout ça. Alors, je regarde ses mains.
J'attends sa réponse. Et j'ai peur, toujours. De ce qu'il va dire, de ce qu'il peut faire, de ma sentence. Mais ses mains ne bougent pas, elles restent statiques. Elles ne se lèvent pas, la guillotine ne s'abaissera peut-être pas, finalement.
Tu ressembles à un vieux souvenir.
Je suis donc un fantôme de son histoire.
Je sais pas bien gérer ce genre de choses et...
Il souffle, je frissonne. La brise est légère, mais je suis certaine que c'est son souffle qui est à l'origine du frisson. Ou peut-être que j'ai froid. Je sais pas.
Comment tu t'appelles ? Je peux pas m'excuser sans savoir ton prénom.
Mon prénom, c'est trahison ou mensonge, comme tu veux. C'est ma mère qui me l'a donné. Elle s'est dit que ce serait joli, que ce serait vrai. Mais je suis certaine qu'au fond d'elle, elle savait. Elle savait que ce serait un mensonge. Tout le monde a son mensonge, celui de sa vie, le plus gros. Le mien c'est
Aimée.
Mon prénom. Rictus et déception. Léger. Il parait qu'il faut toujours sourire quand on donne son prénom. Je sais pas, c'est ma mère qui le disait. Je sais pas où ça mène. Enfin, si, je sais, je crois. Ma mère aussi, elle est tombée bien bas. Plus bas que terre, sous les pissenlits, là où y a plus d'amour parce que y en a plus besoin. De toute manière, ma mère, elle aimait pas aimer. Elle aimait être aimée. (Elle aimait Aimée aussi, peut-être).
J'aimais bien dire comment écrire mon nom, avant, en me présentant. Je disais Aimée, comme le verbe mais au participe passé féminin, comme si on m'aimait. C'était avant ça, avant qu'on ne m'aime pas. Parce qu'il est faux, ce prénom. Je devrais m'appeler Aimante, ou Amoureuse. Amoureuse, ouais. Ce serait plus juste.
Aimée... celui là, je le souffle, je le murmure à moi, il aurait dû être dans ma tête mais il s'est échappé de mes lèvres.
Je me suis perdue dans l'Océan face à moi. Mon prénom a momentanément effacée la peur de ses mains. Mais je sais qu'il est là, son souffle me rappelle sa présence. Il avait fait un pas vers la chute avant que je lui demande quelle était mon crime. Je crois qu'il aurait aimé tomber. Je crois que je l'aurais suivi. C'est plus facile de suivre quelqu'un.
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