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 « N'est véritablement sauvé que celui qui n'a jamais été en péril. »

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MessageSujet: « N'est véritablement sauvé que celui qui n'a jamais été en péril. »    Ven 6 Juin - 13:40

GABRIEL/MOR


© Hossein Zare.


« Gabriel ? Gabriel, on ne l'oublie jamais.
J'étais au lycée avec lui. La première année. Il y a quelque chose chez lui, qui n'est pas d'ici. Quand il regarde le monde, il ne le fait pas de la même façon que nous. Je voyais ses yeux se poser sur les choses, et ils ne voyaient pas comme nous nous regardons. Il semble si éloigné. Son regard, c'est comme s'il venait d'ailleurs. Comme s'il n'était pas dans le même monde que le nôtre. Ses yeux voient la Terre, mais d'une manière si particulière qu'ils semblent ne pas en faire partie. Il paraît plutôt qu'ils viennent d'une autre dimension. Comme pris dans un vide, quelque part dans l'espace, et qu'ils regardaient de là-haut notre planète. Il y a quelque chose de lointain, de terriblement loin, dans ses pupilles. Qui n'appartient ni à moi, ni à toi, ni à vous, ni à nous et pas même à lui. Quelque chose d'inconnu, d'étranger, que l'on aurait placé là dans ses yeux, et qui le maintiendrait hors du monde. À certains cela fait peur. Lui ne le ressent pas. Je suis sûre qu'il ignore cela. Mais nous ne pouvons que le voir. Et moi, cela me rend triste, à chaque fois que je regarde ses yeux. Ils n'ont pas la même histoire que son corps. Ils sont plus que lui. Plus que toute son histoire. Et pourtant, ils en sont le cœur, j'en suis persuadée. Il y a aussi une lueur au fond, mais pas une leur qui brillerait comme l'espoir, une lueur qui oscillerait, comme un vent de tristesse. Un morceau brisé, tout au fond, enfoui. J'aimerais pouvoir déchiffrer ce regard. Mais on ne peut le soutenir suffisamment longtemps pour le comprendre. On reste toujours à la limite. Il faudrait tenir seulement quelques secondes de plus pour qu'il nous révèle ses secrets. Seulement, ces secondes nous sont toujours volées. Par nous-mêmes. Notre regard se refuse au sien.
Je me suis toujours dit qu'il était plus doux qu'il ne pensait l'être. Il y a ce calme chez Gabriel, qui apaise. Son regard de loin semble dire qu'il ne faut pas s'inquiéter, et que tout ira bien. C'est étrange, car il ne cherche pas à calmer les autres. Mais il vit dans une telle quiétude, qui lui semble aussi étrangère que sœur, qu'il suffit d'être à ses côtés pour parvenir à apprécier le silence, et l'entendre. Je l'ai déjà vu avec des enfants. Il jouait avec eux. Il y avait une petite fille, je l'ai vu lui offrir une poupée. Il souriait. Un sourire de loin toujours, mais un sourire aussi, d'une douceur que je n'ai retrouvée chez personne. C'est pour cela que je crois qu'il n'est pas aussi indifférent au monde qu'il ne le pense lui-même. Il y a certaines choses qui le touchent, malgré tout. Je l'ai entendu jouer du piano, une fois. Pas longtemps, car il s'est arrêté en m'entendant. Mais dans sa musique, il y avait plus que de simples notes. Il y avait un peu de son cœur qu'il laissait être frappé par les marteaux. C'était un peu de lui qui s'en allait dans les airs, en même temps que sa mélopée. Et la mélodie touchait à chaque note, mais tout en délicatesse. C'était une blessure progressive, faite avec une simple aiguille à coudre. Qui piquait, petit à petit, mais en s'enfonçant avec lenteur et précaution dans les chairs. Elle ne cherchait pas à détruire, à déchirer. Elle s'appliquait. C'était un travail minutieux que la musique effectuait là pour atteindre les âmes de ceux qui écoutaient. Un art laborieux, qui aurait eu raison de moi si Gabriel n'avait pas cessé de jouer. Il y avait aussi quelque chose qui était à la fois moi, et toi, et lui, et vous, et nous, dans ses notes. Quelque chose qui se trouvait juste dans les dernières secondes de ses ultimes notes, un murmure qui serait une vérité, la moelle de sa mélodie, l'orée de l'esprit, inaccessible, que l'on ne parviendrait jamais à trouver, que l'on s'évertuerait toujours à trouver. C'est à cause de sa musique, et aussi pour son sourire, et les histoires que racontent ses yeux, que j'ose penser qu'il y a autre chose chez Gabriel, autre chose que de l'indifférence et des sarcasmes, autre chose qu'un air impassible et des paroles sèches, autre chose que son entêtement et sa noblesse. Quelque chose de plus grand encore que son intelligence et son charisme. De plus profond et de plus cher que sa clairvoyance et sa franchise. Quelque chose qui viendrait de son calme et de son éloignement, de la lueur dans ses yeux et de ses gestes d'ailleurs, qui tiendrait en une douceur et une sensibilité pénétrantes.
Ce n'est pas avec une hache que l'on peut achever Gabriel. C'est avec un peu de tendresse. Je le crois. »


« Sto per morire, non morirò. » – Oceano Mare. C’est ce qu’il aurait pu penser, toute sa vie, toute une vie, Gabriel. Je vais mourir je ne mourrai pas. Je vais mourir je ne mourrai pas. Je vais mourir je ne –. Là au bord de la mer. Peut-être qu’il aurait fini par s’y jeter, lui aussi. Y courir à toutes jambes et se laisser porter par les flots. Non. Se faire avaler. Être consumé par le ventre de la mer. Détruit petit à petit, tout son corps disparaissant comme léché par le feu, des vagues n’en finissant jamais de le submerger. Peut-être qu’il aurait fini par s’y jeter, lui aussi.

Mais il était là. Dans la pièce, central. Régnant magistralement, reflété par les dizaines de miroirs constellant les murs. Seul. Fixe. Puissant, néanmoins. Par-dessus tout : rouge. Éclair vif se détachant furieusement de la blancheur aveuglante du plafond et du sol. Brûlure salvatrice d’un piano rouge.
— C’était tout dont il désirait se souvenir. Le reste, il ne savait plus.

Il ne croyait pas en la folie. Ça n’existait pas, ça, la folie. Il n’avait jamais été fou. Il était hors de. Mais le monde prenait plaisir à diviser en camps ce qui faisait la vie et c’est ainsi que, rapidement – bien trop rapidement – toutes les lèvres avaient soufflé sur son passage qu’il était fou, insensé, dément, barge, taré, toqué. Lui il était là à les entendre, ses pupilles de chat qu’il posait insolemment sur leur corps, détaillant leur carcasse, et son visage paisible les faisait reculer – et ils criaient alors encore plus fort, au fou, au fou ! C’était le silence, ça, c’était le silence qui les effrayait. On n’avait jamais vu quelqu’un comme lui, qui ne parle pas. Malade, malade, sale chien malade ! Un bâtard très certainement. Un bâtard très certainement, cela expliquait tout. C’est ce qu’ils se disaient pour se rassurer. Un bâtard, très certainement. Gabriel n’avait pas le sang bleu.

Il aurait pu attendre longtemps encore assis dans des cabinets de spécialistes. Il était un assisté. Toute sa vie on la lui passait à l’assister. À lui dire comment il pensait et pourquoi. Quels étaient ses gestes et d’où provenaient-ils. Rabâchaient les mêmes conseils, les mêmes consignes. Prescrivaient. Actes et paroles automatiques de pantins bien dressés optimisés pour la belle société et le retrait de billets allant toujours croissant. Mais lui il mourrait. Lentement il mourrait à l’intérieur. Toute son âme qui s’étiolait, qui se laissait choir dans les recoins obscurs de quelques organes probablement aussi viciés que son esprit, le cœur valétudinaire laissé à l’abandon. Il était de ces espèces de sourd qui ne le sont qu’aux émotions, de ces gens qui ne se manifestent que par à coups dans des sensations extrêmes – ou bien terriblement infimes et secrètes.
Ainsi, la mer, la mer l’avait frappée. Son immensité tout étendue devant lui, le saphir brillant violemment sous les rayons ardents du soleil, il n’avait pu qu’être transpercé de cette vision. Lui si intime, presque clandestin à sa propre personne, être confronté à un paysage qui avait l’effronterie de s’afficher sur des mètres et des mètres non seulement de longueur mais, aussi, de large ! Pire, elle illuminait, la mer. Et les cieux et les êtres. Avalait, aussi. On les voyait rentrer et, puis, parfois, ne plus jamais en sortir. Ventre affamé, ventre nourricier, premier, maternel. Il avait été fasciné, inévitablement. « La mer enchante, la mer tue, la mer émeut (...). Mais, surtout : la mer appelle. »

C’est de cette façon là qu’il s’en était allé. Avec les mains dans les poches, un sac à l’épaule. Son allure calme et lointaine l’accompagnant, ne le quittant jamais. Cela lui donnait un certain charisme, vous savez. Parce que les gens, d’ordinaire, sont d’une gêne ou d’une angoisse folle, dans la foule. Mais lui n’était jamais pressé, n’était jamais stressé. Il allait. Et dans ces moments-là, c’était terrible de voir ô combien il existait ! L’horreur explosait d’autant plus qu’il marchait parmi d’autres, d’autres qui au contraire s’efforçaient de ne plus être remarqués parmi les badauds quand lui, seul, était profondément en ces minutes de marche. Une légèreté l’entourait et avec sérénité – ou plutôt, détachement – il avançait. Il l’ignorait bien sûr, ce processus était purement inconscient, de lui-même il ne savait pas faire ces choses-là, Gabriel.

Il savait que là-bas il y avait la mer. C’était tout ce qu’il recherchait. Un endroit vide. Avec la mer. Qu’il y ait d’autres gens n’importait pas dans la mesure où ils étaient pareils. Ce serait vide, quand même. Vide de toute l’agitation à laquelle on le confrontait de force d’ordinaire. Il pourrait ne plus être, là-bas. Ne plus être le fou, le fils de qui était taré. Il pouvait être Gabriel mais aussi Jean ou Personne. Personne, exactement, il ne voulait plus être quelqu’un, il voulait seulement voir la mer. Il ne donnerait pas son nom. Ou peut-être qu’il allait en inventer un nouveau. Pour se changer. Ragen. Ça sonnait comme raven. Ragen, ça rappelait raggedy. Comme lui. Trop lui. Bloom. Bloom, ça ne signifiait rien, ça ne voulait rien dire, ça n’était rien. Des sons. Du vide. Un nom, ce n’était rien. On ne forgeait pas une identité par un nom. Une identité, c’était une chimère. Il était chimère. Bloom. Du rien. Parfois les gens appelaient. Ils répétaient des noms, comme ça, dans l’espoir qu’ils trouvent celui qu’ils cherchaient. Personne ne venait jamais. Les noms, ce n’était rien. Bloom. Rien.

Rien, mais pas assez rien. Bloom ne signifiait rien mais connotait beaucoup – bien trop. Il y avait quelque chose qui tenait de l’enfance dans ces maigres syllabes et Gabriel ne voulait pas de l’enfance. Alors il allait s’appeler Mor. Descendre au plus profond de ses racines pour tout effacer. Balayer, nettoyer, décaper. Tsunami sur son corps. Mor. Mor, c’était mer et mort, c’était début et fin, c’était le tout et l’infini, la salvation. La perdition. Une confusion trouble dans laquelle il n’y avait, il n’y aurait, jamais aucun repère, jamais rien à quoi s’accrocher, seulement du vide. Noyade éternelle. Un souffle au bord des lèvres, prêt à se libérer – en attente.

/ « - Quelquefois je me demande ce que nous sommes en train d'attendre.
Silence.
- Qu'il soit trop tard, madame. » /


BrivennMajeurAneurin Barnard


Code:
[i][b]Aneurin Barnard[/b] ○ Mor[/i]
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MessageSujet: Re: « N'est véritablement sauvé que celui qui n'a jamais été en péril. »    Ven 6 Juin - 17:10

le regard de ce garçon est à la fois doux et triste, je fond.
bienvenue ici I love you
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MessageSujet: Re: « N'est véritablement sauvé que celui qui n'a jamais été en péril. »    Ven 6 Juin - 19:00

qu'est-ce que c'est sublime comme prénom-surnom, et puis aneurin, il m'a faite amoureuse de lui dans we'll take manhattan   
bienvenue   

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MessageSujet: Re: « N'est véritablement sauvé que celui qui n'a jamais été en péril. »    Ven 6 Juin - 19:16

bienvenue
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MessageSujet: Re: « N'est véritablement sauvé que celui qui n'a jamais été en péril. »    Ven 6 Juin - 21:37

je suis d'accord avec lune. son regard quoi   
bienvenue !
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MessageSujet: Re: « N'est véritablement sauvé que celui qui n'a jamais été en péril. »    Sam 7 Juin - 8:32

Tout le monde a mit les mots sur toi...
Juste magnifique   

Bienvenue
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MessageSujet: Re: « N'est véritablement sauvé que celui qui n'a jamais été en péril. »    Sam 7 Juin - 9:20

Merci, Lune.  Je ne connaissais pas ton avatar, mais j'adore son expression. *-*

Simon, han, quelqu'un qui connaît We'll take Manhattan. Je suis tombée en amour de ce petiot moi aussi avec le film. À la base, je le regardais parce qu'il y avait Karen et puis, piouf, Aneurin.  
Augustino a un de ces sourires sur ton avatar ! *_* C'est contagieux. I love you 
Merci pour tes compliments. ♥️

Ondine, merci ! *-* (Lindsaaaay.  )

Merci Gabrielle Amara aussi a un regard particulier d'ailleurs, on dirait qu'elle nous fixe à travers l'écran.  Et puis Gabrielle, j'approuve le prénom.  

Tobias, merci ! I love you Ton avatar me pertuuurbe. J'ai l'impression de voir les os de Yuri. Arrow Pourtant il n'est pas ultra maigre.  Mais l'avatar est beau. 
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MessageSujet: Re: « N'est véritablement sauvé que celui qui n'a jamais été en péril. »    Sam 7 Juin - 9:49

bienvenue sur le forum ! je connaissais pas le bonhomme mais c'est clair qu'il a de sacrés yeux   I love you (et j'adore le surnom)

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MessageSujet: Re: « N'est véritablement sauvé que celui qui n'a jamais été en péril. »    Sam 7 Juin - 18:49

Hihi, c'est pour ça que j'ai prit celui-ci (par rapport à l'histoire de Toby), parqu'il fait plus maigre qu'il ne l'est ^^
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MessageSujet: Re: « N'est véritablement sauvé que celui qui n'a jamais été en péril. »    Mar 10 Juin - 16:54

Merci Arthur ! L'avatar de Conor que tu as donne tellement envie de le prendre dans ses bras. *-*

J'irai lire son histoire alors, Tobias ! En tout cas, rien que les couleurs de l'avatar sont très belles, puis Yuri, c'est vraiment bien harmonisé ! I love you


Je n'aurai pas le temps de finir ma fiche ce soir, j'ai jusque quand pour la faire ?  
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MessageSujet: Re: « N'est véritablement sauvé que celui qui n'a jamais été en péril. »    Mar 10 Juin - 17:05

tu as encore jusqu'au seize juin pour la terminer I love you

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MessageSujet: Re: « N'est véritablement sauvé que celui qui n'a jamais été en péril. »    Mar 10 Juin - 17:37

Quel avatar !   Je l'ai moi aussi adoré dans We'll take Manhattan, il joue si bien  
Et puis ce pseudo, je l'adore.
Bienvenue
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MessageSujet: Re: « N'est véritablement sauvé que celui qui n'a jamais été en péril. »    Lun 16 Juin - 10:19

des nouvelles?

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MessageSujet: Re: « N'est véritablement sauvé que celui qui n'a jamais été en péril. »    Lun 16 Juin - 19:38

J'ai fini, ayé.  

Merci Cyr ! *-* Je suis contente de rencontrer des gens qui ont vu We'll take Manhattan !  Et puis, Rimbaud dans ta signature.  ♥️
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MessageSujet: Re: « N'est véritablement sauvé que celui qui n'a jamais été en péril. »    Lun 16 Juin - 19:47

mor a écrit:
Il y a quelque chose de lointain, de terriblement loin, dans ses pupilles. Qui n'appartient ni à moi, ni à toi, ni à vous, ni à nous et pas même à lui.
j'ai adoré ta fiche I love you elle est extrêmement belle   on a bien fait d'attendre   
je te valide avec plaisir !

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MessageSujet: Re: « N'est véritablement sauvé que celui qui n'a jamais été en péril. »    

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